Jeudi poésie avec Alejandra Pizarnic


Logo du jeudi poésie pour présentation d'un poète.

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Le mois espagnol bat son plein chez Sharon, après la cuisine dimanche, direction l’Argentine  pour vous faire découvrir Alejandra Pizarnic, née en 1936 (dans une famille juive polonaise qui avait fui le Nazisme) et morte à 36 ans par suicide supposé. Une poétesse reconnue de son vivant en Argentine et dans le monde hispanophone. Prisonnière de son mal de vivre, elle n’a qu’une nudité crue à donner, celle de son âme tourmentée. Le brillant site « Esprits Nomades », en parle merveilleusement bien, même si l’article est long, il a le mérite d’être complet… Pour ceux et celles qui seraient intéressés, c’est PAR ICI… Ne présenter qu’un seul poème de cette auteure alors qu’elle a écrit sa vie dans chaque poème ou dans son journal est un peu réducteur, c’est pour cela que je vous mets le lien vers Esprits Nomades (il y a d’autres sites qui en parlent…).

Ont poétisé avec moi aujourd’hui mes fidèles amis de la poésie :

Celle des yeux ouvertsa alejandra 2

la vie joue dans le jardin
avec l’être que je ne fus jamais

et je suis là

danse pensée
sur la corde de mon sourire

et tous disent ça s’est passé et se passe

ça va passer
ça va passer
mon cœur
ouvre la fenêtre

vie
je suis là

ma vie
mon sang seul et transi
percute contre le monde

mais je veux me savoir vivante
mais je ne veux pas parler
de la mort
ni de ses mains étranges.

© Alejandra Pizarnic (Œuvre poétique © Actes Sud 2005, La dernière innocence (1956)AlejandraPizarnik1 crédit photo inconnulogo mois espagnol de sharon

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59 réflexions au sujet de « Jeudi poésie avec Alejandra Pizarnic »

  1. Alejandra Pizarnic…. voici une dame poétesse que je ne connaissais pas. Merci Asphodèle d’avoir permis cette belle rencontre avec laquelle, comme tu t’en doutes, je vais poursuivre un bout de chemin de cette rencontre.

  2. Mal de vivre pour cette femme, c’est le moins que l’on puisse dire. Et malgré le verbe passer multiplié la vie jouée se percute à la mort qui elle, joue rarement. Très beau texte, dangereux. Je t »embrasse. Quel plaisir que ces lignes bimensuelles. Merci et à ttds.

    • Claude, elle a toujours été « mal », depuis son enfance perturbée avec ses parents exilés…et comme beaucoup, elle ne s’est jamais remise de son enfance. Elle n’était dangereuse que pour elle…sinon, quelle sincérité dans ses mots… Bises et à ttds.

  3. Impressionné ce matin par cette grande poétesse que je découvre: Alejandra Pizarnic!, en lisant sa biographie et quelques uns de ses poèmes
    Son regard est lui-même chargé de poésie. J’ai toujours été impressionné fortement par la poésie féminine, je voulais dire quand c’est la femme elle-même qui écrit. Elle dégage une charge émotionnelle incommensurable, elle a ce quelque chose qui nous prend dans les tripes. Quand l’homme souffre, la femme l’est doublement, par le fait même qu’elle soit une ‘femme » dans les sociétés archaïques où la femme est relégué comme souffre douleur.Comme ces vers:
    vie
    je suis là

    ma vie
    mon sang seul et transi
    percute contre le monde

    mais je veux me savoir vivante
    mais je ne veux pas parler
    de la mort
    ni de ses mains étranges.

    Merci pour cette découverte.
    Bonne journée Asphodèle

    • Merci Bizak pour ce commentaire qui rend hommage aux femmes ! Elle ne vivait pas dans une société archaïque, elle a même été choyée mais ses parents étaient en exil, avaient peur des nazis pour leur famille restée en Europe et ils lui ont transmis cette peur. Et puis, il y a des « tempéraments » plus ou moins sombres…elle est arrivée en poésie comme dans la vie : nue, jusqu’au bout… ses mots sont toujours écorchés, à vif… Bonne journée Bizak 🙂

      • Je parlais des sociétés archaïques, d’une manière générale,où la femme subissait les affres de dédain et du manque de considération . Mais sinon, je n’ai pas encore lu les détails concernant la vie proprement dite de cette poétesse Alejandra Pizarnic, qui m’avait d’emblée fasciné. Merci Aspho aussi pour ta précision. Bise à toi

        • Bizak, j’avais compris ce que tu voulais dire ne t’inquiètes pas ! Elle, elle a vécu pauvrement mais en toute liberté…et choix de sa vie, ce qui est déjà pas mal même si elle avait le mal de vivre chevillé à l’âme… Bisous à toi et bon week-end à venir ! 🙂

    • Moglug, moi aussi ! C’est sombre, certes mais envoûtant, je crois que sa quête éperdue de justesse, de vérité « au plus près » de la blessure originelle scande ses textes, que ce soit sa poésie, son journal ou ses correspondances…

      • Tu as tout lu ? J’ai terminé son journal il y une semaine ou deux et mon billet sur ces correspondances avec Leon Ostrov est rédigé, je n’ai plus qu’à le programmer. J’aime tout particulièrement son recueil Textes d’Ombre à propos d’un « autre » inaccessible..

        • Non Moglug je n’ai pas tout lu hélas, pas mal de poèmes et des fragments de son journal ! Elle parle d’Isidore ? Dès que je retourne dans une librairie digne de ce nom (Coiffard à Nantes par exemple), j’essaie de me procurer un recueil, voire son journal… C’est juste une impression pour l’instant, mais je crois que même la vie lui était inaccessible. Elle ne voulait rien posséder, pas même ce qu’elle écrivait, c’est l’écriture de l’ultime dépouillement (si j’osais 😉 )…

          • Elle est en bute constamment avec la vie quotidienne c’est vrai. Elle ne vit que pour la littérature : lecture et écriture… et ne possédait rien, vivant de manière très misérable ou chez sa famille. Pour autant, je ne parlerais pas dépouillement, elle porte un sacré fardeau, elle souffre en permanence à chaque minute où elle respire. Pour son psy, elle porte le poids de la shoah. Elle est confrontée en permanence au néant et essaie de dépasser ce sentiment de l’absurde par l’écriture des poèmes. Le terme de dépouillement me dérange un peu, j’ai peut-être trop lu de détails triviaux dans ses journaux…

            • Moglug je te fais confiance, tu en as lu davantage et c’est idéal pour bien comprendre une démarche poétique ! Je me suis peut-être mal exprimée mais le « dépouillement » est ce que j’ai ressenti devant son écriture sans excès, qui va droit à l’essentiel, si elle avait pu s’extraire d’elle-même, elle l’aurait fait (toujours d’après les extraits que j’ai lus et qui, somme toute, ne donnent pas une vision complète) ! J’attends ton billet avec impatience ! 😉

              • Tu me mets la pression pour le billet ! C’est très compliqué de parler de poésie… Pour le dépouillement vu sous cet angle, je te rejoins complètement !

                • Rhooo je m’en voudrais de te mettre la pression, surtout fais comme tu le sens ! Moi aussi j’ai du mal à « décortiquer » la poésie mais on peut toujours dire ce que ça éveille en nous… 😉 Quand tu voudras !!! 😀

    • Gwen, tu sais que c’est toujours avec plaisir que je fais partager mes découvertes et tant mieux si ça te plaît et te donne envie d’aller plus loin… Tu as aussi le site Terres de Femmes qui en parle très bien et un autre avec « sel » dans son nom mais je ne me souviens plus, j’aurais dû les noter ! En tapant sur Goug* tu vas trouver … Bisous♥

  4. Le premier vers est superbe ! Je ne connaissais pas du tout cette poétesse et je découvre aussi le mois espagnol. Il s’en passe des choses sur la blogo en ce moment…

    • Margotte, il se passe toujours quelque chose sur la blogo, le problème étant de pouvoir participer à tout (ce qui est impossible) 😆 ! Moi aussi je découvre cette poétesse depuis une bonne semaine et elle est méconnue en France, elle n’es traduite (grâce à Monsieur Ancet) que depuis les années 1980. Ce qui change avec elle, c’est qu’elle n’use en rien d’artifices ou de métaphores superflues, elle ne parle que de ce qu’elle vit, dans les affres de son esprit tourmenté par la mort…entre autres…

    • Lydia, comme beaucoup de poètes contemporains méconnus ! On ne connaît déjà que très peu de poètes français alors les étrangers, tu penses…A moins de faire une licence d’Espagnol peut-être…

    • RP, c’est toujours un plaisir de découvrir de nouveaux poètes contemporains et de les faire découvrir ensuite ! Mais je comprends aussi qu’on ne puisse pas être sensible à toutes les formes de poésie… Bisous ma belle ! 🙂

  5. Son poème est magnifique, même si le thème fait froid dans le dos. Je vais suivre ton lien et aller en découvrir davantage. Encore un tempérament trop sensible pour la société de son temps (et du nôtre).

    • Aifelle, non je crois que son enfance passée dans l’ombre de la Shoah avec ses parents en exil en a fait une « coupable » involontaire et son mal de vivre a fait le reste ! Mais je lirais volontiers son journal pour en savoir plus… 😉

  6. c’est pas gai !
    (commentaire idiot, mais sincère) ; aujourd’hui, je lirai plutôt un petit poème plein de joie retenue et de sourire… J’vais faire le tour des poèmes du jeudi voir si personne n’a ça en magasin.
    Mais je reviendrai lire Alejandra Pizarnic (merci de l’avoir découverte) 🙂

    • Non mon Dodo je te l’accorde, ce n’est pas gai mais voilà, je voulais faire découvrir de la poésie sud-américaine (pour changer et élargir notre horizon) et je suis tombée sur elle … En général les poètes espagnols ne sont pas gais : entre le franquisme et les dictatures sud-américaines… Chez Martine, il y a un poème de Maurice Carême plus en accord avec ton état d’esprit ! 😆

  7. Je suis vivante, je suis vivante…
    Un leit motiv qui me poursuit depuis ce matin (je reviens d’un blog où la chanson de Sia m’a mis une grosse claque.)
    La force des mots de cette femme lui survit, parce qu’ils expriment des choses intemporelles.
    merci pour cette découverte
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Oui Célestine, c’est ce qu’on se dit après l’avoir lue…sentir la vie qui entre par tous les pores ! Mais bon… Il faut que j’aille écouter Sia si j’ai bien compris ! 😀
      Bises de tout♥

  8. Olé !
    Oh là là là, j’étais pas là pour ton rendez-vous 😳
    Pas gaie la Dame que je découvre grâce à toi, Miss Aspho
    Un mois espagnol avec Sharon : je suis complètement dépassée 😆
    Allez, bravo les Filles, heureusement que vous tenez le cap !
    Gros bisous

    • Bah oui ma So’N, je me suis dit que tu devais être dans un traquenard pour 1) ne pas répondre à tes appels et 2) LOUPER le jeudi poésie !!! 😆 Ça va ? Pas trop mal aux cheveux ? 😀 Euh…Sharon tient le cap, moi je vais à mon rythme-escargot ! 😀 Gros gros bisous mouillés ! 😦 😀

  9. Peut-être la poétesse était-elle désespérée…mais je ne le trouve pas triste, moi, ce poème…
    je le lis comme une constatation de la fragilité de la vie…c’est tout.

    « Vie, je suis là »… »Je me veux vivante »…c’est la vie , avant tout, qui est invoquée…

    Les mots sont forts…et la découverte de cette dame, heureuse. Merci.

    • La Licorne, oui pour être désespérée elle l’était, c’est même sa marque de fabrique principale mais il y a certainement eu des moments où elle a été heureuse (un peu)… C’était un des poèmes que je trouvais le moins triste, alors pour te dire… Mais comme je l’ai dit, n’en lire qu’un est réducteur pour saisir l’essence de son oeuvre… La découvrir est déjà un premier pas ! 🙂

  10. « La vie joue dans le jardin
    avec celle que je ne fus jamais » ou l’art de faire semblant de vivre toujours, de vouloir vivre mais la vie ne veut pas toujours
    « et tous disent que ça c’est passé et se passe »
    Bisous découvreuse de poétesse;

  11. Ping : Le mois espagnol, saison 2, c’est parti ! | deslivresetsharon

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