VASILSCA de Marc Lepape – Editions Galaade


Premier roman aux sept prix littéraires (voir ici, chez Delphine qui les a recensés) et dont on a hélas beaucoup moins parlé que de Foenkinos et de sa Délicatesse… Dont le prix Emmanuel Roblès 2008 et le Prix Première de la RTBF.

L’HISTOIRE

 Ou comment le hasard pas-de-chance ou le destin tordu fait-il basculer deux vies dans le néant et celle qui reste dans l’enfer des survivants ? Comment survivre à un deuil, un fait divers banal,  parce qu’un  cycliste fou, du haut d’un pont,  a décidé de lâcher une énorme pierre sur votre voiture et d’écraser votre destinée pour en faire un destin ? Ce drame arrive à Ion Arsin « par une journée d’automne claire et ensoleillée », alors qu’il vient d’avoir trente ans.

Après la mort de sa femme et de son petit garçon, après avoir tenu à leur offrir des funérailles dignes d’eux mais pas forcément conformes à la norme, il plaque tout et se met en marche vers l’est à destination de la Roumanie qu’il atteindra une fois ses dernières économies envolées. Il veut connaître la terre de sa mère et atterrit , après sept mois d’errance dans toute l’Europe de l’est, dans ce nulle part fantômatique, dans un village inachevé construit au temps de  Ceausescu, avant que le mur ne tombe,  village squatté par d’autres solitudes, qui comme lui cherchent ou attendent un meilleur qui tarde à venir. Il sait en voyant la Vasilsca, cette rivière « brune et huileuse » qui cascade furieusement pourtant,  qu’il va s’en sortir, qu’il n’oubliera jamais pour autant son passé, qu’on ne le résilie pas comme un abonnement mais, que devenir passeur de nuit sur un bac rescapé, ici, à ce moment là s’inscrit dans son destin :  » Apocalypse et génèse semblaient présider ces lieux drapés dans l’attente. C’est sans doute de cette dernière que naissait principalement le charme qui m’envahissait ». Il va rencontrer (au départ) des gens pas vraiment hospitaliers : Joszef qui lui trouve ce travail mais ne veut pas trop de proximité amicale, un couple ronchon, ancré dans la routine de leur vie (sexuelle beaucoup !) qu’il prénomme « b » et « s » (en fonction de la forme de leurs corps), Monsieur Curtae,  passeur de jour bourru qui ne l’accueille pas à bras ouverts, et  Roxana, étrange femme d’affaires au charme duquel il ne sera pas insensible. Sans oublier Vasile dans son énorme château d’eau, dont il manque les trois quarts,  transformé en navire pour assouvir son obsession de l’Atlantique, sa passion pour  la mer, un autre rêveur en attente…

Il navigue, il observe, hors du temps,  dans cette Roumanie en reconstruction, pleine d’enthousiasme mais… Ceausescu a détruit bien des rêves et ceux qui en font encore sont frileux ou trop pauvres pour les réaliser, ils se contentent de ce qu’ils ont. Ou pas. je ne vous en dirais pas plus sur l’histoire… Si ce n’est qu’on sent très fort la présence du communisme et des plaies qu’il a laissé derrière lui. Mais le communisme omnipotent a été remplacé depuis par une certaine mafia…qui contribue à creuser le fossé social entre les classes. Bien sûr, une note d’espoir  ponctue, entre les lignes, la détresse du survivant :  » « Faire son deuil » , c’est banaliser la mort. Marie et Victor n’étaient que l’infime partie d’un tout. Ils le sont toujours. Ils existent. » A l’apnée du début, succèdera, pas après pas, jour après jour, dans une fulgurance née de la nature, un message empli d’humanité

MON AVIS

Le thème choisi pour un premier roman était « casse-gueule » : comment parler du deuil, des détails qui font cortège sans tomber dans le pathos ? Marc Lepape l’a fait. Et plutôt bien. En choisissant la Roumanie, pays à terre s’il en est, il se met au même niveau que l’état d’âme de Ion ; d’ailleurs il le dit autrement mais  si joliment : « Comment expliquer cette alchimie si subtile des lieux qui compose la géographie spirituelle de tant de personnes ? «  En inventant un fleuve, toujours en mouvement pour mieux  faire avancer son héros. En commençant à écrire l’histoire  de ce livre tout en l’écoutant chanter ou rugir. D’une plume fine, maîtrisée, toute en douceur et retenue, trempée dans l’émotion et la sensibilité.  En nous montrant le visage actuel de la Roumanie, loin des clichés draculéens, des gousses d’ail et du folklore tsigane. Il paraît qu’un autre écueil auquel se heurte un primo-romancier est de « tout dire« . J’ai l’impression qu’il est bien loin de nous avoir tout dit Marc Lepape et j’attendrai son prochain roman avec impatience. Par ailleurs, hors sujet, je tiens à saluer les Editions Galaade pour la présentation du livre, soignée et sobre. Et je remercie bien sûr Delphine qui fait voyager et connaître ce livre et son auteur. Ce fut un régal ! Un peu d’âme slave quand même…est passée…comme le vieux bac glissant d’une rive à l’autre sur la Vasilsca.

SUR L’AUTEUR

Né en 1965, professeur de français, il vit dans les Yvelines. Il a écrit deux romans avant Vasilsca qui n’ont pas (encore) été publiés.

 

23 réflexions au sujet de « VASILSCA de Marc Lepape – Editions Galaade »

    • Et je te remercie, je n’ai pas pu le lâcher une fois commencé ! Je n’ai pas eu le temps d’aller voir sur le net « en profondeur » sur lui, mais ce que tu me dis me navre, car il a vraiment du talent ! J’avais trouvé la présentation du livre (avec les lettres par page) bien trouvée ! Qu’il n’abandonne pas surtout…

    • Je suis un vieux monsieur de l’édition et ce commentaire m’interpelle; comment peut on incriminer une maison d’édition de n’avoir pas su défendre un livre ? Le défendre contre quoi d’abord contre le manque d’attrait de la part des libraires des journalistes et des lecteurs. Mais que voulez vous l’édition n’est pas une science exacte c’est un rendez vous entre un auteur et un public. peut être que l’auteur était en retard ou en avance à ce rendez vous et qu’ils se sont ratés. Cela arrive malheureusement ou heureusement parfois. Et si vous estimez que cet auteur mérite mieux il faut l’aider à sortir le meilleur de lui même le pousser à se surpasser mais surtout pas s’en prendre à sa maison d’édition. Le monde de l’édition est un microcosme où tout se sait et aucune autre maison d’édition ne prendra le risque de publier un auteur peut être talentueux qui personnellement ou par le biais de son entourage rend responsable l’éditeur précédent d’un non succès. C’est une question de bon sens et un conseil amical. Bon vent à Marc Lepape et à son oeuvre.
      Louis

      • Merci Monsieur de ce commentaire instructif ! Je le transmettrai à Delphine qui a peut-être plus de précisions en ce domaine. Personnellement, je ne sais pas grand-chose de cette partie là, juste que la mise en page était originale (pour preuve j’ai cité cette maison dans mon titre alors que je ne le fais jamais). J’ai visionné une vidéo aujourd’hui où Marc Lepape a eu un bon accueil des libraires et des lecteurs, mais bon ! Encore merci de ce conseil amical.

    • Vasilsca est un bonheur!
      Mais ne pas en conclure que l’auteur déprime! (ne pas le voir comme un martyr!)
      C’est juste une déception vis-à-vis de la communication auprès du public je pense, mais c’est comme ça et le plus important c’est d’avoir été édité!
      Le rêve de tous jeunes écrivains d’ailleurs et j’espère que ces jeunes talents réaliseront leurs rêves!
      Longue vie à la littérature et bonne lecture à tous!
      http://www.facebook.com/home.php#!/pages/Vasilsca/141787205889371?sk=info

      • Vasilsca fait partie des livres qui « marquent ». Je n’ai jamais conclu que l’auteur déprimait, sachant par une vidéo qu’il « prenait son temps » pour écrire…ce qui est aussi un gage de qualité ! J’attends (juste) son deuxième roman et lui souhaite plus de chance en communication. Nous ne lisons pas que les gros tirages donc nous le verrons ! Merci de votre passage et une belle suite à Vasilsca…

  1. pourquoi pas?? thème difficile à traiter mais ,vu comme tu en parles,l’auteur y parvient d’une manière originale.même si je ne suis pas forcement d’accord avec sa notion de faire son deuil.

    • Agréable surprise en tout cas ! Après… faire son deuil, comme tu dis, chacun sa méthode ! Mais globalement, sa pudeur et son style n’en rajoutent pas plus qu’il n’en faut et surtout, important à mes yeux, il reste crédible !

    • Merci Richard ! Tu peux parler, vil tentateur !! Il mérite que l’on parle de lui cet écrivain !! Ce n’est pas un polar mais tu devrais être sensible et au thème et au style ! Amitiés et biiises !!^^

  2. Votre blog est très vivant, et très intéressant, j’y reviendrai.
    Je suis l’auteur auto-publiée de Danser au bord des abîmes dont vous avez pu lire une critique sur le blog de Yv. J’ai vu votre petit commentaire et suis passée pour vous faire une petite visite. J’ai croisé depuis longtemps votre nom sur différents blog que j’ai pu visiter, il m’intriguait et je souhaitais venir lire vos billets. C’est chose faite et je ne suis vraiment pas déçue.
    Je vous mets en lien sur mon blog… à bientôt

    Bettina

    • Merci beaucoup d’être passée et…de vos compliments qui me touchent ! J’essaie de faire au mieux et au plus juste mais ce n’est pas toujours facile… Et moi, je me rendais chez vous, via le blog d’Yv ! Coïncidence ! A bientôt.

  3. Ping : Qu’ai-je donc lu cet été ? |

  4. C’est très gentil de penser à moi et de me soutenir. Si vous voulez lire mon deuxième roman, En un point donné, il est disponible en intégralité sur mon tout nouveau blog (marclepape.blogspot.com). J’espère qu’il vous plaira, qu’il suscitera des commentaires et que vous aurez à coeur de transmettre cette « adresse » à de nombreuses autres personnes…

    Bien cordialement

    Marc Lepape

    • Bonjour monsieur Lepape,
      Je suis ravie et je vous remercie de votre passage ici ! Je ne manquerai pas bien sûr de faire un billet pour présenter votre blog et votre nouveau livre qui j’espère sera lu par le plus grand nombre. Cela me fait vraiment plaisir de savoir que vous l’avez enfin écrit… Vasilsca, grâce à Delphine voyage toujours et je souhaite à ce deuxième bébé un succès plus franc ! Personnellement, je m’y emploierai du mieux que je peux.
      Très cordialement,
      Asphodèle

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