DESIR D’HISTOIRES 37 – Ne vous méprenez pas !


Assis en tailleur sur les azulejos qui ensoleillent mon carrelage en son centre, béat, perdu dans la contemplation de mon nombril qui ressemble à s’y méprendre à un bouton d’orchidée, j’attends la révélation tropicale qui me fera cesser d’hiberner.

Avais-je déjà ce chromosome en moins à la naissance ? Sûrement, on a omis de m’en parler… voilà tout. Pourquoi rouvrir aujourd’hui la boîte de Pandore ? Les questions s’agitent pendant que des souvenirs ostentatoires s’empressent de me tenir la dragée haute. Déjà, sur le chemin de l’école, mon cartable trop lourd me laissait de guingois sur le bord du chemin, raviné par les premières pluies d’octobre. Qu’ils étaient lourds et tranchants mes souliers neufs pour faire les deux kilomètres à pied ! En chemin,  je m’asseyais sous un grand chêne, plus vieux que tous les anciens du village réunis, je sortais mon ardoise et, avec le petit bout de craie blanche volé au maître, j’écrivais en majuscules déliées,  un mot, un seul : combat. Et de l’avoir écrit, je me sentais plus fort, protégé par ce mot qui claquait comme le drapeau d’une victoire anticipée.

Je passais ensuite devant le Café des Amis et une déjà vieille de trente ans, ivre de folie et d’alcool entonnait une ritournelle désenchantée, vrillée de trémolos de sa création. L’air continuait de trotter dans ma tête, inlassable rengaine qui me bouffait l’esprit. Plus tard en classe, au deuxième rang, à côté de Germain, j’imaginais ma vie loin, très loin des brumes du marais qui m’asphyxiaient en permanence. Jusqu’au jour où Germain posa discrètement sa main sur ma cuisse et me refila un vieux bouchon en liège qui sentait le vin :  c’était le code pour nos embrassades furtives, les soirs où personne ne venait le chercher. J’avais enfin un ami, quelqu’un à qui EN parler. Mes certitudes d’alors, teintées de passion adolescente m’ont poursuivi longtemps. Avec mon combat.

Aujourd’hui, je regarde le soleil illuminer le soir qui se pose sur mes longues mains, douces, manucurées. J’ai pu partir et me faire opérer. Avec Germain, nous avons apprivoisé le temps, nous lui avons dit que nous attendrions celui qu’il faudrait mais que jamais je n’abandonnerais le chemin parcouru,  pour être femme, enfin…

C’est ma participation au jeu Désir d’histoires (37) de Livvy où il fallait caser les 22 mots suivants : création – orchidée -révélation – combat – cartable -bouffer – tropical – contemplation – passion – hiberner – boîte – ancien – apprivoiser – ritournelle – asphyxie – folie – ostentatoire – azulejo – chromosome – imaginer – ardoise – bouchon.

65 réflexions au sujet de « DESIR D’HISTOIRES 37 – Ne vous méprenez pas ! »

  1. Très belle chute, j’ai rien vu venir !!
    Je me dis quand même que mettre en exergue les mots obligatoires ça pollue un peu le plaisir de la lecture, surtout quand on est pris par le texte -ce qui est le cas ici ! Est-ce vraiment nécessaire ?

  2. Ping : Tes mains dans les miennes | Désir d'histoires – Olivia Billington

    • Merci Claudia ! Je dois dire qu c’est le chromosome qui a inspiré le texte, c’est vrai qu’on en parle peu, ça doit encore gêner aux entournures ! Et il ne doit pas être facile d’en parler !

  3. Réussir à caser 7 mots imposés en 3 lignes : bravo 🙂
    Je suis désolée mais je fais partie des « mauvaise élèves » qui sont toutes fières d’écrire les consignes en gros, en gras et en couleur. Déjà, petite, je soulignais, re-soulignais, fleurissais mes textes. Rien n’a changé. C’est maladif ! Ceci dit, si faut pas, je ferai plus ;-).
    J’ai aimé ton texte qui m’a un peu déboussolée au départ, ensuite j’ai dévoré.

    • Mauvaise élève ?! Il ne manquerait plus qu’on te traite de cela ! Pas du tout, c’est ton texte, ton blog, tes envies, tu fais comme tu l’entends, il n’y a absolument pas de consignes à ce niveau-là ! 🙂 C’est un jeu, chacun fait comme il le désire.
      Moi, je préfère éviter, pour garder la fluidité, et puis aussi par paresse… 😆

  4. Je mélange deux ateliers, l’un de mots imposés et l’autre de la photo à raconter…
    Imposés ou non, sans gras ou italique, le texte traite d’un sujet trop grave et sensible pour que l’on se laisse distraire. Quel talent.
    Bises

    • Boummm , c’est ce que j’appelle un retour de manivelle dans les bras d’Antiblues !! 🙂
      Suis mdrrrrrrrrr !
      Plume sait que je l’adore alors on peut se permettre quelques taquineries 🙂

      • Ah ! Si c’est une méthode…comme une autre, je ne dis plus rien ! Tu attends les retours de manivelle toi ? Bah dis donc ! 🙂 Je sens que Plume a des bourdonnements d’oreille et elle se demande ce que c’est encore ! 😉

  5. Très joli, très tendre.. C’est fou quand même combien les années d’école restent indélébiles alors qu’elles ne sont pas si nombreuses comparé au restant de notre vie (même si ton histoire est fictive).
    Bon,c’est la rentrée lundi: sais pas si je suis heureuse ou pas, je me dis juste que dans un an, une autre vie un autre ailleurs siouplait !:-))
    Bisous ♥

    • Oui mais Ella, nous avon NOS années d’école, plus celles de nos enfants, ce qui fait pas mal de rentrées dans une vie, mine de rien ! je ne suis plus concernée depuis quelques années et ça me manquerait presque ! 😉 je te souhaite une excllente rentrée, pleine de bonnes surprises surtout ! Biiises

    • Tu étais encore dans indésirables ! Je faisais mon petit ménage du soir, heureusement je t’ai aperçue !^^ Vaste question je crois, je ne suis pas trop à même d’y répondre mais je pense que ceux qui le deviennent de cette manière sont déjà nés avec des prédispositions, sans parler des hermaphrodites, ce qui est encore un cas tout aussi sensible. Cela m’émeut toujours de voir des personnes qui ont des problèmes avec leur identité… Alors la ponette revient quand ??? 🙂

  6. Un sujet délicat traité de manière délicate, bravo ! Et enfin un « happy end » on dirait que la rentrée te met de bonne humeur 😉
    Je trouve ça mieux de ne pas surligner les mots (de toute façon j’ai la flemme de le faire) mais ça n’engage que moi^^

    • Mais moi aussi je trouve ça mieux ! D’autant qu’Olivia n’ jamais obligé de le faire, donc…c’était un mauvais pli, ça y est, chassé ! Le happy end, en fait c’est comme le texte, fait en 20 minutes avec 5.6 de tension…donc ne me demande pas comment ? je m’interroge toujours… Et je ne suis pas de mauvaise humeur, diantre ! 🙂

  7. Un happy end?
    Pas si sûr … Et même oserais-je dire que ses ennuis ne font que commencer …
    Enfin, tous les féministes vous le diront sans parler de SOS racisme et diverses communautés de trans …
    Bon WE quand même à Pandore 😉

    • Tu dors quand ???? Tu avais une marmite sur le feu ou quoi ? Il fait chaud ? Bon, en ce qui concerne mon « trans » comme tu dis, il prend son temps pour apprivoiser le bonheur ! D’habitude mes héros ou héroïnes connaissent un destin tragique, donc là c’était plutôt « heureux » ! 😉 Bises et bon week-end au soleil !

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, il sera toujours bienvenu !

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s