N’OUBLIE PAS LES OISEAUX de Murielle Magellan


Magellan couv'J’avais dit que je reviendrai avec le muguet, ce dernier étant très en avance, me revoici plus tôt que prévu avec ce livre lu depuis…janvier ! Je m’excuse auprès de Cécile Ruelle pour avoir tardé à rédiger cette chronique.

« C’est l’histoire d’un amour« …on croirait entendre la chanson mais non, ce sont les mots de l’auteure qui précise :  » C’est parce que cette histoire est vraie en tout point -à d’infimes détails près- que la romancière que je suis a voulu la raconter. Pour en extraire la réalité romanesque,  et la restituer, la partager, dans sa nudité, sa beauté, sa cruauté et sa douceur » .

Murielle Magellan nous livre ici l’histoire d’amour merveilleuse (et cruelle) qui l’a unie à l’homme slave  malgré une différence d’âge très importante. Mais qu’importe justement ? « Quand la différence d’âge est si grande, elle s’abolit presque » (p.75). Elle a 17 ans quand elle le rencontre (et lui 27 de plus), elle veut être chanteuse, artiste, lui est déjà un homme de théâtre, de spectacles grandioses, reconnu et célèbre. Il la regarde à peine. Il faut dire qu’elle est pas mal complexée la jeune fille : par ses origines, « elle arrive de province via babeloued » (tout un programme), ne se considère pas comme jolie, du moins aussi jolie que les belles plantes qui papillonnent autour de l’homme slave… Il va en falloir du chemin pour qu’ils se rejoignent enfin. Malgré le donjuanisme effréné (quasi obsessionnel ai-je envie de dire) de cet homme, malgré tous ses défauts, ils auront un enfant ensemble, leur histoire s’étirera sur vingt ans. Il est et restera la référence ultime de l’homme parfait telle que Murielle le concevait déjà en sa prime jeunesse. Il a été  une concrétion de perfection, depuis les premiers émois adolescents qui en mûrissant, au lieu de s’étioler se sont affirmés et ne concevaient pas la vie amoureuse ailleurs que dans ces bras là. D’ailleurs j’ai cru comprendre que ceux qui avaient tenté de séduire Murielle avaient morflé… Mais aussi, comme il n’était pas acquis cet homme, il a aidé Murielle à devenir forte, à se construire aussi bien en tant que femme que dans le monde du spectacle où elle est parvenue à se faire un nom.  Murielle s’est en quelque sorte adossée à cette image mythique, ce pygmalion pour  chercher le meilleur d’elle-même, pour être reconnue dans le regard de Francis Morane (cet homme slave, enfant d’artistes), cité dans les carnets sous son vrai patronyme et « homme slave » dans le texte du livre… Mais pas seulement, car ce qu’elle a construit seule, elle le doit aussi à une volonté de fer…

Le livre s’ouvre sur la mort de l’homme slave. Murielle veut que son (leur) enfant de trois ans et demi dise adieu à son père une dernière fois. Même s’il en gardera un souvenir flou. Ensuite, débute la rencontre en 1984, car Murielle écrit sur des carnets, rouge, jaune, super-Conquérant et nous avons des extraits de ces carnets insérés dans le texte. Non seulement ces souvenirs ne m’ont pas gêné mais j’ai trouvé passionnant de relire les émotions d’un passé, cette façon de le garder vivant à jamais. Hormis le fait que l’histoire d’amour qui suivra plus tard apportera son lot de douleurs et d’apothéoses, on ne voit dans ce livre que la passion, l’universel amour impossible qui n’est pas voué au long terme et au quotidien routinier (et pourtant : vingt ans),  les concessions faites au pire mais n’est-ce pas pour mieux en extraire le meilleur ? Malgré cela, malgré les rages folles que lui a fait piquer l’homme slave , elle n’a ni regrets, ni remords et ne veut garder qu’un souvenir apaisé de cet amour flamboyant. Cette histoire « était destinée à être écrite un jour« , il se sera écoulé  plus de dix ans après la mort de l’homme slave en 2002 mais quel bel hommage elle lui rend là…Une très belle histoire, atypique s’il en est mais qui nous renvoie à notre propre histoire, du moins si l’on a vécu une telle passion (et avec un homme plus âgé)… !  » Avec l’homme slave il y a eu tant de coups de fil difficiles à passer, tant de lettres difficiles à poster, tant de mots difficiles à dire » (p.61). Je vous le conseille vivement !

magellan murielSUR L’AUTEUR : Murielle Magellan est née en 1967 à Limoges.  Elle est metteur en scène, écrivain, scénariste. Un extrait de Wikipédia à son sujet : « Après une formation de chanson (Studio des Variétés), de comédienne (École du théâtre national de Chaillot), et universitaire (maîtrise de Littérature moderne), Murielle Magellan s’est consacrée à l’écriture sous ses diverses formes, et à la mise en scène de spectacle vivant. En 2002 elle obtient le prix Cinéâtre-Beaumarchais pour sa pièce Pierre et Papillon, succès à Avignon puis à Paris (Théâtre des Mathurins (2003))2. En 2004, sa pièce Traits d’Union est montée par Bernard Murat dans la grande salle des Mathurins. En 2006, elle crée avec Anne Giafferi la mini-série Les Petits meurtres en famille, qui obtient le Globe de Cristal 20063. Les personnages Larosière et Lampion sont repris pour la série Les Petits Meurtres d’Agatha Christie. En 2007, elle publie son premier roman chez Julliard : Le Lendemain Gabrielle. Vous voulez la suite ? C’est PAR ICI

Vous pouvez ICI voir Francis Morane (vidéo très courte) aux festivités du bi-centenaire de la Révolution française en 1989, c’était un bel homme et un véritable homme-orchestre, excessivement doué…

Merci aux Editions Julliard pour ce partenariat.

Les avis de Leiloona, George, L’Irrégulière , Noukette et d’autres que je n’ai pas recensées (manque de temps, pardonnez-moi)…

Et une participation de plus au challenge amoureux de l’Irrégulière, catégorie : amour-toujours…logo challengeamoureux4

 

 

 

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69 réflexions au sujet de « N’OUBLIE PAS LES OISEAUX de Murielle Magellan »

  1. Ce livre aurait tout pour me plaire mais j’ai vu l’auteur à La Grande Librairie , le soir où il y avait Diane Brasseur venue présenter son premier roman  » Les fidélités » et Nina Mouraoui venue défendre  » Standard ». Du coup, je l’ai trouvée assez transparente…mais bon si tu le gardes, un jour peut être je le lirai ( mais ne le garde pas exprès si tu veux le faire voyager). Belle journée.

    • Moi je lisais son livre quand je l’ai vue ) LGL et je l’ai trouvée timide, réservée mais pas transparente !!! A côté de Bouraoui qui parle sans arrêt (haut et fort) c’est sûr… Mais cela n’enlève rien à la qualité du livre !

    • Noukette, comme elle nous met son vrai nom dans ses carnets, j’ai quand même voulu voir quel charme il avait pour être un tombeur pareil… Effectivement… je comprends mieux ! Merci pour ton lien, je l’ai ajouté, je vais aller lire ton billet ! 🙂

    • Natiora, une histoire comme dans un roman, pire que dans un roman car ça ne finit pas bien !!! 😉 Je peux le faire voyager si ça t’intéresse, j’attends les réponses de Lilou et Sharon, je peux t’ajouter, tu me dis ! 😀

    • Merci Syl, j’ai eu du mal à le faire ce billet, ça ne sortait pas (j’avais pourtant mon brouillon) et puis c’est venu d’un coup ! J’aime bien cette tapisserie aussi mais ma bannière est ratée… J’en ferai une autre…Bises

  2. Je suis contente de te relire. Ce livre me tente bien mais vais-je me laisser tenter, je verrai dans quelques mois.
    Je te souhaite une très bonne et belle journée.

  3. Encore un beau billet qui me donne envie de lire ce livre. J’avais aimé  » Un refrain sur les murs » de cette romancière.
    Merci Asphodèle.

    • Coucou Yorlane, contente de te revoir ! 🙂 Moi je la découvre avec ce livre, je tenterai certainement celui dont tu parles un peu plus tard… Si tu veux, il voyage, donc il peut faire escale chez toi, il te suffit de me redonner ton adresse par mail ! 😉

    • Anne, quelle chance tu as ! Elle est très accessible, je la côtoie un peu sur FB (je suis son actualité) ! Je lirai certainement « Un refrain sur les murs » un peu plus tard…

  4. J’ai lu en diagonale ce billet car je suis en train de le lire, et j’avoue être agréablement surprise. J’ai hésité avant de cliquer pour voir Francis Morane et puis ma curiosité a été la plus forte. Je ne l’imaginais pas du tout comme ça physiquement. Mais quelle voix! Et on le sent passionné.
    Je reviendrais lire le billet en intégralité une fois ma lecture terminée.

    • Mon petit chapitre, je suis désolée mais je te retrouve dans Indésirables et ce depuis le 29.04 !!! Oh My God, avant je regardais tous les jours !!! 😦 Bon… je t’en sors c’est déjà ça, tu ne seras pas passée à la trappe !!! Moi aussi j’ai été agréablement surprise, d’autant que je suis lasse des livres qui s’inspirent de la vie des auteurs mais là c’est tellement romanesque et pudique aussi en quelque sorte qu’il est passé tout seul ! Francis Morane était pas mal du tout !!! 😉 La voix aussi bien sûr…

  5. Heureuse de te voir de retour Aspho… Cette lecture est sur ma LAL mais malgré votre enthousiasme à toutes j’hésite un peu, le sujet ne m’attire pas des masses… Bisous, bonne semaine

    • Merci l’Or, je suis contente de revenir moi aussi, je me sens beaucoup mieux ! Ne te force pas pour cette lecture, comme pour toute lecture d’ailleurs ! 😉 Bises et à bientôt !

    • Alex, je l’ai lu peu après l’avoir reçu, ensuite les aléas…et voilà mon billet arrive tard mais ce livre m’a suffisamment marquée pour que je m’en souvienne encore très bien ! 😉

  6. Je n’ai lu que des éloges sur ce livre…et ton billet n’est pas des moindres. Je me demande vraiment si je pourrais l’apprécier, parce qu’en ce moment, je sature absolument de l’auto-fiction, j’en ai assez que les auteurs parlent de leur vie, et s’exposent sans prendre le soin de sa dissimuler sous la fiction. J’ai peur de n’y voir que le nombrilisme, alors que vous saluez tous une belle plume…je me donne rendez-vous dans quelques temps pour voir si je pourrais l’apprécier….

    • Galéa, si tu satures avec le genre, alors n’y va pas, pas le moment ! Ici, ça ne m’a pas gêné. Contrairement à Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan (je ne sais pas si u l’as lu) qui est une très belle histoire aussi, très bien écrite mais où je me suis sentie « voyeuse ». Ici non, il y a aussi beaucoup d’humilité chez Murielle Magellan… Mais bon, il ne faut pas se forcer si tu pars avec des a priori ! 😉

  7. On voit que tu as aimé ! Pour ma part je passe mon tour (pour une fois), je ne suis pas fan des livres trop « personnels » et des gens qui étalent leur vie privée. Mais je peux me tromper pour celui-là.

  8. J’ai arrêté à la page 231… un raz le bol, Un coup ça va, un coup ça va pas. En fait au bout du compte c’est absolument pas prenant. C’est presque un bouquin de midinette. Je l’aime, il m’aime plus. je l’aime plus, il m’aime. C’est ennuyeux. C’est du Harlequin. Le parfait bouquin de gonzesse.
    Heureusement c’est très, très bien écrit ça sauve les meubles. mais qu’est-ce qu’on s’em…… !

    • Mon pauvre choupi ! 🙄 Midinette… eh bien c’est l’histoire de beaucoup de femmes, enfin celles qui ont connu ça n’ont pas eu l’impression d’être dans un roman à l’eau de rose avec prince charmant et tout le toutim ! Cela dit ce n’est pas la première fois que nous ne sommes pas d’accord et ce ne sera pas la dernière ! 😆 Tu peux retirer le mot « gonzesse » s’teuplaît, là c’est péjoratif hein !!! Si tu veux en lire un qui te marque et qui n’est pas pour les « petites filles », je te conseille « Le livre de ma mère » de Cohen … ou « Les heures silencieuses » de Gaëlle Josse, là je suis quasi sûre que tu aimeras ! 😉

      • Il n’y a que toi qui peux retirer le mot qui t’ennuie, je ne peux pas le faire. Je t’autorise bien entendu à le remplacer.
        Oui ce n’est pas la première fois que nous sommes en désaccord sur certaines lectures et fort heureusement sinon il n’y aurait pas cette diversité d’auteurs, d’écrits.
        Mon commentaire est un peu virulent parce qu’en quelque sorte j’ai été déçu par cette lecture, j’en attendais autre chose. Ce cher monsieur m’a un peu dérangé. Cette façon de ne réagir qu’à ses impulsions et cette tolérance qu’elle lui accorde sont gênantes, l’idée qu’elle a d’elle et sa façon de se rabaisser malgré sa force de caractère sont perturbantes.
        Ceci dit elle écrit magnifiquement bien.

        • Choupi, je voulais te l’entendre dire !!!! 🙄 sinon je le laisse, voyons !^^ Mais je comprends très bien que cette histoire hors norme puisse déranger, c’est aussi ça qui en fait l’intérêt, les histoires d’Amour (avec un grand A) ne se ressemblent pas et transforment les gens. Elle est forte pourtant mais face à lui, elle devient…presque serpillière, elle ne voit que ce qu’elle a envie de voir (la fin est plus objective, normal elle a du recul) ! En même temps si tu ne l’as pas fini tu ne vas pas en saisir toute la portée, mais bon inutile de te flageller, de te punir… Je connais des lectures dix fois plus « dérangeantes » mais bon, chacun son point de vue !!!! 🙂

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