Ciao pantin ! Désir d’histoires 40.


Pas de suite aujourd’hui au texte de la semaine dernière, les mots ne s’y prêtaient pas vraiment. Juste une petite lettre.

Quand tu liras cette lettre, je serai loin, engloutie par l’autre hémisphère, la moitié de la terre qui doit nous séparer. Je sais que tu regarderas à cet instant l’aurore déposer un baiser mauve de dentellière sur l’horizon déchiqueté de tes montagnes auvergnates. Un horizon que tu aimes toucher du doigt, à qui tu donnes la parole, comme la promesse nuptiale du papillon au soleil qui le consume. Sans témoin pour fouiller ton âme.

Nous venons de jouer notre dernière carte comme d’autres cassent leur tirelire pour dépenser des fortunes aux jeux de hasard. « Nous ne pouvons plus vivre sous le même ciel », ce sont tes mots. Pourtant, si tu savais la musique infernale qu’ils me jouent encore à la naissance du cou, là où tu aimais m’embrasser dans un frisson muet. Le souvenir de toi va se déliter dans le néant jusqu’à l’obturation finale, tu sais, le moment où l’on scelle la pierre du tombeau. Nous n’y verrons plus rien, ni toi, ni moi. La destruction plutôt que la naissance, n’est-ce pas ce que tu as toujours porté en toi ? Cet appétit cyclique qui te fait dévisser régulièrement, tu t’y casses les dents et parfois la tête ! Tu ressembles alors à un œuf de Pâques sans le ruban.

J’ai bien essayé de lancer un plan ORSEC avant mon départ pour que nous parlions une dernière fois, j’avais même cuisiné des tartelettes aux figues, tes préférées. Tu t’es défilé, encore. Mais à quoi bon vouloir mettre en travaux ce qui semble voué à la démolition ? Je n’en ai plus la force, ni l’envie. J’en souris.

Je laisse à ta femme le plaisir de  t’amidonner dans tes éternelles chemises bleu ciel sans nuages inopportuns…et regagner ainsi  la respectabilité bourgeoise que tu affectionnes. Au moins tu ne risques pas un torticolis avec elle. Back Street c’est fini.

 J’ai repris ma panoplie de reporter. Après un séjour au Pôle à filmer les ours blancs et les derniers ysatis, je repars en Australie surveiller la reproduction des iguanes. Ces petites canailles tranquilles happent mon regard et m’empêchent de  zoomer sur le passé.

Nous verrons bien qui a une quinte flush dans un mois ! Nous n’avons jamais arrêté de jouer, pourquoi cela changerait-il ?

Seulement voilà, quand tu abattras ta paire de deux consternante, tu pourras dire adieu à tes rêves polygames. Je serai loin.

Jeu initié par Olivia Billington (dite Livvy), que vous retrouvez ici.  Les 22 mots imposés étaient :

carte – cyclique – panoplie – oeuf – destruction – frissons – obturation – naissance – tartelette – nuage(s) – fortune – ORSEC ( facultatif mais placé) – nuptial(e) – témoin – canaille – tirelire – ruban – aurore – ysatis – iguane – musique – travaux.

55 réflexions au sujet de « Ciao pantin ! Désir d’histoires 40. »

  1. Asphodèle, tu excelles dans l’art épistolaire (et dans la lettre de rupture bien sentie.)
    J’ai adoré « Je laisse à ta femme le plaisir de t’amidonner dans tes éternelles chemises bleu ciel sans nuages inopportuns… » et la dernière phrase est excellente avec son double sens 😉
    bonne journée

  2. Oeuf de Pâques sans son ruban… et bien d’autres encore ! sans oublier la paire de deux consternantes. Bravo… On ne se lasse pas de te lire.

  3. Les deux dernières lignes, lues à haute voix, sont formidables !!! (ça doit correspondre à la musique interne de mon corps !!!) Bon, la Vendéenne, le thé de Syl refroidit, le jardin d’Eden est illuminé par le soleil naissant, t’as même pas ton arme ! la mienne est dégainée, à 7h tapantes, cherche un peu !

    • Merci Terreur, je suis allée chez toi je te signale ! Et je vais demander un café à Syl., pas de thé le matin, non mais ! J’avais mon arme, que crois-tu mais je sais aussi la déposer quand mon coeur fait boum ! La celte-italo-persane faiblirait-elle ??? 😉

  4. C’est superbe, j’admire ton style et la fluidité du texte. Félicitations car l’assemblage des mots était plus difficile qu’ils en ont l’air.

  5. Ping : Tes mains dans les miennes (suite) | Désir d'histoires – Olivia Billington

  6. Dans ton texte, il y a beaucoup de formules que j’ai aimées, trop pour les reproduire ici. J’aime l’énergie qui se dégage de ta lettre et qui laisse apparaître le portrait d’une amoureuse décidée.

  7. Ben c’est parfait comme d’hab! Je n’avais pas connaissance de tous les mots avant de commencer à lire , ça coule tout seul même iguane, ysatis et obturation 😉 Bravo !!!
    Comme le dit Plume j’aime bien mettre un poil à gratter de çi de là. Bien sûr tu n’y coupes pas lolll:
    Les montagnes d’Auvergne sont tout sauf déchiquetées puisqu’il s’agit de dômes volcaniques au galbe très arrondi!
    Ah les femmes et la géo j ‘vous jure !!! 😉

    • Les femmes et la géo !! Je m’insurge (dit celle qui est infichue de placer les pays sur la carte du monde), c’est quoi cette affreuse généralité ?! 😆 😆 Ahem. Pardon Isa, je n’ai pas pu m’en empêcher. 🙂

      • Non mais je ne relève pas plus que ça ! Pfff, je vais lui demander de me placer Wallis et Futuna ou Ouvéa et Maré, on va voir s’il va faire son malin longtemps ! Je vais le renommer en « Tordsmoileblues » ! 🙂 Merci de ton soutien Livvy ! 😉

      • Déchiqueté le jour qui se lève ? Ben on va pas être copains, je me lève et je suis opérationnel dans les deux minutes, voire moins!
        Bref, ma remarque tient toujours, n’en déplaise à tes commentatrices zélées !!
        Signé Twist-me-the-blues (auvergnat song!!)

        • Hey Yapasdeblues ! Déchiqueté, je parle du pay-sa-ge, c’est une image !!! Opérationnelle deux minutes après le réveil faut pas pousser 😉 après le café dirai-je ! Même en Auvergne, je te mets au défi : je te trouverai un paysage auroral déchiqueté, ne t’en déplaise, Twist-again ! 🙂 Ah ah ah !

      • Tu as bien fait Olivia, faut faire sortir les contrariétés !
        Mon comm est un affreux poncif d’idées préconçues, basées sur rien !!
        C’est vrai ça, dans les GPS c’est toujours des voix féminines, ah vous la tenez votre revanche 🙂 🙂 🙂

    • Oïe je me gratte ! 🙂 Hé ho c’était pour l’image ! Et je ne suis jamais allée en Auvergne ! Pour moi, le jour qui se lève a toujours un côté « déchiqueté », ça va ? 😉

  8. Bonjour,
    C’est une lettre de rupture fort bien lancée… entre regrets et humour, la pillule est toujours dure à avaler… mais comme cela elle passe mieux.
    Bonne journée
    @mitié

  9. Hé bien, quel texte…..tu comprendras pourquoi moi qui débarque un peu dans cet univers littéraire je ne me presse pas pour faire trop d’exercices de la sorte…
    La photo est magnifique… »le baiser mauve de dentellière »…le mauve est la couleur de la mélancolie… La fin est virtuose avec la paire de deux et le désir polygame.
    Peut-on aimer 2 personnes en même temps ? Peut-on vivre un amour raisonnable et une passion en même temps ? Peut-on vivre un amour en sachant qu’on n’est pas la seule dans le coeur de l’autre ?
    Merci pour ce texte.

    • Mais si justement ! C’est comme ça qu’on devient forgeron ! Si tu lis mes textes d’il y a six mois… enfin, on espère s’améliorer toujours ! Oui je pense qu’on peut aimer deux personnes en même temps mais ça ne dure pas ! On partage un temps en espérant devenir la seule et quand on le devient il est souvent trop tard ! Hé !

  10. Quelle lettre ! On voit chez toi une certaine habitude dans cet art de la rupture 😀 Une mise en scène que tu fais avec brio. J’ai lu à l’aube sans comprendre tellement j’étais encore dans mes draps. Je vais t’envoyer mon adresse pour que tu m’écrives des lettres que j’aurai plaisir à lire. 😀 😀

    • Merxciii Claudia, enfin une qui me parle du sujet ! parce que là les hommes ils ont pas moufté hein ! Si, un ! Les autres se sont attardés sur la géo-gra-phie ! Non mais franchement c’est bien la peine de se décarcasser ! 😉

  11. Tu parlais de KL pour les cols amidonnés ? MDR ! Je l’adore, ses lunettes noires.
    Woui, je suis hors sujet !
    Et tu prétends que tu as des progrès à faire en écriture ?… c’est vrai que le plus que parfait n’existe pas trop. Mais, ne change rien, c’est PARFAIT, je n’ai même pas vu tous les mots imposés et pourtant j’avais été faire un tour chez Olivia !
    Bises

    • Non je parlais d’une grande majorité… Mais j’ai eu du mal à faire un texte « fluide » et qui se tient, donc oui j’ai des progrès à faire ! Enfin j’espère… Bises 🙂

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