MANDERLEY FOR EVER de Tatiana de Rosnay

IMG_2941J’ai lu cette biographie d’une traite (ou presque), comme un roman, à la fois fascinée et perplexe par la vie de Lady Browning – Daphné du Maurier. D’ailleurs je ressors de cette lecture avec des sentiments très mitigés sur cette romancière emblématique. D’elle je n’ai lu que Rebecca, j’ai abandonné L’auberge de la Jamaïque, pas continué La maison sur le rivage et actuellement je peine sur Le Bouc émissaire…mais ayant lu qu’il parlait de son histoire avec son mari, quand on a suivi les quelques bonheurs et les nombreux  chaos de son mariage dans cette biographie, on a envie de s’accrocher. Mais après cette lecture, j’ai envie de refaire des essais et de remettre certaines pièces du puzzle… Lire la suite

LA CITATION DU THURSDAY avec Claire Tomalin et Jane Austen…

Jane Austen (by Cassandra sa soeur)Je ne vais pas tarder à vous parler de cette biographie de Jane Austen, vraiment passionnante, je le ferai même sûrement en deux parties tant cette bio est foisonnante, aussi en attendant, un petit portrait de Jane, enfant :

« Jane Austen était une enfant coriace et peu sentimentale qui avait tendance à imaginer des situations scabreuses et confuses et pratiquait l’humour noir. Pour ce style d’humour féroce, elle trouvait l’inspiration dans les conversations qu’elle entendait et auxquelles elle participait sans doute parfois entre les élèves de ses parents qui sortaient de la chrysalide de l’enfance pour devenir de jeunes hommes. S’il lui arrivait d’être choquée en écoutant leurs propos, elle apprenait elle-même à choquer le autres en notant ce qu’elle observait. » p 49. Et oui shocking Jane Austen ! Mais pas que… Elle avait un sacré caractère !

Extrait de Jane Austen, passions discrètes de Claire Tomalin © 1997 et © 2000 pour l’édition française « Autrement »

Une participation pour le mois anglais de Lou et Titine

logo mois n=anglais chez lou et titine en juin 2013

Le jeudi citation, sur une idée de Chiffonnettelogo citation du jeudi

ELLE, PAR BONHEUR ET TOUJOURS NUE de Guy Goffette

elle par boheur de guy goffetteVoilà une parenthèse de deux heures qui a enchanté mon samedi. Quand c’est un poète comme Guy Goffette qui nous parle d’un peintre et de sa muse, la rencontre est d’une luminosité incomparable, servie par des mots qui ne le sont pas moins…

Il ne s’agit pas d’un tableau figé dans les ors d’un musée mais du portrait d’une femme, jeune et belle pour l’éternité, aimée par le peintre Pierre Bonnard pendant quarante-neuf ans. « Marthe, cent qurante-six fois peinte, Marthe, sept cent dix-sept fois croquée dans les carnets ». « Les larmes ont beau sécher, l’amour n’a pas de fin, et ce qui fut demeure dans la chambre à côté ».coeur chromo ana-rosa Lire la suite

LOU ANDREAS-SALOMÉ d’Isabelle Mons

J’ai juste deux mois de retard pour cette chronique et je m’excuse auprès de Babelio et des Editions Perrin qui m’ont adressé ce livre. Une fois n’est pas coutume, je vais vous citer le début de la très longue quatrième de couverture pour vous présenter Lou Andreas-Salomé, une femme qui a marqué la fin du XIXème et le début du XXème siècle :

 » Enfant de Russie, européenne dans l’âme, voyageuse au long cours, Lou Andreas-Salomé (1861-1937) fut tout à la fois muse, écrivain et psychanalyste, vivant de sa plume à une époque où cela ne se faisait pas. Auprès de Nietzche, rencontré en 1882, dont elle est l’indispensable disciple, Lou prend son envol. Chroniqueuse littéraire, elle fréquente l’avant-garde parisienne, viennoise et munichoise, écrit ses premiers ouvrages. Mariée, elle vit sa vie comme elle l’entend jusqu’au jour où elle croise le chemin de Rainer Maria Rilke, en 1897. S’ouvrent alors trois années de passion absolue entre la femme écrivain déjà célèbre et le poète ».

Nous en apprenons déjà beaucoup par ce résumé mais quand on sait que l’auteure est Docteur en littérature comparée et enseignante, qu’elle « consacre ses recherches à l’écriture féminine et au rapport de la littérature à l’art », vous comprendrez aisément que ce livre tient plus de l’essai destiné à des étudiants préparant une thèse qu’à la biographie romancée à laquelle je m’attendais ! En effet, en remontant à l’enfance en Russie et à l’impact qu’elle aura sur Lou sa vie durant, le ton clinique de l’analyse est donné puisque la fin de la vie de cette femme extraordinaire se conclura par sa rencontre avec Freud en 1911, se consacrant elle aussi à la psychanalyse, lui permettant d’approfondir le chemin parcouru, un chemin qu’elle a fait en femme libre, débarrassée des carcans sociaux de l’époque, vivant ses passions comme elle l’entendait. Mais en gardant la tête froide. « Elle vit dans l’indépendance le seul moyen de s’accomplir. Et pour elle, l’accomplissement était un développement et une évolution constante » p. 166.

L’évolution des sciences qui s’accélère à l’époque intéresse Lou par la liaison qui va s’opérer entre la médecine du corps et celle de l’âme,aboutissant sur une « science de la femme« . Bien que mariée à Friedich Carl Andreas à qui elle restera fidèle d’une certaine façon toute sa vie, Lou ne se contente pas des théories religieuses iranistes de son époux et continue de voyager, sa curiosité et sa soif de compréhension la portant toujours plus loin et surtout la menant vers sa propre vérité. L’épisode de sa passion avec Rilke pendant trois ans est plus intéressant que ses amours tourmentées avec Nietzsche. Rilke est de dix ans son cadet (environ), elle aura une emprise intellectuelle jusqu’à la fin de la vie du poète. Ce dernier restera marqué à vie par leur séjour en Russie, où ils expérimentèrent le « retour à la nature », dans l’esprit également du retour à la terre nourricière. Ce livre est joliment illustré en son centre par des photos, il comporte à la fin une cinquantaine de pages d’écrits de Lou (nous avons les rappels et des renvois de pages tout au long de notre lecture) mais ce genre de style, un peu compliqué a ralenti ma lecture :  » Lou Andreas-Salomé travaille avec Rilke à plus de sobriété dans l’expression ; en renvoyant une image hyperbolique de leur relation, il aspire à une vison sublimée de l’existence et de l’amour qu’elle lui porte.. Lorsque apparaissent les prémices d’une pensée esthétique liée à la quête de l’originel, Lou est simplement conquise. » p121. Affirmer que Lou était une cérébrale intellectualisant chaque phase de son existence est un euphémisme. Cet ouvrage très savant comporte également des inédits, notamment concernant les rapports, un temps ambigüs, de Lou avec le régime nazi, elle avait gommé toute trace de lointaines origines juives. Certes, sa rencontre avec Freud en 1911 est un aboutissement presque logique de l’existence de cette grande dame qui a fait, sans militer toutefois, beaucoup pour l’évolution et la reconnaissance de la condition féminine. C’était avant tout une théoricienne nourrie de philosophie, de mots et enfin de psychanalyse.

Un livre difficile pour qui, comme moi n’a pas un bac +10 mais très enrichissant sur la société des arts, des lettres et des sciences de l’époque. Pour un public exigeant… et rendre hommage à Isabelle Mons qui a accompli là un travail de titan !

Extrait d’un écrit de Lou sur l’Amour et plus particulièrement l’érotisme :  » L’érotisme occupe une position intermédiaire au sein des deux grands groupes de sentiments, l’égoïsme et l’altruisme. -pour le dire de manière moins équivoque : du rétrécissement, de la contraction de notre volonté individuelle jusqu’à la sécession, l’hostilité, ou de la dilatation par laquelle il s’intègre l’Autre (…). Pour se donner il faut pouvoir se posséder soi-même, et pour posséder il faut d’abord pouvoir recevoir des choses et des hommes ce qui ne peut pas s’acquérir par rapt, ce qui peut seulement être accueilli en présent, d’une âme ouverte. » p 315

Merci à Clément Vekeman des Editions Perrin et à Pierre de Babelio pour la coordination de cet envoi.

Lou Andreas-Salomé, Editions Perrin, 364 pages, © 2012, 23 €.

QUELQUES IMAGES DU LIVRE :

ci-contre, à g., l’enfance en Russie choyée par un père aimant. A dr., les fiançailles avec Friedich CarlAndreas.

Ci contre, à gauche : les années Rilke…

Et enfin ci-dessous les années psychanalyse avec Freud.

SAGAN ET FILS de Denis Westhoff

L’inconditionnelle de Sagan que je suis ne pouvait passer à côté de ce livre qui se revendique avant tout être le  « témoignage »  d’un fils, de ce « qu’il sait, ce dont il se souvient » de sa  célèbre mère. Ou comment, lui, Denis a vécu avec la « légende », qui était cette « légende » dans l’intimité. Lire la suite

SAGAN, UN CHAGRIN IMMOBILE de Pascal Louvrier

Ou quand Sagan traverse le mur de la légende, à fond la caisse pour faire exploser les clichés avec lesquels elle a dû composer sa vie entière. Une biographie coup de coeur !

Beaucoup de choses ont été déjà dites sur Sagan mais l’auteur nous prend par la main et semble nous dire : « comment cela a-t-il été dit » ? Cette biographie est si bien écrite que je ne savais plus par moments, qui de l’auteur ou de Sagan écrivait. C’est en appui chronologique sur son oeuvre que Pascal Louvrier nous raconte ce qu’il fallait lire entre les lignes de certains livres. Car c’est souvent là qu’on retrouvait Françoise. Le portrait est réaliste, enfin épuré du tapage que son simple nom évoquait. Les clichés y sont MAIS débarrassés de ce qui en faisait (justement) des clichés. La photo est nette ! Lire la suite

LA CITATION DU JEUDI AVEC SAGAN-LOUVRIER

Cela faisait longtemps que je ne vous avais parlé de Sagan ! Je viens de lire une biographie magnifique de Pascal Louvrier, intitulée « Un chagrin immobile » (en référence à Un orage immobile de Sagan), et ses mots à lui sont si proches de ceux de Sagan, que je voulais vous présenter cet extrait avant de vous parler du livre. Dans une biographie, souvent le biographe s’efface  (et se dilue) dans la vie de celui dont il parle, ici il y a un mimétisme surprenant. J’aime les mots de cet auteur et la façon dont il a su parler de Françoise comme de Sagan… Billet lundi (ou avant). Lire la suite

MASSE CRITIQUE DE BABELIO : ma promesse de livre !

Lou Andreas-Salomé par Mons

J’ai participé le 15 mai dernier à l’opération Masse Critique de Babélio et j’ai coché plein de livres (pas au hasard cette fois !), sachant qu’on n’en reçoit qu’un. Je sais déjà que je vais recevoir Lou Andréas-Salomé, une biographie d’Isabelle Mons sur cette femme fascinante, muse de Nietzsche et de Rilke, amie d’Anna Freud à la fin de sa vie ! Ce que j’ai lu sur sa vie ici et là est détonnant ! Femme libre avant l’heure, bohémienne dans l’âme, femme de lettres, je devrais me régaler ! Pour savoir ce qui s’est déjà dit sur ce livre, cliquez ICI ! Un grand merci à Babélio !

Ici et là…

L’INTRANQUILLE de Gérard Garouste avec Judith Perrignon

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Sous-titré : Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou

Gérard Garouste est un peintre de renommée internationale qui n’a plus rien à prouver, que l’on aime ou pas son oeuvre, ce livre écrit à la première personne par Judith Perrignon, ex journaliste à Libération est d’une justesse inouïe et disons-le, bouleversant de vérité. Il a voulu dans ce livre, raconter le fardeau qui a gâché sa vie en partie et qui n’est pas encore totalement réglé : la folie, ou comme il le dit, selon les époques, il a été « maniaco-dépressif ou bipolaire ». Mais aussi les secrets de famille entretenus par un père collabo pendant la guerre qui a aidé à spolier les juifs de leurs biens, violent en mots, « psychopathe » face à une mère effacée et geignarde qui n’a rien arrangé… « Mon père n’a pas pu être un héros, il a été un salaud ». Lire la suite

ZELDA de Jacques Tournier

© By Asphodèle

Pourquoi donc parle-t-on autant de Zelda Fitzgerald ces dernières années ? Depuis Alabama Song de Gilles Leroy, qui nous a mis l’eau à la bouche, avouons-le avec cette semi-fiction, Jacques Tournier, traducteur de Gatsby Le Magnifique, de Tendre est la nuit et de moultes nouvelles nous livre une biographie partielle mais juste et basée essentiellement sur la correspondance entretenue entre les deux époux tout au long de leur vie, correspondance que lui a remise leur fille  Frances dite Scottie (née en 1921) quelques mois avant de décéder d’un cancer en 1986. Je ne vais pas vous faire un parallèle entre les deux, ça n’a presque rien à voir, mais vous parler de ce que Jacques Tournier a extrait de cette correspondance passionnée. Cette femme connue pour ne pas avoir été reconnue en son temps, en tant que femme, en tant qu’écrivain, danseuse, peintre, méritait bien qu’on s’attarde sur son âme, qui a basculé très vite dans la folie mais qui gardait malgré tout une terrible lucidité. Si la schizophrénie avait pu se traiter à l’époque autrement que par des chocs d’insuline, qu’en aurait-il été ? En quittant Paris pour ne jamais revenir, voilà ce qu’a dit Scottie (entre autres)  à Jacques Tournier :  » Il faut que vous lisiez leurs lettres. Elles prouvent à quel point ils se sont aimés, avec quel courage, quelle constance, quelle compréhension mutuelle, d’un amour souvent déchiré mais intense. » « Déchiré » est un euphémisme…. Lire la suite

THE END and…Jim Morrison

Triste anniversaire que le 3 juillet dernier puisque cela faisait 40 ans déjà que the end sonnait pour l’ange maudit, génial et

décadent des Doors, l’inoubliable et irremplaçable Jim Morrison, mort à 27 ans,  fourbu  d’alcools et de drogues. En venant à Paris sur les traces de Fitzgerald et d’Hemingway qu’il affectionnait, il  a aussi mis ses pas dans leurs verres toujours pleins et bien d’autres substances, plaçant la poésie et la mort plus haut que tout. Il a trouvé les deux, les deux se sont entremêlées pour mieux nous raconter sa légende.

Alors je ne vais pas vous refaire l’histoire, puisque même les ombres qui planent encore autour de sa mort (d’un arrêt cardiaque (?), je crois que nous finissons tous ainsi ?) en laissent plus d’un dubitatif. Ce qui n’entame en rien l’aura  sulfureuse qu’il nous a laissée, la preuve par l’image, au Père Lachaise où il repose, sa tombe est toujours fleurie quelle que soit la période de l’année. Au sud-est du cimetière pas loin des allées jouxtant la 6ème Division dédiée aux Communards de 1848.

Mais si vous aimez les Doors, Jim et leur histoire, allez lire les billets fantastiques de LiliGalipette sur les trois ouvrages ci-dessous : Jim Morrison & The Doors d’Henry Diltz, Jim Morrison ailleurs de Sam Bernett et enfin Jim Morrison, poète du chaos de Frédéric Berttocchini. Ce sont de très beaux témoignages.

  Les trois ouvrages sus-cités par ordre de présentation.

 Et comme on ne peut pas se quitter comme ça, c’est The End aujourd’hui, comme ça l’a été à l’annonce de sa disparition pour beaucoup d’entre nous. Vous noterez sur cette vidéo qu’il était un peu « fatigué » et si vous regardez celle où il est barbu, vous aurez un choc, il avait pris 50 kilos ! The end…

CARGO VIE de Pascal de Duve

Pour ne pas oublier ceux que le SIDA a emporté trop tôt et qui, comme cet auteur, décédé à 29 ans, en 1993, n’ont pas eu le temps de terminer une oeuvre ou de réaliser  leurs rêves…

SUR L’AUTEUR

Pascal de Duve est un écrivain belge né à Anvers le 5 février 1964, mort à Paris, à l’âge de 29 ans, le 16 avril 1993, il y a bientôt juste dix-huit ans. Il quitte la Belgique en 1987 pour enseigner la philosophie à Paris, bien que sinologue au départ et diplômé également  en égyptologie. Son premier roman, IZO connaît un succès mondial immédiat. (Source Wikipédia, abrégé).

Son deuxième opus, Cargo Vie paraît en 1993, il l’a écrit du 28 mai 1992 au au 22 juin de la même année, se sachant condamné à court terme et l’intitulera également « Vingt-six jours du crépuscule flamboyant d’un jeune homme passionné ».

SUR LE LIVRE

Petit livre de 116 pages qui se lisent comme un journal de bord, chargé d’émotions, de pudeur et de rage éparpillées en notes  de ce jeune homme intelligent et sensible qui avance vers la mort et nous conte une partie de sa dernière histoire d’amour avec un certain E. à qui va son mépris de l’avoir quitté dès l’annonce de sa maladie, s’adressant à Dieu, aux siens et à lui-même dans ce dernier voyage dans « l’Espace-Temps » qu’il sait privé d’avenir.

Il embarque le 28 mai sur un cargo mixte, un « bananier » à destination des Antilles et retour au Havre. « Ce n’était pas un voyage comme les autres, c’était mon voyage unique, dans l’espace et dans le temps ». Il emmène avec lui la Bible, le Coran et un recueil de nouvelles de Stefan Zweig pour « s’évader ».

Voyage d’apprentissage avec la mort, apprendre à la tutoyer comme il le dit, déverser ses rancoeurs mais aussi dans cette souffrance physique qui l’accompagne chaque jour, rendre à la vie, toute sa beauté. « Je me livre à la mer pour combattre l’amer (…) ».

Et il en est ainsi durant ses confessions, sa brûlure de ne plus vouloir aimer après avoir été la victime de l’amour inconscient et non protégé  : « Je ne serai jamais un « héros » taché de sang. Tout au plus aurais-je eu l’occasion d’exercer mon courage grâce à un sang taché ». Mais aussi en s’adressant à E., ce dernier homme qui l’a quitté en le sachant atteint : »E., sous les gants de ton mutisme honteux, tu as les mains sales ».

Il essaie de se détacher du monde dans ce Cargo encore plein de vie, de turbulences et de marins. Invariablement tout le ramène à la vie et à la foi (on adhère ou pas sur ce chapitre…) où ils sont trois « passagers » seulement, chacun avec leur cheminement. Ce qui le fait se positionner entre la jeunesse et la vieillesse ainsi : « Et puis, il y a moi, jeune et vieux à la fois, synthèse trinitaire parfaite. (…); et jeune je pense l’être par la vie , en moi d’une espérance : celle de vivre de plus en plus intensément  l’épilogue de mon existence. »

Pour conclure sur cet ouvrage émouvant, d’autant qu’écrit aux débuts de la connaissance du VIH, je laisserai la parole à l’auteur en citant cet extrait de la page 96 :  « Sida mon amour. » Comment oser ce cri passionné ?  Si je n’étais que « banalement  » séro-positif, jamais je ne me serais permis ce qui eût été de l’indécence ; jamais je ne me serais arrogé le droit de proférer ce qui eût été une insulte aux personnes atteintes. Mais voilà, je suis à un stade avancé de la maladie, je connais ses souffrances physiques et morales. Et c’est ainsi que la provocation devient espoir . Frères et soeurs d’infortune, ne négligez pas de puiser dans les ressources  qu’offre cette maladie à votre sensibilité. Ouvrez les yeux pour vous émerveiller des grandes choses et surtout des petites, toutes celles dont ceux que la Mort ne courtise pas encore, ceux pour qui la Mort est lointaine et abstraite ne peuvent véritablement jouir comme nous le pouvons. Sidéens de tous les pays, grisons-nous de ce privilège,  pour mieux combattre nos souffrances que je ne veux nullement minimiser. »

Et la dernière phrase est une citation de Nietzsche : » Je t’aime, Ô Eternité ! »

Livre de vie et de mort certes, mais à remettre entre les mains des « très jeunes » qui oublient souvent de se protéger lors de soirées arrosées et pour combattre l’indifférence dans laquelle tend à tomber cette « saloperie » malgré le Sidaction et autres mises en garde, banalisées…

L’irrégulière ou mon itinéraire Chanel d’Edmonde Charles-Roux

OU LA BIOGRAPHIE DE COCO CHANEL LA MIEUX DOCUMENTÉE…

« Coudre, c’est finalement refaire un monde sans coutures… »Roland Barthes (citation du deuxième épilogue de L’irrégulière).

Et un grand bravo à Edmonde Charles-Roux qui retrace ici presqu’un siècle d’Histoire avec celle de Gabrielle Chanel, après avoir accompli un travail de fourmi auprès d’elle, à démêler le vrai du faux, les mensonges, tout ce que Chanel a toujours voulu cacher sans y parvenir vraiment. Ce livre (paru après son décès en 1971) l’a rattrapée et nous en brosse un portrait de femme, magistral de courage, auréolé de mystères et enfin,  dépassé par sa légende…

Ce « pavé » de 654 pages (dans ma vieille version poche) est idéal pour exalter vos vacances, sous l’écriture fluide mais non moins rigoureuse d’Edmonde Charles-Roux. Malgré quelques longueurs, il se lit comme un roman d’aventures puisque la vie de Chanel n’a été faite que d’aventures, heureuses, grandioses et pitoyables mais qui l’ont menées là où l’on sait… et ce n’était pas gagné !

Gabrielle Chanel naît le 19 août 1883 à Saumur, quasiment dans le ruisseau d’un père cévenol, camelot de son état, volage et instable et d’une mère épuisée par les grossesses , fourbue de suivre cet homme qui ne l’a pas épousée. Elle mourra de tuberculose et de misère à 32 ans, laissant Gabrielle orpheline à 13 ans. Son père, dépassé, les abandonnera, sa soeur cadette et elle, très vite dans un orphelinat corrézien, puis elle connaîtra le pensionnat des chanoinesses de Moulins où elle apprendra la couture. Le sarrau noir qu’elle portait lui inspirera plus tard, en 1926, la fameuse « petite robe noire ». Elle est plutôt jolie et va se retrouver « poseuse » dans un beuglant de Moulins, ville de garnison où elle poussera la chansonnette et « Qui a vu Coco dans le Trocadéro » ne la consacrera pas comme chanteuse mais elle y gagnera son surnom. Repérée par le châtelain Balsan qui lui ouvre les portes de son château et de ses draps, elle commence l’apprentissage de la vie « d’irrégulière », de femme entretenue, celle que l’on n’épouse pas mais qui revendiquera toujours sa liberté malgré cette blessure qui la poursuivra tout au long de sa longue vie. Elle rencontrera chez Balsan,  son seul grand amour, Arthur Capel, dit Boy, d’origine anglaise, ils auront une liaison de huit ans et il ne l’épousera pas non plus, préférant suivre les consignes paternelles et ne pas se mésallier. Mais jamais il ne l’abandonnera et lui prêtera l’argent nécessaire pour acheter son premier atelier du 21, rue Cambon, puis sa boutique à Deauville où elle vend des chapeaux, découvre le jersey et commence à « exploser », aidée de sa soeur, ses nièces pour modèles. En trois ans, elle remboursera Boy.

S’ensuivront les années folles, les rencontres marquantes avec le poète Reverdy (encore un amour qui finira platonique et épistolaire), Jean Cocteau, Diaghilev, Stravinsky, Colette, Picasso et sa chère amie Misia Sert qui lui sera fidèle jusqu’à la mort. Car elle s’est sentie trahie plus d’une fois, la petite Gabrielle et la grande Chanel, abandonnée, humiliée. Mais à chaque fois, elle a opté pour transformer ces humiliations en or, celui qu’elle avait dans ses doigts sans cesse en mouvement. L’âge d’or durera jusqu’à la guerre 1940-45 où là, erreur ! Elle ferme sa boutique de la rue Cambon, licencie tous ses employés et s’installe au Ritz. Elle aurait joué un rôle dans l’Opération Modelhut, initiée par Churchill et De Gaulle,  s’improvisant en Mata-Hari trompe-la-mort ! Mais elle va avoir une relation plus que douteuse avec un officier allemand, Hans Gunter Von D.. A la Libération, décrédibilisée, elle s’exilera en Suisse jusqu’en 1953. Morte Chanel ? Que nenni. Tel un phénix qui renaît de ses cendres, elle rouvre le 21 rue Cambon et dirige son empire de main de maître. Sans jamais entrer en Bourse, gardant peut-être de ses origines paysannes le concept que l’or se garde sous les matelas… L’Amérique qui l’a déjà consacrée dès 1929 en la faisant venir pour habiller Marlène Dietrich ou Greta Garbo dans différents films se précipite à nouveau dans ses boutiques et ses petits tailleurs portés par Jackie Kennedy ou le N°5 par Marilyn Monroe la consacreront définitivement.

Certes, elle a payé cette réussite, elle est toujours restée cette « irrégulière » qui n’aimait pas les autres femmes dont elle était jalouse mais les a libérées de leur corset. Coléreuse, excessive mais généreuse, elle jouait souvent les mécènes auprès d’artistes, refusant que son nom soit cité. Féministe avant l’heure et surtout malgré elle, habituée à la discipline, à l’exigence dès son plus jeune âge, elle ne faillira pas en grandissant, puis en vieillissant. Elle s’éteindra seule, dans une chambre du Ritz où elle vivait depuis trente ans, un dimanche de 1971 à presque 90 ans…

Le regard distancié de l’auteure qui traque ses qualités et ses failles lève le voile sur ce mystère qu’elle a entretenu sa vie durant pour cacher ses origines. Ce livre se lit agréablement et j’avoue en avoir appris autant sur Chanel que sur les différentes époques du siècle dernier. Et malgré quelques « longueurs », nous passons outre et nous laissons vite embarquer dans cette histoire où la réalité dépasse souvent la fiction.

SUR L’AUTEURE, un peu quand même !

Grande dame s’il en est, Edmonde Charles-Roux, née en 1920 se fera remarquer tout d’abord comme infirmière pendant la guerre 40 où elle entre en résistance. Bardée de médailles, elle rejoint la vie « civile » en 1948 pour être journaliste à Vogue Paris jusqu’en 1966 où elle quitte le magazine après avoir fait « scandale », en voulant mettre à la une un portrait de femme de couleur… Trois mois plus tard son premier roman « Oublier Palerme  » est publié et elle obtiendra le Goncourt. Sa carrière littéraire est lancée. Elle est aujourd’hui Présidente de l’Association pour le soutien de la Maison Elsa Triolet-Aragon au Moulin de Villeneuve à Saint-Arnoult-en-Yvelines. En 2010, une médaille de Commandeur de la Légion d’Honneur est venue s’ajouter à celles déjà nombreuses qui ont consacré sa « carrière militaire »… (Source Wikipédia, abrégée..)