DÉSIR D’HISTOIRES 30


Roulements de tambour ! Le 30ème Festival de Désir d’histoires est ouvert !!! Pas de palme d’or à gagner mais un jeu d’écriture ludique dont vous trouverez les règles chez Livvy (Olivia Billington quand elle est sérieuse !), jeu qui consiste à rédiger un texte en y incluant des mots imposés, au nombre de 15 cette semaine : tourterelle – armure – aspérités – fil – hirondelle – suffisant -nuage(s) – canneberge – fête – assurance – écarlate – clarinette – marguerite – astéroïde – systématique.

 

LANGUEUR OCÉANE 

Yann déposa son vélo dans les genêts, une marguerite  aux lèvres et courut vers la plage qui jouait avec les vagues. Il ne la reconnut pas tout de suite. Un astéroïde semblait en avoir déchiqueté les contours et lissé les aspérités. La dune avait gagné du terrain. Il se souvint de la terrible tempête de l’année précédente où certains avaient trouvé la mort, noyés dans leur grenier. Il chassa cette image d’épouvante et s’assit sur le sable tendre de la crique où tanguait un voilier de passage. Il attendait Mathilde, chaque jour depuis un mois maintenant. C’était leur plage, leurs rochers, leur adolescence qui battait à tout rompre sous les  galets, mais aussi un amour toujours informulé qui courait sous sa peau. Depuis quand ne s’étaient-ils pas revus ? Deux, trois ans ? Cette fois, il trouverait l’assurance pour lui avouer ses sentiments. Il se trouvait stupide pour ne pas dire autre chose, seul à ruminer sur cette fille qui ne disait jamais oui, mais pas vraiment non. Sa bouche fermée sur des secrets que personne n’interrogeait et d’où , parfois, des sourires comme des cerfs-volants  s’échappaient sans que l’on puisse les rattraper ; comme elle, inssaisissables. Comme les nuages languides qui passaient en silence. Il se remémora leur dernière rencontre au marché du village. Elle, longue et blanche comme une porcelaine, contrastant avec les touristes tannés du camping voisin. Lui, soudain écarlate sous son hâle, l’oeil en fête essayant de murmurer sans bafouiller quelques mots insipides qui ne l’avaient visiblement pas touchée . Il passait souvent le soir devant chez elle et entendait de la musique. Qui donc tirait ces lamentos de la clarinette ? Il l’imaginait au piano ou à la guitare accompagnant toujours le blues triste qui se jouait là. Personne n’avait jamais vu les autres occupants de la maison aux volets bleus, et tout le monde avait une histoire sur ce mystère. Il était bien encore le seul à s’y intéresser. C’était systématique. Il ne pouvait revenir ici sans penser à elle. Un fil les reliait,  ténu et fragile, fil qui lui attachait l’âme malgré lui ; s’en souviendrait-elle ? Il l’accrochait à son armure d’argile de chevalier déchu et sans espoir, Don Quichotte victime des mirages des amours impossibles. Le réel lui échappait pendant que la lumière baissait, les ombres bruissantes devenaient opaques, les tourterelles dans les arbres des buissons voisins rentraient au nid deux par deux. Deux par deux… Il n’en pouvait plus de cette attente morbide dans laquelle il  s’effilochait ; il ramassa un coquillage roulé par les marées et décida de rentrer. Soudain de la musique s’échappa du bateau ; il stoppa net,  scruta le voilier illuminé à présent et crut voir une silhouette lui faire de grands signes.

Il courut vers le bateau, incrédule, au fur et à mesure qu’il approchait ; il savait que c’était elle et ce blues triste qui montait dans l’air, il l’eût reconnu entre tous. Sa longue silhouette blanche, ses cheveux fauve qui flamboyaient et sa tête à lui transformée en brasier.  La mer remontait, il dut nager pour accoster. Le nom du bateau écrit en lettres noires, « L’hirondelle » l’empêchait de voir ce qui se passait au-dessus. Elle lui lança une corde et en moins de temps qu’il n’en faut il fut devant elle. Ils s’embrassèrent comme deux vieux amis, joyeux mais à son grand désarroi, sans fièvre excessive. Il reconnut l’odeur du sirop de canneberge qu’elle sirotait, mélangé à quelques bulles de circonstance. Un homme athlétique au sourire trop blanc les rejoignit et, avec un bonheur insolent elle lui lança : « Yann, je te présente mon mari  » ! Les cris stridents des mouettes emportèrent plus loin le sanglot qui montait dans sa gorge.

20 réflexions au sujet de « DÉSIR D’HISTOIRES 30 »

  1. Ping : Une étoile ? (suite) « Désir d'histoires

    • Merci, ce doit bien être la seule image qui me « plaise » également ! Et on le sait maintenant que tu peux ne pas être « sérieuse » ^^…toutes proportions gardées, bien sûr !! 😉

  2. toi aussi il y a un chevalier (une âme de chevalier même) 😉 pourtant pas dans les mots imposés 😉
    hihi
    ahh l’amour …le temps perdu à ne pas se déclarer !!
    bonne journée
    christelle

  3. C’est bôôôô… Les mots, l’attente, le rêve, la plage et les dunes… l’amour platonique fait d’espérance, comme à l’adolescence. J’aime beaucoup ton histoire. Bonne journée.

  4. Quand j’ai lu la liste des mots, je me suis bien demandée comment tu allais placer canneberge, tu t’es pas mal débrouillée 😀
    Sinon concernant l’histoire, j’ai beaucoup aimé la fin, qui me semble assez logique quand on n’a pas de nouvelles de quelqu’un pendant trois ans héhé

  5. emportée jusqu’à cetet fin que malheureusement je sentais venir dès le début… mais cela ne ppouvait finir que comme cela… malheureusement

    • Hé oui… j’ai eu des soucis d’internet hier et je n’ai pu retourner chez Livvy voir si tu avais mis ton texte ? J’espère qu’il va pas me lâcher aujpourd’hui !! Amitiés.^^

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, il sera toujours bienvenu !

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s