RENDEZ-VOUS AVEC UN MOT by Eiluned…


Le mot de la semaine est pervertir…tout un programme ! Merci Eiluned ! Vous retrouverez les participants chez elle.

Avant de commencer mon texte, je voulais signaler que Valentyne a ouvert son blog qui répond au doux nom de L’écho des écuries. Elle y a consigné l’histoire d’Isabelle la Ponette, dont vous trouverez deux nouveaux épisodes (G et H) qui n’étaient pas parus ici puisqu’elle était en vacances ! Allez lui rendre visite, c’est toujours aussi désopilant !

DERRIÈRE LA PORTE…©photo stockxchange

Son baiser…et tout de suite le goût de la menthe à l’eau, celle qu’on sirotait avec une paille après les cours. Une entrée en fraîcheur de ce qu’il nous reste à partager. Rouvrir les vieilles malles naphtalinées, relire le mode d’emploi. Le mode d’emploi surtout… Un homme qui lui prenait la taille avec tendresse… Il fallait qu’elle réajuste ses gestes comme d’autres  font en tirant discrètement sur leur jupe.

Debout sur le pas de la porte, appuyée au chambranle,  elle regardait son grand-oncle et sa femme, confits de respectabilité dans leurs fauteuils à oreillettes, un mépris navré dans le regard. Ciel que ça sentait la honte ici ! Mélangée au parfum écoeurant de violette de la tante… Elle avait appris à les connaître ces deux collabos de la bienséance, toujours aux taquets pour ramener les brebis égarées au plus près d’un bénitier, alors qu’eux-mêmes… Elle les avait lues les lettres, bien cachées sous les livres de la bibliothèque, ce réseau de Résistance anéanti en 1942, les amis fusillés sur la place du marché, ici même. Et dire que leur trahison n’avait jamais été démasquée. Ils s’y entendaient pour enrober leur vitrine de sucre et de bolduc pour étouffer les remords du mensonge. Finalement le destin ne nous rattrapait pas à tous les coups. Eux en tous cas, hormis leur invalidité, ils avaient bien vécu, les rats ! Et dire qu’elle devait les garder un mois, c’était son tour, quelle poisse !

Elle en était à ce chapitre de ses réflexions quand la vieille sonnette égrena son grelot asthmatique. Philippe déjà ? La menthe à l’eau se dissipait ? Il avait un goût de revenez-y ce baiser, pas question de le laisser filer ! Ses yeux allaient des fauteuils à la porte, dans cinq minutes c’était l’heure des médicaments. Elle ouvrit doucement et l’index sur la bouche pour lui intimer silence, elle s’effaça pour le laisser entrer avant de se diriger vers la table où deux piluliers moroses attendaient. Elle prit un flacon jaune et blanc, « les pilules pour dormir », pensa-t-elle. »Allez, cinq chacun, ça devrait suffire… Elle mélangea le tout à la bouillie orange goût carotte, puis à la bouillie marron goût viande et attendit qu’ils aient fini de laper bruyamment, sans un mot, leur pâtée où déjà un profond sommeil se dessinait dans la « cheminée » de la purée.

Elle dansait presque en quittant la pièce, Philippe la serrait plus fort contre lui, il se pencha pour l’embrasser, elle se tut, laissant la flamme joyeuse courir sous sa peau, chassant ainsi le froid polaire qui s’était abattu sur la maison déjà loin derrière. Elle plongea son regard sombre dans ses yeux, lui embrassa le creux derrière l’oreille avant de lui chuchoter : « Si nous allions au lac, voir s’il y a la profondeur nécessaire…après tout, personne ne les regrettera. »

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27 réflexions au sujet de « RENDEZ-VOUS AVEC UN MOT by Eiluned… »

    • Merci Danielle, oui la porte est ouverte, on va voir si elle ne se referme pas, j’essaie de leur trouver un avenir… et merci à toi d’être passée chez Valentyne ! 😉 (Euh…je refais surface doucettement…)

  1. Je trouve le deuxième paragraphe particulièrement réussi et savoureux. C’est Les Diaboliques, tes amoureux! 😉 Et après on vient me dire que je donne des frissons… Eh bé… 🙂

    • Merci Gwen, je l’avais commencé avec les mots imposés de vendredi, je l’ai refait sans… et il a fallu que j’y mette un peu de perversion, donc ça change des « premiers jets » habituels ! je ne vais pas passer à l’Harlequin direct quand même ! 😉

  2. ouh là, je passe pour me détendre et paf ! Assomée ! la suite, la suite ! Elle est effrayante, cette nièce, mais bon, quelquepart 😉 Joke ! Merci pour ta « bise du lundi » qui m’a fait du bien entre deux moments à courir !

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