Le piano abandonné…


Piano Gwen

La consigne de ce dimanche à l’atelier de Skriban était la photo suivante : un piano abandonné à La Pointe-du-Raz, en Bretagne. Que nous inspirait-il ? J’ai trouvé cette photo magnifique et l’idée intéressante. Ma participation ci-dessous.

Il avait dû quitter le navire. Non comme un rat après un naufrage, mais parce que la femme du capitaine était trop belle. Quand il jouait le soir devant une foule aux trois-quarts indifférente, elle s’accoudait de l’autre côté du piano. Elle posait sa coupe de champagne et ses longs doigts gantés battaient la mesure tout en plongeant ses yeux sombres dans les siens. D’un sourire, elle le faisait chavirer. Il oubliait qui il était, il jouait pour elle, pour la nuit derrière les baies vitrées de la salle de bal, ses notes déchiraient le temps, s’affolaient, il ne faisait qu’un avec son piano, un plus une quand elle était là…

On l’avait renvoyé sans préavis. Depuis, il arpentait son bout de terre sauvage, solitaire, exilé, à moitié fou. On l’avait oublié.

Ce matin, il avait cru rêver en voyant le piano debout sur la lande, face à la mer. C’était le sien. Celui qui l’avait suivi vingt ans durant sur les paquebots minables où il gagnait sa vie. Il avait reconnu l’échancrure dans le bois, les lettres gravées, sur le côté… Il se souvint de cette après-midi là ; les sanglots de Summertime se mêlaient aux chuchotis du vent entre les vagues. Elle était là, debout à contre-jour dans la salle. Fasciné, il avait plongé dans son regard tout entier, là où s’accrochent les reflets argentés qui bruissent d’écume en frissonnant. Et le capitaine était entré. Le fracas et le chaos avaient suivi. Un an qu’il était là, seul comme un chien.

Comme un automate, il courut jusque chez lui, s’empara d’un bidon d’essence. Il courait sans réfléchir. Surtout ne pas réfléchir. Son passé, sa vie s’arrêtaient là, au bord de ces rochers. Pourquoi ne l’avait-elle pas rejoint ?

Peut-être retrouverait-il dans les flammes la couleur des crépuscules passés avec elle, mêlée dans ses cheveux, la couleur de l’amour dans les notes rejouées, ces notes qui s’enfuient sous les cendres des sables, roulées par les marées. Quand il craqua l’allumette, il entendit un cri, plus bas, vers la plage et alors il la vit. Elle en avait mis du temps.

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22 réflexions au sujet de « Le piano abandonné… »

    • Philisine : l’atelier de Gwen est bien plus ancien que celui de Leiloo et ne porte pas QUE sur des photos, c’est même assez rare qu’il n’y ait qu’une photo contrairement à celui de Leiloona qui est basé là-dessus. Les délais pour rendre sa copie ne sont pas du tout les mêmes non plus !!! Bises 🙂

  1. C’est très beau… j’espère qu’il va s’en sortir ; j’aime les histoires qui finissent bien parce que dans la vie…
    Pas eu le temps (surtout le courage d’écrire une ligne) l’inspiration me fuit un peu alors je lis pour la retrouver en même temps je soigne ma sciatique revenue et me prépare à une autre intervention !
    avec le sourire

    • Lilou, oui ça finit bien malgré tout ! Pour le piano, je ne sais pas ce qu’il va devenir, il faudra demander à Gwen si elle suit l’affaire !!! La fatigue n’aide pas toujours, la douleur non plus mais quoique… Je te souhaite de ne pas trop souffrir ! C’est ce que l’on attend de ces interventions, normalement… Bises.

    • JC, nous sommes toujours inspirés à contre-temps j’ai remarqué ! Les photos qui te parlent ne me disent rien et vice-versa ! 😆 J’ai fait ce que j’ai pu, dans le délai que je m’accorde le dimanche, c’est-à-dire peu ! 😀

  2. Un très beau texte avec une photo pas du tout évidente pour en faire un texte je trouve. Tu as très bien réussi 😉 Et puis je suis contente ça finit bien 😀
    Bonne soirée bises

    • Haaa ma Bea ! J’ai éteint l’ordi, merci du compliment mais ce n’est pas un texte travaille, un premier jet : le dimanche, on a la consigne le matin et on doit produire avant 19h, donc c’est chaud ! :D’ mais j’aime bien, ca nous pousse dans nos retranchements. La je m’y remets, je n’ai presque pas ecrit depuis janvier et ca me manque ! Biiiises ma binomette et bonne nuit ! 🙂
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    • Bea, dans les textes courts, je laisse souvent planer un doute ! Qui nous dit que c’est elle ? Tu as l’oeil ma Comète ! 😀
      Biiises
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  3. Un piano à la pointe du Raz…on peut difficilement trouver plus romantique, nostalgique et romanesque…La mer t’inspire de si belle manière, cet océan qui sépare et symbolise l’absence…
    On entend ta petite musique si personnelle lorsqu’on lit tes textes…

    • Merci Mind !!! J’appréhendais un peu, reprendre la plume fait du bien après une période de lectures intenses, finalement, alterner les deux est une bonne chose !!! 😆 Je suis ravie de savoir que j’ai une petite musique à défaut d’avoir de l’oreille !!! 🙂

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