CENTAURE de Valéry Meynadier


 

 

CENTAURE de Valéry Meynadier –  roman, © 2010. Editions Chèvre-feuille étoilée, 175 p. 15 €uros. Ma note : 3 étoiles sur 5.

 Entre  roman et documentaire, une lecture choc s’il en est. Comme l’annonce le bandeau, nous entrons dans le monde du foot et de la prostitution mais plus encore dans la tête d’une femme violée collectivement par huit dégénérés. C’est le fil rouge de départ qui mène, porte, soulève le livre et donne naissance à Centaure. Après son viol, Anne-Marie, jolie trentenaire qui avait tout pour être heureuse,  se dissocie, elle est Anne en haut, Marie, en bas et Centaure est son double, celle qui parle et regarde Anne-Marie d’un œil critique ou nostalgique (ou vice-versa). « J’étais sortie des limites de mon corps. Certains avaient écrasé leur cigarette sur moi.
Je me suis enlevée de moi et je l’ai vue, sans savoir encore qu’elle s’appelait Centaure. C’était moi et pas moi.
De moi, il ne restait rien ».

 D’une écriture violente, imagée et dure, l’auteure ne nous épargne rien, elle veut faire s’ouvrir les consciences, les rallier à la sienne,  à commencer par celle de son frère Mathieu qu’elle ne quitte jamais, qu’elle adore mais pour qui elle est restée une « Anne-Marie » névrosée qui refuse de faire le deuil de ce qui lui est arrivé. Un an après, ce dernier se dérobe toujours à la question «  Mathieu, as-tu violé une femme  ?», et ça la rend dingue  ce doute plus proche de la sournoise certitude que de l’interrogation. Aussi va-t-elle le suivre en Allemagne, il est journaliste et doit couvrir la Coupe du Monde de Football. A Cologne, elle veut voir  Le Pasha, le plus « grand bordel du monde » et faire sœurs ces femmes immolées dans le néant de la prostitution. Connaître les raisons. Elle sera pute, n’en déplaise à Mathieu qui doit avouer. Tous les moyens sont bons. Alors Anne-Marie dans sa schizophrénie douloureuse va quitter l’appartement « cliniquement blanc » où elle s’était réfugiée, la chambre en Suisse où on a essayé de la soigner pour ce lit de  pute,  y devenir un morceau de viande pour lequel paient les hommes. Toutes celles qu’elle rencontre ont une histoire vraie : un index à la fin du livre nous renvoie aux articles de presse qui ont parlé de ces femmes d’une manière ou d’une autre.

 Les mots font mal, dérangent l’intime car même nous les femmes, nous savons l’horreur mais nous évitons de la regarder en face. Centaure n’a jamais un instant de répit : «  – Centaure, ne serais-tu pas un peu faisandée de la cervelle ? susurre la vieille  (la maquerelle des putes), qu’est-ce que tu regardes là-bas et de montrer le coin où elle gît, enfant avec toute sa peur. J’essaie de me retenir, peux pas, un rire diarrhesque me tombe dessus, ce même rire viscéral que nous avons eu, là-bas, dans l’immeuble comme si le règne animal s’ouvrait sous nos pieds. Les bêtes rient comme ça quand elles nous voient arriver, au-dessous de tout,  avec nos grands couteaux,  nos instruments de torture, nos yeux rances et notre humanité au service de l’inhumanité. » Mon seul bémol concernerait la difficulté à se situer dans le temps, puisque Anne-Marie, ou Anne, parfois Marie donne la parole à Centaure, zigzaguant entre passé et présent : sans cesse,  nous devons démêler qui parle à ce moment précis.  J’en connais que cela gênerait, personnellement je m’y suis habituée… Peut-être aussi pour accentuer l’état de confusion et d’abomination dans lequel elle se trouve. En moins maîtrisé, moins travaillé mais bien enlevé, le style me fait penser à celui d’Estelle Nollet par le rythme, les images qui se télescopent dans un kaléidoscope cauchemardesque. Le tout dans un langage aussi cru et vert qu’a pu l’être le viol, que le sont les putes avec leur sexe offert qui demande grâce mais aussi des passages plus doux quand elle nous parle de sa cure en Suisse ou des moments d’enfance avec Mathieu. Elle nous prend par les tripes jusqu’à la dernière ligne et nous savons dès le départ qu’il est des blessures au fer rouge qui hurlent comme des béances qui ne se refermeront jamais. Un beau livre qui fait mal. On aime ou pas.

 Je remercie Les Agents Littéraires, qui sur leur site, nous proposent de découvrir des auteurs non médiatisés, ils font un énorme travail que je salue, je remercie Vincent pour cette belle découverte .

SUR L’AUTEUR

Valéry Meynadier est née à Paris en 1966 et vit actuellement à Montpellier. Elle a commencé à écrire sur une table de cuisine, à l’âge de six ans. Sa mère lui manquait. Elle n’a plus jamais arrêté. Des poèmes, des récits, des nouvelles publiées dans diverses revues, des romans. Co-scénariste et comédienne. Sélectionnée au Festival de Cannes. Lauréate au Forum Femmes Méditerranée de Marseillle. Sélectionnée par la Fédération Française de Slam de Paris. Elle anime à Montpellier des ateliers d’écriture dans les collèges, IUFM, maisons d’arrêt et chez elle. Elle est également co-scénariste et comédienne. L’écriture lui est moins qu’une passion et plus qu’une nécessité : c’est sa vie. Elle publie régulièrement ses nouvelles dans Etoiles d’encre.

Romans

  • Ma mère toute bue, 2007, éditions Chèvre-feuille étoilée
  • Centaure, 2010, éditions Chèvre-feuille étoilée

Poésie

  • Présent Défendu, poèmes, photographies de Jason Girard & Valéry Meynadier, édité par La Villa des Cent Regards, cent.regards@gmail.com, 2009.

Valéry fait partie de l’association ADA  (je vous conseille d’y aller, elle s’y définit beaucoup mieux que dans cette bio classique !)

 

Copié sur le site des Editions Chèvre-feuille étoilée.

Publicités

18 réflexions au sujet de « CENTAURE de Valéry Meynadier »

  1. un billet qui dérange comme cette histoire où est évoquée une autre vie que celle qu’une certaine Z qui s’est étalée dans tous les journaux.
    merci d’avoir su si bien donné envie de découvrir cette auteure

  2. ce n’est pas un sujet de roman vers lequel j’irais spontanément, mais c’est bien d’ouvrir une lucarne sur des auteurs si peu médiatisés !

    • Et je n’ai pas mis les extraits les plus violents ! Faire ce billet effectivement n’a pas été facile…Nous savons par la télé (de temps à aute) cette violence mais par le biais d’un livre, elle entre vraiment dans la maison et ne te lâche plus…

    • Je me doute ! Je ne te le proposerais pas en ce moment… Si tu veux, j’ai retrouvé une quarantaines d’albums Disney dans mes cartons, je peux t’en envoyer quelques un … ou un bon livre d’amour qui finit bien (je sais même pas si j’en ai :?:) 😀

      • Disney, j’ai avec les petits ! 😆
        Je lis un peu moins actuellement, je t’avoue…
        Sinon, rien à voir, mais je suis trop contente : je vais voir Francis Huster dans sa représentation de La Peste, vendredi soir !

        • Quelle chance ! J’aime beaucoup cet acteur, je l’ai toujours suivi dans sa carrière mais c’est vrai qu’on le voit beaucoup moins à la télé et au cinéma. Il est revenu à ses premières amours : le théâtre ! En plus, la Peste… ze suis zalouze, moi, vendredi soir dodo bonne heure car le RAT samedi, comme les sportifs, pâtes et au lit à 22 heures !

        • Ben oui, tu penses, j’adore Camus, quand j’ai vu ça, j’ai sauté sur l’occasion, en plus c’est en bas de chez moi, j’y vais à pied et seule – jamais tenté le théâtre seule, je pense que ça va avoir une saveur particulière. 😀 (et en plus tarif préférentiel – bon ça reste une dépense, mais de temps en temps… ; ) )

  3. Je note, mais euh, sans doute dans très très longtemps !
    En ce moment je pleure déjà en lisant des livres « joyeux », alors un bouquin comme ça, j’ose même pas y penser !

    • Surtout que, si j’ai bien compris en allant sur le site de l’ADA, ce serait autobiographique ! Même si elle ne le dit pas comme ça ! très dure comme lecture et une plume pas encore maîtrisée mais très belle !

  4. Ping : MON BILAN D’OCTOBRE, requêtes, santé du blog… |

  5. sujet qui me touche à titre personnel : un cheminement certainement douloureux dont il faut parler, la lumière nous vient aussi de la ténèbre

    • Bonjour et bienvenue ici Charron ! Si le sujet vous touche personnellement, je n’aimerais pas être à votre place… 😦 Ce livre m’a mise très mal à l’aise pendant et bien après sa lecture, je ne sais pas si je peux vous le recommander, il est assez violent. Toutefois, je pense que la lumière vient quand nous avons apprivoisé nos ténèbres, pas avant, pas dans le cas d’Anne-Marie dite Centaure…

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, il sera toujours bienvenu !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s