BACALAO de Nicolas Cano


Livre voyageur qui vient de chez Delphine Premier roman que j’ai beaucoup aimé…

Bacalao met en scène les amours et la vie de Vincent, la petite quarantaine déjà froissée, professeur de lettres à Lyon dans un lycée catholique privé. Dès la rentrée, lors d’un devoir sur la princesse de Clèves (et sa soumission au duc de Nemours), il éprouve un violent coup de foudre pour Ayrton, un de ses élèves d’origine portugaise (d’où le titre, bacalao signifiant morue en portugais) et sait qu’il va souffrir.  » Les jambes qui dépassaient du bermuda lui donnèrent l’envie extravagante d’être le bermuda, et cette envie trotta au mépris de l’analyse qu’il devait à l’arrivée de M. de Nemours au bal de la cour. »

Son désir et son amour pour cet élève un peu bourrin, inculte et amateur de foot ne vont cesser de croître, à sens unique, mais de façon ambigüe et son désenchantement sera à la hauteur des rêves qu’il faisait (ou pas). Il suivra Ayrton jusqu’à Madère, son île d’origine, pendant les vacances de la Toussaint, ce qui nous vaut une très belle ballade dans cette île et l’envers du décor aussi quand Vincent, se risque dans le quartier glauque de la ville. Il sait très bien où il va : dans le mur mais il y va en payant de plus en plus, en se remettant au Prozac et aux somnifères, pour quelques moments de grâce que veut bien lui accorder son amant volage mais surtout hétéro.

Car il s’agit quand même d’une histoire homosexuelle, malheureuse, et qui traduit très bien, le refus de vieillir de Vincent toujours attiré par les jeunes éphèbes, prêt à mettre le prix pour les garder, un surtout, comme s’il s’agissait de chose normale en amour… (ce qui arrive aussi dans les histoires hétérosexuelles…) « Hélène disait que, sur la balance, il y a toujours une dupe qui ne pèse pas plus que la tare. A qualité égale, le prix d’un garçon traînant dans un parc serait toujours inférieur à celui d’un hôtel de luxe. »

Le fatalisme de Vincent face à cet état de fait nous laisse à la fois mélancolique et agacé, on voudrait le secouer, lui dire qu’il n’a pas choisi le bon moyen pour garder Ayrton mais il a des moments de lucidité quand il fait ses comptes, drôles et désabusés.  » Depuis le jour où il avait rêvé d’être son bermuda, Vincent avait toujours pensé qu’il en arriverait là, à ce point prévisible où Ayrton pourrait le rallier à n’importe quelle cause et faire de lui ce qu’il voudrait, quel que soit le prix ».

MON AVIS

Ce premier roman est très touchant, l’écriture est à la fois timide et appuyée, Nicolas Cano effleure pudiquement ses personnages ou au contraire les débusque dans ce qu’ils ont de plus intime, leur sexualité, sans jamais « trop » en faire  non plus. Livre qui nous laisse, malgré les moments d’humour, d’auto-dérision surtout, une impression de nostalgie, celle des feuilles d’automne que l’on piétine à la rentrée des classes, les matins déjà frais qui annoncent l’hiver. Et les illusions qui s’enfuient avec le  temps…comme si  les amours flamboyantes ne pouvaient être que l’apanage de la jeunesse.

SUR L’AUTEUR

Ce premier roman est paru en août 2010 aux Editions arléa dans la collection 1er/mille. Nicolas Cano est expert en art et vit à Lyon. Je n’en sais pas plus sur cet auteur, discret visiblement et qui n’a pas encore sa page Wikipédia dans le grand annuaire Google ! Dommage, mais à suivre en ce qui me concerne !! Merci Dephine pour le partage et cette belle découverte.

44 réflexions au sujet de « BACALAO de Nicolas Cano »

  1. Tu m’as fait penser en lisant ton article à la Salamandre de Jean Christophe Rufin, qui sans traiter d’homosexualité, traitait d’amour dépendant des miettes de « l’autre »

    Tu donnes envie
    Bon je file bosser 😀

    • Je n’ai rien lu de JC Ruffin ! Et tant mieux si je donne envie, cet auteur le mérite ! mais ce livre devant aussi voyager je ne l’ai pas « décortiqué » comme je le fais d’habitude… Bonne journée Désireless…(aïe ne me tape pas !!^^)

      • Presque désirless, mais je suis plus du côté de « less » que de « Désir » 😀

        J’ai adoré la salamandre, très dur comme roman mais il ne m’a pas laissé indifférente. Je l’ai prêté … et je ne l’ai jamais revu 😦
        Du coup faudra que je le recherche en poche je pense, car j’aimerai le relire, mais bon ce n’est pas pour de suite, j’ai de quoi faire en attendant 😀

        Bonne soirée

    • Je trouve dommage que l’on n’en parle pas assez de ces premiers romans noyés sous les rouleaux compresseurs des « habitués gagnants » des rentrées littéraires. Et j’espère qu’il en écrira d’autres !

  2. Je vois que tu l’as ressenti comme moi ! J’avais beaucoup beaucoup aimé la Salamandre, qui était presque plus fort encore dans mon souvenir.
    Et puis, ce roman mérite d’être reconnu.

    • Je me suis abstenue d’aller voir ton billet pour me faire mon avis et je n’ai pas été déçue ! Belle découverte, écriture délicate (comme j’aime), il eût été dommage de passer à côté !! Merci encore de me l’avoir fait découvrir !! Décidemment tu me connais bien, hein !! 😉 Dommage qu’il n’ait pas bénéficié de plus de médiatisation !!

  3. Dans ce billet, tu emploies encore des mots qui touchent… « celle des feuilles d’automne que l’on piétine… ». En ce moment, je n’ai pas le temps de lire, mais je le note pour plus tard. Bonne journée.

  4. Par sa thématique j’ai tout de suite penser au roman « le premier amour » d’un auteur hongrois absolument extraordinaire Sandor Marai. On trouve un grand nombre de ses ouvrages en poche, il serait dommage de passer à coté. (peut être au super u ….)

    De mon coté je note ce Nicolas Cano

    • Merci, j’ai noté mais je ne pense pas que l’Hyper U l’ait !! Quand j’irais en librairie (ça m’arrive de temps en temps quand même), je le demanderais. Et je ne sais pas si vous avez suivi le lien de Séverine (dans les commentaires) et vu l’interview de Nicolas Cano sur le blog In Cold Blog ? Très intéressant comme éclairage… Il dit que l’histoire homosexuelle n’est pas « essentielle » dans le livre. Moi je n’ai pas trouvé mais bon, c’est son point de vue ! Et je le respecte.

    • Je ne sais toujours pas, quoique…après lecture, ou il connaît très bien l’univers homosexuel (je suis très proche de mon cousin qui l’est et qui vieillit…) ou il se cache derrière pour mieux parler de l’amour imparfait et à sens unique. Oui, il est pas mal du tout, je suis d’accord avec toi !!^^

  5. tu m’as donné envie, en voilà un de plus dans mon carnet! @Pyrausta,je me suis fait la même réflexion que toi en voyant la photo…ma foi un homme séduisant et qui écrit bien:pas si fréquent! 😉

    • Toutes les deux, c’est pas pôssible ça !! Je vais vous inscrire sur Meetic si ça continue… C’est un livre voyagur chez Delphine, je l’ai fait suivre à la suivante (normal jusque là !) mais après je ne sais pas s’il y a d’autres candidats, demande lui !! 😉 Bon et j’ai déjà mis une option sur Nicolas Cano, ooh !! Juste tourmenté comme je les aime !!^^

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