NE BOUGE PLUS !


 Un aboiement furieux me déchire les tympans. Dans le noir, à l’aveuglette, je cherche à éteindre le réveil… Boum ! « Et zut, zut ! » L’ampoule de la lampe, en tombant vient d’émettre un grésillement final et le réveil qui s’est remis à sonner, ajoute son grain de sel à la cacophonie.
Une immense lassitude ombre mes yeux de sa signature amère. Pourtant, le rai de soleil qui se faufile entre les volets me rappelle que le printemps musarde joyeusement sur mon balcon fleuri. Je me lève difficilement et je me prends les pieds dans mes chaussures abandonnées en virgule hier soir. Je m’étale de tout mon long… »Aiieeuu ! » Telle une héroïne de sitcom, la main gauche sur un oeil et l’autre sur mon nez éclaté, j’essaie de rester digne et de me relever en silence. Je suis épuisée. Cette nouvelle promotion a demandé la mobilisation de toutes mes forces vives. J’en ai pourtant traversé des écrans de fumée et autres chausses-trappes sans me faire mal… Que se passe-t-il ce matin ? Un tremblement ridicule me secoue brutalement… je vais pleurer ! Lentement, je m’approche à nouveau du miroir, une tradition matinale qui m’exaspère ces jours-ci : « Oïïïee »… Ma dévotion et mon dévouement auront eu raison de mes derniers signes extérieurs de jeunesse. Je regarde de plus près mes blessures de guerrière urbaine. Mon Dieu, le sang coule et mon arcade sourcilière enfle à vue d’oeil. Je ressens soudain cette solitude extrême du marathonien ou du pêcheur à la ligne qui rentre bredouille ! J’ai un ultime oral avant la titularisation et c’est dans une heure ! Je ne suis pas présentable,  la jungle qui m’attend dehors sera pire à affronter que la brousse équatoriale, on m’a joué un tour de cochon ! Non, ce n’est pas un jettatura ou autre maléfice moyenâgeux mais je suis née d’un moment d’égarement et mon héritage s’appelait malchance. Pas d’extravagance supplémentaire, ça suffit, je laisse libre cours à mes larmes avant de disparaître sous la douche…

C’était ma participation à Des mots, une Histoire 58 chez Olivia. Les 28 mots imposés étaient : cacophonie, cochon, grésillement, jettatura, aboiement, printemps, cycliste, blessure, amer, signature, mobilisation, promotion, tradition, balcon, héroïne, solitude, écran, tremblement, bredouille, égarement, oral, dévotion, extravagance, copuler, lassitude, virgule, brousse, épuisée. Je n’ai pas placé copuler et cycliste.  En toute légalité…

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45 réflexions au sujet de « NE BOUGE PLUS ! »

  1. Dans tes malheurs tu as de la chance il ne pleut pas, t’as pas mis le feu aux draps avec ta cigarette etc… Enfin espérons que la cafetière ne fera pas de court-circuit.
    Mais t’es titularisée ? 😀

  2. Asphodèle en « guerrière urbaine » ! Miam miam… A ne pas en douter, ton texte est d’une efficacité redoutable. Allez, lance tes signaux de fumée annonçant la guerre ! Et bonne journée quand même 😀

    Coincoins hachés !

  3. Quel réveil, y’a des jours comme ça… Les mots s’enchaînent et les « imposés » se faufilent parfaitement dans le texte. J’ai bien apprécié cette lecture matinale.

  4. Ping : Ne pas rentrer bredouille | Désir d'histoires

  5. Ah, c’est du vécu alors? 😉 J’ai admiré la brièveté de ton texte malgré le grand nombre de mots… Tu n’as pas pu placer le cycliste qui copule sur son monocycle.. Rooooh! 😉

    • Pas tout quand même mais…pas loin ! J’aurais pu les placer avec un peu de bonne volonté mais justement je voulais garder un peu de « fond » sans rallonger… Et copuler ne s’intégrait pas du tout, le cycliste encore moins ! 🙂

  6. Ah, ne me parle pas des « derniers signes extérieurs de jeunesse » ! j’adore !
    Et ben, ma pauv’ Aspho, t’as deux mains et deux pieds gauches, alors 😆
    En si peu de phrases, c’est la totale, juste avant le grand oral. Pas besoin de rattrapage, tu as toute mon admiration 😉
    Bisous

  7. Elle va arriver mèches au nez et suturé d’un pansement qui recoud les bords. Pour équilibrer, il faudrait des trucs dans les oreilles.
    Bisous Aspho

  8. J’aime beaucoup les chaussures abandonnées en virgule.
    Je ne sais pas si c’est trop grave si jamais elle rate la titularisation…
    Quant au cycliste cochon qui pouvait copuler gaiement dans la brousse et être épuisé ensuite, je comprends pas….tu n’as pas cédé à la facilité à mon humble avis!!!

    • Avec les mots « lourds » qui finissaient en « tion », j’avoue que j’ai eu du mal à trouver de jolies images… D’où le texte « cascadeur »… Mais bon je ferai mieux la prochaine fois ! 🙂

    • Tu es aussi Calamity Jane ? 😀 . J’ai encore ton texte à aller lire, je rattrape mon retard dû à ma pause mais dis donc c’est long ! 😦 Fais attention en sortant de ne pas te prendre la porte ! 🙂

  9. Le trait vif et frais de ton texte m’enchante littéralement. 😀 Même l’arcade sourcilière abîmée, ne peux blesser l’harmonieuse journée qui suivra à n’en pas manqué cette matinée désastreuse. 😀

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