LOU ANDREAS-SALOMÉ d’Isabelle Mons


J’ai juste deux mois de retard pour cette chronique et je m’excuse auprès de Babelio et des Editions Perrin qui m’ont adressé ce livre. Une fois n’est pas coutume, je vais vous citer le début de la très longue quatrième de couverture pour vous présenter Lou Andreas-Salomé, une femme qui a marqué la fin du XIXème et le début du XXème siècle :

 » Enfant de Russie, européenne dans l’âme, voyageuse au long cours, Lou Andreas-Salomé (1861-1937) fut tout à la fois muse, écrivain et psychanalyste, vivant de sa plume à une époque où cela ne se faisait pas. Auprès de Nietzche, rencontré en 1882, dont elle est l’indispensable disciple, Lou prend son envol. Chroniqueuse littéraire, elle fréquente l’avant-garde parisienne, viennoise et munichoise, écrit ses premiers ouvrages. Mariée, elle vit sa vie comme elle l’entend jusqu’au jour où elle croise le chemin de Rainer Maria Rilke, en 1897. S’ouvrent alors trois années de passion absolue entre la femme écrivain déjà célèbre et le poète ».

Nous en apprenons déjà beaucoup par ce résumé mais quand on sait que l’auteure est Docteur en littérature comparée et enseignante, qu’elle « consacre ses recherches à l’écriture féminine et au rapport de la littérature à l’art », vous comprendrez aisément que ce livre tient plus de l’essai destiné à des étudiants préparant une thèse qu’à la biographie romancée à laquelle je m’attendais ! En effet, en remontant à l’enfance en Russie et à l’impact qu’elle aura sur Lou sa vie durant, le ton clinique de l’analyse est donné puisque la fin de la vie de cette femme extraordinaire se conclura par sa rencontre avec Freud en 1911, se consacrant elle aussi à la psychanalyse, lui permettant d’approfondir le chemin parcouru, un chemin qu’elle a fait en femme libre, débarrassée des carcans sociaux de l’époque, vivant ses passions comme elle l’entendait. Mais en gardant la tête froide. « Elle vit dans l’indépendance le seul moyen de s’accomplir. Et pour elle, l’accomplissement était un développement et une évolution constante » p. 166.

L’évolution des sciences qui s’accélère à l’époque intéresse Lou par la liaison qui va s’opérer entre la médecine du corps et celle de l’âme,aboutissant sur une « science de la femme« . Bien que mariée à Friedich Carl Andreas à qui elle restera fidèle d’une certaine façon toute sa vie, Lou ne se contente pas des théories religieuses iranistes de son époux et continue de voyager, sa curiosité et sa soif de compréhension la portant toujours plus loin et surtout la menant vers sa propre vérité. L’épisode de sa passion avec Rilke pendant trois ans est plus intéressant que ses amours tourmentées avec Nietzsche. Rilke est de dix ans son cadet (environ), elle aura une emprise intellectuelle jusqu’à la fin de la vie du poète. Ce dernier restera marqué à vie par leur séjour en Russie, où ils expérimentèrent le « retour à la nature », dans l’esprit également du retour à la terre nourricière. Ce livre est joliment illustré en son centre par des photos, il comporte à la fin une cinquantaine de pages d’écrits de Lou (nous avons les rappels et des renvois de pages tout au long de notre lecture) mais ce genre de style, un peu compliqué a ralenti ma lecture :  » Lou Andreas-Salomé travaille avec Rilke à plus de sobriété dans l’expression ; en renvoyant une image hyperbolique de leur relation, il aspire à une vison sublimée de l’existence et de l’amour qu’elle lui porte.. Lorsque apparaissent les prémices d’une pensée esthétique liée à la quête de l’originel, Lou est simplement conquise. » p121. Affirmer que Lou était une cérébrale intellectualisant chaque phase de son existence est un euphémisme. Cet ouvrage très savant comporte également des inédits, notamment concernant les rapports, un temps ambigüs, de Lou avec le régime nazi, elle avait gommé toute trace de lointaines origines juives. Certes, sa rencontre avec Freud en 1911 est un aboutissement presque logique de l’existence de cette grande dame qui a fait, sans militer toutefois, beaucoup pour l’évolution et la reconnaissance de la condition féminine. C’était avant tout une théoricienne nourrie de philosophie, de mots et enfin de psychanalyse.

Un livre difficile pour qui, comme moi n’a pas un bac +10 mais très enrichissant sur la société des arts, des lettres et des sciences de l’époque. Pour un public exigeant… et rendre hommage à Isabelle Mons qui a accompli là un travail de titan !

Extrait d’un écrit de Lou sur l’Amour et plus particulièrement l’érotisme :  » L’érotisme occupe une position intermédiaire au sein des deux grands groupes de sentiments, l’égoïsme et l’altruisme. -pour le dire de manière moins équivoque : du rétrécissement, de la contraction de notre volonté individuelle jusqu’à la sécession, l’hostilité, ou de la dilatation par laquelle il s’intègre l’Autre (…). Pour se donner il faut pouvoir se posséder soi-même, et pour posséder il faut d’abord pouvoir recevoir des choses et des hommes ce qui ne peut pas s’acquérir par rapt, ce qui peut seulement être accueilli en présent, d’une âme ouverte. » p 315

Merci à Clément Vekeman des Editions Perrin et à Pierre de Babelio pour la coordination de cet envoi.

Lou Andreas-Salomé, Editions Perrin, 364 pages, © 2012, 23 €.

QUELQUES IMAGES DU LIVRE :

ci-contre, à g., l’enfance en Russie choyée par un père aimant. A dr., les fiançailles avec Friedich CarlAndreas.

Ci contre, à gauche : les années Rilke…

Et enfin ci-dessous les années psychanalyse avec Freud.

Publicités

32 réflexions au sujet de « LOU ANDREAS-SALOMÉ d’Isabelle Mons »

    • Merci Lili, ce livre m’a donné vraiment du mal et il est si dense qu’il aurait fallu un billet sur chaque époque de la vie de cette femme ! Je suis soulagée de l’avoir fait… 🙂

    • Syl. je connaissais de nom mais je ne pensais pas que sa vie eût été si riche et d’une certaine façon romanesque pour l’époque ! Elle a voyagé toute sa vie (sauf les dernières années où elle a vécu retirée du monde) et elle a rencontré le gratin intellectuel européen…. Bises

  1. Depuis le moteur de recherche Google (où je fouine pour des recherches diverses autour de Pérec) je tombe ici…Et je lis vous lis…Amusant le billet précédent car les vers de Hugo, ses allitérations, marquèrent mon esprit de collégien («je me souviens de l’improbable exotisme des asphodèles».
    Amusant aussi car je me suis souvent frotté à l’exercice du -Je me souviens- sans jamais trop savoir quel tri intérieur se faisait en moi dans ces essais de remembrance. Le passé pour vivre au présent et se projeter dans l’avenir : grand sujet à une époque où beaucoup, ne sachant d’où ils viennent, ne savent où ils vont…Mes recherches avaient trait aussi à un des derniers Delerm (Le trottoir au soleil), très décevant.
    Lou: je n’ai lu que la biographie d’ Y. Simon. Et puis pour moi Lou, c’est surtout celle d’Apollinaire. Envie donc de découvrir ce que Mons a écrit sur cette Lou-là (loula hop !).

    Bon, avant de repartir à pas feutrés, je vais parcourir un peu le blog d’Asphodèle (sacrée, classée et protégée. Sourire).
    Roberto.

    • Gwen, ce livre est très difficile, je ne m’y attendais pas, nous sommes loin de la bio romancée, comme je le dis, c’est plutôt un essai pour ceux qui sont en thèse ! J’ai mis un mois à le lire (en parallèle d’autres), et il aurait fallu trois billets pour en rendre toute sa substance !

  2. J’aim énormément les biographies, mais effectivement, il faut qu’elles soient un minimum romancés pour gagner mon intérêt. Si c’est traité de façon scolaire, je fuis ! Autrement ce personnage me parait intéressant, raconté différemment j’aurais pu noter l’ouvrage.

    • Sharon, je te le mets de côté, nul doute que c’est un livre qui te plairait, le destin de cette femme est exceptionnel mais voilà ça ne se lit pas comme un roman, il faut prendre son temps !!! 😉

    • Alex, oui, surtout les vacances des autres qui viennent les prendre chez toi !!! 😉 mon été n’a pas vraiment été de tout repos…et septembre non plus pour tout te dire !!!

    • Aymeline, et pourtant elle fut célèbre en son temps ! Je savais pour ses amours avec Nietzsche et Rilke mais j’ignorais à quel point ce fut une femme libre et combative ! 🙂

  3. Voilà, je me suis « abonné » à ce blog odorant… Je viens de relire le billet. Cette Lou, un peu bla-bla son écriture…Tandis que Rilke…charme et simplicité. « Farfantello » (Henriette Dibon), poétesse et auteur(e) -pour vous faire plaisir, lol !- provençale lui rendit plusieurs fois hommage. Pour revenir à Lou: se farcir Freud, faut vraiment en avoir envie, non ? sourire…A bientôt…Rob.

    • Bonjour Roberto ! Les écrits de Lou étaient très « analysés » bien avant qu’elle ne rencontrât Freud. Rilke était un vrai poète maudit dans tous les sens du terme, ça ne pouvait pas durer entre eux ! Quant à ce qu’elle a fait de son cors avec Freud ou Nietzsche ou d’autres, on s’en fiche un peu non ? :)…………………… Je vais bientôt reparler de Rilke à travers un autre roman qui le met en scène à Paris et de son amitié pour Camille Claudel, les hasards de lecture sont parfois étranges !!! (Lou bien qu’absente n’était jamais très loin pour ce grand enfant qu’il est resté !!!)

    • JC : je ne craque jamais (sauf devant un livre-torchon ou mal torché au choix) !!! La difficulté de lecture vient aussi de mes propres carences donc je n’allais pas jeter la pierre à un livre qui se mérite d’une certaine façon avec un sujet aussi intéressant et bien écrit ! Et puis j’attendais quelque chose de plus « romancé »….

  4. Houla…c’est pas pour moi ce livre là. Je suis bien ignorant sur la science de la femme, tu t’en doutes bien. La médecine du corps est déjà bien impuissante, quant à celle de l’âme…on peut toujours y croire. Nous avons un livre de Lou sur nos étagères, la Douce avait fait une tentative vite arrêtée…je n’ai pas essayé mais pourquoi pas! Bises.

    • MTG, euh…il n’y est pas question QUE de la science de la femme hein !!! C’est un des aspects de cette femme pluridisciplinaire qui a milité (sans pancartes) pour l’émancipation des femmes et qui a appliqué ce qu’elle pensait à sa vie ! Et ce n’est pas Barbara Cartland, elle est certainement difficile à lire (j’ai lu des extraits en fin de ce livre). Mais on peut aussi avoir envie de lire pour réfléchir et là tu as une auteure toute trouvée, que tu sois d’accord ou pas avec elle !!!

  5. Toujours aussi active et ambitieuse dans tes lectures Asphodèle…! 🙂
    Je ne suis plus très souvent sur le blog, mais toujours un peu à l’écoute… (par FB )
    Bises à toi et à tous les « Plumes de l’été »!
    Bettina

  6. Voici un livre qui me tente énormément, qui a l’air d’en dire autant sur un auteur que sur l’époque où elle a vécu … Ton billet me donne bien envie de le lire

    • Maggie, ce livre est très riche et pas facile d’accès ! Mais effectivement nous apprenons énormément sur l’Histoire, sur le monde des Lettres et des Arts de l’Europe ! Si tu veux je peux te le faire voyager ? Tu me dis ! 🙂

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, il sera toujours bienvenu !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s