RENTREE 1962 – ATELIER DE SKRIBAN


Le thème chez Gwenaëlle ce dimanche était un souvenir de rentrée, n’importe quelle rentrée, ou première fois, disons. Elle en parle mieux que moi, ici

 

Cette année là, le mot « rentrée » a pris tout son sens. Pendant que le bateau s’éloignait des côtes algéroises, laissant « mon chez moi » sous le soleil, j’ignorais encore, à cinq ans que mon seul univers connu, s’évanouissait à jamais. Car jamais je ne suis retournée sur les terres « joyeuses » de ma prime enfance. Ce qui m’attendait « en face » était un abîme d’incompréhensions. Au pluriel.

J’avais laissé mon berceau, sans racines certes, j’avais laissé aussi l’insouciance, l’ignorance d’une enfant qui n’a pas connu l’école maternelle, pour cause de guerre. Quand je dis aujourd’hui que je suis une enfant de la guerre ça fait rire tout le monde ! Et pourtant…

En ce mois d’octobre venteux de la grande banlieue parisienne, il a fallu me rhabiller. Après une enfance au soleil, avec peu d’hivers rigoureux, il faut des chaussures qui font mal, un manteau qui engonce et chose nouvelle, qu’est-ce donc ? Un cartable ! Déjà je l’aime lui ! J’aime l’odeur de la classe, du bois plein d’échardes des tables où vivent les dernières heures des encriers blancs incrustés.

Mais la maîtresse, haute et sévère fait son entrée, une règle en fer à la main. Je me doute secrètement que cette règle va me donner du fil à retordre.  Mon cauchemar ne fait que commencer. Il durera jusqu’en mars. Je me lève sans demander l’autorisation pour aller aux toilettes, je parle à ma voisine tout haut, bref je ne connais pas la discipline, ce qui me vaut à chaque fois, un coup de règle en fer sur les doigts. Quand ce n’est pas le sparadrap sur la bouche ! Oui, les méthodes ont changé, la pédagogie aussi et c’est tant mieux. Je suis traumatisée, enfin, juste en ce qui concerne la lecture. Madame Bousquet, je me rappelle même de son nom, (à cette peste), m’oblige à lire à voix haute, je sais lire, je l’ai su très vite mais aucun son ne sort de ma gorge, je n’y arriverai que quand mon père, averti des sévices que je subis aura été la voir pour lui demander le pourquoi du comment. Plus jamais elle ne me touchera et j’arrive enfin à débiter le texte à une vitesse grand V, à la surprise générale. On me prenait pour une « étrangère », une quasi demeurée, noiraude en plus…  je me bats à la récréation, j’attache un jour une fille autour d’un arbre avec ma corde à sauter. Ce n’est qu’une fois entrés en classe, le silence revenu, que l’on entendra ses glapissements de pintade et la maîtresse ira la délivrer. Mais quand on demande « qui a fait ça ? », personne ne moufte ! Ma réputation de terreur a commencé…De bonne élève aussi et je n’ai plus d’amis, si tant est que j’en ai eu en ce début d’année.

Mais je vais changer d’école, encore une fois l’an prochain, alors je ne m’attache pas trop, je me prépare déjà aux adieux, à m’adapter ailleurs à nouveau. La rentrée pour moi ? Pas que les feuilles qui volent au vent mauvais, non, voyez plutôt. Une nouvelle école, un nouveau collège tous les deux ans, de nouveaux paysages, d‘autres hémisphères, que du bonheur au final malgré des débuts chaotiques ? Je l’ignore encore…

27 réflexions au sujet de « RENTREE 1962 – ATELIER DE SKRIBAN »

    • Je dois dire que j’ai été servie cette année là ! Mais bizarrement je n’en garde pas de séquelles ! J’ai toujours aimé l’école après elle, je n’ai jamais redoublé, comme quoi… mais bon, je n’aurais pas voulu que mon fils tombe sur une sorcière comme elle ! 😉

    • Une rentrée en fanfare (deux en une pour moi) ! Quand j’entends prononcer « Melun », je fuis… Même pas en rêve je veux y retourner ! Et à l’époque pas de « cellule psychologique » pour nous « écouter » ! 😉

    • La lecture c’était ma victoire ! Elle devait le savoir mais je n’ouvrais pas la bouche ! je n’avais que 5 ans quand même en CP et sans maternelle avant ! J’ai eu mon bac à 17 ans ! Et j’étais pas peu fière d’avoir survécu à cette scolarité « tour du monde »… 😉

  1. Et bien, dire que je pensais que ma rentrée à la maternelle dans la mauvaise école était la pire chose (ma mère s’était trommpée en m »inscrivant, le car scolaire m’a emmenée dans une autre école !! A 4 ans !) Tu avais déjà une sacré dose d’optimisme en toi, dis-donc !!! Et de caractère (mais ça, on pouvait s’en douter…!;-) ) C’est vrai, tu es finalement une éenfant de la guerre », je n’avais jamais pensé à ça…

    • Et oui ma bonne dame, me manquent les décorations !!! Mes 5 premières années se sont passées dans une caserne de gendarmerie… Et cette guerre me revient en pleine poire maintenant ! Mais pour ma « rentrée au CP-direct, waouh, ça n’a pas été rose ! Mais ça forge, et j’étais déjà une petite lionne qui ne se laissait pas faire ! 😉 Ce sont mes parents qui m’ont raconté certaines anecdotes… Le coup du sparadrap et de la règle en fer sur les doigts, je n’ai jamais oublié !

  2. Rebelle déjà si jeune !
    J’ai pris des coups de règle mais plus tard en Cm2 et ça fait maaaal.
    Heureusement que cet apprentissage en fanfare n’a pas fait de toi une cancre avec sa place à près du radiateur (Euh non c’était la mienne.)

    • J’adore ton look de rentrée ! Ah ça le fait ! Oui j’étais pas facile du tout mais j’ai des circonstances atténuantes ! 😉 Je crois que j’ai pris à contrepied toutes ces brimades (qui continuaient parfois dans la cour de récré) pour être la « meilleure », je lisais un livre de la Bibliothèque Verte ou Rose chaque mercredi ! Ma mère ne suivait pas pour m’acheter des livres ! Près du radiateur toi ? Oh t’étais un peu frileux voilà tout… 🙂

  3. Ouais dis donc c’est pas gai comme première rentrée sur fond d’arrachement au pays 😦
    Pfiou, pô facile pour les petits la vie parfois….
    Moi aussi je suis heureuse que mon fils n’est eu que de gentilles et « belles » maîtresses! 🙂
    Bon ça me donne envie de raconter une de mes rentrées ça… On va voir…

  4. Ah! je vois que tu as participé à l’atelier du Skriban. Je n’avais pas vu ton texte chez Gwen mais peut-être y suis-je allée trop tôt! En effet, tu as été servie! C’est fou ce que l’école évoque de souvenirs traumatisants pour beaucoup. Ce n’est pas très encourageant surtout quand on est du côté des profs!

    • Je suis arrivée à 19 heures environ, oui, c’est « hard » le dimanche chez moi ! Heureusement que les profs ont changé de méthodes, effectivement… J’ai bien aimé ta version « pipi dessus », lol 🙂

    • Mais si on en guérit ! La preuve ! Je me suis arrachée les racines toute ma vie avec le « parcours » de mon père, et je me suis toujours réadaptée ! Il faut être entourée d’amour, c’est tout ! (par contre je n’oublierai jamais cette rentrée c’est sur ! 😉

    • Ah ah ! Ca ne m’étonne pas vraiment (de toi) ! Tu étais dans Indésirables…avec Irrégulière dis-moi… pas en mauvaise compagnie certes ! 😉 Je pense qu’elle doit être morte cette sorcière, c’était sa dernière année avant la retraite, t’as qu’à voir ! Elle doit croupir en enfer ! 🙂

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