LE PRINCE DU CARNAVAL…


©…ma cousine !

Exceptionnellement, les mots sont placés dans l’ordre où ils ont été déposés (voir ci-dessous, après le texte). L’exercice a été périlleux je l’avoue ! Ce n’est qu’un conte et toute ressemblance avec… patati, patata… n’est absolument pas fortuite !

Le carnaval de Venise battait son plein. Du fond des ruelles obscures à la place Saint-Marc, des ombres élégantes défilaient et posaient sous leurs masques mystérieux dans de somptueuses toilettes. Les rustiques gondoles ne désemplissaient pas sous les fenêtres du Palazzo Prizzi où la maîtresse des lieux, la comtesse Claudia-Luccia Di Prizzi assise sur son balcon, le visage baigné des roses languides du couchant ne pouvait s’empêcher de songer aux fêtes d’antan, ces fêtes qu’elle donnait encore, une dizaine d’années avant, avant que… Ses narines palpitèrent avec grâce derrière l’éventail qu’elle agitait doucement tout en repensant à cette  soirée mémorable entre toutes où l’Egypte ancienne avait été le thème d’un soir !

Une pléiade d’étoffes chamarrées bruissait dans les petits salons peu éclairés du palais. Des torches et des bougies entretenaient la nostalgie des âmes vénitiennes. Le beau prince Wensicco, écrivain à ses heures et passionné de Fitzgerald avait même tenu à reproduire une nouvelle du célèbre auteur* en arrivant déguisé en dromadaire. Il fallait être deux pour ce faire et sa bouche se crispa quand elle se souvint de la pintade blonde qui servait de train arrière à la bestiole ! Quelle vulgarité cette fille ! Des tatouages obscènes jusque…  Elle s’était empressée de lui verser une pilule dans la tisane qu’elle lui réclamait (non mais, une tisane un soir de bal a-t-on déjà vu cela ?!) ; la cruche s’était rapidement affalée sur un canapé, dans une posture ridicule, lui laissant Wensicco qui ne s’était pas fait prier pour festoyer à ses côtés. Alors que des plats orientaux élaborés se succédaient, telles les riches et lentes caravanes des pharaons, il avait accepté de revêtir le déguisement fastueux de feu son époux. Un virus étrange leur riva les yeux l’un à l’autre la soirée durant, l’abondance de champagne n’avait point nui… Quand les derniers délices au miel furent servis, ils s’éclipsèrent dans le jardin  et avec emphase il lui dit qu’elle était aussi belle qu’une déesse antique. Le silence des statues penchées sur la fontaine ne fit pas d’ombre aux baisers qu’ils échangèrent avec fougue. Elle ignorait alors que ce prince de pacotille n’était qu’un menteur et, la fête finie, elle ne le revit plus. Elle apprit qu’il voyageait beaucoup. Elle dépérissait à vue d’œil dans les couloirs déserts de sa vie, absente d’elle-même, insensible aux soupirants qui la courtisaient. On lui fit prendre de la propolis et des bourgeons de pins pour soigner sa langueur et ses malaises répétés. Son père l’envoya même en Afrique pour parrainer un rallye prestigieux où son seul désir était d’atteindre les oasis afin peut-être d’y retrouver ce prince voyageur qui écumait la planète. En Egypte, elle crut l’apercevoir debout sur une felouque, mais non, son imagination et l’obsession qu’elle avait de lui  provoquaient des hallucinations, suivies de crises de nerfs inextinguibles… Contacté par le ministre des Affaires Etrangères, son père la fit rapatrier à Venise.

Vingt ans passèrent, elle avait beaucoup vieilli ; désormais la jolie comtesse Claudia-Luccia, calfeutrée derrière les moucharabiehs de sa mémoire écoutait s’éteindre les voix du passé.  Aussi, pendant le Carnaval et pour éviter les varicelles qui vous marquent la peau une vie entière, le teint fané caché derrière son masque, elle se mit en chasse de divinités plus compréhensives. La découverte de beaux et jeunes torses musculeux, aux étreintes souvent tarifées lui fit oublier que les princes plus ou moins charmants   n’existent que dans les contes…et ne reviennent que rarement dans la vie, sur un cheval blanc ou dans une voiture de luxe…

Et les 25 mots à placer pour cette 52ème édition des Mots, Une Histoire chez Olivia étaient :
carnaval – rustique – maîtresse – avant – pyramide – pléiade – nostalgie – dromadaire – pintade – tisane – festoyer – caravane – virus – statue – menteur – désert – propolis – pins – rallye – oasis – felouque – ministre – moucharabieh – divinité – découverte.

* Le dromadaire : nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, tirée des Enfants du Jazz : un homme arrive déguisé en dromadaire à une party ! (avec un chauffeur qui fait l’avant de la bête…)

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52 réflexions au sujet de « LE PRINCE DU CARNAVAL… »

  1. Tu as oublié d’indiquer la formule classique: « Toute ressemblance avec… » placer tous ces mots pour dire du mal d’un lointain parent transalpin c’est mesquin…contrat!

  2. Bien joué ma chère ce n’était pas facile et tu t’en es sorti avec brio.
    J’aime assez cette phrase : « La découverte de beaux et jeunes torses musculeux, aux étreintes souvent tarifées lui fit oublier que les princes plus ou moins charmants n’existent que dans les contes… »

    • Merci Mon Cher 🙂 Je dois dire que ce n’était pas du tout mon idée de départ mais en suivant les mots dans l’ordre, voilà où j’en suis arrivée 😆 (Le prince a failli s’appeler GianCarlo mais réflexion faite…^^, là c’était double contrat !))

        • Muhahaha ! Comment ça je ne maîtrise pas ma plume ? Bien sûr que si, je lui aurais simplement rendu sa dignité perdue dans les lupanars de France et de Navarre, vous faites la paire avec Wensicco-Freddi finalement… Vais dire à Claudia ce qu’il en est et de vous avoir à l’oeil, et viF l’oeil, hein ! 😆

  3. Ping : Surprise-partie | Désir d'histoires

    • Bien vu, en fait ce ne devait pas être comique et le fait de suivre l’ordre des mots l’a rendu « comique »… C’est un petit conte sans prétention avec prince charmant moderne… Mais les femmes n’ont pas changé pour certaines, elles perdent toujours trop de temps à attendre des malotrus ! 😆

    • En fait après la première phrase j’ai vu que les mots se suivaient et je me suis dit « tiens pourquoi pas ? » alors ce n’est pas ce que je voulais au départ mais j’ai relevé mon défi ! 🙂 Quant aux illusions perdues…

  4. Fondus dans le conte, les mots dans leur ordre d’arrivée rythment admirablement ce récit. Et franchement, la conclusion est savoureuse… bien que pas vraiment morale 😉 Impressionnant de maîtrise et de justesse !

    Coincoins baba !

    • Bah mon Canardo, je suis vraiment désolée, tu étais reparti dans Indésirables !!! rooooh ! Je te remercie encore pour ce commentaire qui est empreint de ta délicatesse habituelle… Bises et bonne fin de soirée 😉

  5. MOI, je n’ai pas à aller très loin pour lancer mon contrat, chère, chère amie! Quoique, au début, cette vision de la comtesse Claudialucia di Prizzi sur un balcon d’un palais vénitien « le visage baigné des roses du couchant » ait eu de quoi me plaire, il faut bien de dire! Mais celle aux varicelles, le teint fané et les torses musculeux tarifés, HUM! Contrat! très, très chère Asphodèle…

    • Je suis désolée ma chère Claudia, tu t’en doutes !!! Non non pas de contrat steuplaît 🙄 Il me fallait une chute et les derniers mots à placer étant divinités et découverte, voilà… mon stylo a ripé, je me suis égarée dans les méandres de mon imagination, garde les premières images, je t’en priiiiie !!!! 😀 (sinon je la faisais rentrer au couvent, pas très crédible tu avoueras, moins drôle surtout !^^)

      • C’est pas les torses musculeux qui m’ennuient, c’est le mot « tarifés »! Evidemment, tu treeeembles maintenant et tu viens me mettre des mots doux dans mon Delacroix, hein! Sans compter, ici, ton smiley qui parpalège comme on dit à Marseille!. Bref! je vais reconsidérer ma position pour ce contrat! Je suis bonne avec toi!

        • Bien dit, Claudialucia ! te laisse pas faire par cette voix mielleuse qui flatte ton Delacroix (très réussi cela dit !) j’adore l’allusion au smiley qui parpelège (comme Landolfi !) !
          bon, le texte est réussi malgré tout, sacré vendéenne ! Qu’elle ne vienne pas se cacher trop près de la Bretagne, les Bigoudènes et les korriganes sauront la faire « valser »…ad vitam eternam !

          • Tss tss langue de vipère à cornes, finalement j’aurais dû donner un om à la pintade de mon texte si tu vois ce que je veux dire, élevée au grain en plus la bête 🙂 Le problème c’était la tisane, les korriganes de ton espèce ne carburent qu’au chouchen et puis ho ! Je mets ce que je ressens sur les billets de >Claudia, ça n’a rien à voir, tu mélanges tout toi : les torchons et les serviettes, faudrait pas confondre cocotte de salon va ! Pour m’attraper tu vas avoir du mal, je suis bien barricadée et j’ai piégé le pont du ru ! ha ! ça t’en bouche un coin ! 🙄

        • Oh merci merci, je tremble depuis ce matin, mais pour mon comm’ dans le Delacroix, hé ho c’était sincère !!! J’avoue que « tarifées » ne te va pas du tout mais bon c’était pour ma chute, n’y vois pas d’outrage personnel, ça va de soi ! 😉 Je parpa quoi ??? Tu vois même ton prince ne te voyait pas au couvent, alors ? Je reste sur mes gardes, j’attends que le contrat soit levé, hein ? 😆

    • Je voulais essayer au moins une fois et le fait qu’il y ait eu plus ou moins le « thème » Egypte m’a facilité la tâche, mais bon, j’ferai pas ça tous les jours 😀

  6. pfff…se mettre à dos ton tueur de chouettes, c’est pâs malin, la Fleurdelysée !!! bon texte, si, si…Tu aurais donc un (petit) talent ? !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! biiiizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

    • Là c’est bas et moche ce que tu dis ! Pfff ! Pour le talent je le concède, à part avoir mis les mots dans l’ordre déposé dans une histoire qui se tienne, l’histoire elle-même ça va pas chercher loin… 😉 mais attends donc, tu ne perds rien pour attendre, niak niak… Bizzz horrible korrigane sans cheveux, sans foi ni loi ! ^^

  7. Tes mots, dans l’ordre en plus, sont harmonieusement jubilatoires. 😀 Je déplore cependant, la disparition prématurée du prince wensicco, surtout dans son costume de dromadaire. 😉

    • Merci Cériat, l’ordre des mots justement se prêtait à la disparition du prince… Et le costume de dromadaire m’a été inspiré parla nouvelle éponyme de Fitzgerald ! 🙂

  8. Les mots dans l’ordre, ça m’impressionne aussi, Miss Aspho 🙂
    Un conte à Venise, c’est fort aussi, mais le plus drôle c’est ton dromadaire avec un derrière de pintade !
    Et encore, j’espère que la vraie Claudialucia ne ressemble pas à la tienne !.. mais tu nous le signale, ton récit est fictif et toute ressemblance avec… 🙂
    Bon we et bisous d’O

    • Merci Soène, au début ça venait tout seul puis ça c’est corsé, je ne pense pas le refaire ! 😆 Quant « aux ressemblances » j’ai un contrat sur la tête mine de rien… Bises du Far-Ouest ! 🙂

    • Burlesque, je crois que tu as trouvé le mot ! Ce n’était pas du tout mon idée de départ et en suivant les mots, voilà… Quant à l’écrivain « dromadaire », tu devrais lire les nouvelles de Fitzgerald « Les enfants du Jazz », c’est un univers qui j’en suis sûre te plairait… 😀

  9. Je vois que tu as le goût du risque en ce moment, attention derrière les buissons ! Et une petite allusion à Fitz en plus, tu as bien raison de te faire plaisir ! Bravo pour ton texte, placer les mots dans l’ordre d’arrivée en plus il fallait le faire. Bon j’ai bien rigolé quand j’ai lu ton texte mais je ne le dis pas trop fort j’ai peur… Bisous 🙂

    • Je te conseille même de sourire la bouche fermée et la main devant la bouche paske il y a déjà un contrat sur ma tête, je ne voudrais pas que tu pâtisses de mes élucubrations… 😀

  10. @ EL cANARDO / Tu était dans Indésirables mon cher Canardo ! Un comble : en approuvant le comm, il a carrément disparu, j’en suis marrie, d’autant qu’il était adorable, j’en suis toute 😳 ! meri à toi de tes coincoins toujours personnalisés et empreints de délicatesse ! Bon week-end dans ta jolie mare arc-en-ciel… 🙂

  11. C’est du grand art comme presque toujours dans tes textes…le passage sur le dromadaire à 2 corps est marrant mais ton texte est finalement bien noir, enfin c’est mon ressenti et cette noirceur me parle…20 ans après et la comtesse doit se tourner vers des amants tarifés…20 ans après et la passion n’est plus possible…ça me rappelle un livre où il est souvent question de viande et de gorilleries….

    • De toute façon, toi, tout te ramène à CE livre !!! Dis-toi bien que j’en lis beaucoup d’autres et en l’occurrence ce serait plutôt Fitzgerald qui m’influencerait si je devais m’en référer à quelqu’un ! A.Cohen est trop « épicentré » sur un thème pour que l’on ne pense qu’à lui ! Et quand j’écris, je ne pense qu’à mon texte, qu’il soit triste ou gai, ce sont mes ressentis avec mes mots ! Je t’accorde que le « tarifé » était un clin d’oeil, pas du vécu (Dieu merci) à ces femmes qui, pour certaines n’acceptent pas les outrages de l’âge ! Mais tout ayant été dit sur tout pratiquement, difficile à ce moment là d’écrire…après, c’est sûr, certains l’ont mieux fait que d’autres mais ce n’est pas pour cela qu’il faut croire que nous n’avons plus rien à dire : ce serait trop triste…
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