L’OR PERDU DE LA JOIE d’Olympia Alberti


Voici un livre reçu par les Editions Salvator, tout d’abord en tapuscrit puis en livre broché où je l’ai fini plus confortablement ! Ce qui est curieux aussi c’est qu’il parle du poète Rainer Maria Rilke et qu’il fait écho à ma lecture récente de Lou Andreas-Salomé d’Isabelle Mons, ces deux là ayant vécu une passion de trois ans…

A l’automne 1902, Rainer Maria Rilke, vingt-sept ans est un poète « maudit », sans domicile fixe, pauvre, il parcourt le monde en quête d’inspiration. Sa femme Clara est acceptée comme élève dans l’atelier de Rodin et ce dernier l’autorise également à écrire une monographie, « comme ça, sur le vif ». Rilke est fou de joie, il est en extase devant Rodin. « Tout lui semblait beau, comme chaque fois qu’il s’agit de commencer, d’offrir le meilleur de soi à un projet, toute ampleur éveillée vers le futur étant une forme d’amour » (p.17).

En se promenant au jardin du Luxembourg, il la voit, elle, Camille Claudel… Il est fasciné et troublé.  Ils vont se rencontrer, puis se fréquenter et une histoire d’amour-amitié prend naissance. Je ne sais pas si cette histoire a réellement existé, je n’en ai pas trouvé trace en faisant des recherches sur le poète mais pourquoi pas ?  Olympia Alberti  a choisi de se mettre à la place de Rilke (ou de Camille Claudel), consignant ses impressions dans un « carnet de voyage », lui offrant ses mots à elle qui s’appuient sur les siens, les vrais, consignés dans ses fameux Carnets… Le style est noble, majestueux bien que, au début souffrant de nombreuses répétitions qui m’ont un peu agacée (choses, monde, choses de ce monde, énergie(s)) mais la qualité générale du roman vaut le détour.

Au départ, Camille ne se remet pas d’avoir été abandonnée par Rodin et peine à trouver de quoi vivre de son art. Elle déborde d’énergie créatrice, tout le temps, insufflant à Rilke le désir d’écrire enfin une oeuvre unique, lui qui ne sème que des poèmes de ci de là (le héros de son futur roman, Malte Laurids Brigge est déjà dans sa tête). Nous sentons cette fièvre souterraine qui ne la quittait pas et qui a fini par la dévorer, de même que Rilke nous apparaît comme un éternel passionné, amoureux, exalté et observateur quant à la liaison de Rodin et de Camille : « Je sens que cette femme est grande, déjà, dans l’entièreté de son art, de son désir de don et d’amour -aucun doute, elle aime le Maître encore, à son insu,- on me dit qu’elle lui en voudrait beaucoup de son éloignement, de certaines appropriations (…) » p.27.

Ce qui va les rapprocher, aussi, c’est l’enfance malheureuse, incomprise, l’absence d’amour de leur mère respective. Puis le silence de Paul, le frère de Camille qui semble ne plus entendre ses appels désespérés. L’abandon, l’absence, pourquoi vivons-nous ?,  le temps qui passe, autant de réflexions que le poète décortique, écrivant toujours aux femmes qu’il a aimées (Lou Andreas-Salomé, Paula…). Et écrire était vital pour lui :  » Une lettre, c’était du souffle, du marbre, des mots vivants, de l’éternité ». Lou n’est jamais très loin quand il s’agit d’analyse et de correspondance. Pour Camille, la descente aux enfers a commencé, la folie douloureuse s’écrit à présent sur son visage et Rilke quand il reviendra ne la reverra plus, elle a été enfermée. Mais il continue de lui écrire, de lui promettre l’impossible parce qu’il y croit lui, très fort :  » Il voulait y mettre son coeur, son âme, lui demander pardon de ses silences, de ses voyages de nomade, (…) ils allaient retrouver l’or des icônes, l’or perdu de la joie » (p 241-242).  » Bien sûr Rilke est marié à Clara, ils ont une petite fille, Ruth et même quand il s’emporte dans des traductions possibles de cet amour « intellectuel » en amour charnel, la raison le rappelle à l’ordre. Il est en osmose spirituelle avec Camille, rêvant de plus, mais le saura-t-on jamais ? Il lui écrira jusqu’en 1913, il meurt en 1926 à 51 ans et elle mourra dans son asile en 1943.

La fin est tragique, on la connaît. Ce livre m’a donné envie de revoir le film Camille Claudel avec Isabelle Adjani et de relire « Malte Laurids Brigge », l’unique roman en prose de Rilke. Je vous avais présenté un extrait, très connu de ce roman, ICI.
Ce roman est terrible de justesse (même si les faits ne sont pas avérés, c’est encore mieux), de poésie, porté par l’ample écriture d’Olympia Alberti. ! Je dois dire que j’ai eu des frissons devant tant de beauté gâchée, devant tant d’amour perdu.

Merci à Alizé des Editions Salvator pour cette belle découverte. Et toutes mes excuses pour le retard …

Il est sorti le 23 août dernier et compte donc dans le challenge de Hérisson et Mimi Pinson pour le 1% rentrée littéraire. Et Pour le Challenge de George et Sharon, « Romans sous influence », nous avons ici la double influence de Camille Claudel (voire de Rodin) et celle de Rainer Maria Rilke…

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38 réflexions au sujet de « L’OR PERDU DE LA JOIE d’Olympia Alberti »

  1. Ton billet est très bien écrit et sait donner envie, mais le sujet ne m’emballe pas plus que ça. Je le note tout de même dans un coin pour l’intérêt biographique.

    • Merci Natiora, ça me fait plaisir car c’est un billet « perdu » que j’ai du retaper !!! C’est sûr qu’il faut connaître Rilke a minima mais il se lit très bien ! Ce poète me fascine depuis le lycée et je m’aperçois que je n’ai pas lu grand-chose de lui et que j’en savais peu…

  2. C’est vrai que ton billet est vraiment bien écrit et donne très envie. Je ne sais pas si j’aimerais ce type de lecture, il faut que j’essaie, rien que pour la poésie que tu décris, que j’adore.
    bises 😉

    • Merci Laure, si tu aimes la poésie, le style de l’auteure est pour toi ! En revanche, il faut connaître un peu la vie du poète et de Camille Claudel pour s’y retrouver… Mais rien de bien difficile ! 😉

      • je viens de regarder et je suis tombée sur un livre écrit par cette auteure qui m’intéresse au plus haut point et que je vais acheter : le royaume de sa nuit, sur Mère Teresa, l’as tu lu ? je vois qu’elle est passionnée de spiritualité et de l’inde, alors ça me parle !

        • Non je ne l’ai pas lu, je la découvre avec ce livre, elle est passionnée d’écriture également !!! J’ai noté un autre de ses titres paru chez Actes Sud…Mère Térésa, sans plus… 😉

        • je viens donc d’acheter « un jasmin ivre » « l’autre côté du monde » et « le royaume de sa nuit » voilà 😆 j’ai aimé la description faite sur amazon du dernier 😉

          • Hé bé !!! Tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère !!! Je ne me fie pas trop aux avis sur Amazon (et ailleurs) depuis que je sais qu’ils achètent des « like » ou des étoiles… Je ne connais rien d’autre de cette auteure, j’espère pour toi que les autres sont aussi bien écrits !!! 😀

        • disons que par rapport à l’écriture, si tu aimes je pense pouvoir aimer vu ta façon d’écrire que j’adore 😉 (je pense surtout d’un point de vue poétique). En voyant la description de la personne cela me parle beaucoup. les sujets abordés dans ces livres me tentent aussi beaucoup donc je suis optimiste 😉 et puis si cela ne me plait pas eh bien je serais fixée comme ça 😆 bon c’est sûr que comme toujours j’ai pas réussi à n’en acheter qu’un seul…. 😀

            • je me suis mal exprimée, je parlais de ta façon d’écrire pour les jeux d’écriture qui pour moi sont un prolongement de qui tu es et qui reflète ta sensibilité et ta façon de voir et ressentir l’écriture. je ne sais pas si je me fais comprendre mais je me comprends 😆 donc si tu es touchée par son écriture, je pense pouvoir l’apprécier aussi 😀

              • Laure, je crois que j’avais compris, je te faisais marcher !!! 😆 Je te remercie beaucoup mais il ne faut pas croire tout ce que je raconte quand j’écris hein, il y a beaucoup de fiction !!! En revanche la façon d’écrire oui c’est moi !!! Et je suis convaincue qu’Olympia Alberti te touchera, si elle a mis autant de coeur dans ses autres ouvrages… 😀

        • oui je me suis rendue compte après coup en fait mais j’avais déjà publié mon comm 😆
          pour la fiction je comprends bien ce n’est que de la fiction aussi pour ce que j’écris 😆
          j’ai hâte de la lire, je crois d’ailleurs que dès que je les reçois j’en lis un, comme ça je te dirais ce que j’en ai pensé 😉

          • Ho tu m’as fait rire aujourd’hui !!! Ton avis m’intéresse quand tu auras lu !!! Je vais attendre un peu pour relire un de ses livres, j’en ai d’autres à découvrir ! Mais je n’en resterai pas là c’est clair ! 😉

    • Merci Sharon, ça me fait d’autant plus plaisir que c’est la deuxième fois que j’écris ce billet (j’ai perdu le premier) ! Pour ce qui est du sujet, on aime ou…pas !!! ^^

  3. Hé bien tu m’as donné envie de le lire…le sujet me parle mais je connais rien du poète en question ni du contexte, j’ai peur que cela soit un peu trop compliqué pour moi. Je ne connais que Camille Claudel et je suis assez fasciné par son destin et la relation avec Rodin . C’est d’ailleurs selon moi l’un des seuls grands rôles d’Adjani (avec la Reine Margot) qui est une actrice surfaite et mineure à mes yeux…cela n’engage que moi bien entendu.

    • MTG, tu peux aller sur Internet découvrir un peu la vie de Rilke pour le situer un minimum, ça prend cinq minutes !!! 😀 Tu veux que je te le prête ???^^ Adjani surfaite ??? C’est une façon de voir les choses dans ce cas que dire de ta Mylèèèène ???? J’en suis bouche bée !!!

      • Parle moi de Juliette Binoche, de Sandrine Bonnaire, d’Isabelle Huppert, ou de Deneuve mais Adjani…elle a explosé avec  » l’été meutrier » et après? …combien de ses films resteront dans l’histoire du cinéma? Bon je suis un peu dur mais c’est mon avis.
        Par contre j’ai envie de voir « les Soeurs Brontë »

        Mylène est pas surfaite, elle est juste refaite…wharf wharf…ceci dit Adjani a 57 ans…mais elle doit avoir la jeunesse éternelle…je vois que ça comme explication.

  4. Alor que di nivo darriero
    s’apreisso encaro l’escabot,
    tant de cop dins li sèr de Sierro
    en regardant de vers Muzot

    l’errour de bluiour et de cèndre,
    me sounjave i rebat parié
    que Rilke revesié descendre
    chasque vèspre sus si pensié…

    Extrait d’un poème d’Henriette Dibon dite Farfantello (fondatrice du groupe Lou Riban de Prouvènço) avec en exergue « Beau pays achevé
    Chaud comme le pain… » RMR
    L’avait-elle rencontré ? A Muzot ? Je ne sais.

    Quelques vers en provençal sur ce blog, c’est un scoop non ? Sourire…

    • Merci Roberto pour ce scoop ! Sauf que je n’ai pas fait provençal à l’école !!! J’ai fait du latin et de l’espagnol, je comprends un peu mais pas littéralement ! J’ai compris « Rilke », ça c’est sûr !!! Si elle l’a rencontré c’est avant 1926, date de son décès… Il avait déjà publié le « gros » de son oeuvre et vivait en Suisse donc elles ont pu le lire tout du moins !

  5. La traduction ferait, comme c’est souvent la cas pour le provençal et l’occitan en général, perdre le charme du texte. Farfantello (1902-1989, féministe, amoureuse, libre, « camargaise » dans l’âme ) n’a probablement jamais rencontré Rilke mais elle lui vouait une admiration profonde et elle est allée plusieurs fois à Muzot (ceci te fait donc deux mots compris, lol !).
    Camille Claudel : je connais bien l’hôpital psy où elle a été internée (pas comme pensionnaire !). Plus tu découvres la vie de Camille, moins tu aimes Rodin… J’ai moi aussi un doute sur la rencontre Rilke-Claudel.

    • Roberto j’avais pas vu Muzot (d’autres c’est Mirza, on fait ce qu’on peut ! :lol:). Je n’aime pas du tout Rodin bien sûr, il a été un tyran destructeur jusqu’au bout. Quant à la probabilité elle est mince mais elle existe, de plus, l’auteure s’appuie sur des citations de Rilke qui pourraient être faites POUR Camille, mais la magie de l’imagination peut aussi faire le reste ou, ou elle a vraiment fouillé les écrits (c’est une spécialiste de Rilke, entre autres) et trouvé une piste… Internet n’a pas encore réponse à tout et ce sont ces recherches, ces mises en abyme qui permettent d’avancer et qui sait de découvrir des amours bien cachées…. J’ai vu qui était Farfantello sur un site provençal, traduire les paroles serait enlever la musicalité poétique du texte ! 😉 Bonne fin de soirée !

  6. Voui, pourquoi pas ? On dit bien la Mère Supérieure du couvent…Je m’amusais (tu n’es pas en cause) d’un certain féminisme de salon qui va se réfugier dans la sémantique et l’orthographe ce qui lui permet d’oublier les vrais combats autrement plus difficiles à mener: l’excision des fillettes (courante dans certains quartiers de Marseille), la mise sous l’éteignoir des activités d’extérieur mixtes, les emplois aux salaires dépréciés, les tournantes, j’en passe et des meilleures dont la dernière sont les pressions pour interdire la vente de sous-vêtements, voire vêtements féminins sur les marchés…Occasion de saluer le combat d’associations qui ne baissent pas les bras comme Ni Putes Ni Soumises. Je reviens à Claudel: elle était quasiment ignorée ici jusqu’à la « médiatisation » de sa dure vie et de son talent. Le Musée Calvet à Avignon n’exposait même pas les sculptures qu’il conservait dans ses réserves…Je dois avoir quelques pages sur sa détention. Je chercherai.

    • Roberto, tous ces combats sont louables et dignes, mais j’ai choisi de parler « livres » sur ce blog pour ne pas débattre justement sur tout ou alors par le biais de la littérature !!!^^Quant à Camille Claudel, nul doute que la famille a longtemps protégé les secrets… Surtout Paul !

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