UNE ENFANCE LINGÈRE DE GUY GOFFETTE


IMG_2737Une enfance lingère, c’est l’histoire d’un petit garçon, de sa naissance à ses dix ans, dans les Ardennes familiales, qui nous confie comment les tissus, le toucher, le contact avec eux a éveillé sa sensualité pour ne pas dire sa sexualité. Mais avec la poésie que l’on connaît à Guy Goffette dont je vous ai souvent parlé, ICI (Elle, par bonheur et toujours nue), (de la poésie avec L’adieu aux lisières), là encore (Géronimo a mal au dos).

Cette enfance dans les années 1950, dans un petit village ardennais avec papa au charbon en usine et maman au foyer, les torgnoles qui pleuvent vite si on fait un pas de travers, un pas parfois anodin pour l’enfant mais dont le père (souvent lui) fait toute une histoire est déterminante dans l’autobiographie romancée de Guy Goffette puisque ce Simon Sylvestre (que l’on retrouve adulte dans Géronimo a mal au dos et, même déjà mûr) est présent dans Un été autour du cou (qui conte sa vie d’adulte, je ne l’ai pas encore lu) et me fait l’effet d’être l’alter ego de l’auteur.

Quand on sait que Guy Goffette a dit qu’il était d’accord avec cette phrase de Léautaud : « On invente que ce que l’on porte déjà en soi‘, le doute n’est plus permis. Simon est bien son double romancé.

Dans une enfance lingère, Guy Goffette magnifie ses premiers contacts avec les étoffes, le linge, tout d’abord celui que sa mère lave au lavoir municipal avant d’acquérir une machine. Simon était un enfant fragile au grand désespoir de son père, j’y ai vu un enfant sensible, vite rougissant, vite en larmes, pour le monde dans lequel il évoluait avec son éducation non négociable, les humiliations déjà trop marquantes pour sa sensibilité même s’il avoue avoir été un « sale gosse« …

Comme toujours, la construction est au cordeau. L’emploi du Il-Simon et du « je » alterne sans choquer, fluidement et parfaitement. Le poète Goffette maîtrise le romancier avec une aisance éblouissante. Les chapitres pourraient presque se lire indépendamment les uns des autres bien qu’indissociables dans la chronologie. Il y a la « montée » en puissance des découvertes sensorielles de Simon, accrues, affinées aussi même si elles ont le chic de lui arriver quand il s’y attend le moins. Le passage où la bonne soeur le cache sous ses jupes pour le punir, au contact de ce monde contrasté de chair douce et de bas de laine râpeux fait sourire. Sans parler de son premier grand amour, une Jeanine effrontée qui lui montrera furtivement sa « zizoute » en devenant un amour impossible.

Roman initiatique s’il en est, j’ai relevé une luminosité délicate dans ce livre, celle qui auréole les premières fois, les premiers émerveillements comme les premières déceptions. Dans les derniers chapitres, on sent poindre l’adolescent qu’il va devenir  quand il tombe en arrêt au confessionnal sur une paire de jambes qui dépassent :  » Ainsi disposées, dans leur fourreau de nylon gris qui satinait le ruisseau d’or pâle obliquement déversé par le vitrail, elles prenaient un relief, une densité, un luisant d’ablettes fraîches sur l’étal du marché. » (p. 117-118). Une enfance comme le creuset des fantasmes à venir, écrite dans une langue à la fois poétique et prosaïque, toujours adaptée aux instants vécus. Je vous le conseille vivement. Et une spéciale dédicace à Valentyne, notre Jument Verte, folle de chevaux, un passage spécialement pour elle à la fin du billet.

Livre de ma PAL : Une enfance lingère de Guy Goffette © Éditions Gallimard 2006, Folio : 170 pages.

logo mois belge anne et minaUne participation au mois belge d‘Anne et Mina et une au mien, le Challenge à Tous Prix, puisque Guy Goffette a obtenu Le Prix Marcel Pagnol 2006 pour ce livre.logo challenge à tous prix

Valentyne, c’est pour toi :

 » J’aime les chevaux et la lingerie fine. (…). Les chevaux, les fiers alezans à crinière de feu dans le soleil,  Simon, ça le connaît. Depuis qu’il sait marcher. Eux galopent infiniment d’un bord à l’autre du pré qui longe sa maison et jamais ils n’ont oublié de saluer d’un beau mouvement de tête en passant la présence attentive du gamin de l’autre côté de la clôture. De temps en temps, ils s’approchent de lui, tendent leurs naseaux fumants pour une caresse puis lèchent la main de l’enfant réjoui avant de piquer des quatre fers et de repartir en hennissant pour un tour dans la lumière verte. Ceux-là sont mes vrais amis, je peux leur confier mes chagrins, ils m’écoutent d’un oeil brillant qui arrondit les angles et qui console. » (p.133).cheval dans la neige pinterestcheval de printemps sur xaxor com

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37 réflexions au sujet de « UNE ENFANCE LINGÈRE DE GUY GOFFETTE »

  1. Hélas ma bibli ne possède pas ce livre, mais quand même Elle, par bonheur, (et bien sur Géronimo qui m’a permis de découvrir l’auteur). Affaire à suivre!

    • Keisha, c’est dommage car on retrouve ici des « fragments » de ce qu’il sera dans Géronimo, le style est délicieux ça se lit comme un bonbon acidulé ! Je peux le faire voyager, ça me ferait plaisir (tu me dis) ! Je te conseille quand même « Elle par bonheur et toujours nue » qui a été une révélation pour moi !

  2. Rien que l’idée de plonger dans les Ardennes me donne envie de lire ce récit. Comme dit ailleurs, c’est pour moi une région éminemment littéraire ! Il y a une ambiance, reste de mes lectures d’enfant, d’André Dhôtel, qui me fait aimer tout ce qui se rapporte à elle.

    • C’est une région à « poètes » aussi : Verlaine, Rimbaud et d’autres… Je ne sais pas si j’aurais aimé y vivre mais en littérature ça donne des couleurs merveilleuses !

  3. Merciiii Asphodèle 🙂

    Pour ce magnifique passage 🙂

    J’ai lu de cet auteur « geronimo a mal au dos » sans être convaincue mais il faudra que je retenté 🙂
    Pour les Ardennes , j’y ai vécu 18 ans …. Rimbaud a des mots durs sur Charleville et sa population (mots que j’approuve )
    Bisessss

    • Valentyne et encore, je ne l’ai pas mis en entier, il fait un chapitre ! Pour les Ardennes, je comprends, on peut « sublimer » la région car elle a donné naissances à de grands écrivains, mais de là à y vivre, c’est encore autre chose… Bisous

    • Anne, c’est grâce à toi que j’ai découvert Goffette et je t’en remercierais jamais assez ! Je pense (mais j’attends de lire Un été autour du cou) que : « Une enfance lingère », « Un été autour du cour » et « Géronimo a mal au dos » forment une trilogie même si le mot n’est pas dit…

  4. On retrouve très souvent les tissus et la couture dans les romans nostalgiques ou disons qui retracent une enfance. Ecrire , c’est inventer ses souvenirs comme le dit D’ Ormesson…ça rejoint un peu la phrase que tu cites au début. Joli billet , c’est toujours plus facile et plus fort quand on aime vraiment l’auteur…

    • Mindounet, je pense que les garçons ont une autre perception des tissus, de la lingerie que les filles ! A cette époque c’était encore plus révélateur… C’est toujours mieux de faire un billet d’un livre qui nous a emporté ! Sinon on traîne, et l’envie s’évanouit… Pas que ça mais bon…

    • Merci ma Comète, moi aussi je suis contente, depuis ma « panne » de l’an dernier, j’ai du mal à revenir aux chroniques de livres et pourtant j’adore ça ! Gros bisous♥

    • Lydia, c’est un auteur qui ne fait pas de bruit (comme beaucoup) et comme j’ai aimé les premiers que j’ai lus, je continue ma découverte ! Le fond de mon blog, c’est mon arbre de Judée, juste en face ma fenêtre ! Il est tout fleuri ! Bisous tout roses et bleus ! 🙂

  5. Tiens, je ne me rappelais pas cette alternance entre je et il, il faudrait vraiment que je réalise mon projet de relire Goffette. J’ai des souvenirs peu précis de ses romans, mais toujours lumineux, ainsi que tu le signales : j’aime à croire que cette « luminosité délicate » est la marque de son écriture et de sa personnalité.

    • Mina, le « il » et ensuite le « je » font partie de la construction, je ne m’en suis aperçu que vers le milieu, c’est dire si c’est bien fait ou que j’étais happée par cette enfance si particulière. Même dans ses passages les « plus sombres », Goffette fait jaillir une sorte de lumière qui donne au récit ce ton caractéristique, un auteur que j’aime décidément beaucoup…

    • Nadael, je pense qu’il pourrait te plaire, son écriture poétique est un plaisir ! Tu veux que je te l’envoie ? J’attends qu’Isa-RP m’envoie son adresse, tu pourras le lui envoyer ensuite ! Mon préféré je crois reste « Elle par bonheur et toujours nue » mais, celui-ci avec Géronimo a mal au dos étant quasi autobiographiques n’en sont que plus intéressants…

        • Nadael, je te comprends très bien ! J’ai limité les SP (je n’accepte qu’une maison) (parce que je choisis) et malgré cela j’ai du retard ! J’aime assez quand « c’est l’heure » pour un auteur, le découvrir au bon moment ! 😉 Bisous et bon week-end !

  6. J’ai lu récemment un billet sur Gofette (mois belge oblige), mais je continue d’hésiter, car je crains son angle poétique (auquel je suis rarement sensible) et je sais que c’est moche. J’ai peur tu vois d’une certaine immobilité (c’est ce que je disais chez Aifelle la semaine dernière je crois). Quand tu dis que les chapitres peuvent se lire indépendamment les uns des autres, je crains du coup qu’il n’y ait pas de trame ou de fil rouge…et je crains ça….bref mon coeur balance, est-il ou pas pour moi?
    Bon je me laisse encore le temps de réfléchir.

    • Galinette, la construction est tellement bien faite que l’on peut lire les chapitres indépendamment (dans ce livre du moins) mais ce serait dommage car il y a quand même une chronologie dans l’éveil amoureux de ce petit garçon… Alors là, je ne sais pas du tout si ça te plairait ! En tous cas je ne conseillerais pas celui-ci pour commencer à découvrir l’auteur mais celui qui m’avait provoqué un coup de coeur « Elle par bonheur et toujours nue » sur la vie de Bonnard et sa muse, une superbe histoire d’amour et de peinture dont une partie se passe pas loin de chez toi, avec la lumière qu’on connaît à la Méditerranée ! Mais le mieux est encore d’essayer, c’est bien aussi de sortir de temps en temps de sa zone de confort, on fait de belles découvertes ! Si mon amie Somaja ne me l’avait pas offert, je ne sais pas si j’en serais là, j’en ai lu 4 depuis !!! 😉

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