Tant qu’il restera un seul mot à écrire…

Les mots et les livres ne sont-ils pas ce qu’il reste de notre capacité de penser, de nous émouvoir quand le monde autour de nous s’écroule ? Ne sont-ils pas cette fenêtre sur laquelle vient souffler le vent de l’espoir, du « tout est possible » ? Parce qu’on peut les brûler, les jeter, les noyer, il en naîtra d’autres, il en restera toujours  quelque part malgré les cataclysmes ou les autodafés. Eux seuls ont eu le pouvoir de nous aider, pauvres humains, à nous « civiliser », à comprendre l’Histoire et la nôtre, à n’être pas demeurés un petit grain de sable inconsistant et vide sur la grande roue du temps.

Parce qu’un livre sera toujours la nourriture fondamentale à la croissance d’un esprit sain. Dès que nous avons ingéré l’alphabet, que de possibilités infinies s’offrent à nous ! Les mondes imaginaires ont parfois autant de puissance que le monde où je vis.

Et puis… on pourra m’emprisonner, me bâillonner, tant qu’il me restera un livre à lire ou à écrire je saurai que je suis vivante, je saurai transmettre à ceux qui me suivent, partager tous ces mots afin qu’ils allument des lumières dans les yeux de ceux que j’aime.

Même en plein désert, géographique, social ou affectif, je sais qu’un livre ouvert, écrit ou à écrire viendra me secourir et quand les pages s’envoleront, alors je saurai ce que j’ai vécu…

Voilà le texte que m’a inspiré la vidéo ci-dessous, Fantastic Flying Books de Morris Lessmore, vue chez Pyrausta, il y a deux jours, je n’ai pu m’empêcher de vous la faire regarder. Certes, elle dure quinze minutes, posez-vous, prenez votre temps et regardez bien ! Ou pas… (ce serait dommage…) EDIT de 9 h : la vidéo mise hier soir a été supprimée pour cause de « droits d’auteur », je viens de la remettre (rien n’est spécifié sur Youtube à ce sujet). En espérant que ça marche !

CINE-TAG, Wens coupable, clap final !

Ce tag n’en finit plus de mourir, Wens qui pourtant s’y connaît pour achever les moribonds l’a réanimé ! Version cinéphile en plus, donc comme « On achève bien les chevaux » (et que je suis gentille), je m’y suis collée  ! Lire la suite

ORFEU NEGRO – Manhã de Carnaval !

Certains d’entre vous connaissent certainement ce film culte qui a obtenu la Palme d’or en 1959 au Festival de Cannes. Film italo-franco-brésilien de Marcel Camus d’après la pièce de théâtre de Vinicius de Moraes. Succès foudroyant dans le monde entier…sauf au Brésil qui l’a jugé à l’époque pas assez représentatif du monde des favelas qu’il est censé montrer. Une magnifique chanson, Manhã de Carnaval, interprétée par Elizeth Cardoso sur la musique de Tom Jobim et Luiz Bonfà. Et je vous reparle du film, juste après ! Lire la suite

L’insoutenable légèreté de l’être – Le film.


Film revu sur ARTE hier soir, avec la même émotion qu’il y a vingt ans. Ce film (américain) paru en 1988 d’après le roman de Milan Kundera (Gallimard-1984) dure 2h51 minutes et retraduit au mieux les scènes phare du roman.

Ce film qui retrace les évènements du Printemps de Prague et de la main-mise communiste sur la Tchécoslovaquie est avant tout un roman d’amour et de mort. L’accent y est mis, plus que sur la trame politique omniprésente dans le livre.
Thomas, neurochirurgien brillant avant les évènements de 1968, vole d’un amour à l’autre avec la lègereté qui le caractérise. Ah ! Le chapeau melon de Sabina, en a fait fantasmer plus d’un (j’en suis sûre !). Jusqu’au jour où il rencontre Tereza, serveuse qui deviendra photographe, nature, vraie mais incapable de supporter les écarts amoureux de Tomas ou les relations triangulaires. La légèreté des uns est aussi lourde qu’un poids mort pour d’autres. Ils se quittent, se retrouvent dans un Prague qui n’est plus désormais celui de leur bohème. Sabina, s’est enfuie une fois de plus, égale à Thomas en cela qu’elle ne supporte pas le poids des choses ni la tragédie. Elle finira seule, au USA et au final, lourde de souvenirs légers.

Quant à Tereza et Tomas, après une escapade en Suisse, ils reviennent à Prague, Tereza d’abord seule, ne voulant plus de sa vie futile avec Tomas et malgré son amour pour lui ; Tomas la rejoindra, se voyant ainsi lui aussi privé de passeport et ne pourra plus exercer son métier, refusant de signer un document où il s’excuserait d’avoir osé, au temps des événements, s’en prendre au régime communiste. Relégué laveur de vitres, Tereza redevenue serveuse, ils s’enfuiront à la campagne.
Quand le bonheur semble enfin acquis, que l’équilibre entre gravité et légèreté semble flotter sur leur couple, c’est le destin qui les reprend. La mort a double visage dans ce film (et dans le livre) : elle s’est emparée du pays et les héros ici faits de chair et de sang meurent aussi, comme dans la vie, comme si l’aboutissement de la réflexion de Kundera n’avait pu trouver d’autre épilogue…

Daniel Day-Lewis en Tomas, Juliette Binoche en Tereza et Lena Olin en Sabina sont parfaits ! Il m’a même semblé voir Clovis Cornillac en ado pré-pubère dans un bar… et pour finir, un extrait du livre quand même, non ?
 » Ils allaient et venaient, esquissant les figures de la danse au son du piano et du violon ; Tereza avait la tête posée sur son épaule. Comme dans l’avion qui les emportait tous deux à travers la brume. Elle ressentait maintenant le même étrange bonheur, la même étrange tristesse qu’alors. Cette tristesse signifiait : nous sommes à la dernière halte. Ce bonheur signifiait : nous sommes ensemble. La tristesse était la forme, le bonheur, le contenu. Le bonheur emplissait l’espace de la tristesse ». page 393.

SAGAN – LE FILM (Diane Kurys – 2008)

 Ma 5ème participation au Challenge Françoise Sagan, catégorie Big challenger.

ATTENTION SPOILER ! Ceux qui ne l’ont pas vu vont tout savoir, donc faites comme il vous plaira…. 

Dire que j’ai aimé ce film OUI, j’ai beaucoup aimé ! D’autant que, au lu des critiques mitigées vues ça et là je ne m’attendais pas à un tel choc ! Emotionnel bien sûr.

Voir Sagan, vieille et complètement désemparée (le mot est faible), elle qui haïssait la solitude, sa meilleure ennemie et la voir mourir vraiment seule, refusant, alors qu’elle agonise à l’hôpital de revoir son fils accouru exprès, était presque indécent quand on sait que la dame ne supportait ni la pitié, ni la solitude,  ni la vieillesse et la phrase du Général de Gaulle »La vieillesse est un naufrage » s’applique vraiment à ce passage du film… Quoique le naufrage avait déjà commencé bien avant, de même que l’entreprise de démolition de son capital santé dont elle se moquait éperdumment. Et cette pauvre Madame Lebreton, sa dernière femme à tout faire reste la seule à lui tenir la main et lui dire de ne pas avoir peur…elle qui avait dit plus tôt ne croire ni en Dieu, ni en la réincarnation. La vraie voix off de Sylvie Testud accompagne une grande partie du film sur une musique particulièrement bien choisie pour l’occasion et donne la touche littéraire qui est survolée mais sans cesse présente .

Le film commence avec cette image de la fin où un journaliste people essaie d’entrer au Breuil, sa villa de Normandie, elle est clouée dans un fauteuil roulant laissant à madame Lebreton le soin de chasser l’importun… Et on revient au début : ses relations amicales et tendres avec ses parents, sa soeur aînée Suzanne et son frère Jacques (l’excellent Guillaume Galienne) à qui elle annonce lors d’un dîner qu’elle vient de publier un roman, à la surprise générale. Le succès de Bonjour tristesse à 18 ans, comment Julliard repère le « filon » et supplante Plon de vitesse, la gloire rapide, les vrais amis qui s’installent dans sa vie et y resteront jusqu’à leur mort : Jacques Chazot, Florence Malraux (avec qui elle a été pensionnaire au Couvent des Oiseaux, ça c’est pas dit dans le film) et Bernard Frank ( le très bon Lionel Abelanski, celui de Dans un mois, dans un an ??) ami de toujours qui vivra aussi chez elle à plusieurs reprises. Mais Françoise Quoirez, rebaptisée Sagan pour faire plaisir à son père (comme la princesse de Sagan de « A la recherche du temps perdu » de Proust, bien sûr…ce n’est pas dans le film non plus) va s’habituer très vite à ce succès qui lui permet de s’offrir sa première Jaguar, de s’étourdir dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, entraînée en cela par son frère Jacques et sa petite bande de bons vivants. Elle boit déjà beaucoup mais sans réelle ivresse, du moins ça ne se voit pas ! L’accident de 1957 qui va la faire passer à un doigt de la mort est très bien restitué ainsi que son séjour convalescent où elle goûte au Palfium et où elle avoue que la dépendance va la suivre toute sa vie. Les années passent à toute vitesse, les plans s’enchaînent, la maison du Breuil achetée un 8 août 1958 à 8 heures du matin alors qu’elle vient de gagner 8 millions à la roulette en jouant le 8… Son départ pour l’Amérique où son livre bat des records de ventes, ici on voit le vrai document de New-York, sa rencontre avec son premier mari, Guy Schoeller ( Denis Podalydès, qui ne l’aime pas), son divorce trois ans plus tard.  Ses discussions avec Jacques Chazot sont savoureuses, elle aimerait qu’ils aient un enfant ensemble. Les flashes à l’hôtel Régina, le gros plan des visages rivés sur elle  font effectivement penser à Stardust Memories où Woody Allen fait aussi un plan sur la foule aux visages grossis et déformés qui semblent vouloir l’avaler dans un concert mêlé de louanges et d’hypocrisie mondaine.  Puis vient la rencontre (1962) avec son bel américain, Bob Westhoff qu’elle épouse au grand dam de tout son entourage qui lui prédit « le casse-pipe » assuré. Denis, son fils naîtra un an plus tard et elle dira « c’est comme si une branche de plus avait poussé à mon arbre », ce à quoi Jacques Chazot en répliquant lui demande s’il va falloir un pépiniériste !! Son mari repart avec un homme, elle ne le retient pas, trop libre elle-même pour aliéner les gens, malgré son angoisse morbide de la solitude. Les évènements de mai 68 en revanche ne sont presque pas retranscrits et vite survolés quant aux actions qu’elle a menées. Sa rencontre avec Peggy Roche (la très classe Jeanne Balibar) qui mourra avant elle se fait (il me semble) plus tôt que dans la chronologie de sa vie mais qu’importe après tout ? Sagan se serait moquée de ces petites tricheries avec le temps…

Les soirées avec Peggy sont de plus en plus arrosées et poudrées…  Lors d’un voyage avec François Mitterrand à Bogota, elle fait un sérieux malaise, mais veut continuer à vivre « comme ça » et qu’on ne vienne pas l’ennuyer, avec la drogue ou les problèmes d’argent qui pointent leur nez. C’est qu’elle donne tout Françoise dès qu’elle a deux sous, se refusant à thésauriser, à compter ; elle son boulot, c’est écrire. Mais voilà, dans les années 80-90 Sagan n’est plus à la mode, ses livres ne se vendent plus et elle est criblée de dettes, harcelée par le fisc et éclaboussée par le scandale de l’affaire ELF.  Après la mort de Peggy Roche, elle vivra avec Astrid (Arielle Dombasle qui fait du Dombasle), veuve de son riche et vieux mari, rencontrée à Bogota. Cette dernière rachètera aux enchères la maison du Breuil qui avait été saisie, continuant à lui servir sa méthadone et des rails de coke … à côté !! Avant de s’enfuir quand Françoise devient impotente et dépendante, pour quinze jours à Manille…et c’est au cours de ces quinze jours de solitude amère qu’elle mourra… (à 69 ans d’un problème pulmonaire).

UN PEU PLUS ??

Je n’apporterais rien de plus en disant que Sylvie Testud est magistrale, pas seulement dans la ressemblance. Elle a vraiment « étudié » le personnage, allant jusqu’à rencontrer  Jean-Pierre Scarpitta, un ami de Sagan qui l’a accompagnée les dix dernières années de sa vie. Donc il n’y a pas que le mimétisme physique qui trouble le spectateur mais une réelle empathie de l’actrice envers son aînée. Elle lui ressemble beaucoup plus à la fin qu’au début d’ailleurs où elle va jusqu’à jouer « faux » pour donner plus de crédibilité à la Sagan de 18 ans (jusqu’à 30 ans environ, cf. les bonus du DVD). La frénésie de tabac et d’alcool, et la cocaïne plus tard enveloppe tout le film d’un nuage de fumée artificielle certes mais nécessaire. Même dans les moments solitaires où elle écrit, une bouteille de whisky n’est jamais très loin. Qu’elle ait tenu jusqu’à 69 ans relève du miracle ! Les rapports avec son fils sont douloureux, écartelée entre son métier et son statut de  mère, d’un enfant qui va la décevoir, elle-même étant restée une enfant, ceci explique peut-être cela…Certains ont trouvé que la partie littéraire (on ne parle pas assez de ses oeuvres, pas toutes certes,  mais quand même !) était trop en retrait, peut-être mais dans ce cas il aurait fallu un documentaire ou une série, le titre parle lui même de ce qu’il a voulu montrer : une femme avant tout qui…écrivait. On ressent une immense tristesse à la fin de ce film, non pas pour le pseudo « gâchis » dont tout le monde a parlé, elle a choisi (après tout) de vivre ainsi,  en se brûlant au plus près de ses excès, s’oubliant en eux et par eux.  La tristesse suinte dans la façon dont elle finit, un cliché de tout ce qu’elle a exécré. Je trouve que ces derniers mots de Doris Lussier (Le célèbre Père Gédéon de la télé canadienne) auraient pu en partie être écrits pour elle : « La vraie mort ce n’est pas mourir, c’est perdre sa raison de vivre » et elle l’avait perdue depuis longtemps, alors je préfère cette dernière phrase qui lui va si bien, nous qui la lisons encore avec autant d’ardeur : » Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit, c’est un immortel qui commence ».