DIVAGATIONS EN TERRASSE…


A peine assise à la terrasse du café elle avait commandé un double bloody Mary (sans céleri merci !), profitant du soleil revenu après les orages plombants des derniers jours. Elle claqua la langue avant de siroter l’antidote au poison qui s’était incrusté dans  sa vie depuis un mois. Si elle avait pu trafiquer les calendriers en plus de vivre sous anesthésie générale, elle eût écrit des quatrains enflammés au Dieu de la Justice Amoureuse ! Comment ? Ça n’existait pas ? Eh bien, hop, elle en mettait un sur le piédestal de son Panthéon personnel, à la droite de ses incertitudes et à la gauche de son cœur ratatiné ! Qu’est-ce qu’il a ce mec à me regarder comme si j’étais une traînée en rut ? Oui je bois sec et alors ? Finalement il est craquant avec ses yeux de chien battu (écrabouillé plutôt) et ses mocassins à pompons (Hallucinant ! Qui met encore des mocassins à pompons… vraiment ?). Il se leva pour lui demander du feu et elle sortit son briquet à amadou (qui a encore un briquet à amadou de nos jours ?) en rougissant légèrement, juste pour lui donner bonne mine, pas de quoi en tirer des conclusions…

Il faisait mine de regarder ses genoux dénudés (mon œil, il soupesait le poids de ses fesses taille 38 trois quarts, tous les mêmes !) ; tout en chassant devant lui d’improbables moustiques parisiens shootés par les gaz d’échappement du Boulevard Saint-Michel, il rabattit dans un geste auguste ses cheveux en arrière pour cacher le tout petit début de calvitie qui lui grignotait les tempes. Inconsciemment elle l’imaginait dans dix ans, le ventre aujourd’hui musclé,  étalé sous un amas de bourrelets maltés (essentiellement). Elle tentait de canaliser les émotions contradictoires  qui chassaient peu à peu sa colère. Oh ! voilà qu’il prenait un air candide de premier communiant pour lui proposer un second verre ! Tout en le foudroyant de son regard le plus noir elle accepta ! Au point où elle n’était pas…d’ailleurs… « Mais bien sûr » s’entendit-elle répondre de la voix haut perchée (et ridicule)  qui sortait de sa gorge chaque fois qu’elle se sentait gênée (gênée? un euphémisme !).  Il continua de l’évaluer discrètement, elle n’était pas dupe, ses lunettes de soleil étaient aussi des lunettes de vue, oui jeune homme impertinent, vous devriez le savoir ! Brusquement, il se pencha en avant sur son siège, lui prit la main qu’il embrassa d’une caresse (il ne va pas  s’agenouiller non ? Siiiiii !), donc s’agenouilla et avec sa voix redevenue familière, ses yeux trop bleus dans lesquels elle avait failli se perdre tant de fois, il lui demanda : « Veux-tu m’épouser ma chérie ? » « Là ici ? ». Ils éclatèrent de rire, laissant les nuages s’éloigner, heureux de ces saynètes burlesques qui pimentaient leur amour et, alors que la mousse du champagne commandé en hâte se répandait sur la table, la promesse de nouveaux matins se levait enfin comme les brumes de la nuit tombée, à présent dissipées…

Ma participation à l’atelier d’Olivia, « Desmots, une histoire » n°66, les 24 mots imposés à placer étaient  : nuage, moustique, calendrier, burlesque, candide, orage, canaliser, déluge, caresse, antidote, craquant, quatrains, soleil, amadou, briquet, calvitie, briquet, hallucinant, genoux, foudroyer, mousse, promesse, langue, fesses, colère;

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64 réflexions au sujet de « DIVAGATIONS EN TERRASSE… »

  1. Ping : Silence | Désir d'histoires

  2. Ha ha tu nous mènes en bateau avec ton histoire et ça fonctionne. Il est pas très glamour son prétendant avec ses mocassins ridicules et ses yeux de chien ecrabouillé… du coup sa description physique nous inciterait à prendre soin de nous…
    J’aime le tableau…c’est du Van Gogh quand il était en Provence ou bien je me trompe?
    Bises !

    • Merci toi !!! Oui c’est du Van Gogh mais je ne sais pas quand !!! Pas eu le temps hier soir de m’appesantir sur le sujet, j’avais mon texte en tête et je ne l’ai tapé qu’à 23 heures, vive les insomnies !!! 😉

  3. Comme toujours, ton texte est savoureux et drôle. 😀 J’ai adoré les  » yeux de chiens battus écrabouillés ». 😀 Et tout le reste aussi évidemment. 😀

  4. Hello Miss Aspho !
    Mais, ils se connaissaient déjà ? Et ils jouent avec les serments ? ben dis-donc, c’est pas trop moral, tout ça 😆
    Moi, j’adore les mocassins à Pompons (de chez Géox ou Cyrillus), encore un point de désaccord avec mon Swapounet ! Du coup, Aspho, tu fais réfléchir les mecs à leur look dans 10 ans. Muhaha ! J’adore tes expressions, faudrait que j’ouvre un carnet (encore un !) pour les noter !
    Pour ma part, j’ai abandonné le 38 3/4 et le 40 : il me faut du 41… Muhaha !
    Gros bisous en attendant de s’entendre

    • Il y a des couples qui adorent se faire peur ! Ce n’est pas du vécu je te rassure ! 😆 Ha les mocassins à pompons, ce que c’est ringard !! Mais bravo pour ton 41, c’est bien !!! Muhaha !!! J’y vais, j’ai RV à 14 heures Gros Bisous !!! 🙂

    • Décidément ces yeux… 🙂 Mais tu es invitée si la plume te démange !! C’est chez Olivia le mardi pour laisser un mot (tout est expliqué), en plus elle est belge aussi 😀 (solidarité), ensuite tu as du mercredi au vendredi pour écrire ton texte ! Moi j’anime Les Plumes pendant les vacances seulement, hé ho !!!^^

  5. Mais j’aime bien les mocassins à pompons moi ! c’est toute mon adolescence ! alors que « Les yeux de chien écrabouillé », en lisant vite j’ai vu une image d’yeux écrabouillés, et là j’ai failli vomir mon 4 heures. Oui, je fais 4 heures, moi, c’est une vieille habitude du temps des mocassins à pompons !

    • Toi tu es à moitié anglaise , victorienne-délurée dirais-je !!! 🙂 Vomir son quatre heures pour des petits yeux, pfff, c’est bien ce que je dis, tu es une porcelaine en sucre !!! :lol:Moi aussi je prends un quatre heures mais vers cinq heures !! On déjeune tard en chouannerie !!^^

  6. Bel optimisme,joliment conté.Moi j’aurais dit « J’ai l’honneur de-ne pas te de-mander ta main.Ne mettons pas nos noms ont bas d’un parchemin.Quelqu’un d’autre l’a déjà dit.

  7. J’aime beaucoup ton Panthéon personnel , à droite des incertitudes et à gauche de son cœur ratatiné;-) ou l ‘inverse : j’ai du mal avec la droite et la gauche 🙂

  8. J’ai cru qu’elle allait le rembarrer mais non ! Pauvre homme, tu ne l’as pas gâté physiquement…
    L’atmosphère est très différente de tes textes précédents. C’est bien aussi quand ça finit bien !

  9. Je pensais justement à la complicité amoureuse ce matin. Cet aprèm un mini reportage sur une auteure qui fait la promotion de la polygamie m’a ramené en négatif à ce thème. Et je fini la journée par ton texte qui en parle aussi. Tout ça me laisse beaucoup à penser, va falloir que je pose un texte là-dessus pour mettre mes idées au clair. Mais c’est un peu embrouillé pour l’instant. En tout cas, les deux que tu décris ont l’air de se régaler. Je suis bien jaloux, signe que ton texte m’a parfaitement transmis le mythe du couple complice, toujours joueurs, dans la confiance et la folie douce et ne s’engluant surtout pas dans la routine quotidienne.
    Heu… C’est bien un mythe, j’ai rien loupé au moins ! 🙂

    • Bonjour Monsieur Normal !^^ La polygamie, euh…disons que je ne suis pas vraiment pour mais une certaine liberté et un recul certain dans un couple sont nécessaires à sa survie ! Maintenant chacun vit comme il le sent, débarrassé ou pas des conventions quand elles deviennent pesantes… Je ne vois pas trop pour le « mythe » mais bon… 😆

      • Je suis d’accord, une convention pesante est une convention à jeter…
        En fait, je voulais plus lancer l’échange sur la complicité, la notion de couple et son rôle dans la compréhension du « plus que soi » que l’on a dû mal à envisager quand on freine des quatre fers pour s’investir profondément, voire totalement, dans une relation affective.
        Bon, d’un autre côté, si tu confirmes que c’est un mythe on gagne du temps en discussion stériles !
        Donc revenons à cette étrange convention de la fidélité. Si ce n’est qu’une convention pesante, un outil de la bourgeoisie pour s’assurer de la préservation de son patrimoine, c’est clair que ça n’a pas grand intérêt… Maintenant, j’ai un peu de mal avec le refus atavique des conventions, comme par exemple ceux qui s’insurgent contre la politesse en refusant de dire simplement « bonjour » !
        Peut-être a t-on a tendance à transformer nos belles intuitions, fulgurances et autres états de grâce en de simples conventions, de tristes institutions vidées de la moindre parcelle d’âme… et ne reste qu’une morne contrainte… Nous voilà prisonnier volontaire d’un quotidien que l’on tient pour seul responsable de notre faiblesse et autres petites lâchetés qu’on a laissé s’accumuler.
        Oulà ! J’ai encore pourri ton topic !!!
        Mille pardons !

  10. 38 trois quart ? … bizarre ces tailles chez les femmes 😉 Joli ton texte qui joue avec nous comme jouent tes persos ! Plaisant ces jeux d’adultes avec nos mots …
    Coincoins joueurs

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