DANSER AU BORD DES ABÎMES de Bettina


Auto édition : L’Atelier des Métamorphoses,   ©Bettina 2008, 494 pages.
Premier roman de Bettina, publié en auto édition et en vente chez lulu.com.
Livre dense, riche en thèmes divers et bien traités mais c’est avant tout un roman !

L’HISTOIRE

Mélinée, trentenaire dynamique mais un peu seule écrit des éloges funèbres laïcs sur commande : dès que quelqu’un décède, la famille la contacte, elle demande des renseignements sur le défunt pour être la plus « juste » possible, se rend parfois aux obsèques, écoute et s’en va…sans états d’âme. On gagne sa vie comme on peut et il n’y a pas de sot métier…

Jusqu’au jour où une curieuse requête lui parvient. Lucien, en « convalescence » au PRASSAR ( Pôle de Regroupement et d’Accueil des Sujets Séniles et Agés en Rééducation), sorte de groupe étatisé qui contrôle la Gérontologie au niveau national (et aide un peu les vieux  à mourir plus vite) la contacte pour lui demander de préparer son « hommage posthume ». Surprise, elle va enquêter auprès de sa famille. Trois générations se côtoient dans cette ferme retirée du Morvan,  famille de taiseux, dont un des membres, plus amène que les autres va lui remettre des papiers concernant Lucien/Pépère pour qui Mélinée va se prendre d’affection.. Elle va alors découvrir que Lucien n’est pas français, la Guerre d’Algérie va lui éclater en rafales à la figure au cours de son « enquête »: l’impossibilité aux couples mixtes d’exister à cette époque, les traîtres manipulés, tout y passe et elle nous livre là un grand moment d’émotion et de justesse. « Ils sont d’une violence rare et veulent en découdre au moindre faux pas  des villageois des environs. Les petits bergers surtout sont malmenés pour tirer des renseignements d’eux, et puis il y a tout le reste. Les hurlements dans la nuit. »

Mais Mélinée est femme également et sa rencontre avec  XL, bourru et solitaire va être déterminante. Ça n’ira pas tout seul au début entre eux, elle va devoir aussi s’occuper de Lila, la petite fille de son amant. Mais de combats en luttes, ils vont succomber et Mélinée, va découvrir les joies de la maternité, la vie de mère et de femme qu’il faut conjuguer chaque jour au présent de la bonne humeur. Il y a une grâce chez Mélinée, celle d’une femme apparemment distante et un peu blasée, tournant la vie en dérision. Mais c’est pour mieux frapper notre conscience  sur les faits importants de l’Histoire (la guerre d’Algérie), la lutte des petits, des opprimés et des sans-voix. Ce sont les interrogations d’une femme de notre époque qui sont évoquées, la difficulté de jongler entre travail et maison, la maternité, la famille recomposée et comment exister heureux dans ce monde qui broie. Car il y a aussi une part douloureuse sur le ton du fantastique qui oscille entre rêve et réalité. Comme si l’auteure, par pudeur ne voulait pas trop en dire sur ses propres failles . Garder l’écriture comme un exutoire et non un journal  intime. D’ailleurs la fin reste ouverte et nous espérons qu’une suite viendra bientôt nous rassurer sur le sort de Mélinée :  » La peur qui prend quand on craint pour sa peau, pour sa vie, la peur d’être seul, de ne pas pouvoir avancer, de rester statufiée,  mal aimée, abrutie, saignée, mitraillée, même en restant vivante. pire que la mort. (…) Le sens perdu. La vie qui tourne sur elle-même, pour rien, ou pour le pire. »

D’une écriture légère et sobre, elle nous ramène à nos questionnements d’humain,  et souvent nous dansons au bord des abîmes avec elle et les amours fragiles, comme la vie finalement, en équilibre instable sur des certitudes qui s’effritent avec le temps et d’autres qui s’installent durablement.

Un bémol : le nombre important de « coquilles » relevées qui confirment que l’auto-édition n’est pas encore la panacée pour des nouveaux auteurs souhaitant se faire reconnaître.  Mais que cela ne vous empêche pas de lire ce livre à la fois grave et léger, triste parfois et surtout plein d’humour, distillé ça et là pour ne pas sombrer dans le tragique, en ayant toujours ce regard distancié mais tendre, quoique acerbe quand il faut s’indigner ! Une nouvelle auteure à suivre.  Je remercie Bettina de cet envoi dédicacé, vous pouvez vous le procurer aux Editions lulu.com, ICI et vous pouvez aussi lire son blog, . YV, en a également parlé ICI.

SUR L’AUTEURE

Bettina est née en 1957 à Autun, elle vit en Bourgogne. Danser au bord des abîmes* est son premier roman mais elle écrit depuis l’âge de treize ans, des poèmes, des chansons et vous trouverez d’autre titres dans la vitrine de lulu.com. A noter que le dessin de la couverture est d’elle, qu’elle a été chanteuse dans un groupe, elle est éclectique et pose sur notre monde un regard intelligent.

* Titre tiré du « Gai savoir » de Nietzsche.

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10 réflexions au sujet de « DANSER AU BORD DES ABÎMES de Bettina »

    • Oui une belle découverte, comme souvent dans des Editions peu médiatisées. Les coquilles ne sont pas l’apanage de l’auto-édition et il faut passer outre dans ces cas là, surtout quand le fond tient la route…

    • Merci Syl. Et encore j’ai résumé car le livre est vraiment très dense, plusieurs histoires s’y côtoient, j’ai gardé le fil conducteur et la « morale » de l’histoire. Enfin, ce que j’en ai ressenti. C’est toujours subjectif un livre !

    • Ca vaut la peine, ce serait encore mieux si des Editeurs connus acceptaient ces « tapuscrits » qui valent largement certains auteurs médiatisés dont je tairai le nom…

  1. Beau billet, des thèmes forts (et un peu d’humour), cela semble prometteur, à suivre donc…et puis l’auto-édition a ses limites mais permet à beaucoup de nous montrer ce qu’ils savent écrire…Tu te lances quand ? 😉

    • Beaucoup d’humour « mine de rien » et un regard sans complaisance, voire acerbe sur certaines choses… A défaut de maisons d’Editions, il reste les blogueurs pour prendre le temps de les lire ! 🙂 Moi je vais attendre ma belle ! Ou alors je ferme ce blog, on ne peut pas écrire sur les autres toute la journée et écrire son livre, je n’ai pas encore le don d’ubiquité… 😉

  2. L’histoire semble très intéressante 🙂 C’est vrai que les coquilles sont une plaie quand on corrige un manuscrit, il faut bien que l’éditeur serve à quelque chose^^. Sinon rien à voir mais j’ai commencé et fini « la ballade du rossignol roulant » aujourd’hui 🙂 Bisous !

    • Très intéressante, c’est réel et décalé par le ton, bref tout y est, il faut un vrai éditeur à Bettina, on va lancer un appel ! 🙂 Je crois qu’il va te falloir un caddy pour me renvoyer mes livres ! 🙂 Biises (Je peux te prêter celui de Bettina si tu veux ?)

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