LE PETIT ASSASSIN de Ray Bradbury (nouvelle)


Comme je vous l’ai dit ICI, je voulais commenter cette longue nouvelle à part, tant elle est criante de vérité mais aussi de surnaturel. Pas de SF ici, du fantastique mêlé de réel qui fait froid dans le dos. Je ne la conseille pas aux jeunes parturientes ni aux futures mamans…

L’histoire débute pendant l’accouchement de Alice Leiber qui a failli mourir de sa césarienne et qui flotte encore dans les vapeurs de l’anesthésie. Malgré cela, elle est persuadée que le bébé a voulu la tuer et veut encore la tuer. Au début, devant le désamour viscéral qu’elle éprouve pour le nouveau-né qui va rester sans prénom d’ailleurs, on pense au baby-blues, à un délire dû à l’anesthésie (quand on sait les anesthésies des années 1950-60). Mais pas du tout. « On m’assassine sous leurs yeux. Ces médecins, ces infirmières ne se rendent pas compte de la chose cachée qui m’est arrivée. David ne le sait pas. Sauf moi et le tueur, le petit meurtrier, le minuscule assassin. »

Le père se confie au médecin qui se veut rassurant et lui conseille de faire montre de beaucoup d’amour, d’attendre un mois et si vraiment l’attitude d’Alice ne change pas, de l’envoyer voir un psychiatre.

Des choses étranges se produisent alors que le bébé grandit, pas au point qu’il marche, il a deux trois mois à peine, et l’angoisse nous prend à la gorge car instinctivement, nous nous rangeons à l’avis du mari, David et à celui du médecin. Mais l’affliction de la mère est telle que nous la croyons aussi, partagés entre ce sentiment d’impossible et l’éventualité qu’elle ait raison…
« – C’est d’une chose révoltante que je parle. Combien de mères sont mortes à la naissance de leur enfant ? Combien ont nourri de leur lait d’étranges petites improbabilités qui causeront leur mort d’une manière ou d’une autre ? (…) Et l’instinct de conservation, dans ce cas, consiste à éliminer la mère qui a compris à quelle horreur elle a donné naissance. Je vous le demande Docteur, qu’y a-t-il de plus égoïste au monde qu’un bébé ? Rien ! »

Alice est aimante, elle place même l’amour comme le rempart absolu à la laideur, à la violence et tente d’expliquer à David que le bébé n’a pas cette carapace d’amour, qu’elle est incapable de lui faire confiance. « Et quand il n’y a pas de loi, alors c’est l’amour qui nous protège. Tu es protégé par mon amour, je ne puis te blesser, bien qu’entre toutes les créatures tu me sois la plus vulnérable. Mais mon amour te protège. Je ne crains rien de toi (…). Mais…pour ce qui est du bébé ? Il est trop jeune pour connaître l’amour ou quoi que ce soit, jusqu’à ce que nous puissions le lui enseigner, et entre-temps, nous sommes vulnérables… » Mais aussi la thèse soulevée est que ce bébé particulier ne se serait pas « remis » de la douleur violente qu’est une  naissance, après les mois de béatitude absolue passés dans la chaleur protectrice du liquide amniotique. Pourquoi après tout les bébés devraient-ils nous remercier de leur faire vivre ce traumatisme ? Mais la dysfonctionnalité va aller beaucoup plus loin… « Il se souvenait d’avoir vu l’enfant, les yeux grands ouverts, éveillé en pleine nuit quand les bébés devraient dormir. Éveillé, étendu, silencieux comme la pensée, ne criant pas, ne pleurant pas, mais guettant depuis son petit lit. Il repoussa cette image. C’était insanité pure. »

D’autant que ce bébé était désiré, qu’il est né dans une famille aisée, prête et prompte à l’aimer… Que va-t-il se passer quand le père va devoir s’absenter ? L’instinct maternel est-il plus fort ou ce ne sont que les vues de l’esprit d’une femme dérangée ? La fin est inattendue, prévisible quoi que… mais n’en fait pas moins froid dans le dos…

Deuxième billet pour le « Challenge-Hommage à Ray Bradbury‘, organisé par Aymeline !Nouvelle tirée de  » Celui qui attend » et de « Au pays d’octobre »©1957.

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40 réflexions au sujet de « LE PETIT ASSASSIN de Ray Bradbury (nouvelle) »

  1. Je lis en diagonale ton article : grâce à toi et à Adalana, je n’ai pas résisté à l’achat de Celui qui attend et autres nouvelles (dont fait partie Le petit assassin). Grosses bises.

    • C’est un tout petit recueil de 95 pages, j’en ai parlé la semaine dernière, et vraiment les genres sont différents et tous aussi intéressants !!! Je te le conseille, sinon cette nouvelle est tirée de « Au pays d’Octobre », autre recueil…que je ne connais pas !

    • Hoooo, vilaine ! Je te la dirais si tu veux mais j’aimerais autant que tu lises ces nouvelles qui en plus te plairaient !!! Le livre part chez toi vendredi au plus tard !!!♥

    • Oh oui retrouve le !^^ J’ai l’habitude des menaces de Syl., elles ne me font pas trembler !!! 😆 Mais elle va avoir la fin ET le recueil, je me connais, je vais céder… 🙂 Si tu le veux, il peut voyager chez toi, Aymeline m’a autorisée…

    • Nul doute qu’elle va te plaire ! Note bien le nom des recueils où elle figure ! Tu aimeras aussi La grande exhumation qui m’a fait beaucoup rire malgré le tragique de la situation… 🙂

    • Hooo ! Flippante ! Vu certaines de tes lectures (vampires ou polars sanglants), cette nouvelle passerait pour du jus de pomme !!! 😆 Quoique…psychologiquement elle est stressante…

    • Cette nouvelle m’a fait un effet, brrr ! Tu n’es pas enceinte ? Tu ne veux pas de bébés tout de suite ? Alors vas-y, sinon je déconseille, c’est tellement crédible au second degré… 🙂

        • Ha ha, celui-ci était dans Indésirables, tu crois que Mr WordPress pense que tu me harcèles ??? 😆 Mdr ! Il est en rupture ? Sinon j’ai les titres des livres dont sont extraites ces nouvelles : Le petit assassin c’est Le Pays d’Octobre et Celui qui attend (le puits) vient de Les machines à bonheur, si tu as besoin…tu me dis !!! 🙂 Bisouilles Morgouille !!! 😀

          • Ah, c’est bien possible que WordPress commence à prendre pour des attaques mes essaims de commentaires ! Mouhaha 😆 Ouiiii, j’ai vu que tu avais mis les titres dans ton autres billets ! Je note tout ça, merci ! 🙂 Gros bisouilles !

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