Carabins et vieilles dentelles (suite et fin)…


Suite et fin de la première partie , ICI.

Tel un écho lancinant au tumulte qui affolait ses pensées, la pluie s’abattait violemment sur la baie vitrée du bistrot. Les passants frileux se pliaient sous leurs parapluies et couraient se mettre à l’abri. A l’abri… Kate ne l’était plus de rien depuis qu’il était entré et continuait de la fixer en souriant. Elle se replongea dans son livre et fit mine de s’y intéresser, agacée par le brouhaha qui s’intensifiait. Les carabins se tenaient maintenant pas les épaules et entonnaient d’une voix peu sûre mais avec enthousiasme  » C’est la romance de Paris »…

Elle décida de l’affronter, faisant fi de ses scrupules pour ne laisser passer qu’une onde de douceur sous l’armature étouffante qui lui serrait la poitrine, son regard éloquent signifiait : « Pourquoi ce retour qui réveille des espoirs aveugles ? « . De la même façon, il inclina la tête et plongea ses yeux dans les siens  :  » Je cède à la tentation d’y croire encore, ce n’est pas le silence  qui scellera notre histoire »…

Devant sa détermination et l’orage qui roulait maintenant avec une amplitude féroce,  elle se leva, légère malgré la faim pesante qu’elle avait encore de ses baisers, virevolta en slalomant entre les tables et s’assit sur un tabouret à ses côtés : – Qu’attends-tu exactement , c’est encore une méthode pour me mettre dans ton lit ? Je ne me confesse plus pour le péché de chair tu sais … Et malgré toute l’estime que j’ai gardée de nous, tes arguments arrivent légèrement en retard pour me convaincre !
– Je n’exige rien, tu es aussi libre qu’au premier jour, libre de partir là maintenant si tu juges que je te manque de respect. Mais si tu laissais tomber un peu les préjugés qui t’empêchent d’avancer, alors…
– Alors quoi ? Tu veux me transformer en femme au foyer, les yeux rivés sur le four où lèverait un gâteau de Saint-Valentin, m’emmener en randonnée dans les Pyrénées aux prochaines vacances ? Et à quand le camping des Flots Bleus avec la marmaille ? Tu sais bien qu’un fossé abyssal nous sépare depuis le début, tu as voulu le combler avec tes propres désirs sans jamais tenir compte des miens !
– Tu es injuste, non, non je ne risque pas de te proposer ce genre de vie, tu n’en mérites pas tant !
Kate retint le fou rire qui commençait à la secouer, toussant pour le cacher et  avala un grand verre d’eau avant de rétorquer :
– Hum, tu sens ?
– Quoi ?
– L’odeur des règlements de compte ! Je n’ai aucune aptitude pour l’art dramatique dont tu es si féru. Regarde, tu vois le brouillard qui se lève ? La nuit fraîche qui avance ? Oui, tu les vois ? Et bien, sors s’il te plaît, va t’y perdre à jamais et ne reviens plus avec des esquisses ou des brouillons. Ton charme vient de se dissoudre dans cette flaque triste et je n’aime pas du tout le reflet que j’y devine, d’ailleurs c’est moi qui pars, adieu !

Philippe retint son souffle, tout en se rengorgeant dans son ego intact, le regard fier de ceux qui n’ont que des certitudes. Le coeur serré,  il la vit s’évanouir dans la brume.

Ma participation au jeu d’Olivia, Des mots, une histoire, les 22 mots imposés étaient : romance, aveugle, randonnée, faim, espoir, méthode, amplitude, four, esquisse, abyssal(e), douceur, respect, dramatique, armature, fraîche, retour, tentation, péché, virevolter, agacé, enthousiasme, retard.

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33 réflexions au sujet de « Carabins et vieilles dentelles (suite et fin)… »

  1. Ping : Tes mains dans les miennes XI | Désir d'histoires – Olivia Billington

  2. En fait sa réaction est liée au truc à armature qui lui comprime la poitrine…c’est seulement une attitude négative et irréfléchie, liée à son mal être.

  3. Ouille ! C’est le bel homme qui la regardait en souriant ? Il est dur… « Tu n’en mérites pas tant. » Un gus pareil ? Mais je le ratiboise, je l’écrase, j’en fais de la poussière et je le balance dans le caniveau. Sans un regard en arrière, il n’en vaut pas tant.

  4. Tu aimes bien dissoudre on dirait…bon il faut avouer qu’il à l’air d’être un con prétentieux ton méchant Monsieur, mais après tout c’est elle qui l’ a accepté comme ça auparavant non ? C’est sur c’est difficile de faire vivre histoire d’amour là dessus…après si c’est juste une histoire de fesses…

  5. très agréable et fluide, tel un léger froissement de dentelles autour d’une table esseulée de n’avoir pu accueillir la chaleur d’un amour ardent.. 🙂 bises

  6. Je n’avais pas compris ça à la fin du premier épisode 🙂
    Une vieille histoire, une sale affaire… Mais vouloir se rabibocher ce n’est jamais bon quand on s’est déjà cassé…
    Bon we en repos-lecture ?…

    • La fin était « ouverte »… Il y a un proverbe chinois qui dit « on a beau recoller les morceaux d’un vase, l’eau continue de s’en échapper », c’est un peu ça… Bon week-end à toi aussi, je suis toujours en mode « lecture » tu sais 🙂

    • J’avais aussi une autre idée de titre plus adaptée à des carabins mais il fallait placer romance… Et les règlements de compte en général ça sent pas bon non ? 😆

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