FLASH INFOS – Lectures communes annulées…

Annulées en ce qui me concerne bien sûr, mais comme certaines se sont inscrites ici, je me devais de vous prévenir. Désolée de ne pas pouvoir tenir mes engagements ce mois-ci, mais comme certaines le savent, Les plumes de l’été m’ont bien occupées l’été et j’ai pris du retard dans mes lectures, privilégiant  les partenariats et un peu, les lectures plaisir.

Aussi, je voulais confirmer à Delphine (là je n’ai pu me procurer le livre à temps) que je ne participe pas à la LC du 22 août pour Un sang d’aquarelle.

Je n’aurais pas le temps de finir Les Années d’Annie Ernaux pour le 20 août, dans deux jours. Syl. de Thé, Lectures et Macarons m’a fait savoir qu’elle ne pouvait pas non plus. Le 20 août étant le jour de parution des textes pour Les plumes, je propose à une (ou plusieurs) participante(s) à cette LC de reprendre les liens de celles qui sont inscrites pour les noter dans leur billet à paraître ce jour là. Anne, des mots et des Notes ; Miss Bouquin Aix, notre Super Librarian’s books et Sév des Chroniques assidûes et j’oublie sûrement quelqu’un…qu’il ou elle me pardonne !

Pour Les faux-monnayeurs d’André Gide, il en sera certainement de même, mais George a répertorié cette LC sur son blog.

Merci de votre compréhension. Je ne peux pas, décemment participer en ayant survolé ces livres ou en les ayant lus à tout berzingue ! En septembre, tout rentre dans l’ordre… Promis !

FLASH INFOS : Qui veut voyager avec Sagan ?

 

J’ai prêté il y a quelques temps, « Sagan, le film » (version longue) à Sév des chroniques assidûes. Avant qu’elle ne me le renvoie, je voulais savoir si cela intéressait quequ’un, quelqu’une parmi vous de le visionner pour le plaisir ou dans le cadre du challenge organisé par George et Delphine.

Par ailleurs ayant déjà lu 5 livres (quatre chroniqués), je propose à qui le souhaite de faire voyager mes TRÈS vieux Poche (annotés en plus !!) et qui sont, par ordre de parution :

Bonjour Tristesse ;

Dans un mois, dans un an ;

Les merveilleux nuages ;

Des bleus à l’âme ;

Le lit défait (broché, France-Loisirs).

 Sagan aimait rouler, vite, l’idée que ses livres partent en vacances ne serait pas pour lui déplaire… Et puis lire Sagan est vraiment un moment de détente supplémentaire et vous permettra d’avancer dans le challenge…pour les aficionados, évidemment !!Françoise Sagan

SAGAN – LE FILM (Diane Kurys – 2008)

 Ma 5ème participation au Challenge Françoise Sagan, catégorie Big challenger.

ATTENTION SPOILER ! Ceux qui ne l’ont pas vu vont tout savoir, donc faites comme il vous plaira…. 

Dire que j’ai aimé ce film OUI, j’ai beaucoup aimé ! D’autant que, au lu des critiques mitigées vues ça et là je ne m’attendais pas à un tel choc ! Emotionnel bien sûr.

Voir Sagan, vieille et complètement désemparée (le mot est faible), elle qui haïssait la solitude, sa meilleure ennemie et la voir mourir vraiment seule, refusant, alors qu’elle agonise à l’hôpital de revoir son fils accouru exprès, était presque indécent quand on sait que la dame ne supportait ni la pitié, ni la solitude,  ni la vieillesse et la phrase du Général de Gaulle »La vieillesse est un naufrage » s’applique vraiment à ce passage du film… Quoique le naufrage avait déjà commencé bien avant, de même que l’entreprise de démolition de son capital santé dont elle se moquait éperdumment. Et cette pauvre Madame Lebreton, sa dernière femme à tout faire reste la seule à lui tenir la main et lui dire de ne pas avoir peur…elle qui avait dit plus tôt ne croire ni en Dieu, ni en la réincarnation. La vraie voix off de Sylvie Testud accompagne une grande partie du film sur une musique particulièrement bien choisie pour l’occasion et donne la touche littéraire qui est survolée mais sans cesse présente .

Le film commence avec cette image de la fin où un journaliste people essaie d’entrer au Breuil, sa villa de Normandie, elle est clouée dans un fauteuil roulant laissant à madame Lebreton le soin de chasser l’importun… Et on revient au début : ses relations amicales et tendres avec ses parents, sa soeur aînée Suzanne et son frère Jacques (l’excellent Guillaume Galienne) à qui elle annonce lors d’un dîner qu’elle vient de publier un roman, à la surprise générale. Le succès de Bonjour tristesse à 18 ans, comment Julliard repère le « filon » et supplante Plon de vitesse, la gloire rapide, les vrais amis qui s’installent dans sa vie et y resteront jusqu’à leur mort : Jacques Chazot, Florence Malraux (avec qui elle a été pensionnaire au Couvent des Oiseaux, ça c’est pas dit dans le film) et Bernard Frank ( le très bon Lionel Abelanski, celui de Dans un mois, dans un an ??) ami de toujours qui vivra aussi chez elle à plusieurs reprises. Mais Françoise Quoirez, rebaptisée Sagan pour faire plaisir à son père (comme la princesse de Sagan de « A la recherche du temps perdu » de Proust, bien sûr…ce n’est pas dans le film non plus) va s’habituer très vite à ce succès qui lui permet de s’offrir sa première Jaguar, de s’étourdir dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, entraînée en cela par son frère Jacques et sa petite bande de bons vivants. Elle boit déjà beaucoup mais sans réelle ivresse, du moins ça ne se voit pas ! L’accident de 1957 qui va la faire passer à un doigt de la mort est très bien restitué ainsi que son séjour convalescent où elle goûte au Palfium et où elle avoue que la dépendance va la suivre toute sa vie. Les années passent à toute vitesse, les plans s’enchaînent, la maison du Breuil achetée un 8 août 1958 à 8 heures du matin alors qu’elle vient de gagner 8 millions à la roulette en jouant le 8… Son départ pour l’Amérique où son livre bat des records de ventes, ici on voit le vrai document de New-York, sa rencontre avec son premier mari, Guy Schoeller ( Denis Podalydès, qui ne l’aime pas), son divorce trois ans plus tard.  Ses discussions avec Jacques Chazot sont savoureuses, elle aimerait qu’ils aient un enfant ensemble. Les flashes à l’hôtel Régina, le gros plan des visages rivés sur elle  font effectivement penser à Stardust Memories où Woody Allen fait aussi un plan sur la foule aux visages grossis et déformés qui semblent vouloir l’avaler dans un concert mêlé de louanges et d’hypocrisie mondaine.  Puis vient la rencontre (1962) avec son bel américain, Bob Westhoff qu’elle épouse au grand dam de tout son entourage qui lui prédit « le casse-pipe » assuré. Denis, son fils naîtra un an plus tard et elle dira « c’est comme si une branche de plus avait poussé à mon arbre », ce à quoi Jacques Chazot en répliquant lui demande s’il va falloir un pépiniériste !! Son mari repart avec un homme, elle ne le retient pas, trop libre elle-même pour aliéner les gens, malgré son angoisse morbide de la solitude. Les évènements de mai 68 en revanche ne sont presque pas retranscrits et vite survolés quant aux actions qu’elle a menées. Sa rencontre avec Peggy Roche (la très classe Jeanne Balibar) qui mourra avant elle se fait (il me semble) plus tôt que dans la chronologie de sa vie mais qu’importe après tout ? Sagan se serait moquée de ces petites tricheries avec le temps…

Les soirées avec Peggy sont de plus en plus arrosées et poudrées…  Lors d’un voyage avec François Mitterrand à Bogota, elle fait un sérieux malaise, mais veut continuer à vivre « comme ça » et qu’on ne vienne pas l’ennuyer, avec la drogue ou les problèmes d’argent qui pointent leur nez. C’est qu’elle donne tout Françoise dès qu’elle a deux sous, se refusant à thésauriser, à compter ; elle son boulot, c’est écrire. Mais voilà, dans les années 80-90 Sagan n’est plus à la mode, ses livres ne se vendent plus et elle est criblée de dettes, harcelée par le fisc et éclaboussée par le scandale de l’affaire ELF.  Après la mort de Peggy Roche, elle vivra avec Astrid (Arielle Dombasle qui fait du Dombasle), veuve de son riche et vieux mari, rencontrée à Bogota. Cette dernière rachètera aux enchères la maison du Breuil qui avait été saisie, continuant à lui servir sa méthadone et des rails de coke … à côté !! Avant de s’enfuir quand Françoise devient impotente et dépendante, pour quinze jours à Manille…et c’est au cours de ces quinze jours de solitude amère qu’elle mourra… (à 69 ans d’un problème pulmonaire).

UN PEU PLUS ??

Je n’apporterais rien de plus en disant que Sylvie Testud est magistrale, pas seulement dans la ressemblance. Elle a vraiment « étudié » le personnage, allant jusqu’à rencontrer  Jean-Pierre Scarpitta, un ami de Sagan qui l’a accompagnée les dix dernières années de sa vie. Donc il n’y a pas que le mimétisme physique qui trouble le spectateur mais une réelle empathie de l’actrice envers son aînée. Elle lui ressemble beaucoup plus à la fin qu’au début d’ailleurs où elle va jusqu’à jouer « faux » pour donner plus de crédibilité à la Sagan de 18 ans (jusqu’à 30 ans environ, cf. les bonus du DVD). La frénésie de tabac et d’alcool, et la cocaïne plus tard enveloppe tout le film d’un nuage de fumée artificielle certes mais nécessaire. Même dans les moments solitaires où elle écrit, une bouteille de whisky n’est jamais très loin. Qu’elle ait tenu jusqu’à 69 ans relève du miracle ! Les rapports avec son fils sont douloureux, écartelée entre son métier et son statut de  mère, d’un enfant qui va la décevoir, elle-même étant restée une enfant, ceci explique peut-être cela…Certains ont trouvé que la partie littéraire (on ne parle pas assez de ses oeuvres, pas toutes certes,  mais quand même !) était trop en retrait, peut-être mais dans ce cas il aurait fallu un documentaire ou une série, le titre parle lui même de ce qu’il a voulu montrer : une femme avant tout qui…écrivait. On ressent une immense tristesse à la fin de ce film, non pas pour le pseudo « gâchis » dont tout le monde a parlé, elle a choisi (après tout) de vivre ainsi,  en se brûlant au plus près de ses excès, s’oubliant en eux et par eux.  La tristesse suinte dans la façon dont elle finit, un cliché de tout ce qu’elle a exécré. Je trouve que ces derniers mots de Doris Lussier (Le célèbre Père Gédéon de la télé canadienne) auraient pu en partie être écrits pour elle : « La vraie mort ce n’est pas mourir, c’est perdre sa raison de vivre » et elle l’avait perdue depuis longtemps, alors je préfère cette dernière phrase qui lui va si bien, nous qui la lisons encore avec autant d’ardeur : » Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit, c’est un immortel qui commence ».

LE LIT DÉFAIT de Françoise Sagan (1977)

OU QUAND LE BONHEUR REJOINT LA PASSION…

 

 

 

 

 

 

Roman écrit en 1977, soit vingt ans après « Dans un mois, dans un an » d’où elle exhume deux personnages secondaires, Edouard Maligrasse et Béatrice Valmont mais en situant l’action cinq ans après leur rupture… Pour notre plus grand bonheur !

Edouard Maligrasse ne croit pas à sa chance quand le hasard le remet en présence de la « belle et violente » Béatrice et surtout s’étonne de l’aimer comme s’il n’avait pas souffert, prêt à endurer à nouveau les tourments que sait distiller la belle : jalousie, infidélité, indifférence affichée et assumée et j’en passe. L’action commence et finit dans une chambre aux draps bleus, aux rideaux bleus, à la moquette bleue, Béatrice dormant, le bras replié sous sa nuque sous l’oeil amoureux d’Edouard.

Il eût été ennuyeux de passer 300 pages dans cette chambre à regarder se prendre et se déprendre ce couple improbable au départ mais qui va gagner en densité au fil du récit. Et c’est mal connaître Sagan qui encore une fois, en profite pour laisser parler Françoise à la fois par la bouche d’Edouard qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau depuis qu’il est devenu un auteur de théâtre reconnu, « théâtre intellectuel » aux prises avec ses doutes quant à son talent en ce domaine et par celle de Béatrice, antipathique, énervante, capricieuse mais intelligente (elle a lu Proust, Paul Valéry et beaucoup de Série Noire) et qui sait se montrer attendrissante quelquefois…entre deux sorties mondaines obligatoires et deux amants facultatifs. Car c’est bien de théâtre dont il s’agit dans ce roman, le théâtre d’auteur,  et celui de  Béatrice, désormais célèbre actrice « de boulevard », deux mondes qui s’opposent mais se rejoignent dans les mêmes codes du snobisme parisien. Les deux « théâtre » en prennent pour leur grade : celui d’auteur où huit cents mondains s’ennuient en se pâmant comme les dix critiques accourus voir la dernière pièce à la mode, incompréhensible mais vitale pour alimenter les dîners en ville.  C’est Béatrice, sortie de rien, qui réhabilitera (un peu) ce théâtre de boulevard boudé de l’intelligentsia par son talent réel qu’elle découvrira,  mêlé à sa « vocation » d’actrice. Et chacun ne veut mélanger sa partie à celle de l’autre, en cela bien résumée par le triste Jolyet que l’on retrouve ici atteint d’un cancer en phase terminale, il fraternisera avec Edouard pour le « protéger » de Béatrice en disant à cette dernière : « Il y a une grande différence, c’est que toi, en jouant, tu cherches à t’oublier. Alors que lui, Edouard, en écrivant, il cherche à se trouver. De plus, toi (…), tu as des échos, des preuves immédiates de ton talent : les silences de la salle et ses bravos, tu as des plaisirs immédiats et physiques, sensuels même, qu’un écrivain n’a jamais. Sauf parfois, à l’aube, quand il a l’impression de découvrir ce qu’il savait déjà, mais c’est un plaisir abstrait et inconnu des autres. »

En se cherchant, le timide et un peu fade Edouard (malgré son charme), cherche aussi à garder Béatrice telle qu’elle est, libre, sensuelle, infidèle et féroce. Un jour, alors qu’elle le trompe une nouvelle fois, voici ce que l’auteure (Béatrice) en pense :  » Car c’était bien la seule circonstance où un homme et une femme se retrouvaient à égalité, puisque soumis à la même délicieuse nécessité : celle de se rejoindre. » Ce jeu du chat et la souris n’est ni blanc ni noir chez Sagan, mais tortueux, douloureux pour celui qui aime toujours plus que l’autre. Alors certes, Béatrice est théâtrale, ne sachant jamais quel « jeu » elle doit adapter à la situation mais la témérité, la persévérance et les ruses  d’Edouard, son amour sincère et gratuit (valeurs qui lui sont totalement inconnues) viendront à bout de sa carapace  surjouée.  Son succès mondial et l’argent qu’il gagnera ne seront peut-être pas tout à fait étrangers à cette reddition…L’amour aussi :  » (…) ; Edouard, abasourdi, chancelant de bonheur, pensa très vite qu’il ne pourrait jamais, au grand jamais, s’habituer à elle, ni par conséquent se déshabituer de l’aimer ».

MON SENTIMENT…

J’ai eu un peu peur au départ, au début de la passion réciproque (si si) des deux amants de m’ennuyer, et très vite, à l’image des bolides qu’elle affectionnait tant, Sagan nous entraîne dans le tourbillon parisien habituel, plus axé sur le monde du théâtre mais très intéressant en faisant même un clin d’oeil à « L’orage immobile », roman qu’elle ne publiera  qu’en 1983 et qui, dans le livre, est une pièce à succès… Enfin, quand les sentiments des deux amants terribles glissent vers le bonheur à deux et non plus à trois comme le concevait aisément Béatrice, ne se privant pas de tromper Edouard sous son nez, on y retrouve la Sagan des « Bleus à l’âme », elle s’épanche par la voix d’un des deux, certes, mais on sait qui nous parle et on aime entendre inlassablement cette petite musique qui décidémment n’arrive pas à rayer bien que le disque ait été mis plusieurs fois sous le vieux saphir… « Comme si la mémoire était, tout autant que l’intelligence, délibérement insoumise aux mouvements du coeur ».

Nota bene : ceci était ma quatrième participation dans le cadre du Challenge Françoise Sagan organisé par George et Delphine.

DES BLEUS A L’AME DE Françoise Sagan

Ma participation  à la lecture commune avec Delphine (moi) et Anne.

Et de trois ! Texte déjà paru chez Delphine (moi) ci-dessus…

C’est peut-être le livre le plus anxiogène et profond de l’auteure à cette époque donnée de son existence.

Dix-huit ans ont passé depuis Bonjour Tristesse et Sagan a 37 ans, le même âge que ses deux héros, Eléonore et Sébastien, qu’elle a fait revenir de leur Château en Suède, pas tout à fait par hasard…Livre écrit à l’ombre d’elle-même, penchée sur ses abîmes d’où elle tente de remonter. Elle y mettra un an avec une interruption de six mois dans l’écriture.

Au début, la forme du livre qui alterne un chapitre sur deux, le roman et ses confessions acides et douces-amères déstabilise le lecteur. « La petite musique » est grippée et elle-même tousse beaucoup pour retrouver « l’envie de » et échapper à l’ennui, son pire ennemi.

Sagan va nous raconter l’intimité avec ses héros en nous confiant l’intime de Françoise. Sagan est malmenée de tous côtés et veut réhabiliter Françoise. Et c’est dans le dernier chapitre, en rejoignant ses héros, qu’elle laissera enfin partir pour les rendre à leur douce vie de château, qu’elle retrouvera dans ce geste, on le devine, un équilibre provisoire car rien n’est jamais définitif avec elle, sauf la mort dont elle nous donne sa vision dès la page 6 : « La mort, je la vois de velours, gantée, noire et en tout cas, irrémédiable, absolue (…). Ma mort, c’est le moindre mal ».

Dans la partie roman, très brève, Eléonore et Sébastien, trop beaux et trop blonds, frère et sœur siamois jusqu’à l’osmose la plus troublante, inaccessibles au commun des mortels, ignorant et méprisant jusqu’à la notion de travail, incarnent une époque révolue. Désargentés et entretenus, ils donnent de leurs personnes à tour de rôle pour survivre. Ils sont gais, légers et mélancoliques, ils écument les soirées mondaines, jusqu’à l’amant de trop, celui d’Eléonore qui causera le suicide de leur meilleur ami. Et là, terminée l’escapade parisienne : un hasard bienvenu leur permettra de rentrer en Suède. Ils avaient des « principes » ces aristocrates bohémiens ! On sent Sagan à la fois triste et libérée de les quitter (car elle aime ses personnages), ce qui permettra à Françoise de tourner une page de sa vie.

Dans les chapitres-confessions, elle explique pourquoi « eux », héros de Château en Suède. Elle décrypte dès le début comment il lui faut leur donner vie à ces personnages, leur « faire faire quelque chose » qui tienne debout, elle prend le lecteur à témoin, elle tape du poing sur la table : elle en a marre d’être reconnue uniquement pour ses frasques, ses accidents de « tôle froissée », ses problèmes avec le fisc et cette société post-soixante-huit qui commence à devenir « correcte » l’ennuie profondément. La critique l’assassine, systématiquement, elle commencera ce livre en mars 1971, le lâchera pendant 6 mois avant de le terminer en avril 1972 et d’égratigner au passage d’une plume mordante ce qui lui fait mal ; la politique aussi y a droit : elle en a une prescience inouïe quant à son avenir : « Et tous ces crétins qui s’occupent du « peuple », qui parlent du « peuple, avec quelle touchante maladresse dans leur redingote de gauche, épuisante à la fin dans ce souci qu’elle nous donne, à nous qui haïssons la droite, de les défendre, d’empêcher qu’un fou furieux (ou un calme) n’en fasse vraiment -de cette misérable redingote- une loque impossible à mettre ».

Elle ne sort plus, refusant délibérément les invitations en tant « que Sagan », « La Sagan, comme ils disent en Italie ». Elle avoue quand même, que « ce masque » sous lequel on la réduit (vitesse, alcool, boîtes de nuit, mariages, divorces, Ferrari) lui a bien servi car il correspond à des évidences de sa nature profonde : « La vitesse, la mer, minuit, tout ce qui est éclatant, tout ce qui est noir, tout ce qui vous perd et donc vous permet de vous trouver ». Mais qu’il n’est pas incompatible d’être un écrivain sérieux avec toutes les affres que cela comporte (la solitude, la page blanche), de s’engager pour des causes justes ET d’avoir choisi le mode de vie tant décrié qui lui convenait. « Elle avait du recul donc de l’avance sur lui » fera-t-elle dire à Eléonore, petite phrase révélatrice de son propre cheminement…

Et comme dans chacun de ses livres que j’ai lus jusqu’à présent, elle reprend le titre, l’extrait de la p.89, n’est ni plus beau, ni plus déterminant qu’un autre mais reflète superbement l’atmosphère délétère du livre :« Ce ne sont pas les plages qui se dévident dans des décors de rêve, ce n’est pas le Club Méditerranée, ce ne sont pas les copains, c’est quelque chose de fragile, de précieux que l’on saccage délibérément ces temps-ci et que les chrétiens appellent « l’âme ». (…). Et cette âme, si nous n’y prenons pas garde, nous la retrouverons un jour devant nous, essoufflée, demandant grâce et pleine de bleus… Et ces bleus, sans doute, nous ne les aurons pas volés ».

Nous connaissons la suite, mais le passage où elle s’imagine en 2010, avec 74 ans au compteur et des petits-enfants ennuyeux, nous rappelle qu’elle nous a quittés bien trop tôt, qu’elle aurait fait une grand-mère « exquise», que ses lecteurs assidus attendraient impatiemment la sortie du « dernier Sagan » au lieu de ressentir cette infinie tristesse quand on ferme le livre en se disant: « Elle n’est plus là et elle nous manque »…

 

LES MERVEILLEUX NUAGES (1961) de Françoise SAGAN

 Ou l’histoire d’une passion dévastatrice jouée comme un thriller psychologiqueQuatre ans ont passé depuis « Dans un mois, dans un an » et nous retrouvons Josée, avec plaisir !

Mais que fait-elle ? Sur une plage de Key Largo en Floride, mariée à un américain ultra-beau ultra-white, et totalement névrosé ? Elle vit une passion, dans toute sa dimension exclusive, morbide et aliénante. Rien qui ne lui ressemble et elle le sait. Elle a la prescience qu’elle doit, qu’elle va quitter cet Alan, ivrogne à ses heures, riche et incapable de faire autre chose que l’aimer, la martyriser, jaloux de son passé, de tout ce qui peut la distraire de lui. « Mauvaise pièce, mauvais film, mais dont l’auteur ambitieux était son mari et elle ne pouvait s’empêcher de gémir avec lui devant son inévitable échec ».

Voilà, le ton est donné, nous savons que Josée veut se sortir de ce guêpier doré mais n’y parvient pas, mettant en avant comme « alibi », la fragilité psychologique d’Alan et surtout, elle se l’avoue sans l’admettre, un peu, à cause de cette irrépressible attirance qu’elle a de lui. Tout au long du livre, c’est « ni avec toi, ni sans toi ».

Au second chapitre, elle rencontre Bernard, le Bernard écrivain qui publie enfin son livre aux Etats-Unis et chouette, ça y est, on se dit, cette fois, elle va quitter Alan pour de bon. Mais non, Bernard, qui est son double au masculin jouera un rôle de tampon et de messager entre les amants terribles, la prévenant du drame qui couve au-dessus de sa vie. Elle n’en peut plus d’être « traitée non comme un être indépendant mais comme l’objet impuissant d’un amour maladif ». Elle reste en s’absentant, dédoublée et doublée par cette passion qui la submerge et l’étouffe.

Elle s’enfuira seule en Normandie, puis, Alan aidé de Bernard la retrouvera à Paris où ils fréquenteront les cercles parisiens chers à Josée. Le cœur n’y est plus pour elle, l’insouciance et la gaieté de sa jeunesse passée l’ont quittée et elle commence à trop boire, non pour l’oublier lui, mais oublier l’erreur qu’est devenue sa vie.

Il est trop tard et nous assisterons à la décomposition de ce couple maudit jusqu’au bout, elle le dit elle-même : « au cinéma non plus, elle ne savait pas partir avant la fin du film»…

Même la fin ne nous convainc pas : se quitteront-ils vraiment cette fois-ci, après qu’elle lui ait avoué l’avoir trompé avec un de ses ex ? Elle lui assure que cette fois « le jeu est fini ».

« Je voulais tout de toi, même le pire » dira-t-il, effondré et « ils restèrent longtemps ainsi l’un contre l’autre comme deux lutteurs exténués ».

Ces merveilleux nuages, titre du poème éponyme de Baudelaire résument très bien l’exclusivité folle de cet amour condamné à mourir  asphyxié, mais Sagan sait comme personne insuffler de l’oxygène quand on croit les personnages en état de catatonie avancée et sa petite musique, légère et obsédante, nous tient en haleine pendant 190 pages, délicieusement excédés , délicieusement envoûtés…

Dans un mois, dans un an de Françoise Sagan (1957)

 

 Challenge Françoise Sagan. ————————Livre déjà Chroniqué chez Delphine qui m’avait généreusement ouvert son blog quand j’étais SDB (Sans Domicile Blog). Pour ceux et celles qui ne l’auraient pas lu, il est toujours disponible !! Et il en sera ainsi pour les deux autres qui dorment encore au chaud chez elle… 

Dans un mois, dans un an est un court roman de 180 pages qui se lisent à toute vitesse malgré une certaine désuétude de l’expression et de la construction. On passe outre, parce que Sagan est incisive, toujours, qu’elle sent d’instinct là ou ça fait mal et que le fond, lui, n’a pas vieilli : on aime, on trompe, on boit, on vit.

Huis clos à sept personnages principaux construit comme une pièce de théâtre où les gens entrent en scène d’un chapitre à l’autre, doucement ou violemment.

Et la violence de la passion, impossible bien sûr, s’incarne dans le couple défait, retrouvé, redéfait par Josée, jeune fille oisive et riche qui dort « par curiosité » aux côtés d’un étudiant en médecine plutôt « bourrin » de prime abord et Bernard, trop marié à la trop fade et fidèle Nicole, qu’il n’aime plus, obsédé par Josée et son livre qu’il n’arrive plus à écrire.

Le couple-pivot du livre, Fanny et Alain Maligrasse qui tiennent salon tous les mercredis après-midi dans leur appartement germanopratin, ne sera pas épargné non plus. A cause de la passion dévorante que voue Alain à « la belle et violente » Béatrice, jeune starlette inconnue et dont les dents restent accrochées aux mollets de ceux qui peuvent servir son ambition. La cocasserie voudra que le neveu d’Alain, Edouard, archétype du provincial naïf, tombe lui aussi amoureux de la belle. Edouard y goûtera jusqu’à l’extase pendant que l’oncle sombrera dans l’alcool et ce, dans l’indifférence générale. Pendant que Fanny, sa douce épouse, blessée, humiliée, préfèrera le laisser se perdre plutôt que de le perdre complètement…

On s’attend, (on espère) à ce que Josée et Bernard finissent enfin ensemble, eux qui se savent « pareils », « il me ressemble, pensa-t-elle, il est de la même espèce que moi. J’aurais dû l’aimer » même si, comme ils le disent, ils sont « des exemples de vie mal faite », « de lâcheté honnête » et qu’ils s’octroient « de petites bassesses » pour se dédouaner de la médiocrité générale qui flotte sur la marmite des couples qui s’éternisent.

En conclusion, ce qui ressemble à un gentil marivaudage mondain devient, sous la plume de Sagan, le jeu cruel des amours éphémères et du hasard capricieux.

Un an plus tard, un mercredi de plus chez les Maligrasse, Bernard et Josée, debout dos au mur, conclueront le livre ainsi :
« Et dans l’ombre, elle lui prit la main et la serra un instant sans détourner les yeux vers lui.
– Josée, dit-il, ce n’est pas possible. Qu’avons-nous fait tous… ?… Que s’est-il passé ? Qu’est-ce que tout cela veut dire ?
– Il ne faut pas commencer à penser de cette manière, dit-elle tendrement, c’est à devenir fou. »
 Ainsi va la vie des héros de Françoise Sagan dans ce livre que j’ai beaucoup aimé. Ces héros sont attachants, légers, élégants, nous offrant un cocktail pétillant qui nous fait monter le rose au coeur… malgré un certain désenchantement propre à l’auteure.