DESIR D’HISTOIRES 32


Ma participation au jeu de Livvy que vous retrouvez ici pour les règles complètes. Les mots imposés (11) cette semaine sont : olivier – gondole – abonnement – euphémisme – pompier – friponne – changement – fumer – vie -migraine – whoopies.

 

 

ABANDON

 Une migraine tentaculaire l’assaillait depuis deux jours, s’enroulant voluptueusement sous sa boîte crânienne, sans lui laisser le moindre répit. Lui imposant silence. Elle lui faisait renouer avec ses peurs. « Juste une pause », pensa-t-elle, le temps d’un petit matin bleu où elle pourrait écouter le temps qui passe, sans douleur, et  résilier ainsi son abonnement chronique au malheur.

Ne plus donner la pièce au pompier de service qui lui refilait son calendrier pourri, et qu’elle planquait dans les WC tous les ans. Arrêter de fumer…non, ça, elle verrait plus tard… Une île l’attendait sur un bout de terre encore sauvage, des vacances, une vacance ? L’avenir ne lui parlait plus depuis longtemps ; à force de courir en marche arrière, elle avait oublié  jusqu’à la perspective d’un horizon qui déploie ses ailes, loin devant sur  les espoirs.

Un changement s’annonçait, un virage que les sirènes incrustées sous ses cheveux noyaient dans un tumulte infernal. Les deux mains collées sur ses oreilles elle repartit dans ses pensées.

Le beau visage de Jean s’insinua en elle, rieur, presque fripon ; elle sourit. Leurs dernières vacances à Venise les avaient rapprochés mais elle reculait, tétanisée. Les gondoles  qui se balançaient ne lui disaient rien qui vaille, c’était le bolduc et elle voulait le cadeau. Pendant leurs balades dans les ruelles désertes d’automne, il la serrait contre lui et ses mots d’amour insensés lui faisaient mal. Elle pensait alors à un autre automne où elle marchait légère dans les mêmes rues avec Lui. Elle avait cru voir son dos au détour d’une piazetta où pleurait un olivier perdu, loin de sa Toscane natale, un instant fugace où les mots de Jean s’étaient envolés dans le vent qui montait de la lagune, où son ventre retourné l’avait fait s’adosser à un porche, des larmes retenues au fond de la gorge. Jean avait cru à un malaise et l’avait ramenée à l’hôtel, enrobée de tendresse et de baisers qui la culpabilisaient. Ce soir là, ils avaient dormi seuls dans le grand lit, contournant leurs destins, séparés par un fantôme qui n’en finissait plus de mourir. Il savait. Elle n’avait pas à s’expliquer, « il l’attendrait le temps qu’il faudrait ».

 Un an avait passé, la patience émoussée de Jean était un euphémisme : il était reparti dans son île bretonne, il ne l’appellerait plus, à elle de venir le rejoindre, s’il n’était pas trop tard…

Elle surveillait du coin de l’œil ses deux fours immenses où finissaient de cuire la dernière fournée de whoopies qu’elle vendrait sur le marché ce matin ; les macarons, les cakes étaient déjà au chaud sous de larges torchons blancs. « Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire » lui répétait souvent sa grand-mère. Le temps des soupirs béant sur le vide s’achevait. La vie s’enfuyait, sa vie à regarder la mort, penchée sur une tombe close et muette ne lui serait pas rendue. Autant laisser dormir ce que l’éternité avait repris. Son rêve fracassé sous les rails, un matin d’août lointain ressemblait à un vieux chiffon usé d’avoir été trituré.

Oui, ce soir, ce soir, elle appellerait La Compagnie des Trains  ; demain, elle y serait dans l’après-midi, juste le temps d’attraper le dernier bateau en partance vers le soleil, vers un horizon qui ne demandait qu’à sécher ses larmes

 

24 réflexions au sujet de « DESIR D’HISTOIRES 32 »

  1. Ping : Une dernière chance | Désir d'histoires – Olivia Billington

  2. Bon… je ne sais plus quoi dire !!! alors je dirai « J’aime tout court ».
    Oui, encore un truc, j’aime l’idée que la Bretagne soit une île.
    Encore autre chose, je vais jouer la grand-mère : « Tant qu’il y a de la vie, y’a de l’espoir ».
    Bisous

    • Merci Syl. d’aimer…Tu es toujours aussi indulgente ! Mais Il y a des îles qui font partie de la Bretagne tu sais : Sein, Ouessant et Belle-Île à laquelle je pensais d’ailleurs… 😉

  3. La migraine qui s’enroule voluptueusement – qu’elle se *** celle-là, voluptueuse ou non ! 😉
    Je suis moins entrée dans le texte que d’habitude, mais c’est peut-être parce que je me suis réveillée à 5 heures, avec une horrible migraine, justement. 😦

    • Je n’y suis pas vraiment entrée non plus…t’avouerais-je !! 😉 Je crois que j’ai besoin d’une pause !! Quand on peine, ce n’est pas la peine de s’acharner, il n’en sort rien de bon ! Mieux vaut un premier jet « inspiré » qu’un texte écrit laborieusement et sans conviction, non ??^^

  4. Partir en Bretagne est une très bonne idée 😉
    Sinon l’histoire est pas mal du tout même si elle aurait mérité peut-être un peu plus de développements sur les hésitations du personnage.
    Je ne connaissais pas le mot whoopies, comment les mots sont choisis d’ailleurs ?
    Bonne après-midi 🙂

    • Euh…si tu as lu les autres commentaires, tu verras que je n’ai jamais été aussi peu convaincue par mon texte !! Je fatigue aussi… Et les mots (tout est expliqué chez Livvy) : dès le mardi, n’importe qui peut laisser UN mot (participants ou non) et la clôture est effective le mercredi soir à 18 heures, le jeudi matin Livvy remet la liste définitive sur son blog et nous avons jusqu’au vendredi matin pour publier. Bien sûr tu peux participer en laissant un mot ET en faisant un texte !! Je t’attends !!^^ Bonne après-midi également…

  5. si si !! ton texte est très joli!! je me suis reconnue dans cette femme sauf que moi je n’ai pas de train à prendre ni pour la Bretagne (c’est beaaauuu!!) ni ailleurs.
    mais la migraine qui s’enroule voluptueusement …..belle figure de style mais franchement il n’y a qu’elle pour etre voluptueuse à ce moment là!!! @$£@% ouste!! hors de ma tête! 🙂

    • C’est ce qu’Olivia m’a dit pour…la migraine ! Elle est voluptueuse dans son acharnement… Je te souffle sur le front, si cela peut t’aider, j’ai la chance de ne pas connaître (plus maintenant) ^^

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