Une photo chez Leiloona et un mot chez Eiluned


 

Ma première participation à l’atelier de Leiloona qui consite à écrire ce que nous évoque la photo de la semaine…ci-dessus.  Mais aussi à celui d’Eiluned et son Rendez-vous avec un mot, cette semaine c’est de saison et c’est mélancolie. Les deux thèmes s’acordent avec le texte !

Suite de FARANDOLE D’AUTOMNE, commencée  .

Fanny glissait dans la foule pressée que le train venait de déverser sur le quai maussade de la gare du Nord. La pluie inondait son visage baigné de mélancolie. Il lui fallait trouver l’Hôtel de l’Espérance. Elle relut son papier et prit la direction du métro Abesses, s’arrêtant sans cesse pour demander la direction qu’elle devait prendre. La nuit allait bientôt recouvrir d’ombres cette ville hostile où les passants la dévisageaient curieusement. Fred, Fred, pensait-elle en courant maintenant, attends-moi, dis-moi que tu vas me sortir de là ! Quelques étoiles fragiles faisaient écho aux battements sourds de son coeur,  quand soudain une douleur fulgurante lui traversa le ventre, l’obligeant à s’asseoir sur sa valise minuscule à même le trottoir où des feuilles mortes se noyaient dans des flaques grises et sales. Une peur obscure la fit frissonner. Elle regardait désespérément toutes ces marches à monter pour arriver à destination. Plus bas, elle devinait les néons criards de Pigalle qui hoquetaient dans la nuit faunesque du sexe et des destins solitaires. Pliée en deux, elle attendait que la douleur reflue et essaya de se redresser en titubant. Un homme, sorti de nulle part lui tapota l’épaule. Elle hurla de peur et de rage contenue. L’homme ne put s’empêcher de sourire et sortit une plaque qu’il agita devant ses yeux affolés :

– Ne craignez rien, je suis de la Police, pas en service mais je peux vous aider ?

Hébétée, elle leva vers lui ses grands yeux délavés par le chagrin. Elle luit tendit son petit bout de papier ; il lut lentement à voix haute : « Hôtel de l’Espérance, rue Lepic, hum, vous êtes sûre de vouloir aller là-bas ? Ce n’est pas un endroit pour une fille comme vous ».

– Qu’est-ce qu’elles ont les filles comme moi ? souffla-t-elle entre deux spasmes.

– Bon, je vous emmène, ma voiture est garée juste là, vous n’y arriverez pas toute seule.

– Merci…pardon…qui  ?…comment vous vous appelez ?

– François. Allez, montez, vous n’avez pas l’air dans votre assiette.

Elle ne dit mot le temps que dura le trajet.  « Voilà, c’est là », dit-il en soupirant tristement.

Elle regardait la porte décrépite, où rien ne lui parlait d’espoir. L’hôtel semblait désert, cette porte était une impasse de plus, un mirage au nom chargé de promesses qui ne seraient pas tenues une fois encore. Soudain, elle sentit un liquide chaud couler à gros bouillons entre ses jambes. Figée au bas des marches de l’hôtel pouilleux, elle la vit s’ouvrir, Fred  sortait, escorté de deux femmes dont la tenue ne laissait aucun doute sur l’usage qu’elle faisait de leur anatomie gonflée à l’hélium. Il riait et embrassait la blonde au visage plâtré de rose dans le cou quand il la reconnut. Le visage mauvais,  il se précipita vers elle, il eut à peine le temps de la rattrapper, elle glissait dans le néant et entendit très loin François qui hurlait : « Appelez une ambulance, vite ! »  Fred ne saurait jamais que son enfant venait de disparaître dans le caniveau devant un hôtel de passe où l’espérance, tombée de sa plaque,  s’écrasait brutalement comme les feuilles mortes qui, en tournoyant, murmuraient l’inconsolable chagrin qui avait remplacé la sève des arbres sur le déclin.

*****

 

 

 

  

21 réflexions au sujet de « Une photo chez Leiloona et un mot chez Eiluned »

  1. cette dernière phrase, longue, longue est terrible… et cette vision… terrible
    Cette photo n’a engendré à cette heure qu’un seul texte « joyeux » ou tout du moins avec un espoir, celui de Leiloona…
    et si elle avait été en couleur ?

  2. Tout à fait, et d’ailleurs je trouve qu’un texte triste est le meilleur apparat pour la photo… Même « Hotel de l’Espérance » avec la façon dont il est mis en évidence sur la photo suggère bien le contraire. Parfait Asphodèle, j’ai vraiment apprécié!

  3. Arff oui, la photo n’a guère donné de textes gais. Mais j’aime beaucoup cette chute : on sent la pression monter petit à petit !
    Merci de ta participation ! 😀

    (Désolée de ne lire et commenter ton texte que ce soir, mais je n’étais pas chez moi depuis trois jours …)

    • Mais tu es toute excusée ! Je me suis couchée tôt hier soir… Et je vais essayer de participer, mais… je ne m’avance pas trop encore ! 😉 Je vais aller voir la photo d’abord !

  4. Je ne l’avais pas encore lu (il était temps) ! Mais pfiou, comme c’est intense, et je partage l’avis de tout le monde sur la dernière phrase !! Bravissimo comme d’hab’ 😉

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