MAINE de J.Courtney Sullivan


MaineJ’ai enfin terminé, et sans efforts, ce roman idéal pour l’été ! Après Les Débutantes, le roman de l’adulescence, l’auteur signe ici son deuxième opus, plus mature et aussi alerte que le premier.

Nous sommes tous des victimes et des héros de notre enfance semble nous dire J. Courtney Sullivan (en partie)… Dans une famille irlandaise bostonienne et catholique, des années 1940 à nos jours on suit le parcours de quatre femmes de la même famille et nous découvrons, chacune leur tour par alternance des chapitres, leur voix et leurs avis sur les mêmes évènements, les secrets des unes et des autres, le fossé inter-générationnel avec au centre, cette magnifique propriété de vacances dans le Maine, qui a été longtemps synonyme de rires et de vacances ensemble avant de devenir une pomme de discorde.

Le roman s’ouvre sur Alice, la doyenne, 80 ans passés et toujours aussi furieuse, aigrie, perdue dans ses prières, prête à  léguer la propriété et sa maison à l’église pour s’absoudre du péché qu’a été une partie de sa vie (à l’écouter bien sûr). Elle est indigne, elle assume et se confesse, incassable, inaccessible même à ses enfants qu’elle n’a pas vraiment désirés. Puis vient Kathleen, la fille aînée, chérie par le père Daniel -décédé dix ans trop tôt-. Elle élève des vers pour les composts écologiques (ne me demandez pas de détails) en Californie, a fait des Alcooliques Anonymes et des mantras New Age sa ligne de vie salvatrice, elle déteste sa mère. Maggie sa fille, trentenaire, écrivain, paumée, larguée et enceinte, un peu geignarde à mon goût mais qui essaie de survivre à l’alcoolisme irlandais et à la culpabilité catholique de sa famille du mieux qu’elle peut. Et enfin Ann Marie, la pièce rapportée, la belle-soeur parfaite en apparence, qui semble le pilier de cohésion autour des trois autres, bien qu’on ne manque jamais de lui rappeler après 30 ans, qu’elle n’est pas une Kelleher ! Elles vont se retrouver ensemble dans le Maine par hasard, car chaque famille maintenant a ses dates pour venir et la cocotte minute n’est pas loin d’imploser par moments. Le cottage et la maison d’Alice ne sont plus le ciment fédérateur qui a servi à occulter certains secrets, à se protéger en cachant ses petits égoïsmes (qui n’en a pas ?) et il est l’heure d’ouvrir les yeux sur des réalités qui font que la vie change, les gens aussi, rien n’est acquis, surtout l’amour et encore moins l’amour maternel dans certains cas…

Comme une araignée, J.Courtney Sullivan tisse sa toile autour de ces portraits hauts en couleur que sont ces femmes, toutes représentatives d’une époque, d’une bien-pensance et d’une éducation. Quand elles n’en n’ont pas été les victimes, consentantes ou pas. « Quand on est une femme, l’époque où vous venez au monde peut sceller votre sort. » (p.178) Nous nous attachons malgré tout à chacune d’elles, plus ou moins, je dois dire qu’Alice et Kathleen, enfermées dans l’alcoolisme et les certitudes m’ont un peu agacée, Maggie et ses maladresses amoureuses ne m’a pas touchée plus que cela et Ann Marie qui s’agite comme un sémaphore avec des journées de wonder woman de femme au foyer est de loin la plus attachante. Mais si elle n’est pas totalement désintéressée, elle au moins aime vraiment ses enfants et n’est pas dupe !  Il est certain que le personnage d’Alice, s’il n’est pas sympathique car très incorrect à notre époque est  émouvant car Alice, en tant que femme, en 1940 n’a pas eu le choix qu’ont eu les autres, elle a subi une partie de sa vie et à l’heure où elle peut enfin respirer,  malgré les défauts qu’elle trimballe, les enfants aimeraient la clouer au pilori et la rendre responsable de tous les malheurs qui sont arrivés. En partie vrai, à moitié faux. Or Ann Marie qui symbolise l’idéal féminin américain a aussi ses failles et ses aveuglements. Ces portraits sont fouillés, le suspense est soutenu, la fin est prévisible mais cela reste une belle lecture !

Malgré la fluidité et la fraîcheur du ton et l’impatience que nous avons à savoir comment va finir le livre, dans un style non dénué d’humour ce qui ne gâche rien, je me suis heurtée à de très nombreuses coquilles (comme dans Les Débutantes), une dizaine quand même (avec des oublis d’article ou de mots) et je trouve cela dommage à un tel niveau. Car c’est indéniable, J.Courtney Sullivan possède une maîtrise du roman indiscutable, donc je remercie les Editions  rue fromentin pour ce partenariat mais je me permets d’insister sur la qualité de correction qui n’est pas à la hauteur.

MAINE de J.Courtney Sullivan, 450 pages, 2013, éditions rue Fromentin. 22€.

Il a été beaucoup lu sur la blogo et apprécié, je ne mets pas tous les liens vers les billets mais vers les blogs,… faute de temps, mais de mémoire : Aifelle, Clara, l’Irrégulière, Une Comète, Philisine Cave , Keisha aussi il me semble et d’autres avis à lire sur Babélio.

Ma première participation au challenge de LiliGalipette, Destination PAL ! (il y était depuis mai)…logo destination PAL challenge été LiliGalipette

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50 réflexions au sujet de « MAINE de J.Courtney Sullivan »

    • Sandrine, ce que j’aime dans les romans de cette auteure, c’est la jeunesse du ton, le regard de la génération actuelle sur les précédentes, ça vaut le coup pour cela ! Après…si ça te lasse, ne te force pas ! 😉

  1. Ah chouette tu l’as aimé ! De mon côté, j’ai fini « les débutantes ». Après un début qui m’a moyennement intéressée, j’ai été de plus en plus prise par l’histoire, au final je l’ai bien apprécié.

    • Aifelle, contente de te revoir, j’espère que tu as passé de bonne vacances ? ^^ J’ai beaucoup aimé même si, dans les deux cas, je trouve la fin téléphonée, on passe de bons moments. J’aime la fraîcheur du ton et l’humour jamais loin ! Les Débutantes est plus fouillé sur le féminisme mais les deux m’ont plu !

  2. Je n’ai pas lu Les débutantes mais je vais lire Maine dans quelques jours car comme toi j’ai reçu ce roman, du coup je t’ai lu en diagonale mais je note que tu as aimé, j’espère que ce sera le cas pour moi aussi

    • Lydia pour moi aussi, et je trouve cela dommage à ce niveau d’écriture ! Surtout quand il manque des articles, des pronoms relatifs ou pire, dans Les Débutantes, il y a des erreurs de « situation » de l’action ! Comme quoi le livre est bon, on ne le lâche pas malgré cela !

  3. Oui, je confirme pour les coquilles qui ont eu lieu sur deux pages en particulier (340 et 380 dans mon souvenir mais je n’en suis plus sûre) . Sinon, l’ensemble est très bon et idéal pour une lecture d’été. Bisous.

    • Phili, je n’ai rien à ces pages là, j’ai mis des post-it dès que j’en trouvais une, je me suis arrêtée de compter à 7 !!! Et je n’étais pas en mode correction, juste en lectrice ! Heureusement que le fond rattrape tout ! Bises 😀

  4. Dommage pour les coquilles…Sinon, la lecture que tu nous en donnes, me donne envie de le découvrir mais je commencerai certainement par « Les débutantes » 😉 bises

  5. Je le lis dans quelques jours avec Bianca donc j’ai survolé également ton avis. Par contre, cette histoire de coquille m’ennuie car elle gêne ma lecture (j’ai l’impression de ne voir plus que ça!). On verra bien ! J’espère apprécier autant que toi !

    • Céline, c’est mieux de survoler pour la découverte totale !!! Je vous souhaite une bonne lecture avec Bianca et je viendrai lire vos avis !!! 🙂 Pour les coquilles, quand j’ajoute « nombreuses », ce n’en sont plus : ce sont des fautes bien sûr, une mauvaise relecture et pas de correcteur visiblement ! Je vais postuler 😆 !!! Je les ai toutes notées, j’en ai peut-être zappées, si on les relève à plusieurs, ce serait mieux ! Je me sentirai soutenue sur ce coup là !!! 😉

    • Merci Onee, je me sens moins seule car elles sont quand même énormes pour certaines ! Et puis de toutes façons, un livre vendu ce prix-là se doit d’être irréprochable ! 😉 Sinon pour le fond, rien à dire, j’ai passé un très bon moment !

    • Océane, c’est une histoire de femmes inter-générationnelle menée tambour battant, on ne s’ennuie pas une minute, on sourit, bref une lecture parfaite pour l’été !!! 🙂

  6. Pfff….tout le monde en dit du bien, il est en tête de gondole partout; mais moi je ne suis pas très sensible aux histoires de femmes, en général les hommes sont caricaturés ou falots…mais peut-être que j’ai tord Aspho. Disons que je vais attendre la sortie poche

    • Galéa, je crois que je commence un peu à cerner tes goûts (avec des failles bien sûr^^), je pense que soit tu vas craquer sur le style frais et enlevé de l’auteure et passer un bon moment, soit tu risques de t’énerver !!! 😆 Attends d’avoir oublié tous les billets que tu as lus dessus ! Mais je te le conseille comme une lecture détente pour te changer les idées en souriant du coin de l’oeil !!! Je suis claire ??? 😆 Bises
      P.S. : les hommes n’ont pas souvent le beau rôle mais ils comptent, le portrait du grand-père est très réussi (et il est mort) !!!

  7. Je suis enchantée par ton billet, d’autant que ce roman sera ma prochaine lecture.
    Je possède « Les Débutantes » également, mais je le garde pour septembre-octobre : qui dit roman de campus dit rentrée des classes !
    J’adore ce genre d’histoire, polyphonique et féminine.
    J’ai lu cette semaine « Les Filles de l’ouragan » de Joyce Maynard, un véritable coup de coeur. Si tu ne l’as pas lu, je ne peux que te le conseiller.

    • Merci Emma, je pense que Maine te plaira si déjà, à la base tu aimes les romans de femmes ! Non, je n’ai pas encore lu Joyce Maynard dont je n’entends que du bien, mais je dois descendre ma PAL avant, un peu… 🙂

      • Comme prévu, je suis plongée dans « Maine » depuis hier, j’ai lu les quatre premiers portraits, donc je connais les quatre personnages et mes sentiments les concernant sont déjà très proches des tiens.
        Quant aux coquilles, cent pages et elles sont déjà légion… C’est triste…
        Dans le genre roman féminin, « L’armoire des robes oubliées » va devoir sauter dans ma PAL ^^

        • Emma, je suis ravie que tu t’y retrouves, j’essaie toujours d’ tre le plus objective possible mais en lecture ce n’est pas facile ! Eh oui les coquilles sont insupportables !!! 😉 Bonne journée

  8. « Maine » me dit plus que « Les débutantes », ton billet donne l’impression d’une construction plus serrée et aboutie que dans le premier roman de cette auteure. Et tu as bien raison de souligner que les « coquilles » sont trop nombreuses, il y a un moment dans « Les débutantes » où j’ai relu trois ou quatre fois les mêmes phrases pour m’assurer que je n’y comprenais rien mais que ce n’était pas vraiment de ma faute ….

    • Athalie, Maine est plus « mature » du fait de la diversité des générations, la fin, là aussi est un peu téléphonée mais on ne le lâche pas !!! Je crois deviner les fautes dont tu parles pour Les débutantes : l’inversion des prénoms des filles et le gosse censé être à un camp de claquettes et qui est à la maison, insupportable !!! Là aussi j’ai crisé devant des articles manquants ou autres pronoms relatifs !!! Heureusement que ça reste un bon livre… 😉

    • Jérôme, une histoire de femmes, voilà qui devrait te plaire !!! 😉 Les hommes y sont un peu malmenés, disons que, hormis le grand-père, ils n’ont pas un rôle glorieux mais c’est aussi une réalité !!! 🙂

  9. J’ai lu « Les débutantes », et je ne sais plus quelle blogueuse m’a fait cette remarque concernant les coquilles… Je pense que cela doit venir de la maison d’éditions du coup, qui était la même…

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