LA CURÉE d’Emile Zola


Je vous avais mis un extrait ICI mais je ne vous avais pas tout dit. Ce classique m’a embarquée au-delà de mes espérances ! Les souvenirs scolaires de Zola sont bien loin mais le talent de cet auteur n’a pas pris une ride et il nous balade dans le tout-Paris  qui, meurtri par la guerre de 1848 profite allègrement des largesses de Napoléon III…

1852. Dans le Paris éventré et exsangue du Second Empire, les fortunes se font aussi vite que la misère est oubliée, celle qui sévissait juste quelques années plus tôt en 1848… Les opportunistes empressés, les escrocs mondains ont sous leurs yeux rusés une ville qui se redessine sous l’influence du baron Haussmann. Certains ne vont pas hésiter à la saigner pour étancher leur soif de grandeur, de pouvoir et de richesse.

Ainsi sont les frères Rougon. Eugène, le politicien roué qui agit en coulisses et demande à Aristide, le cadet tout juste débarqué de Plassans, province méridionale, d’attendre son heure et de ne pas faire de vagues.  Il en changera de nom et s’appellera Saccard. Eugénie, sa terne et soumise épouse décède fort à propos deux ans plus tard. C’est là que Sidonie, la soeur aînée, funeste personnage, entre en scène. Elle s’est fait plaquer par son mari bien des années plus tôt et depuis, vit d’expédients : elles est entremetteuse, courtière, elle est toujours là au bon moment, au bon endroit. Elle remarie son frère à la belle et riche Renée, de vingt ans sa cadette. « Madame Sidonie avait eu un mécompte. Tout en maquignonnant le mariage, elle espérait épouser un peu Renée, elle aussi, en faire une de ses clientes, tirer d’elle une foule de bénéfices. » Point d’amour entre ces deux là mais un arrangement financier qui satisfait tout le monde. Jusqu’au jour où Aristide fait monter Maxime, son jeune fils de dix-sept ans à Paris. Maxime et Renée n’ont que sept ans de différence d’âge mais Renée, au départ, prend son rôle de belle-mère au sérieux et veut initier Maxime à la vie parisienne. Ce dernier est sournois, ambigu et se révèle être une éponge, un caméléon. L’élève dépassera le maître. Et Renée, prise à son propre piège ne se satisfera plus des robes du célèbre couturier Worth, elle s’enivrera trop souvent et jouera gros. La Curée est en marche. « Quand Maxime vint la chercher à la fenêtre où elle s’oubliait, (…) Renée ne quitta la rampe qu’à regret. Une ivresse, une langueur montaient des profondeurs plus vagues du boulevard. Dans ce ronflement affaibli des voitures, dans l’effacement des clartés vives, il y avait un appel caressant à la volupté et au sommeil (…), à l’heure où les voyageurs gagnent leur lit de rencontre. » Se vautrer dans l’or et le stupre de l’argent facile n’élève pas les âmes,  elle met en relief leur goujaterie et leur fatuité. Leur impuissance aussi à trouver le bonheur. Leur chute ne nous fait pas vraiment de peine. Et l’on se gausse de ce beau gâchis ! Sauf pour l’un des personnages, je ne vous dirai pas lequel. Et encore, pour le plaisir de cette majestueuse écriture, un dernier extrait :

« Et la jeune femme, prise elle-même et emportée dans cette jouissance avait la vague conscience de tous ces appétits qui roulaient au milieu du soleil. Elle ne se sentait pas d’indignation contre ces mangeurs de curée. Mais elle les haïssait pour leur joie, pour ce triomphe qui les lui montrait en pleine poussière d’or du ciel. Ils étaient superbes et souriants; les femmes s’étalaient blanches et grasses; les hommes avaient des regards vifs, des allures charmées d’amants heureux. Et elle, au fond de son coeur vide, ne trouvait plus qu’une lassitude, qu’une envie sourde. »

L’écriture de Zola est magnifique, rythmée, nous ne nous ennuyons pas un seul instant, j’ai même été surprise, gardant des souvenirs scolaires plutôt mornes… Il faut dire que Zola ne nous a pas habitués à évoluer dans ce milieu de (nouveaux) riches, de luxe. Son analyse de cette société qui spécule à tout va n’est pas sans rappeler une certaine crise qui a commencé chez Lehmann Brother’s… Il croque aussi divinement bien les personnages exécrables du roman ! A lire ou relire absolument ! Lu dans le cadre du STAR de Liyah (oui un oublié de plus ! Mais je comble mes retards, vous avez remarqué) et surtout pour le Challenge le ma chère Lili Galipette «  Relisons les Rougon-Macquart« . Son billet sur La Curée, par ici !Dès que j’ai un peu plus de temps, je m’attaque au suivant : Le ventre de Paris ! J’allais oublier le Challenge « Paris » de Sharon, l’action se déroulant essentiellement dans Paris à partir de 1852…

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56 réflexions au sujet de « LA CURÉE d’Emile Zola »

  1. Coucou! Encore un roman que je n’ai pas lu, je ne connaissais pas la Curée ni les autres œuvres de Zola d’ailleurs. Je finirai bien par le découvrir aussi. Pour l’instant je lis la littérature britannique classique : David Copperfield et juste après Camilla. Mais mes parents ont dans leur bibliothèque de poche Zola, donc j’y ferai peut-être un petit tour cet été qui sait…

    • Comme quoi on ne peut pas tout lire (ou relire), c’est impressionnant quand on y pense ! Je te conseille de commencer par La Curée, c’est superbe ! Mais bravo pour la littérature anglaise que je découvre en majorité maintenant…alors, pas de complexes à avoir !!! 🙂

      • Finalement Asphodèle, je me suis enfin plongé dans l’oeuvre. Le début m’avait un peu rebuté et finalement après m’être accrochée j’ai lu pendant plusieurs heures accro! Bref, beau moment de lecture, je termine et je reviens te déposer un nouveau commentaire. Merci pour cette idée de lecture, je vais l’étudier avec mes élèves. Bises et bon rétablissement. J’espère que ta maman ira mieux. Amélie.

        • Missy, alors là je suis très contente ! Je n’y ai pas vu de vraies difficultés mais un style époustouflant, comme tu dis un vrai bonheur de lecture ! 😉 Merci pour tes voeux, on se soigne, mais c’est loin d’être finitant que vous me voyez ici c’est qu’il n’y a rien de gravissime ! 😉 Bonne continuation madame-la-future-mariée !!! 😀

  2. J’en garde un souvenir très admiratif aussi. Un des meilleurs de Zola sûrement. Difficile à dire cependant car quand je les lisais, il me semblait toujours que celui en cours était le meilleur.

  3. ah tiens, je suis en plein dedans! quand Maxime s’apprête à se marier… Le début m’a un peu ennuyée, je l’avoue, mais la suite, whaouh! je suis comme toi, en totale admiration devant l’écriture de Zola toujours emplie d’images et de métaphores.

    • Le début justement m’a accrochée de suite avec la scène des cabs qui défilent au Bois de Boulogne… Si tu en es au mariage de Maxime, la curée ne va pas tarder… Et l’écriture est grandiose ! Qu’est-ce que ça fait du bien de retrouver des styles aussi riches, parfaits, sans faute de syntaxe ou de concordance des temps tout en ayant une histoire foisonnante !

    • Bé oui ! Moi aussi il y a des séries que j’ai mises entre parenthèses pour l’instant, on ne peut pas être partout, je vais (quand je peux) où l’envie me porte, sauf que ce mois-ci ce seront des lectures « obligées », trop de retard ! Heureusement il y en a d’excellentes ! Mais je préfère quand même pouvoir choisir mon livre à un moment précis ! 😉 Bises♥

  4. Flûte, flûte et re-zut ! impossible de laisser un com chez la Part Manquante pour m’inscrire à son challenge….. pourtant elle est sur Canalblog je comprends pas !!!!
    Bon pour l’instant Zola je m’y replongerais pas … mais je ne sais pas si tu connais aussi cette Blogueuse, Fondant au chocolat (http://leslivresdefondantochocolat.hautetfort.com/) qui fait très souvent des billets sur Zola 🙂
    voilou !

    • Ma chère Rose, il y a un problème ! 😆 J’ai vu que tu avais fini par réussir à laisser un comm chez La Part Manquante mais je ne vais pas te pister tous les jours hein !!! 😀 Je connais Fondant au Chocolat de nom, je la suis sur Hellocoton quand je peux mais le temps me manque pour suivre tous les blogs assidûment, hélas…

      • Ben oui je comprends bien Asphodèle 😉
        Je suis coincée dans les couloirs des blogs mais je te promets de faire des fouilles archéologiques pour savoir où Ekla a planqué la notice pour faire une newsletter 🙂
        Bisous et merci pour ton aide précieuse dans cette jungle !

        • Je suis passée par là aussi et sans l’aide de blogueuse compréhensives, je serais encore dans les tuyaux ! Pour Eklablog, je te conseille de contacter Argali qui a la même plate-forme que toi et qui pourra peut-être te conseiller ? Ne te décourage pas, on en apprend tous les jours ! Bises !

  5. Si jamais tu veux faire une lecture commune pour le ventre de Paris, je dois le lire depuis des lustres ! (je les lis et relis tous dans l’ordre).
    J’avais beaucoup aimé celui-ci, avec ce côté Phèdre moderne…

  6. Non Zola ne me dit rien…on verra plus tard et pourtant je me souviens avoir été au bout de l’assommoir il y a longtemps…sans être trop assommé justement.
    Mais visiblement ce livre t’a enchantée…

    • Je gardais un souvenir mitigé et relativement fastidieux de Zola et là : éblouissement, je l’ai lu en deux jours ! Je suis sûre que le Paris de cette époque et l’histoire d’amour un tantinet désabusée plairait à ton coeur tout mou 😆 Ce n’est qu’une impression mais… 🙂 Bises ♥

  7. J’ai lu Nana et la Bête humaine il y a deux ou trois ans et je dois dire que cala m’avait beaucoup plus. Je téléchargerai sûrement d’autres Zola des que j’en aurai fini avec la littérature asiatique 😀 😀

    • Je te conseille La Curée vraiment ! Et comme tu n’en auras jamais fini avec ta littérature de prédilection, je te conseille de le lire entre deux, histoire de savoir qu’en France, nous avons aussi de grands et beaux écrivains !!! 😆

    • Je pense que si je les avais lus dans ces circonstances, je n’aurais pas du tout envie de les relire ! Pour les challenges, c’est comme les clés, on les oublie et on y repense quand le billet est parti… 🙂

  8. Ah Zola, lui je l’adore, positivement ! Je lui dois tout (dit-elle en exagérant !) L’initiation à la politique, à l’économie, à l’ amour, chez lui on trouve tout ! Ce mec est un génie ! Et quelle écriture ! C’est simple, je l’aime ❤

  9. De Zola, j’ai lu Germinal, L’assommoir (qui ne m’a pas du tout assommé) et Au bonheur des dames (que je compte un jour relire). Il fait partie de mes auteurs classiques fétiches, de par sa prose réaliste mais aussi pour son courage (qui l’élève parmi les grands hommes) lors de la rédaction de J’accuse. Une reconnaissance et un respect pleins et entiers pour cet intellectuel lettré immense. Je lirai la Curée avec plaisir.

    • De ce que j’avais lu au lycée, tout ne m’avait pas emballée alors cette découverte est un réel plaisir ! Quel style et sur la forme et sur le fond !!! La Curée est un bon point de départ pour s’y remettre !^^

  10. Redécouvrir les classiques, par plaisir, en dehors de toute contrainte scolaire, voilà un vrai bonheur, presque une gourmandise… Je note cette Curée que je ne connais pas. Pas trop lu Zola moi… A part Germinal. Il va falloir que je remédie à ça.

    • Je ne me souvenais pas de La Curée et j’ai vraiment apprécié, autant qu’un roman contemporain tant Zola reste universel dans son discours… Je te le conseille vivement ! 😉

    • Comme quoi relire des classiques bien des années après a du bon, car je n’en gardais pas un mauvais souvenir mais pas excellent non plus…et là, surprise, je me suis régalée ! J’ai Le ventre de Paris à suivre, je regrette de ne pas pouvoir m’y mettre tout de suite à cause de LV qui prendraient la poussière pendant ce temps !!! 😉

  11. Je suis pas très Zola… Mais en même temps ma grand-mère m’a dit qu’elle avait dû attendre ses 60 ans pour en reprendre un et finalement l’apprécier, puis les (re)lire tous ! 🙂

  12. Comme toi j’ai adoré l’écriture de Zola ! Je suis tellement prise par son écriture que les pages défilent sous mes yeux sans que je ne le vois. « La Curée » n’est pas mon tome préféré mais m’a plus aussi

    • Bonjour et bienvenue au Salon des Lettres ! Je suis désolée mais vous étiez dans Indésirables ! je vous repêche à l’instant… Zola est inimitable et tellement moderne finalement ! Le mot « classique » ne lui va pas du tout car tout est actuel, son analyse de la société de l’époque pourrait être transférée à la nôtre sans problèmes… J’ai Le Ventre de Paris qui m’attend dans cette belle série des Rougon mais je traîne un peu, hélas ! Il y a tant à lire par ailleurs…

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