Mademoiselle se rebiffe !


Ma participation au « Rendez-vous avec un mot »d’Eiluned,  dont le mot de la semaine était « colère« . Suite des aventures, légères,  de Mademoiselle commencées , continuées ici .

JUSQU’À L’OUBLI…

Après avoir pris son billet d’avion et liquidé ses affaires courantes, Mademoiselle quitta Paris pour retourner une dernière fois voir les bateaux, comme celui dans lequel Julien avait disparu de la surface de sa vie,  déposant à jamais des regrets amers et salés sur son coeur amputé.  Elle grimpait, le coeur lourd d’appréhension, les mains moites de rancoeur et de colère contenues. La maison à la brocante avait été démolie et revendue à une société immobilière. Pour l’instant, rien ne l’avait encore remplacée. Elle savait bien, elle, depuis le temps, qu’il ne pousserait rien sur cette lande dévorée par un vent furieux. Elle ne le voulait pas, petit dérapage de sa mémoire pourtant sous contrôle… Mémoire qui avait aussi mis à terre les souvenirs et laissé sous les gravats, l’ombre des voix de ceux qui s’étaient tus. Elle s’était toujours senti transparente ici, déplacée, rejetée comme ces chatons qu’elle recueillait, chassés par leurs mères sitôt que sevrés.

Comme alors, elle releva le col de son chandail, trop chaud pour la saison, s’assit sur la butte d’où elle voyait la vie plus haut, plus loin. Combien de fois Julien l’avait-il prise, là, face à l’horizon qui gardait leur secrets ? Combien de promesses, avalées par le mensonge ?

Au lieu de s’enfoncer en elle-même, elle se déshabilla entièrement, commença à courir vers la mer tout en poussant un long cri douloureux, contre l’existence qui lui avait mis des ronces dans les jambes, contre sa mère morte avant de l’avoir aimée, qui ne lui avait laissé que ce prénom impersonnel de Mademoiselle pour la marquer au fer rouge de sa  détresse, de sa honte d’être fille mère. Contre Julien qui l’avait abandonnée, la renvoyant à la solitude glacée des nuits sans amour, perdues au fond des temps immémoriaux qui passaient en grondant. 

Elle entra dans la mer comme dans une église, à petits pas frileux, en ne cessant d’hurler,  elle  avança lentement jusqu’à ce qu’une vague encore froide étouffât son cri que personne n’entendit… Qui pourrait bien passer là et lui rendre ses rêves de Timor oriental ?

8 réflexions au sujet de « Mademoiselle se rebiffe ! »

  1. il reste un espoir j’espère de la revoir la semaine prochaine ….
    elle ne peut nous abandonner Mademoiselle
    mais avec le mot hypocrite dur dur…. de rebondir…. ou de surnager…

  2. Peut-on voter ? Je suis pour que la mer la ramène plus forte, plus combative, sur le sable. Mademoiselle n’a rien à faire des amours hypocrites.

  3. Un mélange de mélancolie et de poésie qui s’associent très bien et m’ont serré le cœur quelques instants ! Toujours aussi beau ^^ (moult excuses pour ce retard inopiné ^^)

    Gros bisous, je t’envoies un mail très vite pour te raconter mes derniers cancans 🙂

    • je n’en finis plus (et t’as pas lu la suite…une cata). D’ailleurs je les ai laissés en suspens après les textes en C ou en D, je sais plus. je vais leur concocter une suite après les Plumes, quand j’aurais repris un peu d’oxygène ! 🙂

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