FRÉNÉGONDE – Quand la fratrie s’emmêle – de LYDIA BONNAVENTURE

img_4944On ne va pas se mentir : quand une amie blogueuse, Lydia Bonnaventure et pour ceux qui la connaissent en tant que blogueuse, elle officie sous le pseudo Lydia66, récemment changé en Lydia B.,  écrit un livre et me l’offre généreusement car j’aime sa plume, je suis tout de même un peu angoissée ! Que faire si je n’aime pas ? Le lui dire sans la blesser ? Faire un billet de complaisance ? Non ça jamais ! Bien que ce ne soit pas son premier livre (elle a déjà commis un essai intitulé « La maladie et la Foi au Moyen-Âge » aux prestigieuses Éditions La Louve, spécialistes de l’époque) mais c’est son premier « bébé » en terme de roman. Et si je vous dis que je l’ai dévoré en deux après-midis sitôt reçu, que j’ai ri, admiré le travail de recherche(s) et la facilité avec laquelle ce roman se lit est en soi une prouesse car nous rendre le Moyen-Âge ainsi accessible, comme si cela se passait à notre époque quasiment en y mêlant de l’amour, de l’humour, une intrigue policière, des religieuses et des faits historiques ayant réellement existé, ce n’est plus une prouesse mais un livre de santé publique que tous les réfractaires à cette époque devraient lire, ainsi que les ados ! Bon, mais trêve de digressions et autres états d’âme, de quoi ça parle ???

L’action se situe à Alzey , petit bourg situé dans le Palatinat du Rhin (Allemagne aujourd’hui) en 1135 (je sais depuis toujours que Lydia a un faible pour les collections automne-hiver de cette époque) (elle enlève son hennin mais on voit bien la marque sur sa chevelure délicatement ondulée). Le livre s’ouvre sur les hurlements (en majuscules) de Dame Frénégonde, Dame apothicaire depuis la mort de son mari (l’époque de la peste et autres maladies décimaient des familles rapidement si on n’avait pas une santé de fer). Elle a une quarantaine d’années, est plutôt bien charpentée et costaud et ne s’en laisse pas remontrer. Elle a aussi un fils, Gottfried qui lui succèdera mais pour l’heure, il partage son temps entre l’échoppe et les roucoulades avec  sa promise…

Lydia Bonnaventure est donc une pro du Moyen-Âge, elle s’y promène en habituée, tape sur l’épaule de tout le monde avec une aisance déconcertante. Aussi quand elle prend le risque d’inclure Hildegarde Von Bingen, qu’elle adore et qui fut en son temps une religieuse bénédictine visionnaire, érudite aussi bien en littérature, musique qu’en pharmacopée (tiens, comme Frénégonde) c’est encore un pari osé mais qui se tient car la pauvre et frêle Hildegarde, emmenée à l’âge de huit ans au monastère, était la dixième d’une fratrie de dix enfants (et avait un « don »). Comme on ne connaît pas bien deux de ses frère et soeur,  l’auteure s’est engouffrée dans cette lacune historique pour créer Frénégonde et un autre frère qui arrivera plus tard dans le livre. Mêlant donc ainsi allègrement fiction et réalité avec un bonheur certain et absolument crédible ! Ha la scène où Frénégonde se prend une cuite avec une bourgeoise coincée… au monastère ! J’en ris encore !

Pour l’heure, Frénégonde est aux prises avec un jongleur-voleur qui lui a volé une  « chevrette », ces pots d’apothicaire qui possédaient pour la plupart un sceau en leur fond, attestant de la propriété de l’apothicaire et là Frénégonde voit rouge  et rugit un « PAR  SAINTE GAUBURGE «  retentissant qui réveille tout le quartier. Il faut dire qu’elle a une verdeur de langage parfois surprenante ! Les autres personnages sont pas mal non plus.

Je vous passe les rebondissements incessants qui font qu’on ne lâche pas le livre si je ne veux pas le déflorer plus avant pour vous laisser des surprises ! Mais Lydia est gourmande et l’on sait bien qu’à cette époque, hormis chez les Seigneurs, la classe moyenne se contentait de produits rustiques et simples. Mais bien cuisinés, elle a réussi à me faire saliver avec un poulet grillé aux carottes rôties, moi qui n’aime que très modérément les carôôttes ! Trop forte ! Et sans parler des pommes au four qui étaient un must !

Même quand elle parle en termes « Moyen-Âge » à son fils amoureux, on comprend et on sourit :

« Serais-tu en train de m’engigner ? Vas-tu me dire d’où tu sors avec cet air de coquebert ? » Page 26.

Vous trouverez en préface et postface la part de fiction et les évènements/personnages réels que Lydia a tenu à départager et malgré la fin qui ne laissait pas entrevoir de suite, après renseignements tombés comme par magie dans mon oreillette, il y en aura une, c’est O-BLI-GÉ comme hurlerait Frénégonde.

Mais ne vous méprenez pas sur ce « livre sans prétention » comme le qualifie humblement Lydia Bonnaventure, la fluidité du style, le sens de l’action, les dialogues percutants et la précision des faits historiques en font une petite pépite que je vous recommande chaudement….

FRÉNÉGONDE
Quand la fratrie s’emmêle de Lydia Bonnaventure, 161 pages, sorti en août 2016 par MON PETIT ÉDITEUR.

Vous pouvez l’acheter en librairie en le commandant à votre libraire préféré ou sur le site de l’éditeur, ICI !

Si vous êtes abonnés au site ou au blog de Lydia (qui quitte enfin CB pour WP (Les autres CB, là dans les rangs, prenez-en de la graine 😉 ), elle consacre régulièrement des articles avec photos sur les lieux du livre et je dois dire que cela a été un plus pour ma lecture.

LA TERRE QUI PENCHE de Carole Martinez

IMG_3796Depuis deux mois que je vous soûle bassine avec Carole Martinez, il était temps que je vous parle (au moins) de son dernier roman. C’est son absence dans le non-challaenge des pépites de Galéa qui m’a piqué aux fesses aiguillonnée ! Comment ? Personne ne l’a pépité ? Mais c’est inadmissible ! Je ne sais pas si ce billet sera objectif mais on s’en moque un peu, je ne suis pas sponsorisée hein ! Je vous livre ce que j’ai ressenti, mon émerveillement pour le style impeccable (c’est bien aussi les auteurs qui savent raconter des histoires ET écrire)… Dédicace à l’homme de Galéa qui avait été séduit par Dame Martinez lors de son passage à LGL… Lire la suite

LE DERNIER GARDIEN D’ELLIS ISLAND de Gaëlle Josse

Ceci est un montage fait par moi à partir de la couverture originale et d'une vue d'Ellis Island...

Ceci est un montage fait par moi à partir de la couverture originale et d’une vue d’Ellis Island…

C’est mon troisième livre de Gaëlle Josse et un énorme coup de coeur (pour différencier des battements accélérés ressentis jusque là) (ou l’échelle des coups de coeur). Non seulement j’ai trouvé la construction plus aboutie que dans  Nos vies désaccordées mais l’émotion plus palpable, vibrante même en regard de celle plus contenue des Heures silencieuses. Mais surtout, surtout, on sent l’auteure habitée par son personnage, ce « dernier gardien du Temple« , de « La Porte d’Or » que fut Ellis Island pendant la première moitié du XXème siècle pour nombre d’immigrants européens, flot de miséreux recrachés par les cales insanes de troisième classe des paquebots transatlantiques ou de cargos plus modestes. C’est un portrait d’homme qui m’a émue aux larmes, oui, moi qui ne pleure JAMAIS (ou très rarement). Vers les pages 35-40, j’ai (à ma grande surprise), senti une larme brûlante me piquer les yeux. Je n’en revenais pas ! (Je tiens à préciser que je vais bien mentalement, que je ne prends ni drogues, ni alcools et que cette larme inespérée est vraiment due aux mots de l’auteure à ce moment précis du livre, mais je ne dirais pas lequel, hé hé !). Lire la suite