Un coeur derrière l’arc-en-ciel…


© Kot

Elle courait Sybille… La pluie et le soleil dessinaient devant elle un arc-en-ciel qui lui tendait des bras rieurs et légers. Il fallait courir, passer entre les gouttes, ignorer la peur accrochée aux étoiles tombées derrière l’arc-en-ciel. Pas le temps de s’attarder sur le parvis aujourd’hui.  Mettre ses plans à l’abri,  ils faisaient partie de son gagne-pain. Elle travaillait comme interprète dans les milliers de cars qui passaient tous les jours devant Notre-Dame. Elle parlait cinq langues et les compagnies se la disputaient.  On venait de lui proposer une embellie comme celle qui astiquait les pavés de la capitale. Vite, en parler à Ben avant tout. Et oublier le regard de boucher qu’avait eu le patron tout à l’heure, la soupesant du regard comme une escalope à l’étalage. Elle y arriverait, elle l’aurait sa société mais pas comme ça, sûrement pas comme ça…
Chaque jour coché sur le calendrier était en soi une victoire sur la peur vertigineuse qui la faisait douter mais jamais elle ne rompait, comme le roseau du proverbe. Ce soir, il fallait être à Toulouse à 22 heures. Un pas de plus, un pas minuscule parmi ceux de la multitude qui foulait les trottoirs de la ville. Elle se sentait si peu de choses Sybille devant l’indifférente solitude du monde. Sauf pour Ben ! Vite, aller au dépôt ranger ses précieuses cartes, il ne manquerait plus que le patron s’aperçoive qu’elle était partie avec…
En pensant à Ben, des éclats de pluie dorée embuèrent ses lunettes. On a beau voir la misère à tous les coins de rue, on se dit qu’elle restera à la porte, qu’elle ne nous rattrapera pas. Jamais. N’empêche… elle avait eu chaud aujourd’hui malgré le froid qui figeait les ailes des pigeons sous les gargouilles de Notre-Dame...
Elle allait dire à Ben qu’elle pourrait l’accompagner à Toulouse, elle serait là pour l’opération, elle serait là quand le cœur de son fils se remettrait à battre, quand ce cœur donné par un autre lui permettrait enfin de vivre ! Oui il lui fallait cet argent mais pas des mains du boucher.
L’angélus du soir carillonnait à tout rompre, se mêlant à l’arc-en-ciel devenu immense maintenant. Un fol espoir dansait sous sa peau. Après tout, ce n’était qu’une journée ordinaire qui s’achevait sur  Paris, la vie continuait sans repos, toujours plus loin poussée par les nuages…

Ma participation à l’atelier de Leiloona, « Une photo, quelques mots » où vous pourrez également voir la liste des participants, ICI… Les consignes du jeu, PAR ICI.

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38 réflexions au sujet de « Un coeur derrière l’arc-en-ciel… »

  1. Comme d’habitude de très belles images : l’arc en ciel du début et aussi « des éclats de pluie dorée ».
    Sinon jamais je n’aurais pensé à cette fin, je pensais à une histoire plus intéressée par l’argent. 😉

    Une très belle poésie, comme toujours, miss ! 🙂

  2. Tu ouvres des portes à notre imagination, Miss Aspho ! Je me poses des questions : pourquoi a-telle emprunté les plans/cartes ? quelle société veut-elle créer ? son patron lui a-t-il proposé le mariage… le « couchage » contre de l’argent ? pour monter sa boîte ou payer l’opération de son fils ? pourquoi doivent-ils aller à Toulouse pour cette opération ? habite-t-elle Toulouse ? pourquoi n’aurait-elle pas pu assister à l’opération de son fils ?…
    Je fais comment, moi, pour ces mots sur une photo, qui seront forcément sans suite…
    A moins que certains lecteurs aient mieux compris et qu’ils veuillent bien m’expliquer le fond de tes pensées 🙂

    • Rooh, c’est à toi qu’il va falloir donner un calmant !!! 😀 Hey, c’est juste un texte, pas une saga ! Toulouse parce que le donneur est là-bas, (j’aurais pu mettre Lyon ou Marseille) et ce sont des fragments de vie, chacun y met ce qu’il veut… Hé non, elle veut réussir, monter sa boîte sans « coucher », elle travaille dans les cars à touristes donc elle a les plans et les cartes de la société à la main (fallait bien que j’en fasse quelque chose des ces papiers !!!). Ca va mieux ? 😆 Tu me dis, je ferai une suite rien que pour toi 😀 Bisous ma belle ! ♥

  3. Ca marche ! Depuis ce matin, impossible de laisser un commentaire.
    Bonjour ! Je voulais te dire que tes mots sont toujours magiques. On lit, on pense à une histoire, pour s’imaginer tout autre chose à la fin ! Tu es une acrobate.
    Bisous♥

    • Tu sais que je t’aime toi !♥♥♥ Tu es la première à me dire que les commentaires ne marchent pas ??? Chez O-B je veux bien…Merci de ta persévérance, je suis ravie 🙂 Biiises♥

  4. Effectivement, c’est étonnant qu’on ait toutes les deux vu dans cette femme la mère d’un enfant malade ! Même si ma fin est bien moins optimiste…

    Et quitte à répéter les commentaires précédents, ton texte contient vraiment de très belles images 🙂

    • Ouiii, ça m’a beaucoup surprise ce matin ! Mais quand on cherche les motifs d’une femme qui court, il y a souvent un enfant derrière (pas toujours malade heureusement !) Et merci du compliment ! 🙂

  5. Très belle écriture, j’aime beaucoup  » le regard de boucher la soupesant du regard comme une escalope à l’étalage. » Du vécu?
    Et aussi un rythme essoufflé, comme cette fille qui court sous la pluie,une ambiance très bien décrite. Bravo!

  6. Très beau texte mais comme Soène j’ai toujours envie de savoir la suite et le plus du comment. Ah la la… mais que devient-elle, Sybille, maintenant? Il faudrait une autre photo, peut-être…

    • Mango ! Tu ne vas pas t’y mettre hein ? 😆 Le but (justement) c’est (aussi) de faire des textes courts avec des fins ouvertes ! 🙂 Pas évident de faire une suite sur deux photos différentes… Chez Olivia ou quand je fais Les Plumes, passe encore, mais les photos, hmmm hmm….

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