L’ÉTRANGER de Jacques Ferrandez – BD d’après le roman d’Albert Camus

etranger couv(1)BD lue dans le cadre de l’opération Price Minister : La BD fait son festival en partenariat avec le Festival d’Angoulême, il était temps que je vous dise ce que j’en ai pensé ! J’en profite pour participer aux mercredis-BD de Mango !

Il s’agit de l’adaptation en BD du roman d’Albert Camus. Son personnage, Meursault est célèbre pour son indifférence au monde qui l’entoure. Le roman de Camus s’ouvre sur la non moins célèbre phrase : « Aujourd’hui, maman est morte. » ; il fallait donc insérer cette phrase dans un dialogue qui ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe. L’auteur a bien trouvé le moment : quand Meursault se rend en autobus à la maison de retraite où l’attend la dépouille de sa mère, il profite de ce voyage long et morose pour lui faire prononcer l’indispensable incipit.etranger maman est morte Ce matin(1)Meursault ne pleurera pas à l’enterrement de sa mère. Meursault va tuer un jeune kabyle sur une plage et sera condamné à mort. Meursault est indifférent à tout cela car il est un être profondément anti-social, il suit son instinct et refuse de mentir sur ce qu’il ne ressent pas. Il travaille, a une vie  amoureuse mais il semble à peine effleuré par ce qui lui arrive, hermétique. Il ne se force pas …(l’Absurde déjà qui pointe son nez dans l’oeuvre de Camus).IMG-20140426-03923(1)Quel sera le verdict du jury ? Jugera-t-il l’acte en lui même ou l’homme qui n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère ? Beaucoup d’entre vous connaissent la réponse…

C’est un roman de jeunesse de Camus sur la jeunesse. Or Meursault n’y est jamais décrit physiquement. C’était donc un sacré pari pour l’auteur de lui donner un visage, une posture. Il a choisi d’en faire un homme d’une trentaine d’années, l’âge de Camus quand il l’a écrit et c’est très réussi !

Meurseault vu par Fernandez... je trouve qu'il a des faux airs de Camus...

Meursault vu par Jacques Fernandez… je trouve qu’il a des faux airs de Camus…

Dès le départ avec la planche d’Alger intra-muros, j’ai retrouvé l’ambiance du livre, Alger, la ville blanche et haute en couleurs si chère au coeur de Camus malgré les fracas de la guerre qui ont suivi.

La BD s'ouvre sur cette grande planche superbe !

La BD s’ouvre sur cette grande planche superbe !

Et puis dans celle de la plage, les tonalités chaudes,  écrasées de soleil comme peuvent l’être les plages algéroises. L’ambiance à la fois nonchalante d’une vie au soleil et les premiers nuages qui vont assombrir l’histoire, tout y est. On y retrouve également des accents de Noces très troublants (autre opus poétique de Camus) et j’ai trouvé ça très fort !etranger Alger environs(1)(1)Moi qui ne suis pas vraiment BD (vous l’aurez remarqué), j’ai beaucoup aimé celle-ci, la lectures des bulles est lisible, le roman est parfaitement restitué, c’est une réussite et si vous avez aimé le roman, je vous la conseille vivement ! Car au-delà de la retranscription fidèle de l’oeuvre de Camus, Jacques Ferrandez a su saisir l’atmosphère, quelque chose de l’âme du roman qui m’a conquise.

Je remercie Price Minister pour ce partenariat…et m’excuse du retard pris pour la rédaction de cette chronique !bd pm festival

C’était ma BD du mercredi chez Mango !Logo BD Mango Noir

L’ENFANCE D’ALAN d’Emmanuel Guibert (d’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope)

enfance alan couvUne BD très particulière que m’a envoyé ma korrigane d’amour préférée (et qui nous manque terriblement) il y a deux mois maintenant et, bien qu’elle m’ait infiniment plu, je ne savais trop comment en parler, vous savez que je ne suis pas spécialiste en la matière ! Lire la suite

Price Minister nous offre des bulles !

Pas des bulles de champagne ! Comme pour les Matchs de la Rentrée Littéraire, Price Minister renouvelle son opération mais avec les bandes dessinées présentées au Festival d’Angoulême ! Je suis la filleule de Syl., vous pouvez lire la procédure en suivant le lien ci-dessous :

http://www.priceminister.com/blog/priceminister-fete-la-bd-6941

logo BD chez PMJ’ai choisi Quai d’Orsay, ce qui va me faire renouer un peu avec la BD… Si vous aimez la sélection proposée alors n’hésitez pas, vous devrez une critique en l’échange de la BD.

LES LARMES DE L’ASSASSIN, de Thierry Murat, librement adapté du roman de Anne-Laure Bondoux.

Pour une fois que je lis une bonne B.D, tout au moins une B.D. qui m’a plu, je vous en parle ! Voici ce qu’Anne-Laure Bondoux dit de Thierry Murat en préambule : «  J’ai aimé sa palette de couleurs, le rythme qu’il a donné à l’histoire, l’expressivité des visages et des silhouettes, les grandes images sépia (…), en piochant certaines de mes phrases pour les mêler aux siennes. L’équilibre m’a paru sonner juste : j’entendais ma voix, mais elle était devenue la sienne, et l’histoire s’en trouvait augmentée, enrichie.« 

Je n’ai pas lu le roman éponyme mais quelle histoire triste. Nous sommes en 1934, dans le sud du Chili, en Patagonie, dans un bout du monde battu par les vents venus d’un océan Pacifique austral et hostile, tout y est sec et désolé. Un petit garçon entre 6 et 10 ans (son âge est un mystère…) y pousse à l’abandon sous le regard indifférent de ses parents : « Un jour, un poète de passage m’avait comparé à une graine plantée là, condamnée à ne jamais donner de fleurs. »

Et puis, surgi de nulle part, arrive Angel, un meurtrier recherché par toutes les polices du pays, qui sous les yeux de l’enfant va tuer ses parents et lui demander de le considérer (plus ou moins) comme son père… Le temps passe, l’enfant s’habitue à vivre avec Angel, sans se poser alors vraiment de questions. Les bouts du monde fascinent, c’est bien connu ; Luis, un jeune bourgeois aisé échoue là au lieu de faire le tour du monde promis à ses parents. « Pas toujours facile de tenir ses promesses« , confie-t-il à l’enfant. Ce dernier va découvrir les livres, va vouloir apprendre à écrire, il saura même écrire « larme » en voyant Angel pleurer (discrètement)… Pendant qu’une rivalité larvée naît entre les deux hommes…

Ces trois là ont trouvé un équilibre pour vivre ensemble, en s’aimant un peu, surtout dans les non-dits. La civilisation va les rattraper quand, à court de vivres, il leur faut se rendre à la foire de Punta Arenas racheter des chèvres, des poules…de quoi survivre un hiver. Mais voilà, un assassin peut-il indéfiniment vagabonder, soustrait à la Justice ? Luis va-t-il résister aux sirènes de l’amour et après tout quel âge a vraiment Angel ? Qui était réellement son père ?

Les vignettes ici, ondulent sous nos yeux comme la foule et les moutons mis en miroir. Punta Arenas en 1930, couleur sépia est magnifique.

Toutes ces questions accumulées au long une enfance si particulière vont remonter en surface à l’âge d’homme et Paolo va écrire son histoire, en partie … Y trouvera-t-il les réponses qu’il cherche ?  » Je viens du bout du monde et je cherche encore ma vérité, un miroir que j’aurais perdu ». Un très bon moment pour ces 120 pages lues en une demi-heure et sur lesquelles on se retourne pour chercher celle où l’assassin a pleuré…!

Je voudrais bien participer aux mercredis en BD de Mango mais à l’heure où j’écris ce billet je n’ai pas les liens ni le logo, c’est ma première fois ! J’ajouterai dans la journée !

PICO LOVE de Pico Bogue

Je ne suis pas une grande liseuse de BD mais quand on m’en offre une aussi adorable que Pico, j’en parle ! Un grand merci à mon amie Somaja pour ce cadeau  ! J’ai souri même ri du début à la fin

Pico Love nous parle d’un petit garçon roux étonnamment lucide face au monde qui l’entoure. Dans les saynètes présentées ici, nous voyons ses réactions d’une logique imparable et drôle face à  celles des adultes qui pour le coup, semblent absurdes. Que ce soit à l’école avec ses deux copains, à l’école avec ses professeurs, à la maison avec ses parents ou face à Lucie, son rêve d’amour, il nous régale de réflexions logiques pour lui mais « étranges » pour ceux qui l’écoutent… Ou qui le prennent au mot et s’ensuivent alors des situations décalées… Lire la suite

LE FOND DU BOCAL par Nicolas Poupon

Mais quelle idée de faire réfléchir et parler des poissons rouges ? Enfin un livre avec des images, une BD  qui me parle ! Et m’a fait sourire… Ce n’est pas tous les jours avec ce genre de lecture, il fallait le souligner ! Dans ce Tome I, (il y en a cinq qui suivent), nous faisons connaissance avec l’univers « intelligent » de poissons rouges qui méditent à la fois de l’intérieur du bocal mais aussi sur ce qui se passe à l’extérieur. Ils sont certes « agités du bocal », engagés de temps en temps, toujours drôles. Les dessins sont bien croqués, le texte lisible, et ils  collent à la réalité, on en oublie que ce sont des poissons, d’ailleurs…Les réflexions sont générales, pertinentes, pleines d’humour et d’auto-dérision sur les choses de ce monde.  Pour commencer, une image des poissons rouges parisiens :

 » A Paris, le bocal est au prix de la rivière »…  Lire la suite

PURGATOIRE de Chabouté

Vous connaissez mon attirance pour les BD ? En fait je m’y mets doucement, au hasard de ce qu’une amie m’amène de la médiathèque. Là c’est un titre de l’auteur que je n’avais pas demandé mais ce devait être le « Chabouté » qui restait. Avec un titre pareil, on devine que ce n’est pas d’une folle gaieté. Mais à ce point…

C’est l’histoire d’un trentenaire (d’après les dessins) qui vient d’hériter une grande maison d’une tante inconnue. Il téléphone à un pote pour lui raconter l’aventure, il s’installe enfin à son compte, auto-entrepreneur, bref la vie lui sourit enfin.

Lui reste à signer les papiers chez son assureur pour la maison. Et là, patatras, les ennuis commencent. Déjà l’assureur et sa secrétaire ont des têtes de vieux beurre rance qui grésille dans la poêle de l’escroquerie. Avant qu’il n’ait signé, la maison brûle, il est sauvé in extremis par un pompier super-héros. Et l’effet domino de ce premier pépin va le jeter à la rue, dans l’indifférence d’une administration toute puissante, il va côtoyer les SDF, jusqu’à en devenir un, jusqu’à la fin sordide qui nous laisse perplexe. Meurt-il en se posant la question « je croyais qu’on voyait défiler notre vie avant de mourir, moi je n’ai rien vu » ? Visiblement, il y a un Tome 2.

Les dessins sont très explicites, très noirs, on voit pousser jusqu’aux poils de sa barbe de mal lavé qui perd tout seconde après minute, les expressions sont éloquentes, j’avoue cependant que ces lectures ne me passionnent pas. Si Mafalda m’avait enchantée avec ses réflexions sur le monde en général, là j’ai compati au malheur du héros sans trop y croire… Un peu caricatural même si cette réalité existe (hélas) bel et bien. Mais l’ambiance sinistre est très bien restituée. A ne pas lire si vous avez le moral dans les chaussettes…

Purgatoire, Chabouté, 2003. Editions Vents d’Ouest. 64 pages

MAFALDA, c’est ma copine !

LE MONDE de MAFALDA par QUINO, Tome 5.

Vous connaissez mon peu de goût pour les BD, il fallait donc bien remédier à cette carence et commencer un jour. Piano, piano… Delphine (encore elle) m’a donné l’envie de (re)découvrir cette petite fille, créée dans les années 60 par Quino et terriblement actuelle.

Le Monde de Mafalda (1982) est encore  hélas , celui d’aujourd’hui.

Mafalda, petite argentine révoltée, lucide et sans trop d’illusions est toujours en quête de vérité, questionne les gens qui l’entoure, réagit selon son coeur et me paraît plus proche d’une adulte que d’une enfant.

J’ai particulièrement souri quand elle questionne sa mère ( p.13) sur l’âge auquel on est « vieux », que celle-ci lui répond qu’il suffit « de garder l’esprit jeune » et que Mafalda lui rétorque : « Oui, mais l’esprit, à quel âge commence-t-il à avoir besoin de maquillage ? »

Après avoir regardé les infos « internationales », dépitée, elle se tourne vers un globe terrestre et lui lance : « Si tu avais un foie, tu parles d’une hépatite, hein ? ». Il y a des amis caricaturés autour d’elle, tel Manolo, le petit « bourge » capitaliste qu’elle remet en place, son cousin Felipe, doux rêveur qui a peur de « ne pas se plaire » s’il grandit trop vite, et ainsi de suite. 

Le monde n’a pas vraiment changé, ni l’actualité depuis la parution de cette BD et si vous ne la connaissez pas encore, (ça m’étonnerait !!), courez vite la découvrir et n’hésitez pas à la présenter à vos enfants… Ces bulles de la page 23 en témoignent encore :  Mafalda, derrière une vitre où une mouche se cogne lui lit le journal en énumérant la liste de catastrophes du jour (on peut aisément les transposer à ce jour) et crie à la mouche :  » Avec tout ça, tu veux encore sortir ? »…

N’y connaissant pas grand-chose en graphisme, j’ai noté que les enfants avaient une bouille bien ronde, au contraire de certains adultes dont le visage s’allonge en vieillissant, comme le nez de Pinocchio quand il ment… Faut-il y voir un symbole de plus ?

A consommer sans modération…