LA BOITE NOIRE et autres nouvelles de TONINO BENACQUISTA


ATTENTION ! Chronique inhabituelle puisque je vais vous parler de ce recueil sous forme de lettre adressée à l’auteur, dans le cadre du concours organisé par Babélio, j’ai choisi le style décalé de la catégorie San Antonio. C’est parti pour cinq nouvelles qui décoiffent ! (Elles sont tirées du recueil Tout à l’ego).

Tonino, ouvre bien tes esgourdes !

« Que voulez-vous, en ce bas monde, certaines rencontres ne se font jamais ». C’est toi qui le dit. Donc sachant que je ne pourrais pas siroter une vodka-citron dans un rade en ta compagnie, sur un siège moleskiné rouge, j’ai trouvé ce moyen pour te causer un peu de ta Boîte Noire et autres élucubrations. Elle t’en a joué des tours cette boîte noire qui dort sous ta petite tête de goujon à ressorts. T’as vraiment un problème d’ego ratatiné. Une vieille pomme fripée que t’essaies de passer à la brosse à reluire pour pouvoir mieux te supporter ensuite, mais pas moyen. Tu tombes direct sur les pépins qui s’enfilent à la chaîne pour ton pauvre Laurent ou Alain, le reste du temps ils s’appellent tous Alain. On s’en fout, on a compris que les Alain et les Laurent sont un peu beaufs malgré leurs rêves de grandeur butés par le Syndrome de Peter. Par leur vie embourgeoisée trop vite,  encaustiquée à l’ennui. Pourtant tu croyais qu’elle allait t’en apprendre des choses, cette boîte noire, cet inconscient qu’a eu la chance de se faire un  coma accidentel et révélateur. Des petites confidences en délire à l’infirmière qui t’a veillé jour et nuit et qu’a tout consigné. T’as eu du pot mais après quand t’as relu, tes fusibles ont grillé. T’es dev’nu un obsessionnel du passé, tu voulais remonter tout  le mécanisme de la tocante, comme si ça allait te sauver de ton boulot plan-plan de VRP en photocopieuses qui vise le Concours Lépine. T’auras au moins trouvé celui qui t’as fais valser dans le décor et à qui tu dois ce coma. Permets-moi de te dire quand même que nous servir l’excuse de ta mémoire en vrac pour tester l’opium, la coke, le LSD et conclure que l’herbe c’est de la merde, on le savait déjà… Mais bon, ta naïveté m’a fait rigoler.

Dans La volière, ton oncle  casse sa pipe dès que t’arrives, tu vois, juste le temps d’expirer pour te souffler qu’il  veut être enterré près de la volière et ça te cause encore des soucis. Mais tu  rigoles pas avec la dernière volonté d’un mort, surtout ce tonton qui t’a un peu torché quant t’étais môme. Tu te transformes en enquêteur survolté et tu sauras vite que cette volière était un ancien boxon où le tonton avait ses habitudes ou plutôt son habitude qui a duré dix piges. La fille de joie s’est cassée mais le jour où t’es au cimetière tu vas vite comprendre pourquoi il voulait racheter son éternité à cet endroit. Y’a sa belle, refroidie elle aussi qui gît à côté, ça t’émeut, nous aussi et en plus tu vas te découvrir une cousine pas catholique mais à l’époque, y mettait pas de capote, tonton. Jusqu’au bout on croit bien connaître les gens et pfft ! Mon oeil !!

Après quand tu t’envoies ton bourbon, enfin trois, par un Temps de blues, en tête à tête avec un vieux serveur amidonné, on comprend ce qui va pas. Toujours ta petite vie, étriquée où tu ressasses le temps où « tu savais arrêter la pluie » et que tu scotchais les nanas avec ce truc. Parce que quand on veut, on peut, tu nous le prouves. Mais t’en finis plus de brailler comme un môme qu’a perdu son Casimir ou un ado attardé qu’a loupé un épisode d’Ally Mc Beal ! Et pourquoi ? Parce que t’as raté le coche. Tu rêvais de changer le monde (Ni Dieu, ni Maître, ah ah), de ne pas te soumettre, de jamais rentrer dans les petites cases aseptisées de la société. Et t’as dit oui, un peu d’abord et comme un merlu t’as lâché prise, t’as dis oui à tout, « même au temps qui passe ». Tu m’étonnes que ta conscience aie des ratés à l’embrayage, t’es toujours en marche arrière, c’était tellement mieux quand tu savais arrêter la pluie… Mais là où tu fais fort, c’est dans ton Transfert, comment tu nous embrouilles avec Minou, ta petite femme chérie que t’adores malgré « les cinq minutes d’avance prévisibles que t’as toujours eu sur elle », gentille, fidèle et un peu conne excuse-moi du peu. Mais têtue la bourgeoise, quand elle décrète que t’es dépressif (t’es tout le temps dépressif !), elle veut t’envoyer voir un psy. Tu veux pas, bien sûr et hop la ! Comme par magie, une belle rouquine architecte qui s’envoie des verres de jaja le soir pendant qu’elle taffe va te sortir du bromure létal où tu dormais avec ta libido assasinée par l’habitude. Et comment que tu vas y aller à tes séances de remise à bonheur ! Pendant que Minou se grille une clope en bas et t’attend, le fessier ventousé à la voiture, pour être sûre que tu la blouses pas, un oeil mort sur la belle plaque dorée que t’as eu le vice de faire installer…

Mais le pompon, tu l’décroches avec La Pétition ! Alors là, plus de boîte noire, plus d’inconscient régressif qui t’agresse, non, c’est le destin qu’a un dos assez large pour supporter tes petites peurs honteuses, tes lâchetés récurrentes, ta paranoïa névrotique qui transpirent à grosses gouttes dans toutes tes histoires à dormir debout, mais moi j’ai adoré dormir debout avec toi, même pas dormir si tu veux savoir. Parceque ton humour te sauve de ce putain de destin, du hasard dont tu te méfies malgré les signaux balisés fluo qu’il t’envoie, tu fonces dans le mur ! Tu n’ouvres pas ton parapluie, pour l’amour d’une blonde qui s’appelle Marlène en plus (t’aurais dû te douter qu’elle était au-dessus de tes moyens, c’est pas une Ginette comme moi), tu vas voler au-dessus du destin, essayer de le contourner, de l’arrêter mais tu reviendras à la conclusion que « la loi de « l’emmerdement » maximal est la plus inviolable de toutes » ! Tu veux l’immunité tout de suite sans donner de garantie, tu veux en croquer sans payer, mais tu casques et au  prix fort, tu t’y prends comme un pied de chaise bancal et là encore je dirais que les chaises bancales tiennent debout quand toi tu t’écroules sous le poids du Destin. On peut lui coller une Majuscule, il prend toute la place ici. Ton Destin de raté grandiose qui sait écrire du fulgurant quand les vies ordinaires s’enlisent dans la médiocrité. T’as pas interviewé Harisson Ford mais t’a remis de l’ordre dans ta boîte noire. Perso, c’est passé trop vite ce moment avec toi..

Allez, salut Tonino, c’est déjà fini mais je vais continuer à lire tes livres qui me filent des insomnies pleines de grâce !  Amen et à la revoyure, comme on dit chez moi, dans le faubourg !

28 réflexions au sujet de « LA BOITE NOIRE et autres nouvelles de TONINO BENACQUISTA »

  1. ça c’est de la lettre, la catégorie San Antonio est très amusante. Bonne idée ce concours ! Et la présentation du livre n’en devient que plus intéressante, je ne connais pas cet auteur mais je suis qu’il apprécierait 🙂

    • Il écrit moins « cru » que Frédéric Dard à mon sens !! C’est le ton de la lettre, pas celui des nouvelles !! Mais j’ai essayé de garder l’esprit des nouvelles avec un langage plus osé.. 😉

  2. Je suis toute admirative. Comment as-tu fait ? Tu as une gouaille du tonnerre ! Il faudrait que je souligne des expressions… Je n’ai jamais lu de San Antonio, j’ai essayé une fois et je n’ai pas pu. De ton billet, je ne retiens que le style de ta lettre et les sourires procurés. Bon concours !

    • Je t’avouerais que je n’en ai jamais lu non plus !! Mais j’avais un oncle « titi parisien » qui m’a appris l’argot des années 30 et encore, là je suis polie !! J’espère que tu as compris de quoi parlaient les Nouvelles sinon je me la coupe !!^^

    • Merci Eiluned !! Les auteurs ne passent pas chez moi, mon blog est encore trop jeune !! Mais moi je m’amuse, c’est le principal nan et j’ai adoré ces nouvelles, donc… 😉

  3. Boudiou ! quelle lettre ! quel talent ! On sent que tu y as pris plaisir ! Et je retrouve complètement l’atmosphère de ces nouvelles. Ah ! ah ! j’aime beaucoup l’image du fessier ventousé à la voiture…

    • N’ayant jamais lu de San Antonio j’ai fais ce que j’ai pu avec mes souvenirs…^^Tant mieux si tu retrouves l’atmosphère des nouvelles c’est ce qui m’inquiétait un peu !! 😉

  4. Bravo Asphodele ! Je ne regrette pas ce passage sur ton blog ! Je tombe PILE sur un article un peu à part, sous forme de lettres incroyables (franchement, j’en suis bouche bée !!!) …Et qui plus est sur une oeuvre d’un auteur que j’aime énormément ! Alors voilà, je suis sous le charme et je vais de ce pas trouver une lecture commune à faire avec toi ! j’y réfléchis ! à très bientôt
    Jenneen

    • Bienvenue Jeneen ! Effectivement là, c’était très à part !! Et dès ma première lecture, je suis tombée raide dingue de Tonino !! 😉 Je ne sais pas si finalement lire ses livres c’est bon pour ma santé mentale…Mais je vais craquer prochainement c’est sûr !! Et il y a des antiquités à sortir de ma PAL, donc au plaisir…^^

  5. Ping : Quand je « récapépète  mes challenges pour ne pas me perdre ! LC envisagées… | «

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, il sera toujours bienvenu !

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s