L’ÉTRANGLEUR DE CATER STREET d’Anne Perry


Encore une découverte en ce qui me concerne et ce, grâce à ma douce Aymeline qui commence à bien me connaître ! Découverte et coup de coeur pour de multiples raisons. Ce livre nous tient en haleine du début à la fin, les 381 pages sont englouties en deux jours (deux fois trois heures environ). Et pourtant l’époque confite de l’Angleterre victorienne de la fin du XIXème siècle ne me tentait pas plus que ça ! Mais c’est aussi une LCI (Lecture Commune Inopinée) avec George car nous l’avons commencé et fini ensemble sans le vouloir !

Tout d’abord,  Anne Perry a des qualités de peintre indéniables. Le tableau qu’elle nous brosse de la société victorienne en 1881 est d’une finesse inouïe et d’un réalisme saisissant. Or, il n’est pas toujours facile d’être subtil en restant réaliste. La « Bristish touch » sûrement… D’ailleurs cette citation relevée page 13 annonce bien la suite : « Aujourd’hui, on était en 1881, à mille lieues de ces histoires. Mr Disraeli venait de mourir. Les rues s’éclairaient au gaz ; les femmes étaient admises dans les universités de Londres ! La reine était impératrice des Indes, et l’empire lui-même s’étirait jusque dans les coins les plus reculés du globe (…). Qu’aurait dit l’empereur Napoléon de tout ça ? »

Au départ, nous entrons dans le livre avec Charlotte l’une des filles du maître de maison, qui chipe en douce le journal du majordome (elle a dix-huit ans !) car il n’est pas question (et inconvenant surtout) qu’elle lise les nouvelles horribles qui montent de la rue ! Elle vit avec ses parents et ses deux soeurs : Sarah, l’aînée,  est mariée à Dominic, dont Charlotte est amoureuse depuis qu’elle « est adulte » et Emily, la cadette, prosaïque et plus mondaine que ses aînées. Sans oublier Grand-Mère, une vieille chouette aigrie et revendicative à qui on passe tout car c’est Granny… Anne Perry nous emmène où elle veut en fait car nous suivons l’histoire de la famille qui vit sous le même toit, en alternance d’un chapitre à l’autre mais bien sûr, nous restons « axés » sur Charlotte. Un meurtre horrible se produit dans le quartier et chaque maison est en émoi, l’affolement et la peur du qu’en-dira-t-on nouent les estomacs déjà  coincés ! Qui peut bien étrangler ainsi une femme avec un fil d’acier et la mutiler ensuite ? Pas un homme « convenable » du quartier en tout cas ! L’inspecteur Pitt va faire très vite son apparition, « débraillé » et de condition sociale « inférieure » et faire sortir Charlotte de ce monde surprotégé dans lequel elle vit depuis sa naissance. Elle ne sait pas ce que la misère peut entraîner comme dérives, il y a tant de choses qu’elle ne sait pas il lui enlève sa cloche de verre sous laquelle elle étouffe et raconte, avec plus ou moins de douceur, sachant qu’elle n’est pas en sucre non plus ! Charlotte est en effet la plus rebelle des trois, une des seules à oser dire ce qu’elle pense, quand bien même elle n’a pas le droit de parler ! Au fur et à mesure que les meurtres continuent, la vitrine en porcelaine des apparences se brise et la cruauté du monde extérieur leur est enfin révélée par la bouche de Thomas Pitt, les taudis, la prostitution, les enfants qui volent pour survivre, etc. Mais pas que cela bien sûr ! Les hommes eux aussi vont trembler sur leus bases. Car le suspect est un homme et certains petits secrets pas très jolis vont éclater et remettre en cause des certitudes aussi rances que la Guerre de Crimée. Ils n’appliquent pas pour eux les valeurs qu’ils inculquent à leurs femmes et filles. Mais elles ne le savent pas et ne l’auraient jamais su sans ces « faits divers » tragiques qui se vautrent sous leur paillasson…

L’intrigue policière n’est pas extrêmement complexe et l’on devine le coupable assez rapidement. Elle va servir de trame pour l’évolution et le réveil de ces femmes qui vivent enfermées la plupart du temps, conforter Charlotte dans son refus de suivre aveuglément les règles de la bienséance toute-puissante, dans son refus d’accepter tout simplement le destin que les hommes décident pour elles en toute légitimité. Quoique pour certaines, et c’est là que l’étude sociale d’Anne Perry est passionnante, ce destin tracé, régi par des rituels immuables a quelque chose de réconfortant et de sécurisant. On devine également rapidement que malgré sa classe sociale inférieure, Thomas Pitt a une authenticité qui va séduire Charlotte…dans le prochain opus j’espère, car là, ça s’arrête juste sur un bisou ! Ce qui était pour l’époque, effroyablement « shocking » ! Car à la fois fascinée puis intimidée par cet homme « pas pour elle », elle ne peut s’empêcher de penser en le regardant : « Avait-il donc une peau si épaisse que rien ne pénétrait en dessous ? » Ces filles qui rougissent sans cesse m’ont beaucoup fait rire certes au vu des motifs qui les faisaient rougir à l’époque mais en faisant un calcul rapide, je me suis dit que ce « monde » victorien a perduré bien après 1900 ! Les femmes françaises devaient être perçues comme dépravées, car ce n’était pas qu’une question d’argent dans certains cas ! C’était vraiment un choix de mode de vie pour la majorité qui pensait avoir atteint des hauteurs de dignité telles, qu’ils en auraient eu le vertige d’envisager seulement de redescendre d’un regard…

Est-il nécessaire de dire que j’ai beaucoup aimé ce livre, le style d’Anne Perry et que j’ai hâte de passer au T.2 de cette série qui en compte 27 !!! Je me doute que dans le « lot », ils ne seront pas tous excellents mais au moins la suite de celui-ci pour suivre l’intrigue amoureuse… et la façon dont Charlotte va s’émanciper avec l’arrivée des suffragettes !

Il compte pour quatre challenge : le Challenge Victorien d’Aymeline, of course, et pour celui d’Enna, Challenge Petit Bac, catégorie : lieu. Et aussi le Challenge Thriller de Cynthia pour l’intrigue policière qui est au coeur du roman… Mais surtout pour le Challenge Anne Perry, lancé par Syl. dimanche…


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40 réflexions au sujet de « L’ÉTRANGLEUR DE CATER STREET d’Anne Perry »

  1. C’est marrant de voir Anne Perry fleurir sur les blogs (nous l’avons aussi croisée au salon du livre), car j’ai dévoré cette série (pas entièrement) il y a , euh…., 10 ans déjà. Et puis j’avoue, je me suis lassée (elle en écrit beaucoup… ça et puis l’inspecteur Monk que j’ai moins aimé), mais le plaisir de lecture est encore bien vivace. J’adore Charlotte !

    • C’est vraiment amusant cette coïncidence mais je ne m’en plains pas ! Je ne pense pas que je lirai les 27 en un an mais je vais lire les « Monk » malgré tout ! C’est toujours bien de découvrir un auteur surtout quand il en vaut la peine ! 🙂

  2. Moi c’est l’inverse de Delphine. J’ai préféré Monk, peut-être parce qu’ils ont été mes premiers.
    Beau billet qui me fait retrouver l’histoire. Bonne suite Aspho !

  3. C’est marrant de la voir apparaitre sur la blogo, en effet…il a fallu que je la vois vendredi pour que je me décide enfin à acheter le premier tome…cela fait déjà plus d’un an que j’hésite, que je passe sur un autre roman, que je remets à plus tard… il ne va pas tarder à revenir entre mes mains celui-là !

  4. Ravie que ça t’ait plu ! Je me rappelle que j’avais deviné le coupable assez tard contrairement à toi, peut-être parce que j’étais au lycée quand je l’ai lu. Si j’arrive à mettre la main sur les tomes 2 et 3 chez mes parents je te les envoie la semaine prochaine 😉

    • Tu l’as lu très jeune ! 😉 Et comme moi j’ai lu beaucoup de polars, l’intrigue est « simple », mais si bien intégrée à la peinture sociale, que le livre en est délicieux ! Un « After Eight » chocolat-menthe… Et oui je ne dis pas non pour les deux suivants car impossible de me connecter à mon compte sur PM… La poisse ! J’ai vraiment hâte de lire le deuxième ! 🙂

  5. Et voilà, une fan de plus !! Chouette ! J’en suis au tome 24, le 25e à lire, mais je les ai tous ! Charlotte et Thomas ont eau vivre dans les livres et à deux siècles de distance, ce sont mes amis quand même… J’ai été ravie de rencontrer l’auteur en chair et en os au Salon du livre ce dimanche !!

    • Tu les as tous ? Tu as bien de la chance d’avoir rencontré cette vieille dame charmante ! Et j’ai du retard pour combler mes lacunes… Avec une telle bibliographie, en plus, il y a de quoi faire !

  6. Et, au fait, les Monk me plaisent bien aussi, à lire dans l’ordre car le(s) personnage(s) évoluent et j’ai commencé la mini-série des Reavley, qui se passe en 1914-18…

    • Pour les Monk, je vais me laisser guider par Syl. qui les a tous depuis le début, je devrais y arriver mais j’avoue que pour l’instant c’est Charlotte qui m’intéresse… Et pour les autres, je vais attendre un peu car sinon je vais faire une année Anne Perry, avec ce qu’il y a à lire !^^

  7. Ravie de voir qu’il t’ait plu.
    J’en suis à Seven Dials (mais je ne sais plus son numéro).
    Je ne t’en dirai pas plus sur la relation Charlotte/Thomas.

    • Tu en es au 22ème (j’ai imprimé la liste sur Wiki^^) et tu en as encore 4 après ! Seven Dials est de 2003… Je n’y suis pas et je préfère les découvrir dans l’ordre tant qu’à faire ! Et voir l’intrigue amoureuse au fur et à mesure… Mais ça me plaît !

  8. J’adore Anne Perry depuis des années ! Charlotte et Thomas sont mes préférés, mais j’aime aussi Monk, qui devrait te plaire.
    En tout cas l’auteur n’a pas son pareil pour retranscrire l’ambiance de cette époque.
    (et globalement, pour en avoir lus beaucoup, je suis rarement déçue!)

  9. Je n’accroche presque jamais sur les histoires policières mais visiblement ce n’est pas l’essentiel du roman et depuis que j’ai découvert Jane Austen, ce genre de livre pourrait me plaire.
    Les thématiques sont proches même si ce n’est pas la même époque.
    27 romans ça laisse songeur surtout s’il s’agit à chaque fois d’une suite du précédent.
    Juste une question : Anne Perry c’est la soeur de Katy ??

    • Je ne connais pas encore Jane Austen (en livres) mais effectivement l’intérêt de ce livre tient plus dans la description de la société victorienne de l’époque et à ce titre c’est un bijou. S’il t’intéresse, il peut voyager jusqu’à chez toi après Valentyne ?
      Ce serait plutôt la grand-mère de Katy Perry va savoir ! 🙂

  10. Je lis vite fait parce que je vais aussi m’embarquer sur le navire Anne Perry et je ne veux pas me priver de la découverte. Pour ma part j’aime bien l’Angleterre victorienne confite, enfin, juste dans les livres !

    • Bienvenue à bord !!!^^ Tu sais je ne dis rien qui « spoile » vu la date de sortie, on devine beaucoup de choses par nous-mêmes… Je sais que tu aimes la littérature anglaise, tu devrais trouver Anne Perry délicieuse…Bises♥

    • Pardon, Yuko ! Je t’avais répondu sur mon billet du jour ! ha !^^ Anne Perry fait un tabac en ce moment, pour moi c’est un hasard mais je te la conseille vivement ! 🙂

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