LES PLUMES 40 – LES TEXTES DE JANVIER !

écritoire vanishingintoclouds(3)Tout d’abord, petite mise au point qui m’oblige à ressortir ma règle en bois, mon fouet et autres instruments de plaisir, il va sans dire ! Ce n’est pas parce que les Plumes sont devenues mensuelles qu’il faut faire n’importe quoi, hein ! En effet, par je ne sais quel vent de fantaisie décadent venu souffler cette semaine (alerte orange pour tout le monde), la majorité d’entre vous a « oublié » que le jour de publication des textes était le SAMEDI ! Pas le lundi soir, mardi matin, le vendredi, non, le SAMEDI ! Certes, un accord tacite s’est instauré pour celles et ceux qui avaient l’habitude de l’atelier d’Olivia et qui ne peuvent faire autrement que publier le vendredi… Levez le doigt que je vous note ! Les autres, au piquet et vous me copierez cent fois : « Je respecte le règlement ou je me transforme en crapaude » ! Je ne peux hélas avancer la publication au vendredi, trop court pour moi (et d’autres raisons plus matérielles) donc j’accepterai les exceptions (avec un mot d’excuse dûment argumenté) mais je sévirai si cette hémorragie perdure ! Qu’on se le dise (rire satanique) !  Je vous donne la date des prochaines Plumes qui ne sera pas le 9 février mais le 23 Février, en effet, j’ai beaucoup de rendez-vous et je préfère être présente les lundis de collecte. Notez le bien, merci !

Les 26 mots à placer étaient : temps, lire, ténacité, sidération, tour (en nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience, coeur, douleur, scintiller, symphonie, scène, solitaire.

Je vous remercie d’avoir été nombreux à participer, cela me fait toujours autant plaisir. Par ordre d’arrivée des liens, les  35 plumitifs (moi incluse) de cette session hivernale : Soène, Jacou,Biancat, Pascal Bléval, Ghislaine, Violette Dame Mauve, Adrienne, PatchCath, Jul., Célestine, Lilousoleil, Brize, Emilie Berd, Cériat, MonesillePhilisine Cave, Janick, Claudialucia, Martine27, Wens, Morgouille, Merquin, Modrone-Eeguab, Valentyne, Evalire, Carnets Paresseux. Sharon. L’ornithorynque. Astrid-Toinette. Bizak. Momo. MarieJo64. Et Jean-Charles-Fred Mili ce dimanche (ce sera le fouet direct !^^). Flipperine (vue à 18h, dimanche, désolée).

Et mon texte ci-dessous : J’avais écrit une (longue) histoire et finalement hier matin, à l’aube, ce texte m’est venu, il est ce qu’il est…

NOUS NOUS SOMMES RÉVEILLÉS AVEC LA PLUIEa pluie Paris bluepueblo tumb

Où glissent nos fardeaux ? Dans les aquarelles des livres et de leurs mots ? Entre les parenthèses qui s’ouvrent et ne se referment jamais ? Dans les vides abyssaux de nos sanglots ? Ou encore, dans les harmoniques des symphonies inachevées qui nous hantent bien après que la musique se soit tue ?

La vie scintille sur les neiges d’hiver, au rebord de l’écume des plages d’été, sur les pétales fragiles des roses entr’ouvertes du printemps, dans les rougeoiements incandescents de l’automne. Elle dessine les frontières du supportable aux couleurs de nos saisons intimes. Emportant les douleurs de nos coeurs sur les ailes du temps sans âme ni conscience. Il ne fait que passer, égrenant les heures à son horloge implacable. Seul sur scène.

Nos amours sont bancales, souvent. Irréelles et passionnées, de temps en temps… La sidération nous crucifie quand le pire se produit, quand la mort déchire sans pitié les plus belles pages de nos vies.
Pourquoi ? demandons-nous alors,
Parce que, répond l’absurde.

C’est au rire d’un amour, d’un enfant, d’une maman, au frémissement des feuilles, aux soupirs d’une source sinueuse que nous abandonnons nos regrets. En regardant défiler les nuages, là-haut, si haut au-dessus du toit de nos maisons. Ils emportent avec eux ce que nous avons perdu. Pour que l’existence retrouve un sens, pour que nous puissions marcher sans trembler. Parce que, au plus profond de notre être solitaire, défait, meurtri s’en cache un autre prêt à renaître, prêt à laisser sa mue aux portes de l’oubli. Et que vive l’amour, éclatent les rires des soirs de fête, avec la ténacité et l’espoir retrouvés.

Pour un dernier tour de piste, nous saluons l’artiste, le magicien sans nom ni visage. Qu’importe ? Il a su remettre les mots debout pour que nous continuions à lire, repeindre le tableau dilué par l’eau des larmes et faire en sorte que la chrysalide devienne un jour papillon aux ailes de résilience. Pour s’envoler et dire malgré tout, avec Anatole France :  » Il faut mourir à une vie, pour renaître à une autre ». Et pour que nous puissions crier au monde  : nous nous sommes réveillés avec la pluie mais nous l’avons transformée avec l’or du soleil, c’est pour cela que passe un arc-en-ciel. Ephémère bonheur des jours…

©Asphodèle – 30 janvier 2015

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LES PLUMES 40 – Résultats de la collecte de janvier !

écritoire vanishingintoclouds(3)J’avoue, la phrase que j’avais choisi n’était pas d’une folle gaieté, elle a donc provoqué des crises de larmes des… enchaînements en accord avec elle. Promis, la prochaine sera plus optimiste ! Certes, ça ne rigolait pas en commentaires aujourd’hui mais vous avez été inspirés par la phrase, c’est le principal !

Voici les 26 mots de cette collecte (23 mots + mes trois mots en S). Les 20 mots étant atteints, vous pouvez en laisser un de côté.  :

temps, lire, ténacité, sidération, tour (nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience,  coeur, douleur, scintiller et , symphonie, scène, sinueux.

Pas de « journal » avec gifs ce soir (sorry Soène, sorry Syl. 😦 ), je n’avais pas de matière première, la prochaine fois, vous êtes autorisés à mettre le bazar en commentaires si vous en voulez ! 😆

Je vous souhaite une bonne semaine et que l’inspiration soit avec vous ! À vos plumes !plume oiseau vanishingintoclouds

LES PLUMES 40 – La collecte de janvier, nous sommes lundi 26 !

écritoire vanishingintoclouds(3)Nous allons tester aujourd’hui la nouvelle formule, voir si elle vous inspire davantage qu’un simple mot mais si vous n’aimiez pas (pour une raison ou pour une autre) vous pourrez vous exprimer, vous le savez ! J’écoute ce que l’on me dit même si je n’ai pas l’air…

Je ne sais pas vous, mais moi je ne suis pas vraiment remise de ce qui s’est passé le 7 janvier à Charlie. Je n’arrive pas à repartir  d’un pied alerte, je me sens bancale, en attente aussi. De quoi, je l’ignore. Une consolation à venir, peut-être…

Je vais donc vous mettre une phrase tirée d’un livre lu récemment , « Le roi disait que j’étais diable » de Clara Dupont-Monod, un livre que j’ai beaucoup aimé. Vous me direz ce que ça vous inspire en me laissant un mot en commentaires.

Voici la phrase :  » Car ceux qui ont perdu quelque chose, comment font-ils pour éprouver encore de la joie ? (…) Ils connaissent désormais l’envers des choses. » p.91, Le roi disait que j’étais Diable » de Clara Dupont-Monod. Je vous laisserai également trois mots en S, histoire de finir l’alphabet… Vous avez jusqu’à 20 heures !

Sinon, rien ne change, les horaires et les dates sont les mêmes ! Pour les nouveaux qui souhaiteraient participer, je leur conseille de lire le RÈGLEMENT, ICI.

Je vous souhaite un bon lundi !

Pour Syl, une entrée et un dessert pour ce dimanche !

Logo Syl gourmandisesJ’ai pris la mauvaise habitude de prendre des photos de ce que je cuisine et de ne pas faire de billet, pas que pour la cuisine auront remarqué les observateurs… Alors avant d’oublier totalement les recettes, allons-y !

En entrée, pour ceux qui aiment, je vous propose une recette d’huîtres chaudes avec un sabayon au Pineau (ou autre alcool goûtu). Une recette que j’ai testée à Noël et refaite depuis car les huîtres ici, c’est comme l’andouille à Vire ou le cassoulet à Castelnaudary (et Toulouse) … on en mange presque toutes les semaines, il faut donc varier les plaisirs ! Pour cette recette, elles ont été faites avec des « spéciales », plus grosses encore que les n°1 mais l’idéal est surtout qu’elles soient très creuses et charnues bien entendu. Pour ceux qui n’aiment pas les huîtres, descendez plus bas et allez directement au crumble ! Allez chez les copines de la brigade pour saliver devant ce qu’elles ont préparé : Syl – Osso buco
Louise : Osso buco – Cake au citron
Sandrion : Macarons rustiques aux noix
Nahe : Banana Bread

L’Irrégulière : Pain perdu

Pour 6 huîtres :

Le sabayon :

3 jaunes d’oeufs, 3 cuillères à soupe de Pineau (ou whisky, Cognac, vinc blanc, champagne), sel (pas trop), poivre, persil, ciboulette, une échalotte coupée très très menue. Le nombre de cuillères à soupe (rases) de liquide doit être égal au nombre de jaunes d’oeuf.

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Au début…

Préparer un bain marie avec un saladier, la température pendant la « montée » du sabayon ne doit pas excéder 40° (vous devez pouvoir toucher le saladier sans vous brûler). Là, je vous conseille patience et un bon coup de main, vif pendant 15 minutes environ : je mélange les jaune d’oeuf, le Pineau et l’échalotte et je commence à fouetter en 8 (très important de faire un 8 avec le fouet paraît-il). De liquide, le mélange va épaissir et quand vous commencez à voir le fond du récipient , que le fouet laisse une marque, c’est bon, les oeufs ne doivent pas coaguler non plus, sinon c’est mort ! On fait comme on veut, moi je rajoute une grosse cuillère à soupe de crème fraîche entière (hors du feu) (ça ne nuit pas).

Après un quart d'heure de fouet, ce n'est pas frappant sur la photo mais le mélange est plus épais, les échalottes se sont amollies et surtout j'ai vu le fond du saladier...en faisant le dernier 8...

Après un quart d’heure de fouet, ce n’est pas frappant sur la photo mais le mélange est plus épais, les échalottes se sont amollies et surtout j’ai vu le fond du saladier…en faisant le dernier 8…

Avant cela, il faut bien sûr ouvrir les huîtres (moi je sais donc pas de souci), si vous ne savez pas, passez votre chemin ou regardez des vidéos sur le Net (ça doit bien exister ! 🙂 )… ou trouvez un(e) amie compétent(e) ! On détache l’huître, on la met à égoutter dans une passoire mais on garde l’eau. L’huître doit avoir recraché l’équivalent de 3 eaux après ouverture. Donc les laisser égoutter une bonne demi-heure.

Nettoyer les coquilles vides, les essuyer et les caler avec du gros sel dans un plat à four.IMG_1839Ensuite, pocher les huîtres dans leur eau, préalablement bouillie, à peine 1 minute, le temps que l’huître se recroqueville un peu (oui je sais, c’est cruel !).IMG_1840Les égoutter et les sécher au sopalin, les mettre dans les coquilles propres et recouvrir avec le sabayon. Là, mes huîtres étaient très charnues mais pas assez creuses, même calées, il en est tombé à côté… IMG_1847J’ai mis mon four sur grill à 250° et j’ai attendu que ça devienne doré, euh…d’ailleurs il était même temps que je les ôtasse ! À peine 10 minutes…IMG_1849A ce moment, j’ajoute persil et ciboulette ciselés. Comme vous le constaterez sur la photo ci-dessous, seules deux huîtres tiennent dans l’assiette, cela fait une petite mise en bouche, avant l’entrée, selon votre appétit et votre gourmandise !IMG_1850À déguster avec un bon vin blanc sec ou au champagne !

LE DESSERTIMG_1914

Samedi dernier, j’avais des invités et j’ai fait un crumble aux pommes mais j’y ai ajouté des myrtilles et des framboises (surgelées en cette saison). Mais aussi et pour la première fois, un fond de pâte feuilletée pour que ce soit plus présentable dans l’assiette.  Tout le monde a aimé (ou alors j’ai des amis très polis) !

La pâte à crumble : 100g de sucre (je prends de la vergeoise brune pour le moelleux), 120g de beurre mou, 100 g de farine, 70 g de poudre d’amandes, cannelle selon les goûts. Mélanger tous les ingrédients (je le fais à la main), puis je fais une boule que je filme et que je laisse au réfrigérateur une heure minimum, la veille quand je m’y prends à l’avance. Je la sors une demi-heure avant de m’en servir.

Je fais revenir à la poêle (et au beurre demi-sel (pas mal) l’équivalent de 6 pommes coupées en 4. Compter deux tours quand il y a plus de quatre pommes.IMG_1913La veille, j’ai mis à décongeler dans une passoire environ 100g de framboises et 100 g de myrtilles, j’y ajoute un sachet de sucre vanillé et je saupoudre légèrement de sucre glace. On va ainsi récupérer un grand verre de jus le lendemain et il n’y aura pas d’eau dans le crumble !IMG_1915Quand mes pommes sont caramélisées (j’ajoute du sucre dans la poêle quand les pommes s’amollissent), je  verse le mélange framboises-myrtilles et je tourne juste une fois (à la cuillère en bois) avant d’éteindre, histoire qu’elles prennent un peu de beurre et de sucre…IMG_1916Avant j’ai foncé un moule à gâteaux avec  la pâte feuilletée seule, piquée à la fourchette, avec des haricots, mise au four 200°,  quand elle est dorée, la retirer. Mettre le mélange de fruits cuits dessus, effriter la pâte à crumble (qui est marron à cause de la vergeoise), remettre au four environ 10/15 minutes, le temps que le crumble change de couleur… je ne regarde jamais l’heure quand je cuisine, et en plus les temps de cuisson variant d’un four à l’autre, il faut surveiller…IMG_1922 Avant d’effriter la pâte à crumble, le mélange sur la pâte feuilletée, pommes en-dessous.IMG_1924Et voilà ! je n’ai pas de photos après car prises (discrètement) de mon iPhone et je ne peux pas m’en servir sur l’ordi, elles vont (sans que je ne leur demande) dans la DropBox inaccessible ensuite, j’ai tout essayé même de supprimer la DropBox  mais rien à faire ! Juste pour dire que le crumble se tient bien et que la pâte feuilletée ne l’alourdit pas ! Merci d’être arrivés au bout de ce billet ! Je vous souhaite un bon dimanche.

LA POÉSIE DU JEUDI avec Maram al-Masri

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Il n’y a pas qu’en France où on l’on attente à la liberté, je dirais même que dans certains pays c’est bien pire ! L’horreur est démultipliée et semble ne pas avoir de fin. En Syrie par exemple où une minorité opprime et tue chaque jour. Une poétesse syrienne découverte grâce à Martine de Littér’auteurs, dont on ne remet pas en cause le bon goût dès qu’il s’agit de poésie… Je la remercie pour cette découverte et je vous présente un poème de Maram al- Masri, tiré du recueil « Elle va nue la liberté » paru aux Éditions Bruno Doucey en 2013, pour la traduction. Les poèmes font mal, ce que les gens vivent là-bas est au-delà des mots, de l’entendement, c’est donc une richesse qu’il y ait des témoignages, les poètes sont là pour ça…aussi.

Ce jeudi, ont poétisé avec moi des fidèles que je remercie et nous accueillons Sandrion qui participera quand elle le pourra ainsi que Micmelo :

1 – Soène : « Dit de la force de l’amour » de Paul Eluard
2 – Val : Cheval de Luc Bérimont
3 – Marie et Anne : Invictus de William Ernest Henley
4 – Nadael : Le rêve du jaguar de Leconte de Lisle
5 – Sandrion (bienvenue au club^^) avec un extrait d’un livre de Thomas Vinau ….
6 – Claudialucia : C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière d’Edmond Rostand
7 – Modrone-Eeguab : Couvre-feu de Paul Éluard.
8 – Micmelo (bienvenue également) : Les mains libres, Paul Eluard et Man Ray
9 – Syl et ses amies des « Points contés » : Ode à ma femme quilteuse – Anonyme –

Poème 30. Page 79.a enfant liberté mains sales Pinterest

Les enfants de la liberté
ne s’habillent pas en Petit Bateau.
Leur peau s’habitue vite à une étoffe rêche.
Les enfants de la liberté
ont des vêtements usés
et des chaussures trop grandes pour leurs pieds.
Souvent ils enfilent l’air nu ou la terre.a enfant liberté pieds nus

Les enfants de la liberté
ne connaissent pas le goût de la banane
ni de la fraise.
Ils mangent du pain sec
trempé dans l’eau de la patience.a enfant liberté enfant syrien mange

Le soir,
les enfants de la liberté
ne prennent pas de bain,
ils ne soufflent pas dans des bulles de savon.
Ils jouent avec des pneus, des cailloux
et les débris
des bombes.a enfant liberté enfant avec une fenêtre guerre

Avant de dormir,
les enfants de la liberté
ne se brossent pas les dents.
Ils n’attendent pas les histoires magiques
de prince et de princesse.a enfant liberté oiseau

Ils écoutent le bruit de la peur et du froid.
Sur les trottoirs de la rue,
devant les portes de leur maison détruite,
dans les camps des pays voisins
ou
dans les tombes.

plus de deux millions d'enfants syriens victimes de la guerre...

plus de deux millions d’enfants syriens victimes de la guerre…

Les enfants de la liberté
attendent comme
tous les enfants du monde
le retour de leur mère.a enfant liberté fille avec sa maman en Syrie

©Maram al-Masri

 a Maram al-MasriL’AUTEURE

Née en 1962, elle vit en France depuis 1982. Elle écrit en arabe et en français.

Voici ce que dit d’elle Murielle Szac, journaliste, en deuxième de couverture du recueil :  » Maram al-Masri est l’exilée d’un pays-blessure qui saigne en elle. Petite mère d’orphelins. Funambule toujours sur le fil entre tristesse et espérance. Je l’ai vue se vêtir du drapeau de son pays, incarnant la Syrie martyrisée ; glisser son portable sous son oreiller, ne plus respirer, ensevelie sous ses morts. Depuis que la révolution syrienne a éclaté, Maram guette chaque jour des vidéos sur Facebook ou Youtube. Ainsi sont nés les poèmes de ce recueil. Ils ne cherchent pas à apprivoiser les images de l’horreur, ils nous les donnent à voir. Là, une mère porte en terre son enfant. Ici un enfant figé près du cadavre de ses parents. Et ces caisses de bois nu qui dansent, dansent… La journaliste que je suis s’incline devant cette incomparable puissance d’évocation. Ce carnet intime d’une douleur n’a pas fini de nous hanter. »

LA POÉSIE DU JEUDI avec Anna de Noailles.

chromo oiseau couronné ana-rosa(1) Après les évènements de la semaine dernière, si proches encore, laissons la parole à la poésie le plus souvent possible, elle est le témoin d’une époque, une réponse spirituelle à nos attentes quand nous nous sentons abattus, découragés. Alors, ne nous en privons pas !

Aujourd’hui, une poésie d’Anna de Noailles, née en 1876 et morte en 1933 à Paris. Une poétesse d’origine princière  gréco-roumaine qui a évolué dans les salons parisiens, amie de Proust, de Paul Claudel, de Cocteau, de Max Jacobs, de Barrès et j’en passe. Enfant, elle passait l’hiver à Paris et le reste de l’année dans la propriété de ses parents à Amphion près d’Evian,  au bord du lac Léman. Elle en a gardé un amour profond de la nature malgré sa vie essentiellement parisienne. D’ailleurs, anecdote qui me fait craquer : elle est enterrée au Père-Lachaise mais a souhaité que son coeur repose dans une urne dans le temple du parc d’Amphion-les-Bains (image ci-dessous). A l’origine du Prix Fémina, vous en saurez plus en cliquant ICI.a anna de noailles temple du jardin votif a de noailles amphion où repose son coeur

Ont poétisé avec moi pour ce numéro hors série et décidé lundi : Modrone-Claude, Soène, Jacou, Valentyne. Nadael, dont j’ai juste changé la date de jeudi dernier, à confirmer ce matin ! Lilousoleil.

LES PLAINTES D’ARIANE

Le coup de vent de Camille Corot - 1876

Le coup de vent de Camille Corot – 1876

Le vent qui fait tomber les prunes,
Les coings verts,
Qui fait vaciller la lune,
Le vent qui mène la mer,
Le vent qui rompt et qui saccage,
Le vent froid,
Qu’il vienne et qu’il fasse rage
Sur mon cœur en désarroi !a vent mer
Qu’il vienne comme dans les feuilles
Le vent clair
Sur mon cœur, et qu’il le cueille
Mon cœur et son suc amer.
Ah ! qu’elle vienne la tempête
Bond par bond,
Qu’elle prenne dans ma tête
Ma douleur qui tourne en rond.a vent feuilles
Ah ! qu’elle vienne, et qu’elle emporte
Se sauvant,
Mon cœur lourd comme une porte
Qui s’ouvre et bat dans le vent.abandon potail rouillé
Qu’elle l’emporte et qu’elle en jette
Les morceaux
Vers la lune, à l’arbre, aux bêtes,
Dans l’air, dans l’ombre, dans l’eau,
Pour que plus rien ne me revienne
À jamais,
De mon âme et de la sienne
Que j’aimais…adieux mouchoir femme

 Anna de Noaillesanna de noailles

Tiré de « L’ombre des Jours »

Je vous donne les prochaines dates, pour ne pas qu’elles tombent une semaine de Plumes, d’autant que ces dernières sont mensuelles… Ces dates figurent aussi sur la Page des poésies du jeudi.

Voici le calendrier jusqu’à fin juillet 2015 :

Le 22 janvier 2015
Le 05  et le 19 février 2015
Le 5 et le 19 mars
           Le 2 et le 16 avril
le 7  et le 21 mai
le 4 et le 18 juin
Les 2, 16 et 30 juillet.

Pour août, je ne m’engage pas encore, sachant qu’à cette période, je prends une pause familiale !

LE ROI DISAIT QUE J’ÉTAIS DIABLE de CLARA DUPONT-MONOD

IMG_1900Un livre exquis, offert par la Douce de Mind The Gap à Noël, et que j’ai eu plaisir à retrouver le soir en cette période qui nous éloigne un peu de nos chers livres. Merci La Douce, j’ai vraiment beaucoup aimé.

Je ne connais pas vraiment les faits d’armes et le « règne » d’Aliénor d’Aquitaine qui a vécu jusqu’à l’âge honorable de 82 ans ( au 12ème siècle c’est exceptionnel) mais jamais je n’ai été perdue par le contexte historique de ce roman écrit dans une langue belle et volontaire.

Clara Dupont-Monod  dit en fin d’ouvrage : « L’Histoire laisse tant de zones blanches qu’elle permet la légende mais aussi le roman ». Tout en s’appuyant sur une « armature historique avérée ».

Elle imagine ici les quinze années du premier mariage d’Aliénor (de ses 13 à 28 ans-ou 15 à 30 ans) avec le rois Louis VII, alternant à chaque chapitre, la voix d’Aliénor, puis celle de Louis VII, nous donnant le point de vue de chacun sur les mêmes évènements.  Le moins que l’on puisse dire c’est que la dissonance est telle que l’on sait dès le départ que ça finira mal. Il fallait bien des intérêts « économiques » pour autoriser des cousins (au 5° degré) à convoler, à plus forte raison quand il s’agit de l’union de la carpe et du lapin. En sachant que l’Eglise fermait les yeux sur ces consanguinités…

A 13 ans, Aliénor, en fille du Sud, entourée de troubadours qui chantent sa beauté en langue d’oc, vit dans le raffinement et le luxe, a déjà l’âme d’une guerrière et n’est pas prête à la reddition, fût-ce à un homme nommé roi de France par accident (son aîné, appelé à régner étant mort accidentellement, un cochon ayant provoqué une stupide chute de cheval fatale). Comme beaucoup de cadets, Louis se destinait à la prêtrise, il vivait entre mâtines et vêpres, le nez dans son missel avec toute la réserve compassée d’une âme paisible . Nulle fantaisie et nulle ambition d’être quelqu’un d’autre ne l’habitait. Sauf qu’il va tomber follement amoureux d’Aliénor qui ne l’aime pas et le méprise dès leur première rencontre : « Il est venu me chercher. J’étais si jeune alors. Un nuage de poussière s’approchait du château. Ce nuage allait m’aspirer avec tous mes espoirs ». (p16). Alors que lui c’est  : « Je t’ai aimée aussitôt  et, dans le même instant, tu m’as effrayé. C’était un mélange de perte et d’offrande ».(…) Mes guerres perdues c’était toi. Et jamais je n’aurais pensé qu’une défaite pouvait être aussi belle. » (p.28-29).

Malgré son entourage qui le met en  garde contre Aliénor, Louis VII ne va avoir de cesse de lui plaire, de devenir ce qu’il n’est pas et ne sera jamais, ne serait-ce que pour entrevoir une lueur de fierté dans les yeux gris tranchants comme l’acier d’Aliénor. Seule l’épée peut convaincre Aliénor qu’un homme qui sait la manier à de la valeur en ce monde.

Au Louvre, Aliénor s’ennuie à mourir, alors elle « s’échappe » et erre de longues heures dans Paris pendant que Macabru, son ménestrel attitré chante ses « frasques »…qui vont  finir par arriver aux oreilles chastes de son époux. Pour plaire à sa femme, il est prêt à tout. Aussi en 1143, soit six ans après leurs noces, il engage une campagne contre le Comte de Champagne et survient l’horreur avec l’incendie de Vitry-en-Perthois où mille cinq cent femmes et enfants vont griller vif dans l’église. Des images qui vont hanter Louis à jamais et le décider , avec le conseiller (proche d’Aliénor) , Bernard de Clairvaux à lancer la deuxième Croisade. Encore un échec, un de trop pour Aliénor qui a réussi péniblement à donner deux filles à Louis mais va revendiquer cette parenté au 5ème degré pour faire annuler le mariage et continuer son destin de reine guerrière avec un autre qui lui « ressemble« … « Si Louis meurt, je me remarierai avec celui que j’aurai choisi. Je ne laisserai rien ici, pas même un regret, pas même un enfant. Je prendrai un homme de conquête. Un homme qui ne s’effondre pas après la guerre. (p.127)

J’ai aimé la construction du livre, ces deux voix (trois vers la fin) qui se répondent et s’opposent sans jamais (ou si peu) s’entendre. Nous sommes tentés, au début, de nous identifier à Aliénor, belle, forte, inaccessible. Mais au fil des pages, Louis m’a touchée, son amour impossible, ses faiblesses, ses maladresses et le chagrin que lui prête l’auteur en font un personnage attachant, intelligent bien que pas calibré pour être un grand roi comme en aimait l’époque et comme eût aimé l’indomptable Aliénor. « J’ai fait le pari du langage contre les armes, de la foi contre la colère. J’inaugure un autre monde mais personne n’est encore prêt. Les chansons des ports et des veillées me ridiculisent déjà. Plus tard les livres me railleront. » (p.190). J’ai aussi découvert le style rapide, juste et poétique de Clara Dupont-Monod et je compte bien la relire.

Le roi disait que j’étais diable – 236 pages- © Editions Grasset et Fasquelle 2014 – 18 €

 

Briser le silence et entrer en résistance !

Briser le silence après le drame,
Le coeur à l’envers,
la raison qui s’égare…

Briser le silence
pour ne pas laisser la rumeur malsaine
s’installer.
Avec ses tessons de bouteilles acérés
qui fouaillent les immondices
qui surgissent
à l’heure du recueillement
à l’heure du bilan.

Écrire avec ses armes
avec ses larmes
mais écrire !

Se relever, fier,
Malgré les lambeaux,
malgré les cassures

Irréparables.

Cette chanson de Moustaki qui croyait encore
avec tant d’autres

aux lendemains qui chantent
même si les révolutions ont vécu.
Ne sont plus que souvenirs déçus
pour nostalgiques inconsolables
Mais encore… lucides sur ce qui vient d’arriver !

Depuis cette insouciance,
Insidieuse, est entrée dans nos vies

la fuite du temps…
L’embourgeoisement.
Ce que l’on croyait acquis
ne l’est jamais
quand sommeille la barbarie
au fond des bois tapie.

Liberté de Dire,
des fous ont tiré sur toi
ont fait couler le sang
d’innocents
avec le fol espoir
que l’herbe ne repousse plus…

Dans leur immense orgueil
pétri d’insanité.
Ils ont oublié
Liberté chérie
que tes amoureux se dressaient
bien plus nombreux…

Aujourd’hui, tous à tes pieds,
Yeux dans les yeux
nous allons marcher,

Rire, pleurer, chanter
Pour que tu vives
Pour que nos amis
Ne soient pas morts pour

RIEN !

Aujourd’hui Liberté,
Avec nos crayons, nos plumes
Nos stylos, nos claviers ou nos pinceaux
Nous entrons en résistance.

Pour Charlie…

On se relève et on chante, on s’indigne, le poing toujours levé, comme ils l’auraient voulu ! On peut même remplacer les paroles… Ou, on ne chante pas, on fait silence, en sachant que ce n’est pas lui qui aura le dernier mot…

 © Asphodèle – 11 janvier 2015

EST-IL JOUR ? EST-IL NUIT ? HORREUR CRÉPUSCULAIRE. Victor Hugo avec Claudialucia.

logo romantismePour ce samedi Claudialucia, dans le cadre de son challenge Romantique, nous demandait de mettre sur notre blog notre poème préféré du grand homme ! Las ! J’ai déjà mis « Demain dès l’aube »… J’ai donc feuilleté mes poésies et j’ai relu celui-ci deux fois tant il m’a semblé tristement proche de notre sombre actualité . La haine, l’ignorance au sens d’ignare, l’amour (aussi) existent depuis que l’homme est homme. Même si les ennemis changent, même si les guerres ne se font plus au son du canon , il reste que la mort, au bout de ce chemin aveugle éclaboussé de sang, est la seule gagnante… Les poètes sont toujours là pour dire le monde avec ou sans fioritures, Hugo était la pour nous dire « L’Année terrible » dont est extrait ce poème sorti en 1872 après qu’il eût assisté au printemps 1871 à la « semaine sanglante » de la Commune de Paris.

Est-il jour ? Est-il nuit ? Horreur crépusculaire !a hugo commune france

Est-il jour ? Est-il nuit ? horreur crépusculaire !
Toute l’ombre est livrée à l’immense colère.
Coups de foudre, bruits sourds. Pâles, nous écoutons.
Le supplice imbécile et noir frappe à tâtons.
Rien de divin ne luit. Rien d’humain ne surnage.
Le hasard formidable erre dans le carnage,
Et mitraille un troupeau de vaincus, sans savoir
S’ils croyaient faire un crime ou remplir un devoir.
L’ombre engloutit Babel jusqu’aux plus hauts étages.
Des bandits ont tué soixante-quatre otages,
On réplique en tuant six mille prisonniers.
On pleure les premiers, on raille les derniers.
Le vent qui souffle a presque éteint cette veilleuse,
La conscience. Ô nuit ! brume ! heure périlleuse !
Les exterminateurs semblent doux, leur fureur
Plaît, et celui qui dit : Pardonnez ! fait horreur. a hugo commune dessin n&b morts à terre
Ici l’armée et là le peuple ; c’est la France
Qui saigne ; et l’ignorance égorge l’ignorance.
Le droit tombe. Excepté Caïn, rien n’est debout.
Une sorte de crime épars flotte sur tout.
L’innocent paraît noir tant cette ombre le couvre.
L’un a brûlé le Louvre. Hein ? Qu’est-ce que le Louvre ?
Il ne le savait pas. L’autre, horribles exploits,
Fusille devant lui, stupide. Où sont les lois ? a hugo commune la semaine sanglante
Les ténèbres avec leurs sombres soeurs, les flammes,
Ont pris Paris, ont pris les coeurs, ont pris les âmes.
Je tue et ne vois pas. Je meurs et ne sais rien.
Tous mêlés, l’enfant blond, l’affreux galérien,
Pères, fils, jeunes, vieux, le démon avec l’ange,
L’homme de la pensée et l’homme de la fange,
Dans on ne sait quel gouffre expirent à la fois.
Dans l’effrayant brasier sait-on de quelles voix
Se compose le cri du boeuf d’airain qui beugle ?

La mort sourde, ô terreur, fauche la foule aveugle.

Victor Hugo, L’année terrible – 1872.

a hugo commune de paris 1870

Maximilien Luce, « Une rue à Paris en mai 1871 ».

LES PLUMES 39 – Les textes qui montent qui montent !!!

écritoire vanishingintoclouds(3)Jusqu’où êtes-vous montés pour la dernière cuvée de 2014 et les premiers mots de 2015 ? Nous allons tout savoir… J’ai écrit un texte (très) farfelu-second degré, s’il en est, vous comprendrez aisément que le passage à la nouvelle année et les obligations festives (vous notez l’antagonisme ?) ne m’ont pas facilités la tâche… J’espère seulement que vous ne m’en voudrez pas après l’avoir lu et que je serai toujours vivante pour les Plumes du 26 janvier ! Cette semaine, j’héberge à nouveau Emilie qui y prend goût mais aussi notre chère Marlaguette qui n’a pu faire autrement.

Visiblement, je n’ai pas été la seule à avoir eu du mal à écrire pendant une semaine de réveillon, de valeureux et méritants rescapés ont rendu leurs copies. Je les remercie pour cet effort ! Par ordre d’arrivée des liens, nous avons 25 textes, ceux de Marla, d’Emilie et le mien compris :

PatchCath, Adrienne, Soène, Jacou, Valentyne, Martine27, Nunzi, Camille Lysière, Célestine, Célestine (deuxième texte), Lilousoleil, Modrone-Eeguab-Edualc. Sharon. Monesille. Kristel. DimDamDom59. Martine de Littér’Auteurs. Flipperine. Janick. Et Bizak (vu à 11h ce matin !). MarieJo64 (à midi). Eva  (samedi soir, 23h34 pour cause d’ordi agonisant). Pascal Bléval (le mercredi 7 janvier).

Les mots imposés étaient : horizon, nature, ciel, échelle, fatigue, grimper, cabane, rideau, créneau, Éden, montagne, étagère, fièvre, transcender, panne, épuiser, oeufs, cheval, ravissement, remontant, rythme et ascenseur.

Après le mien, vous pourrez lire les textes de Marlaguette et d’Emilie.

QUAND LES PLUMES ME POURSUIVENT EN RÊVE…cabane arbres

Le cheval galope et danse à l’horizon qui avance. Le ciel s’éloigne, mouvant, au rythme des nuages, emperlés de flocons blancs. Il piétine le sol en cadence, ivre de chagrin et de rage d’avoir perdu son cavalier sous l’échelle de la nouvelle année. Quelle idée aussi avait-IL eu de grimper dans cette cabane dans les arbres, de succomber à la mode pour périr d’épuisement ? Certes, IL avait abusé de remontants à ce réveillon funeste mais surtout, surtout IL avait suivi la Jument Verte, cette vieille chouette inoxydable, un peu sorcière. Sa cavalière, une certaine Val avait déposé d’étranges flacons sur les étagères. Une ménestrelle, bizarre et prévenante, Monesille, avait pourtant beuglé très fort pour alerter les gens de la montagne environnante. Le chevalier Modrone qui passait par là, une boîte d’antiques pellicules dans son sac à dos de pèlerin avait retenu les moutons de Marlaguette pour ne pas qu’ils s’en mêlent (ni qu’ils s’emmêlent) en les installant devant un DVD. Ils avaient tous suivi. Mais rien n’y fit, nous ne savons pas encore pourquoi. Une citadine, Soène-la-Lyonnaise (pas pire que Mado-la-Niçoise), talonnée par Choupi-le-Parigot regardait la scène de loin. Elle ne voulait plus appartenir à une quelconque communauté et tout ce tintouin lui chauffait les oreilles.  Et Choupi béait devant elle, rêvant à d’autres projets…

Mariejo la sportive, une basket posée sur le tronc d’arbre, s’échauffait pour le cas où quelqu’un se déciderait à monter au créneau, voir de quoi il retournait exactement. Mais Martine-la-Normande, Martine-l’Iséroise et Domi-la-Belge, jamais en panne de fiel comme de miel, lui barrèrent la route et glissèrent une pomme sous sa chaussure. Décidément, le ver était dans le fruit. La tension montait, le drame qui allait se jouer devenait palpable. Chacun retenait son souffle.

Tous savaient, que là-haut, perché comme un aigle, ce pauvre Mindounet, analcoolique, ne toucherait pas à la bouteille de fine offerte par l’hôstelier mais risquait de se jeter sur les biscuits à la myrtille amenés par la Jument et confectionnés par Dame Syl-du-Berry. Tout le monde connaissait la réputation sulfureuse du Berry en matière de sorts et autres légendes. Comment l’avertir du danger ? Son portable, bien qu’acheté en 2013 avait été conçu dans les années 2000 par une firme dont on avait oublié le nom. Bernique bernée le Poussin, l’engin ne sonnait jamais. Loser un jour, loser toujours. De plus, il ne savait pas dire non. C’était même un ravissement de lui proposer une nouveauté car il était toujours partant. Du moment qu’il trucidait l’ennui existentiel dont il avait fait un barreau fondateur de son échelle intime. Le lendemain de Noël, on l’avait vu pleurer au milieu des cadeaux ouverts, du bolduc entre les dents… à l’idée d’attendre un an pour retrouver la même magie. D’ailleurs, La Jument Verte l’avait bien compris en organisant un complot mi-juin pour le sortir de son marasme et transcender cette obscure réalité.

C’est là que Célestine, l’oeil azur liquéfié de tristesse, un bouquet d’étoiles dans une main et sa guitare dans l’autre, entra en scène en fredonnant faiblement une mélodie de sa composition. Il y était question de nature en fleur qui s’éveille sous les doigts fiévreux du printemps et d’une femme, La Douce, marchant nue dans les prés, les bras tendus vers son destin, là-haut dans la cabane… Patience, elle arrivait. La grande prêtresse Asphodèle le lui avait dit mais une fois de plus, il n’avait pas voulu croire à l’oracle ! Et le cheval continuait de piaffer dans l’indifférence, alors que chaque minute comptait.

La fatigue gagnait peu à peu les troupes agglutinées et pourtant motivées à sauver le Poussin de ses démons ! On vit frémir le rideau de la fenêtre et un oh collectif ondula sur la foule. On le vit sortir en titubant, une bouteille à la main. Non ! Impossible qu’il ait touché à la fine, il serait encore dans le coma…ou alors… Mystère.  Sharon lança Nunzi dans la foule pour faire diversion mais la pauvre minette ne voyait rien et ne voulait surtout pas s’occuper de cette histoire, des croquettes au saumon d’abord, sinon rien !  C’est le moment que choisit Soène pour sortir l’arme fatale : un bouquet de roses parfum myrtille délicieusement nommées « Jubilé » (les préférées de la Queen d’Outre-Manche). L’odeur d’oeuf pourri qui flottait, vous savez, celle qui s’installe vite quand une foule stagne dans un ascenseur, se dissipa instantanément. Les joues pâles du Mindounet-perché-éméché rosirent sous le charme.

La foule fit alors une haie pour céder le passage à La Douce, rhabillée en Mère Noël, une hotte pleine à ras-bord de cadeaux enrubannés, les cadeaux de 2011, 2012, 2013, 2014… le cheval cessa de hennir. Un Éden venait de s’ouvrir sur le monde et nous nous retrouvions tous prisonniers de cette bulle temporelle destinée à l’éternité. Voilà le philtre impossible que cherchait notre ami !  L’enfer pour nous, venait de commencer…

©Asphodèle – 2015

 LE TEXTE DE MARLAGUETTE, privée de l’accès à son blog.