LES PLUMES 36 – Les textes en Folie !


écritoire vanishingintoclouds(3)Il semblerait que la « folie » vous ait inspirée, ça ne m’étonne guère ! Je ne citerais personne, je ne suis pas une balance ! Mais je n’en pense pas moins… Hum hum !

Par ordre d’arrivée des liens, voici les 27 textes (le mien compris) de la Folie : : Martine de Littér’auteurs, Ghislaine, MarieJo64 (Bienvenue), CélestineValentyne, Marlaguette, Soène, Jacou33, Dan Gazénia, Choupi-Fred Milli-Jean-Charles, Cériat, Josette Lausy (Notre marraine suisse de 84 ans ! 😉 ) , Carnets paresseux sur L’Ecritoire de Lise Genz, Janick, Evalire, ClaudiaLucia, Monesille, Isabel, Carnets Paresseux, Martine27. Adrienne, PatchCath. DimDamDom59. LilouSoleil, Nunzi. Violette Dame Mauve.

Et mon texte ci-dessous :

 LA FILLE QUI DANSEfille qui danse gif

Appontée au temps qui passe, à ma vie vidée par l’ennui ordinaire du quotidien et emplie de chagrins, d’amours mortes et enterrées, je regarde la fille qui danse là-bas, au bout de la jetée, enfermée dans sa musique imaginaire. Elle ondule, titube peut-être diraient certains, mais je suis fascinée par ses gestes, son extravagance qui me forcent à m’arrêter un instant et à la contempler.

Là, je devine un tango langoureux dans les bras d’un amoureux invisible qui, avec maîtrise, poserait une main douce sur sa taille fine. Et puis jaillit une débauche furieuse de sensualité quand elle bouge ses hanches, entrecroise ses bras en un savant bouclé qui me laisse rêveuse. Elle est bien trop jeune pour avoir appris ces danses anciennes dans les discothèques. Elle a dû avoir un père, un oncle, un grand-père, une famille où l’on chantait à la fin des repas d’été sous les tonnelles ombragées par les glycines du printemps et parfumées de roses offertes dans l’abandon de l’été.

Elle me fait l’effet de porter en elle des siècles de savoir et si, ce n’était ce lieu étrange où elle danse, seule face à la mer, les cheveux emmêlés de vent et de sel, je me dirais que tout va bien pour elle mais à certains gestes brusques, incohérents, en marge de sa danse parfaite, je pense qu’un grain de sable a brouillé la donne ; son âme d’artiste perdue dans un univers où les contes bleus et blancs de son enfance se sont fait la malle. Trop légère, trop fragile…sûrement quelque chose comme ça. J’aurais aimé lui parler sans l’effrayer, lui tendre la main en silence et qu’elle m’entraînât dans sa danse. M’approcher du bord pour ne pas manquer de sentir les embruns et le vertige de l’interdit. Sans penser aux conséquences…

J’allais m’esquiver par le chemin de halage quand elle fit volte-face. Dans son regard effaré, je vis une palette de contradictions où les couleurs violentes le disputait au bleu très pâle des iris.  Je sus d’instinct, sans rien demander, qu’elle s’était relevée là où j’étais tombée, qu’elle luttait encore là où j’avais abdiqué. La danse était son Credo son ultime épiphanie pour ne pas mourir. J’allais lui parler quand je reconnus, s’approchant, le son hargneux des sirènes d’ambulance. J’imaginais la blouse immaculée de l’aliéniste empathique au sourire doucereux et je ne le voyais que trop bien ce couperet qui tombe sur une vie pour mieux l’enfermer. Des mots à maux tournoyaient avec les corneilles dans le ciel obscurci : zinzin, schizo, psychose, névrose, paranoïa, bipolarité, camisole chimique… La fille ne dansait plus, cernée de flammes visibles d’elle seule, brûlure inguérissable, elle courait à présent de toutes ses dernières forces vers l’horizon, outrageusement bleui par la nuit qui montait, prolongeant son escapade qu’elle eût voulu sans entraves. Loin des sirènes et du monde qui vous recrache. Libres comme ces cabris du maquis que les bergers suivent au hasard des jours. Elle courait toujours,  pendant que dans le lointain, un lamento s’élevait dans les ténèbres, nimbé du sourire obsédant des premières étoiles filantes…

Les mots imposés étaient : grain, conséquence, ordinaire, manquer, zinzin, camisole, extravagance, quotidien, douce, furieux, maîtrise, artiste, univers, abandon, psychose, conte, rêveur, bleu, aliéniste, escapade, berger, onduler, outrageux, obsédant.

J’ai utilisé tous les mots, sauf « outrageux » que j’ai dévié en « outrageusement »…

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50 réflexions au sujet de « LES PLUMES 36 – Les textes en Folie ! »

  1. Quelle tristesse qu’il y eut tous ces mots à placer qui te firent avancer sur le chemin de halage…
    Elle était si belle à regarder à travers tes premières phrases

  2. En plus du brouillard qui cotonne mon champ de vision ce matin, ton texte m’emplit de nostalgie triste, Miss Aspho.
    Tu as, une fois encore, ta façon très personnelle de broder une histoire imaginaire qui s’anime à mesure de notre lecture. Je me rallie à la 2e phrase de Martine 😆
    Et j’en profite pour ajouter le lien de ton billet chez moi 😉
    Bon we et gros bisous

  3. C’est la danse de l’Ephemère empreinte d’une tristesse nostalgique.
    Oui c’est triste mais si beau par les mots qui dansent eux aussi,
    pour nous offrir ton histoire !!

  4. Voilà une scène émouvante et j’aime particulièrement cette phrase là : « Je sus d’instinct, sans rien demander, qu’elle s’était relevée là où j’étais tombée, qu’elle luttait encore là où j’avais abdiqué ». Magnifique !

  5. Coucou Miss Aspho 🙂 magnifique portrait d’un feu follet qui lutte ….tout en fragilité et en détermination …
    Je rejoins Marlaguette pour la phrase qu’elle a relevée 😉
    Bisessss

    • Merci Val, on peut aussi considérer que ce sont les autres qui décrètent la « folie », ceux qui en sont atteints ne se considèrent pas toujours comme tels ! 😉 Bises et bon ouike ! 😀

  6. Une danse qu’on aurait voulu prolonger un peu. J’aime bien cette phrase : « je ne le voyais que trop bien ce couperet qui tombe sur une vie pour mieux l’enfermer » qu’on peut retrouver dans biens des situations.

    • Oui Choupi, je suis d’accord mais là il s’agit d’enfermement avec camisole chimique et quand la folie n’est que douce, on peut comprendre ceux qui veulent la fuir…

  7. Bonjour Aspho!!!
    Je ne pouvais partir sans te laisser un petit commentaire sur ton texte fabuleux!!! J’ai regardé cette image quelques instants je m’en suis imprégnée puis j’ai lu ton texte, il ne manquait plus que la chanson de Bernard Lavilliers en musique de fond 😉 http://youtu.be/kPFHosSHeI8
    Bisous Aspho, cette fois c’est sûr je pars 🙂
    A bientôt.
    Domi.

      • Tu sais que je ne la connaissais pas cette chanson de Lavilliers, moi qui l’ai pourtant écouté en boucle à une époque ! Elle est vraiment belle, Domi a touché juste ! Quant à Barbara, je l’écoute toujours autant, je ne m’en lasse pas, quelle grande Dame ! Merci de me la rappeler ! 😉 Bises ma Tine♥

  8. Je suis sous le charme ;dès la première phrase, j’ai pensé à une ancienne chanson de Brel…qui m’a beaucoup marquée: « Sur la place une …une fille s’est mise à danser..) , et se termine par « ainsi certains jours, paraît une flamme en nos cœurs, mais nous ne voulons jamais laisser luire da lueur……Nous n’aimons point les réveils de notre cœur déjà vieux… Sur la place un chien hurle encore, car la fille s’en est allée, et comme le chien hurlant la mort pleurent les hommes leur destinée…J’avais 17 ans !, J’en fus très touchée (je connaîs Brel par cœur). Tu m’as émue, car j’ai ressenti la même détresse, et ton texte pourrait être une de ses chansons !
    Merci à toi.
    Dan

    • Dan, décidément, je ne pensais pas que mon texte évoquerait autant de chansons chez les unes et les autres (Lavilliers pour Domi, Brel pour toi) ! Je la connais par coeur aussi : « Sur la place chauffée au soleil, une fille s’est mise à danser, elle danse toujours pareil aux danseuses d’Antiquité… » Merci à toi de la comparaison, je vais rougir ! 😉

  9. Je viens de te laisser un com assez long(comme d’habitude), et il ne s’est pas enregistré ,je suis lasse de ne pouvoir me servir de ce PC. Je tente cet essai pour voir s’il passe.
    Bises
    Dan

  10. J’imagine les femmes qui dansent avec leur folie. Le regard jamais heureux, des puits noirs qui te glacent. Il ne faut pas affronter leurs yeux. Bouh ! Chère Aspho… c’est un beau texte qui étreint.

    • Galéa, je n’ai pas du tout pensé à Zelda en écrivant ce texte ! Tiens, j’aurais dû peut-être, il aurait eu une autre couleur ! Mais dès qu’il s’agit de danse et de folie, on peut penser à elle ! 😉

  11. Coucou…j’ai lu deux fois ton texte. On y retrouve ta patte, ton style, la nostalgie et la douleur, et deux femmes, sujet de prédilection pour toi, la danse aussi, la mer… Je crois qu’on ne peut rien te reprocher d’un point de vue de la langue, c’est du haut vol…et pourtant, j’ai dû parfois m’accrocher pour ne pas rester sur le chemin de halage, surtout dans le dernier paragraphe. j’étais certain qu’aliéniste était un mot imposé, comme berger, je me suis demandé aussi pour cabri…et je me dis que la contrainte des mots imposés n’aide pas forcément à sortir le meilleur de soi quand on a déjà ton niveau…
    Bon allez, un commentaire en demi teinte j’en conviens…mais tu me pardonneras…gros bisous grande prêtresse adorée…

  12. Oui, j »ai adoré aussi l’image dernière, le sourire obsédant des premières étoiles filantes. Ceci dit je ne pense pas que ce soit une danseuse, un art réalisé dans la « vraie » vie permet d’éloigner de tels débordements, peut-être quelqu’un qui n’a pas pu se réaliser dans son art, Un passage dans le temps interdit pas l’entourage qui a finit par refermer son tunnel sur elle.
    Belle découverte.
    Bon dimanche

  13. Somptueux avec une sensation d’ultime. Très fort, d’embruns, de sel et d’inquiétude. Je suis sidéré par cette chorégraphie et ces mots, outrageusement beaux. Une vraie merveille,Aspho… A ttds.

  14. L’esprit est capable de bien des choses pour se protéger. C’est superbe comme d’habitude et j’aime ta capacité à délirer gentiment avec tes images et animations et dans le même temps d’être capable d’écrire ces textes émouvants

  15. Bonjour Asphodèle, Ta danseuse est une femme prise d’envie, de danser comme elle peut et pas comme elle sait. Elle ne sait pas, ce sont des gestes désordonnés, d’un petit moment de folie. Elle doit rire et s’amuser, sur ce quai, sur une musique qu’ elle aime. Mais c’est une folie douce d’une très jeune femme heureuse , c’est mon avis et ce n’est sûrement pas le bon, puisqu’il ne ressemble pas à la plupart d’entre vous. Mais ton texte est magnifique, et c’est une belle édition de vie. Merci; gros bisous chère Asphodèle. de cette josettemarrainesuisse de 84 ans.
    Je vis ma vie avec le sourire et une trachéite dont les quintes de toux, m’étouffent parfois.
    ça va passer, je me soigne, sinon la vie est belle, et il faut la vivre intensément.
    Josettelausy http://marainesuisseskynetblogs.be

    • Ma chère Josette,
      Merci pour ce commentaire argumenté et gentil comme tout ! J’ai corrigé les fautes qui te tracassaient, un clavier ce n’est pas comme le stylo, les lettres nous échappent parfois et il va plus vite que nous !!! 😀 Sur ma plate-forme, on peut corriger les commentaires, je le fais quand on me le demande ou que je vois que les fautes peinent ceux qui ont écrit… Nous en faisons tous, ne t’inquiète pas mais c’est bien de s’en apercevoir !
      Je suis désolée de te savoir avec une trachéite, j’ai une bronchite (légère) en ce moment et les nuits ne sont pas « d’une traite » ! J’espère que tu vas te rétablir vite et retrouver cette belle forme qu’on te connaît !
      Ma danseuse est avant tout un peu « zinzin » mais elle a de bonnes raisons et si danser peut la délivrer de ses maux, c’est toujours mieux que les camisoles chimiques…
      Je t’embrasse chère Josette et te dis à bientôt ! 😀

  16. Désolée, mon clavier me joue des tours, j’ai des fautes de frappes que je n’ai pas frappées , j’ai voulu écrire, plein d’envie comme elle peut, pas comme elle sait. Ce sont des gestes désordonnés folie douce d’une très jeune femme qui fait la folle pour s’amuser ; ça va passer,
    Voilà, les mots justes ortographié, juste, et que j’ai loupés.
    Pardon, pour mes fautes. et Bisous. Josettelausy

    • Le Paresseux : et moi je réponds encore plus tard, j’ai eu quelques « bugs » depuis samedi ! C’est bien de prendre son temps, j’ai mis deux jours à tout lire, j’aurais pu en mettre trois ! Décidément, tu es le 2ème qui évoque Brel, je peux te certifier que je ne l’avais pas du tout en tête ! D’ailleurs ce texte ne devait pas vraiment finir ainsi, je l’ai écrit à l’arrache (comme souvent) et j’ai failli ne pas le publier…

      • coucou ! cela aurait été dommage de nous priver de cette folie aux odeurs marines mêlée de douceur et de compréhension, j’aime beaucoup ce petit moment de vie, cette attention particulière que tu donnes à la danseuse éphémère, très réussie, le texte est fluide , merci

  17. plus j’avançais dans la lecture de ce texte, plus cette jeune femme m’était visible. Touchée par sa grâce et effrayée par le drame que je sentais latent ! Ces quelques minutes de bonheur et de liberté ont dû lui paraître bien courtes ! Elle continuera à danser dans sa tête, jusqu’à la prochaine escapade ! Bisous Bon dimanche. Il ne faut pas que je rate le « mot du lundi » !

  18. je découvre tardivement ton texte (pour cause de vacances) tu montres merveilleusement à quel point la limite entre notre vie et la folie est mince et comme nous pouvons nous sentir proche de ces gestes impulsifs que la société ne nous autorise pas. Un superbe texte qui en plus de la beauté de ton écriture amène une importante réflexion.

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