LES MYSTÈRES DE POMPÉI de Cristina Rodríguez

Ce livre m’a été prêté, voire mis entre les mains par mon amie  Syl de Thé, Lectures et Macarons, dont vous retrouverez le billet ici :  http://thelecturesetmacarons.over-blog.com/article-mm-65096393.html
 et je dois dire que replonger dans l’écriture romanesque, historique m’a fait repartir quelques années en arrière. Je la remercie de m’avoir fait passer un très bon moment, après des débuts (un peu) difficiles. Ce livre est le premier d’une trilogie (ou quadrilogie peut-être ?) mais pas le premier de Cristina Rodriguez (Cf. « sur l’auteure » à la fin du billet).

Je sais qu’il y a des fans de Kaeso parmi vous (levez le doigt !), le héros du livre, alors, désolée les filles, il me plaît bien dans sa courte tunique de centurion, mais j’ai surtout apprécié la trame historique de ce roman, même si j’ai envie de savoir ce qui va lui arriver à ce beau diable ! Commençons par le début !

L’HISTOIRE

An 31 avant Jésus-Christ. Kaeso-Wotan Concordanius Licinus qui approche de la trentaine flamboyante,  centurion déchu de la prestigieuse garde prétorienne,  sort de prison où l’a fait jeter pendant onze mois, l’ignoble préfet Séjan alors chef du prétoire, qui sème la terreur dans tout l’empire et particulièrement dans la famille impériale des Julius-Claudius depuis que le vieux Tibère, fatigué des traîtres et des magouilles, s’est retiré à Capri, lui cédant tous pouvoirs. Kaeso, (moitié romain par son père) est son nom latin  et Wotan, son prénom germain que lui donnent sa mère et quelques intimes et sa mère, Hildr, complètement Germaine (Bructère même, les plus barbares des bataves!) , escortés de Io, son fidèle léopard femelle qui obéit au doigt et à l’oeil arrivent à Pompéi dans une tristesse et un désarroi financier total. Ils ont été spoliés de leurs biens suite à la mort du père de Kaeso. Ce dernier, pistonné par le préfet Septimus de Pompéï et Nerva, haut personnage ambivalent, va donc se retrouver chef d’une milice dépenaillée et incompétente dès son arrivée, à l’image de sa caserne décrépite,  à l’abandon. Il ne se passe jamais rien à Pompéï, c’est bien connu ! A peine arrivés mais vraiment à peine, le premier meurtre a lieu, ainsi qu’une première secousse sismique nous rappelant la proximité du Vésuve. S’ensuivent deux autres meurtres dans la foulée et émerge un indice capital : un mystérieux poison à l’odeur de poisson pourri, ainsi qu’une histoire de fausse-monnaie qui semble relier ces hécatombes en série. (L’image ci-desus représentant  Kaeso et Io vient du site de Cristina Rodríguez).

Pompéi est une ville de villégiature très prisée dès que Rome étouffe, donc les patriciens y possèdent tous de somptueuses villas dans les environs. La famille impériale des  César aussi et nous découvrons Caligula, avec qui Kaeso descendant de germanicus a grandi. Oui le Caligula sanguinaire de nos manuels scolaires, doux comme un agneau , traqué,  exilé lui aussi et se cachant de Séjan pour survivre. Il est le dernier de la lignée impériale. Mais à la fin du roman, quand il tue sans qu’il n’eût vraiment été nécessaire, surprenant par ce geste son ami d’enfance, Kaeso  y lit comme une énigme dans les yeux pers et soudain cruels, Caligula lui dit : « Je ne pardonne pas « . L’histoire lui a donné raison. Même  s’il s’agissait parfois de mauvaises raisons.(Ci-contre buste de Caligula).

Revenons à notre beau Kaeso, blond et haut comme un germain qu’il est pour moitié, toujours escorté de sa mère, la toute aussi blonde Hildr (imprononçable pour tout romain qui se respecte !) et qui jouit d’une réputation de guérisseuse-prophétesse, auréolée de magie, comme souvent en ces temps où l’obscurantisme prévalait. Hildr va lui servir de médecin-légiste avant l’heure, autopsiant, les mains dans les entrailles sanguinolentes, trouvant toujours la cause de la mort des macchabées, et oui, les meurtres sont déjà déguisés : on empoisonne d’abord et on égorge ou poignarde après pour brouiller les pistes. Io, l’adorable et attachante léopard femelle apprivoisée comme un chien et magnifiquement dressée est aussi d’un grand secours dans la traque au complot qui semble avoir été mis en place pour éliminer Caligula (ou Gaius César), le dernier de la lignée. Sans oublier la délicieuse  brune et piquante Concordia, cousine de Kaeso, raide dingue de lui et qui, malgré ses vingt ans connaît tous les codes de la « haute » et va l’aider dans ce milieu grouillant de traîtres vipérins. Concordia dont Kaeso se défend de répondre aux avances chaudes-bouillantes et à son amour mais qui en brûle d’envie ; il va parfois se « rafraîchir » ou soulager ses envies avec des filles à la respectabilité moyenne … Vont-ils conclure ? Kaeso retrouvera-t-il son poste prestigieux à la garde prétorienne romaine, Caligula échappera-t-il au complot ? Je ne vous en dirai pas plus…

MON AVIS

Après avoir « posé » le décor géo-historique et mis en place les pièces du puzzle « policier », l’auteure, historienne confirmée, spécialisée en Histoire gréco-romaine, mais aussi en numismatique, nous fait vraiment décoller à la page 212 (pour ce qui me concerne !) là,  le rythme s’accélère pour ne plus retomber jusqu’à la fin. Elle a le mérite de nous montrer un autre visage de cette Rome antique, visage qui pour beaucoup (j’en faisais partie) s’était figé au mileu des patriciens riches,  sirotant des jarres de vin de Gaule, une grappe de raisin mûr à la bouche, mollement allongés sur leurs sofas, des nuées d’esclaves et de gitons à leurs pieds pour les servir. Il y en a dans ce roman, bien sûr, mais elle nous emmène surtout dans les milieux populeux, pauvres et sordides, nous emplit les narines de toutes les odeurs qui régnaient à cette époque et je vous le dis ça « schlinguait sec » quand vous n’aviez pas les moyens d’aller aux   thermes  ! Les pauvres sont dépenaillés, couverts de poux (on se gratte souvent en lisant), le langage est vert, très imagé : « Par les couillons d’Hadès » ou ceux de Jupiter, jurons qui reviennent souvent dans le langage de kaeso et celui familier de l’époque. Je dois dire que ce langage m’a souvent fait rire, rendant ce livre et ses héros très humains et crédibles, pas si éloignés de nous finalement… Sans parler de la petite note sexy dont la palme est attribuée à Kaeso et à sa provocante cousine, ce qui ne gâche rien…Mais Io n’est pas étrangère à la sympathie que nous ressentons pour les personnages, même les seconds rôles, cette féline anticipe tout, est jalouse des femmes qui approchent son maître (sauf Concordia la cousine et Hildr la mère), provoquant parfois des situations cocasses. Exemple,  lorsque Kaeso, en galante compagnie avec une prêtresse d’Isis, s’apprête à faire l’amour : « Io essayait de glisser la tête sous sa robe pour y renifler de plus près, à la recherche de ce qui pouvait me mettre dans un état pareil, et je lui donnai une tape sur la croupe. – Io ! grondai-je. Ici  ! Aux talons ! Qu’est-ce que c’est que ces manières ? » Et devant la surprise de la prêtresse, il lui rétorque de façon pas machiste du tout, vous le remarquerez : « Elle a été séparée de moi longtemps et sentir une autre femelle dans les parages la rend sans doute un peu nerveuse ». Tout en testostérone ce centurion…Le décor est également bien retranscrit que ce soit des insulae (immeubles à étages souvent insalubres) aux villas patriciennes ornementées de peintures et surchargées de déco plus ou moins  kitsch, en fonction de ceux qui l’habitent (il y avait déjà des nouveaux riches bling) , en passant par les temples religieux, tout y est !

SUR L’AUTEURE   Cristina Rodríguez est née en 1972, romancière, journaliste, elle a à son actif plus d’une dizaine de romans et de biographies dont « Moi, Sporus » paru chez Calmann-Lévy en 2001 et pour lequel elle a obtenu le prix du Premier Roman. Elle est également scénariste de mangas au sein du studio Gothika sous le pseudonyme de C. Neix, d’autres écrits sous les pseudos de T. Kent ou F. Neuwal. J’espère que le succès de « Kaeso » va lui rendre son nom définitif et sa légitimité en tant qu’auteure confirmée de romans historiques. Pour ma part, outre la suite des Mystères de Pompéi, je lirais bien la biographie de Caligula qu’elle a écrite « Moi, Caligula ». Cet empereur est certes très connu mais mal aimé en raison de biographies qui se contredisent à son sujet. N’oublions pas sa spécialité de l’histoire des monnaies et médailles (qui lui sert dans cet opus et valide la trame policière) ; à ce titre elle collabore à plusieurs publications spécialisées en ce domaine.

FLASH INFOS : dernières LC, mise à jour…

Suite à l’exhumation de mes vieilleries hier, quelques lectures communes sont fixées, d’autres modifiées ou en attente, je vous propose les trois titres retenus et les dates (quand il y a date !!) et vous pouvez, bien entendu,  laisser un commentaire si vous êtes intéressés !

Avec Martial, la lecture commune du 14 juillet 2011 a changé, c’ est : Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable de Romain Gary.  Quelqu’un veut se joindre à nous ?

Pour le 15 octobre 2011, Syl. de Thé, lectures et macarons, Martial, le vagabond des étoiles et moi nous lirons Les  Nouvelles Histoires Extraordinaires d’Edgar Allan Poe. Qui qu’en veut ?

 

 

Et enfin, Les Faux Monnayeurs d’André Gide avec George, des Livres de George Sand et moi, et Aymeline d’Arieste, la date de fin août avait été évoquée, si Dame de Nohant voulait bien nous le confirmer, vers le 30 août ou plus tard si empêchements…Ma chère George, quand tu veux !!

(Re) découvertes dans une biblio hors murs…

Voilà ce que c’est de ne pas pouvoir contenir tous ses livres chez soi. Je me suis enfin décidée à aller voir ce qui dormait sur les étagères de ma meilleure amie, conservatrice d’une partie de mes livres et j’en ai chopé pas moins de 24, à remettre dans ma PAL ou dans ma LAR, et qu’est-ce que ça fait du bien de retrouver ses bébés qu’on croyait perdus !! Les photos n’étant pas très parlantes, je vous fait un détail et je remets ma page PAL à jour. Si des lectures communes pour exhumation consentie vous disent, n’hésitez pas à me laisser un message !!

Encore un essai photos avant de les énumérer…

Jacqueline de Romilly : Alcibiade (LAR) Hummm…

Pablo Neruda : Résidence sur la Terre (LAR) miaaam…

Milan Kundera : Le livre du rire et de l’oubli (LAR) hum hum !

Paul Auster : L’invention de la solitude (PAL)

Howard Buten : Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué (plus aucun souvenir)

Kafka : Le Procès (LAR mais pas trop de souvenirs)

Malraux : La condution humaine (LAR)

Jules Roy : Une femme au nom d’étoile et Les chevaux du Soleil (PAL)

Hermann Hesse : Demian (PAL)

Gide André : L’immoraliste (PAL) et les Faux-monnayeurs (PAL et LAR)

POE  Edgar : Nouvelles histoires extraordinaires (PAL)

Lanzmann Jacques : Mémoires d’un amnésique (PAL)

Escarpit Robert : les reportages de Rouletabosse (PAL)

Daphné du Maurier : Le bouc émissaire et La maison sur le rivage (PAL)

Blaise Cendrars : l’Or (LAR)

Camus Albert : L’exil et le Royaume (PAL)

Bromfield Louis : Colorado (PAL)

Robbe-Grillet Alain : L’année dernière à Marienbad (PAL)

Cesbron Gilbert : Une abeille contre la vitre (PAL), aucun souvenir !

Benoîte Groult : Les vaisseaux du coeur (LAR)

Flora Groult : Un seul ennui, les jours raccourcissent (PAL)

QUAND LES HOMMES VIVRONT D’AMOUR…

 

Ici, cette chanson chantée par les trois figures emblématique de la chanson française québécoise (Gilles Vigneault, Félix Leclerc et Robert Charlebois), Quand  les hommes vivront d’amour a été composée pendant la guerre d’Algérie en 1956 par Raymond Levesque quand il vivait à Paris. C’est Eddie Constantine qui l’enregistrera d’abord avant que l’auteur ne la reprenne à son compte et la rende populaire dans le monde entier.

Durantles cinquante dernières années (c’est une vieille dame qui se tient bien, non ?), de nombreux artistes québecois l’ont reprise pour le grand message de paix et d’humanisme qu’elle véhicule.

En 2005, lors d’un concours de la Fête Nationale du Québec, cette chanson a été élue préférée dans le coeur des québecois par le Mouvement National des Québécois et Québecoises et désignée comme meilleure de tous les temps… Nous ne sommes pas québecois mais nous l’aimons aussi !! Et Bonne Fête à toutes les mamans de France et de Navarre, celles du Québec sont fêtées le 2ème dimanche de mai.

Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Quand les hommes vivront d’amour
Ce sera la paix sur la Terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Dans la grande chaîne de la vie
Où il fallait que nous passions
Où il fallait que nous soyons
Nous aurons eu la mauvaise partie

Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Peut-être song’ront-ils un jour
A nous qui serons morts mon frère

Mais quand les hommes vivront d’amour
Qu’il n’y aura plus de misère
Peut-être song’ront-ils un jour
A nous qui serons morts mon frère

Nous qui aurons aux mauvais jours
Dans la haine et puis dans la guerre
Cherché la paix, cherché l’amour
Qu’ils connaîtront alors mon frère

Dans la grand’ chaîne de la vie
Pour qu’il y ait un meilleur temps
Il faut toujours quelques perdants
De la sagesse ici-bas c’est le prix

Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Quand les hommes vivront d’amour
Ce sera la paix sur la terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frère

 

Lettre à Gilles Leroy…

Dans le cadre du Concours Babelio, « Lettre à l’écrivain 2011 », j’ai fini par me décider à écrire ma « lettre » à Gilles Leroy pour Alabama Song mais de façon un peu particulière… Je rappelle aux retardataires (comme moi), que vous avez jusqu’à ce soir pour concourir dans les différentes catégories. J’ai déjà participé pour la catégorie San Antonio dans ma lettre à Tonino Benacquista pour la Boîte Noire. Ici  c’est lettre d’amour, tout un programme…

 

 

Mon Cher Gilles Leroy,

 Oh ! Pardonnez-moi si je vous ai effrayé ! C’est moi, Zelda ! Mon impudence de ressurgir ainsi n’est pas qu’une image fantomatique, loin s’en faut. Vous avez su me faire revivre comme peut-être jamais je n’avais vécu et, d’où je suis, (qu’importe le réel ?) je voulais vous en remercier avec ferveur.

 Nous sommes désormais éternels Fitz et moi, dans cette mémoire que vous nommez collective et jamais je n’eus rêvé d’hommage aussi vibrant que le vôtre. Je sais, je sais et je souris, vous avez clamé qu’Alabama Song était en partie une fiction et que ce livre était dédié à une autre. Dieu qu’elle doit me ressembler, ou alors a-t-elle vécu elle aussi à l’ombre d’un grand écrivain ? Le chapitre sur la corrida sanglante est venu me conforter dans cette image désespérée.

 Que j’eus aimé lire vos mots et le portrait que vous faites de moi sous la plume de mon cher Goofo ! Vous me renvoyez à ma jeunesse qui trop vite s’est fanée. A la fureur délictuelle dont elle s’est nourrie ; pendant que des chiens, avides de charogne aboyaient autour de nous, les loups, eux se sont couchés à jamais. J’étais une lionne mais j’ai vécu comme une chatte. De rebelle et dévergondée, je me suis transformée en douce folie au nom de ce péché qui se nomme amour, et que je vénérais comme un dieu… Avec Scott, au début, nous volions de fête en fête, toutes s’entremêlaient et finissaient dans les sons du cristal qui tintait et les cris ébréchés des ivrognes que nous côtoyions. Le champagne et le gin,  la tête nous a fait perdre. Pourtant, Scott qui buvait plus que moi et désertait souvent sa table d’écriture pour d’obscurs flatteurs a gardé sa raison quand la mienne m’a quittée…

J’ai écrit mon livre dans cet asile dont vous décrivez si bien les barbares méthodes, je savais qu’il n’était pas aussi bon que l’ont laissés croire certains. Mais vous, Mon Cher Gilles, vos mains ont su me faire frémir comme celles de l’Aviateur en son temps, vos mots ont sur ma peau la sensualité des perles roses dont je me parais, le parfum enivrant des gardénias blancs et des camélias de mon Alabama que j’ai tant haï pourtant…dans la maison de l’austère Juge Sayre où j’ai grandi. Je m’incline devant votre talent,  celui-là même qui m’a permis d’exister dans le regard des autres, autrement que comme le « monstre » que j’étais devenue.

Mais je dois m’en retourner dans les limbes de mon esprit enténébré à jamais, calciné d’amour et de fièvre pour l’éternité. Est-ce ma folie, est-ce cette noblesse que vous m’avez prêtés qui m’ont autorisée, un court instant à vous parler ainsi ? Je ne répondrais pas,  Mon Cher Gilles, je vous laisse la part de rêve infini qui ne sera jamais révélée, celle-là même qui permet aux étoiles de rester pour toujours au Panthéon des dieux, dans le mystère où nous brillons silencieusement.

Et à mon tour de vous dire,

 « Ce fut un honneur «.

Zelda Sayre Fitzgerald

DESIR D’HISTOIRES 32

Ma participation au jeu de Livvy que vous retrouvez ici pour les règles complètes. Les mots imposés (11) cette semaine sont : olivier – gondole – abonnement – euphémisme – pompier – friponne – changement – fumer – vie -migraine – whoopies.

 

 

ABANDON

 Une migraine tentaculaire l’assaillait depuis deux jours, s’enroulant voluptueusement sous sa boîte crânienne, sans lui laisser le moindre répit. Lui imposant silence. Elle lui faisait renouer avec ses peurs. « Juste une pause », pensa-t-elle, le temps d’un petit matin bleu où elle pourrait écouter le temps qui passe, sans douleur, et  résilier ainsi son abonnement chronique au malheur.

Ne plus donner la pièce au pompier de service qui lui refilait son calendrier pourri, et qu’elle planquait dans les WC tous les ans. Arrêter de fumer…non, ça, elle verrait plus tard… Une île l’attendait sur un bout de terre encore sauvage, des vacances, une vacance ? L’avenir ne lui parlait plus depuis longtemps ; à force de courir en marche arrière, elle avait oublié  jusqu’à la perspective d’un horizon qui déploie ses ailes, loin devant sur  les espoirs.

Un changement s’annonçait, un virage que les sirènes incrustées sous ses cheveux noyaient dans un tumulte infernal. Les deux mains collées sur ses oreilles elle repartit dans ses pensées.

Le beau visage de Jean s’insinua en elle, rieur, presque fripon ; elle sourit. Leurs dernières vacances à Venise les avaient rapprochés mais elle reculait, tétanisée. Les gondoles  qui se balançaient ne lui disaient rien qui vaille, c’était le bolduc et elle voulait le cadeau. Pendant leurs balades dans les ruelles désertes d’automne, il la serrait contre lui et ses mots d’amour insensés lui faisaient mal. Elle pensait alors à un autre automne où elle marchait légère dans les mêmes rues avec Lui. Elle avait cru voir son dos au détour d’une piazetta où pleurait un olivier perdu, loin de sa Toscane natale, un instant fugace où les mots de Jean s’étaient envolés dans le vent qui montait de la lagune, où son ventre retourné l’avait fait s’adosser à un porche, des larmes retenues au fond de la gorge. Jean avait cru à un malaise et l’avait ramenée à l’hôtel, enrobée de tendresse et de baisers qui la culpabilisaient. Ce soir là, ils avaient dormi seuls dans le grand lit, contournant leurs destins, séparés par un fantôme qui n’en finissait plus de mourir. Il savait. Elle n’avait pas à s’expliquer, « il l’attendrait le temps qu’il faudrait ».

 Un an avait passé, la patience émoussée de Jean était un euphémisme : il était reparti dans son île bretonne, il ne l’appellerait plus, à elle de venir le rejoindre, s’il n’était pas trop tard…

Elle surveillait du coin de l’œil ses deux fours immenses où finissaient de cuire la dernière fournée de whoopies qu’elle vendrait sur le marché ce matin ; les macarons, les cakes étaient déjà au chaud sous de larges torchons blancs. « Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire » lui répétait souvent sa grand-mère. Le temps des soupirs béant sur le vide s’achevait. La vie s’enfuyait, sa vie à regarder la mort, penchée sur une tombe close et muette ne lui serait pas rendue. Autant laisser dormir ce que l’éternité avait repris. Son rêve fracassé sous les rails, un matin d’août lointain ressemblait à un vieux chiffon usé d’avoir été trituré.

Oui, ce soir, ce soir, elle appellerait La Compagnie des Trains  ; demain, elle y serait dans l’après-midi, juste le temps d’attraper le dernier bateau en partance vers le soleil, vers un horizon qui ne demandait qu’à sécher ses larmes

 

Un petit bout de Romain Gary pour mon jeudi !

Je vous en dirai plus le 5 juin sur Clair de Femme, une LC que je fais avec Martial mais ce livre me « chavire » et je pourrais vous mettre trois tonnes de citations, tant le livre est beau, juste, touchant. Aujourd’hui j’ai choisi cet extrait :

« Je baissai les paupières, pour mieux garder. Je vivrai jusqu’au plus grand âge, pour te donner ma mémoire. J’aurai toujours patrie, terre, source, jardin et maison : éclair de femme. Un mouvement de hanches, un vol de chevelure, quelques rides que nous aurons écrites ensemble, et je saurai d’où je suis. J’aurai toujours patrie féminine et ne serai seul que comme une sentinelle. Tout ce que j’ai perdu me donne une raison de vivre. Intact, heureux, impérissable…Eclair de femme. « 

C’est beau non ? Sur une idée de Chiffonnette

FESTIVAL D’AWARD(s)…

C’est la saison des prix. Hier, Irrégulière m’a perfidement (mais gentiment j’en suis sûre) remis celui-ci :

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Un grand Merci à Irrégulière pour m’avoir décerné (parmi tant d’autres) cet award quand le Festival est fini, que le tapis rouge est remisé dans sa naphtaline jusqu’à l’an prochain, que plus un paparazzo n’est là pour immortaliser ce grand moment. Ca me convient très bien. Je peux rester en jeans et ballerines (oui M’sieurs-dames, j’ai un jardin à m’occuper !), j’ai la peau nude, pas de gloss, ni de mascara, je ne suis pas une star !! Mais je remercie tous ceux qui y croient pour moi, ont la gentillesse de me lire avec patience. Et j’essaierai d’être à la hauteur, on ne m’a pas donné la catégorie, je le prends comme meilleur espoir féminin (bah tant qu’à faire) et Dieu sait que les espoirs restent souvent à ce stade ! Bonne continuation (passe-moi mes lunettes Marcel, y’a du monde), je vous adresse mon plus beau sourire et refile le bébé à Livvy, Jeneen et Réjanie., elles le méritent !!  Il y a paraît-il un petit quaaastionnaire avec ce prix, excusez-moi, j’ai déjà répondu aux questions le mois dernier, je vous fais gagner du temps…

HUIS CLOS (« L’enfer c’est les Autres ») de Jean-Paul Sartre (1945)

Huis Clos est bien sûr une pièce de théâtre très connue de Jean-Paul Sartre, notamment pour sa réplique célèbre : « L’enfer c’est les Autres », que l’on galvaude à tout bout de champ alors que le sens exact, Jean-Paul Sartre l’a lui même donné en préambule en 1965 (lors d’un enregistrement phonographique, préambule que l’on peut trouver dans le Folio -Essai pour Gallimard de 1992, textes rassemblés par Michel Contat et Michel Rybalka) et que je vous résume succintement : Sartre avait trois amis qu’il voulait voir jouer sans que jamais aucun d’eux ne quitte la scène « jusqu’au bout comme pour l’éternité », il a donc eu l’idée de les mettre en enfer « et de les faire chacun le bourreau des deux autres ». (…) Mais « l’enfer c’est les Autres » a toujours été mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’étaient toujours des rapports infernaux. Or c’est autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut-être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont au fond ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes. (…) Quoique je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans.(…) Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres. Ca marque simplement l’importance capitale de tous les actes pour chacun de nous « .(…).

Vous l’aurez compris, cette pièce en un acte décomposé en cinq scènes nous fait entrer d’emblée dans l’enfer « sartrien », celui de vivre sous le regard d’autrui et non d’accuser le cycliste qui vous ralentit ou la postière qui ne passe jamais à l’heure. Et les trois protagonistes vont devoir réviser leur copie et se montrer enfin tels qu’ils sont dans leur huis clos diabolique. Voici donc Garcin, journaliste qui entre en premier (le lâche de l’histoire convaincu d’être un héros), déserteur, mari volage qui a fait souffrir sa femme, puis arrive Inès, l’ancienne postière lesbienne, méchante, jalouse (responsable de trois cadavres) mais lucide et enfin, Estelle, vénale, nymphomane sur les bords et infanticide. Ces trois là sont introduits dans un salon second Empire (par un mystérieux garçon d’étage qui semble savoir pourquoi ils sont là) où trône une cheminée surmontée d’un bronze, dans   une ambiance cossue et « normale ». Le garçon d’étage, qui n’apparaît que trois fois nous conforte dans notre sentiment que les acteurs sont bien morts et qu’il est le gardien de ces flammes qui ne vont cesser de croître tout au long des joutes oratoires que se livrent les trois intéressés, qui viennent de milieux sociaux différents mais ont tous menti lors de leur introduction sur la scène. Ou disons, pris de petites libertés avec la vérité…Ce qui aidera à faire siffler le bouchon de la cocotte-minute déjà sous pression quand, de la conversation mondaine, ils vont passer aux répliques acerbes et parfois humoristiques.

Petit à petit la tension monte, les masques tombent et nous connaissons les vraies raisons de leur arrivée dans cet enfer dont ils ne pourront plus s’échapper puisqu’ils sont déjà morts. Ils « frimaient » tous un peu au début  mais le huis clos, l’enfermement et la coexistence va les révéler dans ce qu’ils portent de plus noir en eux, le vrai pourquoi de leur présence ici. Garcin , qui ne supporte plus sa lâcheté, qui torturait sa femme parce que c’était facile, elle en est morte, va se rapprocher de plus en plus d’Inès qu’il considère sinon son égale mais de « sa trempe » pour sa mise en abyme, quand elle dit « ça veut dire que j’ai besoin de la souffrance des autres pour subsister », rejetant la superficielle Estelle qui ne cherche que la jouissance physique et qui est trop éloignée de lui intellectuellement.  Garcin ira chercher auprès d’Inès une confirmation qu’il n’est pas lâche, ce qu’elle lui refusera, jalouse, méchante et vexée de sa relation avec Estelle. Il n’aura pas de deuxième chance non plus et sera condamné à rester en enfer.

INÈS :  Pourquoi pas ? Tu as rêvé trente ans que tu avais du coeur ; et tu te passais mille petites faiblesses parce que tout est permis aux héros. Comme c’était commode ! Et puis, à l’heure du danger, on t’a mis au pied du mur et… tu as pris le train pour Mexico * (*au début d’une guerre, au lieu d’affirmer son pacifisme, il a fui).

GARCIN : Je n’ai pas rêvé cet héroïsme. Je l’ai choisi. On est ce qu’on veut.

INÈS : Prouve-le ! Prouve-le que ce n’était pas un rêve. Seuls les actes décident de ce que l’on n’a pas voulu !

Ils iront fouiller leurs âmes et avoueront leurs turpitudes, le fiel qui est resté collé au coin de leurs lèvres jusqu’à ce que Garcin conclue :  » Le bronze…(il l caresse) Eh bien voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Ils avaient prévu que  je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent…(Il se retourne brusquement). Ha ! Vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. (Il rit). Alors c’est ça l’enfer je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril, l’enfer c’est les Autres « . (Scène V).

Estelle va alors tenter de tuer Inès avec un coupe-papier qui se trouve sur la table. En vain puisqu’ils dont déjà morts tous les trois : » Ni le couteau, ni le poison, ni la corde, c’est déjà fait comprends-tu ? Et nous sommes ensemble pour toujours. » A Inès, Garcin et Estelle répondent en écho : « Pour toujours ! » et Garcin ajoute :  » Et bien continuons. »…

Je ne vous développerais pas les personnages et leurs méandres personnels qui les ont conduits là. Je vous en laisse à découvrir. S’il est une chose à retenir, c’est bien la philosophie. L’enfer n’est pas uniquement sous terre comme le laisse entendre l’imaginaire collectif mais bien sur terre, dans n’importe quel endroit où l’on évolue. Et que, seulement le vécu, l’existence de trois personnes forcées de cohabiter à huis clos révèlent beaucoup mieux que toutes les psychotérapies du monde ! Quand toutes les possibilités de fuir ou de se fuir sont inexistantes, il nous faut faire le bilan de nos faiblesses, lâchetés et « crimes contre l’humanité » afin de nous humaniser, de ne pas nous enfermer dans des cercles infernaux, de les briser tant qu’il est encore temps, pour échapper à la routine et aux comportements mortifères… Car nous avons toujours la liberté de le faire, si nous ne le faisons pas, alors, oui, nous serons condamnés à subir cet enfer…et nous seronts morts d’une certaine façon.

Première représentation de la pièce au théâtre du Vieux Colombier, au printemps 1944, avec Tania Balachova (qui l’a fait rejouer en tant que metteur en scène souvent, notamment au théâtre de L’épée de Bois) dans le rôle d’Inès à gauche, Michel Vitold (Garcin) et enfin Michèle Alfa, à droite dans le rôle d’Estelle… A savoir qu’elle a été jouée avant d’être éditée par Gallimard en 1945.

BOUTIQUE D’ANTAN – atelier d’écriture chez Skriban –

Tous les dimanches, Gwenaëlle, que vous retrouvez ici organise un atelier d’écriture sur un thème précis ET des mots imposés doivent s’insérer dans le texte. Avis aux amateurs qui ne sont pas encore au courant et qui souhaiteraient y participer. Gwennaëlle nous donne le thème et les mots imposés le dimanche matin et nous devons rendre notre copie avant 20 heures environ ! Voir avec elle pour les  retards. Ça fait peur hein ? Bah  oui, c’est le jeu !  Voici donc ci-dessous l’image évocatrice qu’elle nous a donné du thème ainsi que  les mots imposés et enfin ma modeste contribution. Premier essai chez elle.

  • anémone
  • lunatique
  • étoile de mer
  • iconoclaste
  • bayadère
  • primesautier
Une touffeur persistante régnait toujours dans le « curios » de Monsieur Chopek qui ne désemplissait jamais. Curios, comme le nom donné à ces boutiques d’outre-mer qui désignent les curiosités locales, de Tahiti à la Nouvelle-Calédonie. Curiosité, Monsieur Chopek en était une à lui tout seul. Du haut de mes dix ans, cachée derrière un paravent en laque chinoise, j’observais les dames patronnesses endimanchées, venues de la ville voisine trouver la rareté qu’elles souhaitaient qu’on montrât du doigt dans leur intérieur encaustiqué à l’eau bénite. Un paradoxe, quand on savait que le vieux Chopek, iconoclaste convaincu, jurait sans cesse à Dieu et à diable, jouissant silencieusement dans sa moustache de l’effet obtenu ; les vierges primesautières détournaient le regard, l’une jouant avec une étoile de mer en faïence grossière, l’autre soulevant délicatement une pile de tissus soyeux pour y cacher un rougissement intempestif. Il m’adressait un clin d’œil complice derrière ses bésicles surannées et je me sentais soudain plus grande et importante. Je déambulais entre les objets hétéroclites, telle une reine à qui tous les cadeaux de l’échoppe étaient destinés. Je saluais la longue et fine statue bayadère, venue des Indes, la tête gracile penchée sur la caisse du vieux lunatique, gardienne de ses comptes peu scrupuleux.

Ce que j’aimais dans cette pièce aux odeurs safranées que ramenaient de chez lui mon vieil ami, c’était la partie droite de la boutique où des piles de livres s’entassaient pêle-mêle, et où, se côtoyaient sans s’insulter Goethe et Barbara Cartland,  dans une débauche de couleurs que jetaient les couvertures anciennes et pas toujours du meilleur goût.

Le jour où il me confia la tâche immense de les ranger par ordre alphabétique est resté un souvenir dilaté de bonheur, une anémone immense étalant ses pétales pourpres sur mon enfance jusque là triste et secrète. J’étais adoubée. Enfin reconnue.

Tous les jours, après l’école, je me glissais furtivement dans le curios, après avoir regardé à droite, à gauche si personne ne me voyait pénétrer dans le cœur de mon paradis luxuriant. Peu à peu, je découvris les auteurs, je fis des voyages vers des contrées où mes parents m’interdisaient d’aller « Toujours dans la lune celle-là, elle prendra pas la suite de la boucherie, c’est sûr ça ! »  Ils s’étaient trompés de fille et moi je n’avais rien demandé…

Le temps passa vite, très vite. L’année de mes vingt ans, alors que j’étais revenue de l’université chez les bouchers pour Pâques, je finis par m’échapper dans l’indifférence générale, du « gigot-haricots-blancs » aussi confit que la tête des convives présents ce jour là, profitant de l’euphorie qui montait au fur et à mesure que les carafes de vin se vidaient.

 Le drelin-drelin aigu du curios résonna dans un silence inhabituel ; j’appelais Monsieur Chopek à plusieurs reprises sans succès. Soudain, ma main se referma sur un cri muet qui ne franchissait pas mes lèvres : Monsieur Chopek gisait au milieu des faïences  qui étaient tombées avec lui, éparpillées en soleil aux rayons tranchants. La main sur le cœur, les yeux déjà fixes, il me jouait là son plus mauvais rôle. Tremblante, je me souviens avoir décroché le téléphone en bakélite noire pour appeler les secours en sachant qu’il n’en aurait plus jamais besoin. J’ai pleuré longtemps cette nuit là, me demandant comment faire pour rattraper mon rêve, comment faire pour qu’ils s’ écrivent enfin dans ma vie de façon définitive.

 Aujourd’hui, « Le Curios de Monsieur Chopek » s’appelle « Lire ailleurs » et c’est moi qui fait sonner l’antique caisse enregistreuse sous l’œil amusé de la bienveillante statue, dont les mains élégamment tendues vers le ciel me rappellent qu’un vieux fou, là-haut, m’adresse un clin d’œil chaque fois qu’un livre fait le bonheur d’un autre.

Alors, je m’assieds dans le vieux fauteuil à bascule qui trône maintenant derrière un paravent tendu de lin crème et je lis des poèmes de Rainer Maria Rilke à la mémoire du père fondateur de ce lieu magique qui, pour mes  dix ans a su esquisser les contours de mes rêves et de ma vie que j’allais non sans mal dessiner plus tard, échappant ainsi aux escalopes saignantes…

Et pendant que je lis, le regard perdu entre les lignes, un bouquet d’anémones rouges s’ouvre majestueusement et répand sur mon cœur cette sensation infinie de plénitude qui s’est glissée en moi il y a longtemps…

 

Asphodèle.

BELLA CIAO, LE chant des partisans italiens…

 

TRADUCTION de LA version des PARTISANS

Un matin, je me suis réveillé

O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao

Un matin, je me suis réveillé

Et j’ai trouvé l’envahisseur

Oh partisan emmène-moi
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Oh partisan emmène-moi
Car je me sens mourir
Et si je meurs comme un partisan
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Et si je meurs comme un partisan
Tu devras m’enterrer
Et m’enterrer là-haut dans la montagne
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Et m’enterrer là-haut dans la montagne
Sous l’ombre d’une belle fleur
Et les gens qui passeront
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Et les gens qui passeront
Me diront « Quelle belle fleur »
C’est la fleur du partisan
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
C’est la fleur du partisan
Mort pour la liberté.

Chanson que j’ai découverte grâce à ma meilleure amie, d’origine italienne et qui m’avait juste dit que c’était une chanson que les italiens chantaient dans « les manifs ». Je me suis renseignée et elle est bien plus que cela !

Au départ, on ne sait pas quand, elle était une chanson populaire, chantée principalement par les « mondines », ces piqueuses et émondeuses qui travaillaient, de l’eau à mi-mollet, dans les rizières du nord de l’Italie, dans des conditions épouvantables, rêvant d’être libres un jour. Ce qui a inspiré plus tard, le très beau film de Giuseppe de Santis, « Riz amer ».

Pendant la guerre, les résistants l’ont transformée pour leur combat et cela nous donne la version d’aujourd’hui. Elle est aussi devenue un chant de lutte et de ralliement contre la mafia.

Toutefois, elle aurait subi (selon Wikipédia), de multiples transformations depuis sa création).

TAG CHALLENGES-NON CHALLENGES

 Anne, Des Mots et des Notes m’a taguée, MOI, sur les challenges !! Déception, je ne suis pas vraiment « challenges » ! Pas par principe, tout au moins… M’imposer des lectures ou vider ma PAL n’est pas l’objectif premier de la lecture (oh ça va, on ne crie pas !). Quand j’ai ouvert mon blog, j’ai choisi une petite phrase d’Hubert Nysen en exergue, vous l’avez bien lue j’en suis sûre, voilà, ça me correspond mieux. Et les lectures communes sont plus importantes pour le « partage » que de remporter un marathon sur un thème précis, sauf quand on aime ou qu’on en lit beaucoup et, sur une année, ou même deux, je ne me vois pas m’imposer des contraintes dans mes achats  ET dans mes envies, dans mon rythme pour un challenge ! C’est dit. Mais pour ceux auxquels je participe, c’est parce que j’en avais déjà dans ma PAL et les autres par goût… Même, si j’ai conscience que dans mes lectures, certaines entrent sûrement dans une catégorie existante, je ne souhaite pas avoir à comptabiliser (trop) quand je lis. Donc il va y avoir des blancs, des « bips » ou de courtes réponse à certaines questions, vous comprendrez pourquoi…

1) A combien de challenges êtes-vous inscrite ?

TROIS (ah ah ah ! Les adeptes du genre doivent rigoler, je sais et j’assume !) : Françoise Sagan chez George et Delphine, La Nouvelle chez Sabbio et Haruki et Ryu Murakami chez Martial.

2) Pourquoi vous êtes-vous inscrite à ces challenges ?

 Par goût des auteurs ou de la forme (la nouvelle, j’en lis donc j’en suis) et que cela ne m’a jamais semblé être une contrainte…

3) Combien de livres avez-vous lus à cause (ou grâce à) ces challenges ? 8

4) Combien de livres vous reste-t-il à lire pour terminer tous ces challenges ?

Ces challenges n’étant pas contraignants, j’aviserai quand je voudrais m’arrêter…et j’ai horreur des chiffres, des comptes et des bilans (bon j’en fais comme tout le monde mais, euh…pfffiou !!).

5) Envisagez-vous de craquer pour un nouveau challenge, ou de renouveler ceux en cours s’ils se prolongent ou se renouvellent en cours d’année ?

Je verrais si des challenges entrent dans le cadre de mes projets de lecture, et je continue ceux en cours.

6) Avez-vous envie de créer votre propre challenge ?

Oh non ! Pas pour l’instant en tout cas, mais je ne me ferme pas les portes non plus !! Qui sait ??

Et comme certain(e)s aiment aussi être taguées, je choisirais de préférence quelqu’un adepte des challenges et amis malgré tout, hein, on ne peut pas se fâcher pour si peu !! Donc Martial, le boulimique, tu en as plus à dire que moi… et Anne, De Poche en Poche, quand elle reviendra…

DESIR D’HISTOIRES 31

Ma participation au jeu initié par Olivia Billington que vous retrouvez ici et qui consiste à écrire un texte en y insérant des mots imposés, ils sont 15 cette semaine : trésor – pleure – archiduc – chaton –  – tonnerre – nénuphar – fantôme – un emprunt – brocante – muscles – libido – panne – désirable – jalouse – horloger.

AU LOIN, LES BATEAUX… vague écume nepula tumblr com

Quand souffle le vent d’ouest en rafales, Mademoiselle remonte le col de son chandail et s’en va errer sur les docks, le visage tourné vers l’océan gris et sale, guettant au loin le tonnerre qui ricane, son chaton frileux serré tout contre elle, à l’abri sous son blouson de cuir. Elle rêve que les bateaux qui croisent au large reviennent des Indes ou du Timor oriental, les flancs chargés d’épices et de trésors insoupçonnés. Elle aime sauter dans les flaques sombres, nénuphars sans joie du bitume qui la serre et l’oppresse. Vite, vite, elle court sous la pluie, elle vient d’apercevoir le bonnet bleu de Julien derrière une  palette qui glisse vers le ventre d’un cargo.

Elle s’accroche à son cou en riant pendant que Chaton miaule et s’enfuit, exclu de cette étreinte trop vive. Mademoiselle oublie la pluie dans les bras tout en muscles de son homme, des soleils trop blancs éclatent dans ses veines et se nichent dans le creux de son ventre. La voix soudain rauque de Julien la fait frissonner, sa libido s’enflamme et elle le couvre de baisers.  Elle se fait désirable et petite dans ces bras là,  oubliant un instant les souvenirs qui l’attendent dans sa vieille maison à la brocante, perchée sur la lande où la misère s’est attardée. Les verres sont ébréchés d’avoir trop trinqué, des clous rouillés fixent les planches clouées aux vitres brisées depuis longtemps, ouvertes à tous les diables. Une maison en panne de vie et de tendresse ; alors, la nuit venue, ils se serrent fort l’un contre l’autre pour se réchauffer, laissant Chaton jaloux griffer les pieds du lit mangés aux termites. Ils dessinent leurs rêves sur les murs décrépits qui suintent encore de cris et de larmes d’un passé qui n’est plus : il joue à l’archiduc du navire en partance et elle se fait princesse d’un royaume au soleil bleu, là-bas, loin derrière l’horizon.

Ils ont repris Chaton et courent vers la lande, ils le savent qu’ils partiront un jour, ils feront un emprunt sans rendu pour rejoindre le Timor oriental, ou les Indes, là où le bateau ira… Ils font confiance au grand Horloger là-haut qui saura trouver l’heure, les prendra dans son orbe et leur dira :  » Allez les enfants, il est temps maintenant de laisser vos fantômes derrière, il est temps de cesser de pleurer,  cueillez la vague qui arrive et suivez-la jusqu’au bout, jusqu’à ce que l’écume vous dépose sur le rivage ami qui vous attend… »

Mademoiselle croit au grand Horloger qui lui parle quand le vent d’ouest se meurt dans une dernière bourrasque et, comme au  temps fugace d’un baiser, elle oublie qu’il  fait froid là-haut sur la lande, elle oublie que Julien n’est jamais revenu du Timor oriental, mais elle l’attend sur les docks chaque jour en serrant fort Chaton contre son coeur…balade barque à quai

Un extrait de Kundera pour mon jeudi…

Oui, je sais, je ne suis pas encore inscrite chez Chiffonette mais rien ne m’empêche de vous faire partager un extrait d’une de mes lectures en cours… (j’arrive Chiffonette, j’arrive…). Mais Milan Kundera n’attend pas.

Après avoir lu il y a longtemps La Valse aux Adieux, L’Insoutenable légèreté de l’être et le Livre du Rire et de l’Oubli, je me suis plongée dans l’Immortalité, paru en 1990 et pas encore ouvert. Bien m’en a pris ! Je retrouve cet auteur, son univers qui me touche au plus haut point et cet extrait de la page 45 m’a semblé terriblement actuel !

 » Elle pensa à la soeur de la reine d’Angleterre et se dit qu’à présent l’oeil de Dieu était remplacé par l’appareil photo. L’oeil d’un seul était remplacé par les yeux de tous. La vie s’était transformée en une seule et vaste partouze à laquelle tout le monde participe. Tout le monde peut voir sur une plage tropicale la princesse d’Angleterre fêter nue son anniversaire. Apparemment, l’appareil photographique ne s’intéresse qu’aux gens célèbres, mais il suffit qu’un avion s’écrase près de vous, que les flammes s’élèvent de votre chemise, pour que vous aussi soyez célèbre et inclus dans la partouze générale qui n’a rien à voir avec la jouissance mais annonce solennellement que personne ne peut plus se cacher nulle part et que chacun est à la merci de tous. « 

Et je continue ma lecture…

BACALAO de Nicolas Cano

Livre voyageur qui vient de chez Delphine Premier roman que j’ai beaucoup aimé…

Bacalao met en scène les amours et la vie de Vincent, la petite quarantaine déjà froissée, professeur de lettres à Lyon dans un lycée catholique privé. Dès la rentrée, lors d’un devoir sur la princesse de Clèves (et sa soumission au duc de Nemours), il éprouve un violent coup de foudre pour Ayrton, un de ses élèves d’origine portugaise (d’où le titre, bacalao signifiant morue en portugais) et sait qu’il va souffrir.  » Les jambes qui dépassaient du bermuda lui donnèrent l’envie extravagante d’être le bermuda, et cette envie trotta au mépris de l’analyse qu’il devait à l’arrivée de M. de Nemours au bal de la cour. »

Son désir et son amour pour cet élève un peu bourrin, inculte et amateur de foot ne vont cesser de croître, à sens unique, mais de façon ambigüe et son désenchantement sera à la hauteur des rêves qu’il faisait (ou pas). Il suivra Ayrton jusqu’à Madère, son île d’origine, pendant les vacances de la Toussaint, ce qui nous vaut une très belle ballade dans cette île et l’envers du décor aussi quand Vincent, se risque dans le quartier glauque de la ville. Il sait très bien où il va : dans le mur mais il y va en payant de plus en plus, en se remettant au Prozac et aux somnifères, pour quelques moments de grâce que veut bien lui accorder son amant volage mais surtout hétéro.

Car il s’agit quand même d’une histoire homosexuelle, malheureuse, et qui traduit très bien, le refus de vieillir de Vincent toujours attiré par les jeunes éphèbes, prêt à mettre le prix pour les garder, un surtout, comme s’il s’agissait de chose normale en amour… (ce qui arrive aussi dans les histoires hétérosexuelles…) « Hélène disait que, sur la balance, il y a toujours une dupe qui ne pèse pas plus que la tare. A qualité égale, le prix d’un garçon traînant dans un parc serait toujours inférieur à celui d’un hôtel de luxe. »

Le fatalisme de Vincent face à cet état de fait nous laisse à la fois mélancolique et agacé, on voudrait le secouer, lui dire qu’il n’a pas choisi le bon moyen pour garder Ayrton mais il a des moments de lucidité quand il fait ses comptes, drôles et désabusés.  » Depuis le jour où il avait rêvé d’être son bermuda, Vincent avait toujours pensé qu’il en arriverait là, à ce point prévisible où Ayrton pourrait le rallier à n’importe quelle cause et faire de lui ce qu’il voudrait, quel que soit le prix ».

MON AVIS

Ce premier roman est très touchant, l’écriture est à la fois timide et appuyée, Nicolas Cano effleure pudiquement ses personnages ou au contraire les débusque dans ce qu’ils ont de plus intime, leur sexualité, sans jamais « trop » en faire  non plus. Livre qui nous laisse, malgré les moments d’humour, d’auto-dérision surtout, une impression de nostalgie, celle des feuilles d’automne que l’on piétine à la rentrée des classes, les matins déjà frais qui annoncent l’hiver. Et les illusions qui s’enfuient avec le  temps…comme si  les amours flamboyantes ne pouvaient être que l’apanage de la jeunesse.

SUR L’AUTEUR

Ce premier roman est paru en août 2010 aux Editions arléa dans la collection 1er/mille. Nicolas Cano est expert en art et vit à Lyon. Je n’en sais pas plus sur cet auteur, discret visiblement et qui n’a pas encore sa page Wikipédia dans le grand annuaire Google ! Dommage, mais à suivre en ce qui me concerne !! Merci Dephine pour le partage et cette belle découverte.

QUAND SOUFFLE LE VENT DU NORD de Daniel Glattauer

Livre voyageur que m’a envoyé Pyraustha. Véritable « tourne-pages » que j’ai lu très vite, mais qui ne m’a pas entièrement convaincue. Elle sont belles les cartes de Pyraustha, n’est-ce pas ? Et l’enveloppe également !! Je la remercie, même si je n’ai pas été aussi enthousiaste qu’elle, malgré mes bémols, je n’ai pas non plus boudé mon plaisir, je vous dis tout et pourquoi.

Quand je l’ai feuilleté et que j’ai vu la construction du livre, faite uniquement de mails, j’étais circonspecte… Et au final, pourquoi ne pas penser qu’il s’agit peut-être là des prémisses du nouveau roman épistolaire, les gens s’écrivant de plus en plus par mails, qu’après tout la forme en est moderne, que le sujet traité va rappeler des souvenirs à beaucoup (si ce n’est déjà fait) ! Malgré certains mails un peu mièvres et quelques invraisemblances, l’ensemble est agréable, même s’il ne s’agit pas là de grande littérature, il laisse à penser que le roman épistolaire du XXIème siècle sera souvent écrit sous cette forme. A souhaiter que le style soit plus « enlevé », moins truffé de parenthèses et que les mails « coucou », « bonne nuit » soient moins nombreux même s’ils correspondent à la réalité des faits.

L’HISTOIRE

Emmi Rothner a le doigt qui dérape en voulant résilier un abonnement au magazine Like et son mail atterrit chez un certain Léo Leike. Par trois fois, l’erreur va se reproduire et Léo ne manquant pas d’humour, récemment largué par la femme de sa vie, entame avec Emmi (Emma pour son mari) une correspondance légère, teintée d’humour désabusé. Mais le ton du badinage anodin qui se transforme en amour-amitié est donné dès la page 136 quand Léo s’aventure à lui dire : « Ecrire c’est comme embrasser mais sans les lèvres. Ecrire c’est embrasser avec l’esprit« . Au fil des jours, des mois, cette conversation virtuelle ressemble à une longue phrase interminable où aucun des deux n’arrive à mettre un point final, malgré leurs atermoiements et doutes en tous genres. Quelques silences qui ne font que ranimer l’addiction qu’ils ont l’un de l’autre, conscients pourtant que le passage du virtuel au réel risquerait de ruiner leur histoire « imaginaire », parfaite telle qu’elle est. Ils se dévoilent l’intime, nous mettant  parfois en position de voyeur presque gêné de leurs confidences. Ils parlent de tout sans tabou (ou presque), mais en disent peu sur leur quotidien. Emmi lui a confié qu’elle était pourtant « mariée ET heureuse »… Que peut chercher une femme mariée et heureuse, sinon la preuve qu’elle existe en dehors de sa routine bien paramétrée, qu’un homme derrière un écran l’idéalise comme elle veut l’être, est le palliatif à ce sentiment de ne plus exister vraiment ? Oui mais voilà, le virtuel est aussi un miroir où les reflets renvoyés sont trompeurs, déformants, exagérés, ces reflets qui correspondent pourtant à ce qu’ils ont de plus intime. Ils vont chercher à se voir, de rendez-vous manqués en actes manqués (?), il n’y a qu’un pas et vous ne saurez pas s’ils l’ont franchi… Je veux laisser une chance à ceux et celles qui souhaitent le découvrir…. Leur problème, comme le souligne Léo qui faisait juste avant leur échange, une étude  sur le langage par mails dans le cadre de son travail c’est « l’incompatibilité du dialogue écrit et oral qui viendrait à bout de leur relation« . Qu’ils ont également commencé leur histoire à l’envers, qu’il n’y a pas eu « la rencontre » initiale qui détermine si deux êtres peuvent se plaire et envisager d’aller plus loin… « Nous faisons route vers le désenchantement. Nous ne pouvons pas vivre ce que nous écrivons ».  Le vivront-ils un jour ? Une suite intitulée La Septième vague est sortie pour répondre à ces questions que se posaient les très nombreux lecteurs et aficonados de cet opus qui les a laissés sur leur faim ! La lirais-je ? Sûrement… En attendant, que celles et ceux qui souhaitent le lire s’inscrivent dans les commentaires pour qu’il continue son voyage. Merci Pyraustha !

MON AVIS

Je ferai une réponse de « normand » (que les normands me pardonnent, les clichés ont le cuir épais !). Oui, pour le plaisir et le suspense de la lecture, pour la construction originale et novatrice de l’écriture par mails qui ne nuit pas à la montée en puissance des sentiments entre les deux protagonistes, on se passe très bien des chapitres (qui y sont répertoriés malgré tout). L’histoire concerne tant de monde, à des niveaux différents s’entend,  qu’il est aisé de s’y retrouver et nous avons hâte de savoir où cela finit. L’histoire, somme toute banale, de deux solitudes qui s’apprivoisent jusqu’à l’obsession et nous entraîne avec elle « à l’insu de notre plein gré ». Les bémols, je vous en ai parlé plus haut : je reproche dans cette « facilité », à l’auteur de ne pas s’être foulé dans les mails plus longs, il aurait pu y mettre le panache, le petit « truc » qui manque pour en faire un « grand livre » de référence.  Et s’il y a de l’humour (on n’éclate pas de rire non plus !), une petite pincée supplémentaire, distanciée aurait été appréciable. Ils finissent par trop se prendre au sérieux ces deux là ! Quant au style en lui même, c’est le style « mails », sans les smileys, je vous rassure, mais avec les parenthèses qui nous font revenir au début de la phrase, ou pas d’ailleurs… En résumé, une bluette romantique à souhait, pas lacrymale non plus qui à défaut de nous laisser un souvenir impérissable a le mérite de nous faire passer un moment très agréable…

SUR L’AUTEUR

Né à Vienne en 1960, Daniel Glattauer écrit depuis 1989 des chroniques politiques et judiciaires pour le grand journal autrichien « Der Standard ». Il est également l’auteur de plusieurs livres dont Quand souffle le vent du Nord qui s’est écoulé à 750 000 exemplaires à sa sortie en 2006 et a été traduit en 25 langues.

GÖTTINGEN de BARBARA…pour la paix franco-allemande

Hier dans Boule de Suif, la haine du Prussien était exacerbée, et il en fut longtemps ainsi. Barbara,  née le 9 juin 1930, décédée le 24 novembre 1997, de son vrai nom Monique Serf fut élevée par son  père alsacien,  d’origine juive, et sa grand-mère russe Esther Brodsky. Sous l’occupation nazie, ils déménagèrent souvent pour fuir les rafles du régime de Vichy. A 20 ans, elle se rendit à Auschwitz, vomit et ne put visiter les blocks. Elle en  garda un dégoût irréversible pour le « temps du diable et de la haine », priant « pour que jamais il ne revienne « . Avec cette chanson (on aime ou pas !) elle nous appelle à la mansuétude, à ne plus avoir de haine face à l’ennemi héréditaire en nous rappellant que les  enfants… « sont les mêmes à Paris ou à Göttingen… « 

Bien sûr, ce n’est pas la Seine,
Ce n’est pas le bois de Vincennes,
Mais c’est bien joli tout de même,
A Göttingen, à Göttingen.

Pas de quais et pas de rengaines
Qui se lamentent et qui se traînent,
Mais l’amour y fleurit quand même,
A Göttingen, à Göttingen.

Ils savent mieux que nous, je pense,
L’histoire de nos rois de France,
Herman, Peter, Helga et Hans,
A Göttingen.

Et que personne ne s’offense,
Mais les contes de notre enfance,
« Il était une fois » commence
A Göttingen.

Bien sûr nous, nous avons la Seine
Et puis notre bois de Vincennes,
Mais Dieu que les roses sont belles
A Göttingen, à Göttingen.

Nous, nous avons nos matins blêmes
Et l’âme grise de Verlaine,
Eux c’est la mélancolie même,
A Göttingen, à Göttingen.

Quand ils ne savent rien nous dire,
Ils restent là à nous sourire
Mais nous les comprenons quand même,
Les enfants blonds de Göttingen.

Et tant pis pour ceux qui s’étonnent
Et que les autres me pardonnent,
Mais les enfants ce sont les mêmes,
A Paris ou à Göttingen.

Ô faites que jamais ne revienne
Le temps du sang et de la haine
Car il y a des gens que j’aime,
A Göttingen, à Göttingen.

Et lorsque sonnerait l’alarme,
S’il fallait reprendre les armes,
Mon cœur verserait une larme
Pour Göttingen, pour Göttingen.

Mais c’est bien joli tout de même,
A Göttingen, à Göttingen.

Et lorsque sonnerait l’alarme,
S’il fallait reprendre les armes,
Mon cœur verserait une larme
Pour Göttingen, pour Göttingen…

BOULE DE SUIF de Guy de Maupassant (nouvelle).

L’histoire commence sur un tableau de la campagne normande en plein hiver où grouillent des soldats en déroute et en guenilles, hagards, que la faim et la défaite annoncée, ainsi que l’invasion prussienne bien réelle poussent à errer sans but et sans chef.  Fantassins, hussards, soldats de la Garde  Mobile Nationale, ne se reconnaissent plus entre eux et en viennent parfois à se tirer dessus comme des lapins. Ce premier tableau est important dans la mesure où il situe à la fois l’action dans le temps mais il nous dit aussi ce que Maupassant en pense : « Car la même sensation reparaît chaque fois que l’ordre établi des choses est renversé, que la sécurité n’existe plus, que tout ce que protégeaient les lois des hommes ou celles de la nature, se trouve à la merci d’une brutalité inconsciente et féroce ».

C’est dans ce contexte fébrile de la guerre de 1870 à Rouen, où l’occuppation prussienne a dépassé l’invasion, que trois couples, deux religieuses, un démocrate et une protistuée vont se précipiter dans la première diligence pour Dieppe, laissant derrière eux commerce, château, monastère ou rentes confortables. Dans la description détaillée, ciselée qu’il fait de ce microcosme représentatif de la société de l’époque (et que l’on pourrait aisément retranscrire aujourd’hui), il dit comment d’aucuns prennent de petits arrangements avec leur conscience pour mieux enfumer le chaland (le couple de commercants), entretenir un blason toujours nanti (le couple de nobles) ou préserver le vernis doré et hypocrite d’une politique (le couple de politiciens-propriétaires) : « Les six personnes formaient le fond de la voiture, le côté de la société rentée, sereine et forte, des honnêtes gens autorisés qui ont de la Religion et des Principes ». Viennent s’ajouter un personnage haut en couleurs, le « démoc », l’opposant au régime qui fait sa « résistance » personnelle pour se dédouanner un peu d’être un privilégié, les deux religieuses, confites dans leurs prières, les yeux baissés sur leur  rosaire et dont une se révèlera aussi odieuse que les autres et bien sûr une femme,  « une de celles appelées galantes, à l’embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de Suif « .

Du début du voyage en calèche, en passant par les trois jours où ils restent confinés à l’hôtel occupé par les Prussiens, et dont la condition de repartir est que Boule de Suif accepte de coucher avec leur commandant (c’est dit comme ça dans le texte), jusqu’au départ de l’hôtel, Maupassant nous déploie toute la palette de sentiments et de réalisme qui colore ce périple.

Boule de Suif, méprisée et toisée au départ, retrouve un intérêt auprès des autres quand ils s’aperçoivent qu’ils n’ont pas prévu de provisions et que la calèche s’enlise dans la neige, les retardant dans leur voyage. Boule de Suif va partager son panier de deux jours avec tous et avec plaisir, elle sera leur (presque) égale dans la faim, tout au moins gagnera en respectabilité. Plus tard, à l’hôtel, quand le tavernier annonce la condition du départ, ce sont d’abord cris étouffés et offusqués des messieurs-dames, surtout des dames qui pensent que cela aurait pu tomber sur elles. Deux jours et deux nuits où la haine envers Boule de Suif va gonfler, pleine des rancoeurs que l’on reproche aux prostituées avec en plus, la colère de voir qu’elle ne cède pas, les mettant en danger, alors qu’après tout c’est son métier !  » Et aujourd’hui qu’il s’agit de nous tirer d’embarras, elle fait sa mijaurée cette morveuse !… Moi je trouve qu’il se conduit très bien cet officier « . Mais Boule de Suif est patriote, elle a déjà sauté à la gorge d’ un Prussien (suscitant leur admiration au début du voyage) et ne veut pas se donner à l’ennemi. Elle finira par se rendre sous les oreilles attentives et comblées des couples restés en bas du couloir de l’auberge et qui apprécient sa reddition… Seront-ils reconnaissants envers elle de son sacrifice ? Que nenni, ils ne la mépriseront que plus, la renvoyant au cul de basse fosse dont elle vient, ignorant ses larmes et sa faim lorsqu’ils repartent avec un panier, eux, panier qu’ils ne penseront même pas à partager avec elle. Une putain s’est couchée pour la France alors qu’ils se couchaient devant l’ennemi, l’avarice des sentiments et la mesquinerie incrustée dans leurs âmes pleines de Principes et de Religion. Le « démoc », avec sa barbe rousse hirsute et ses longs cheveux gras, commencera à siffler la Marseillaise (qui n’était pas encore l’hymne national, mais subversive), essayant de les faire sursauter mais ils feront semblant de ne pas entendre, occupés à se gaver ni de voir les larmes qui roulent, piétinées sous les sabots des chevaux, sur le visage humilié de Boule de Suif… Comme si le courage, malgré sa dimension ici, ne pouvait jamais dépasser le statut social des plus humbles.

Quelques petites phrases bien senties :  » Car la haine de l’Etranger arme toujours quelques Intrépides prêts à mourir pour une Idée « ./ « Quand il y a des gens qui font tant de découvertes pour être utiles, faut-il que d’autres se donnent tant de mal pour être nuisibles ! ». /« Cornudet (le démocrate), indigné de l’entente cordiale établie entre les vainqueurs et les vaincus, se retira, (…). Loiseau eut un mot pour rire  » Ils repeuplent’. Monsieur Carré-Lamadon eut un mot grave : « Ils réparent ». « 

SUR LA NOUVELLE ET MAUPASSANT :

La préface de Nicolas Millet est très intéressante : elle nous apprend que cette nouvelle paraît en 1880 pour la première fois alors qu’il a à peine 30 ans, avec le choix délibéré de l’auteur de la faire paraître dans le recueil Des Soirées de Médan, afin de revendiquer implicitement son appartenance au mouvement naturaliste. « Méthode littéraire qui cherche à introduire dans l’art, la méthode des sciences expérimentales. En suivant la métode du scientifique l’écrivain se fait à la fois observateur et expérimentateur ». Un recueil collectif où il apparaît à côté de Zola et Huysmans. La nouvelle tirera des éloges dithyrambiques à Flaubert dont il est le disciple  :  » Il me tarde de vous dire que je considère Boule de Suif comme un chef-d’oeuvre ! Oui, jeune homme ! Ni plus ni moins, cela est d’un maître (…) Ce petit conte restera, soyez-en sûr ! Quelles belles binettes que celles de vos bourgeois ! Pas un n’est raté ! », etc, etc. « Un mois plus tard, le 8 mai 1880, Gustave Flaubert, né à Rouen, mourut. »

Alors oui, Boule de Suif est restée et je la trouve particulièrement actuelle, comme le souligne également Nicolas Millet,  le commerce fait avec le corps des femmes se poursuit, les guerres ne sont pas finies de par le monde et peuvent entraîner des dérives semblables à tout moment. Et avec lui j’ajouterai  : « Maupassant est donc à lire de toute urgence, à l’âge où le désir de changer le monde ne peut être accompli qu’après l’avoir appréhendé. (…) Or la littérature en général et la prose de Maupassant en particulier en constituent sans doute le meilleur moyen. »

Ceci est ma 4ème participation au CHALLENGE LA NOUVELLE de Sabbio

DÉSIR D’HISTOIRES 30

Roulements de tambour ! Le 30ème Festival de Désir d’histoires est ouvert !!! Pas de palme d’or à gagner mais un jeu d’écriture ludique dont vous trouverez les règles chez Livvy (Olivia Billington quand elle est sérieuse !), jeu qui consiste à rédiger un texte en y incluant des mots imposés, au nombre de 15 cette semaine : tourterelle – armure – aspérités – fil – hirondelle – suffisant -nuage(s) – canneberge – fête – assurance – écarlate – clarinette – marguerite – astéroïde – systématique.

 

LANGUEUR OCÉANE 

Yann déposa son vélo dans les genêts, une marguerite  aux lèvres et courut vers la plage qui jouait avec les vagues. Il ne la reconnut pas tout de suite. Un astéroïde semblait en avoir déchiqueté les contours et lissé les aspérités. La dune avait gagné du terrain. Il se souvint de la terrible tempête de l’année précédente où certains avaient trouvé la mort, noyés dans leur grenier. Il chassa cette image d’épouvante et s’assit sur le sable tendre de la crique où tanguait un voilier de passage. Il attendait Mathilde, chaque jour depuis un mois maintenant. C’était leur plage, leurs rochers, leur adolescence qui battait à tout rompre sous les  galets, mais aussi un amour toujours informulé qui courait sous sa peau. Depuis quand ne s’étaient-ils pas revus ? Deux, trois ans ? Cette fois, il trouverait l’assurance pour lui avouer ses sentiments. Il se trouvait stupide pour ne pas dire autre chose, seul à ruminer sur cette fille qui ne disait jamais oui, mais pas vraiment non. Sa bouche fermée sur des secrets que personne n’interrogeait et d’où , parfois, des sourires comme des cerfs-volants  s’échappaient sans que l’on puisse les rattraper ; comme elle, inssaisissables. Comme les nuages languides qui passaient en silence. Il se remémora leur dernière rencontre au marché du village. Elle, longue et blanche comme une porcelaine, contrastant avec les touristes tannés du camping voisin. Lui, soudain écarlate sous son hâle, l’oeil en fête essayant de murmurer sans bafouiller quelques mots insipides qui ne l’avaient visiblement pas touchée . Il passait souvent le soir devant chez elle et entendait de la musique. Qui donc tirait ces lamentos de la clarinette ? Il l’imaginait au piano ou à la guitare accompagnant toujours le blues triste qui se jouait là. Personne n’avait jamais vu les autres occupants de la maison aux volets bleus, et tout le monde avait une histoire sur ce mystère. Il était bien encore le seul à s’y intéresser. C’était systématique. Il ne pouvait revenir ici sans penser à elle. Un fil les reliait,  ténu et fragile, fil qui lui attachait l’âme malgré lui ; s’en souviendrait-elle ? Il l’accrochait à son armure d’argile de chevalier déchu et sans espoir, Don Quichotte victime des mirages des amours impossibles. Le réel lui échappait pendant que la lumière baissait, les ombres bruissantes devenaient opaques, les tourterelles dans les arbres des buissons voisins rentraient au nid deux par deux. Deux par deux… Il n’en pouvait plus de cette attente morbide dans laquelle il  s’effilochait ; il ramassa un coquillage roulé par les marées et décida de rentrer. Soudain de la musique s’échappa du bateau ; il stoppa net,  scruta le voilier illuminé à présent et crut voir une silhouette lui faire de grands signes.

Il courut vers le bateau, incrédule, au fur et à mesure qu’il approchait ; il savait que c’était elle et ce blues triste qui montait dans l’air, il l’eût reconnu entre tous. Sa longue silhouette blanche, ses cheveux fauve qui flamboyaient et sa tête à lui transformée en brasier.  La mer remontait, il dut nager pour accoster. Le nom du bateau écrit en lettres noires, « L’hirondelle » l’empêchait de voir ce qui se passait au-dessus. Elle lui lança une corde et en moins de temps qu’il n’en faut il fut devant elle. Ils s’embrassèrent comme deux vieux amis, joyeux mais à son grand désarroi, sans fièvre excessive. Il reconnut l’odeur du sirop de canneberge qu’elle sirotait, mélangé à quelques bulles de circonstance. Un homme athlétique au sourire trop blanc les rejoignit et, avec un bonheur insolent elle lui lança : « Yann, je te présente mon mari  » ! Les cris stridents des mouettes emportèrent plus loin le sanglot qui montait dans sa gorge.

MANGE, PRIE, AIME ou pourquoi ça n’a pas marché en France…

Boudiou !! Je me suis attelée à visionner l’internationalement connu « Mange, prie, aime », tiré du livre éponyme d’Elizabeth Gilbert qui s’est vendu à des millions d’exemplaires Outre-atlantique et qui, au grand désespoir et étonnement des maisons d’édition françaises ( Lévy et Musso se vendent si bien !) n’a jamais décollé dans l’hexagone. Alors ils nous ont envoyé le film pour nous mettre en bouche avec la toujours sublime Julia Roberts et le craquant Javier Bardem qui se sont carrément fourvoyés dans ce film de 2 h 20 !! Vous avez bien lu, tout ça pour ça. Je ne connais pas le livre, donc je serais bien incapable de vous dire s’il est « à la hauteur » du film ou vice-versa ! Et je ne veux surtout ne plus le savoir pour tout vous dire, vu que j’ai piqué du nez deux fois, qu’il m’a fallu rembobiner, pff ! Une harlequinade soporifique,  à déconseiller si au départ vous avez une baisse de tension, celle d’attention s’ensuivra rapidement. Heureusement c’était une copie gravée par ma cousine, je n’ai donc rien investi ! Mais la sensation désagréable d’avoir perdu 2h 20 me reste en travers de la gorge. Un film blockbuster (excusez si l’orthographe n’est pas juste) qui sort juste six mois après en DVD, ça doit mettre la puce à l’oreille. La puce ne m’a pas assez piquée…

DE QUOI CA PARLE et COMMENT CA PARLE ?

Premier plan : Liz (Lizzie à l’occasion) est à Bali et rencontre un vieil homme édenté qui lui remet une sorte de « protection » (un doudou en papier représentant des totems magiques), lui affirmant qu’elle connaîtra deux mariages, l’un bon, l’autre pas et qu’elle reviendra le voir un jour… Bon !! Elle lui a bien demandé si elle était dans son « bon mariage », il s’est contenté de sourire de ses trois dents restantes, laissant planer un suspense insoutenable…

Alors là je vais faire court car les longueurs, les atermoiements qui frisent le ridicule (ils sont ridicules) m’ont légèrement hérissés le poil : de retour dans sa vie de journaliste et auteure à succès, elle décide qu’elle n’y est plus à sa place et surtout, surtout, elle n’éprouve plus de plaisir à RIEN (pôvre petite fille riche !!). Elle largue donc son mari vénal contre forte indemnisation pour vie conjugale ratée, fricote un court moment avec un bellâtre de 28 ans (dix ans de moins qu’elle on suppose) avant de tout plaquer et de prendre une année sabbatique. Mais pas folle la guêpe ! Elle conclut un pacte avec son éditeur (contre avance sonnante et trébuchante), elle lui promet de faire un livre de cette « quête initiatique » à son retour. Elle l’a fait !! Dans ce début, déjà, petites phrases révélatrices du ton de l’ensemble : elle discute avec son amie qui vient d’accoucher et lui confie son regret de n’être pas encore primipare, laquelle rétorque : « Tu sais, un enfant c’est comme un tatouage sur le visage, tu le gardes à vie. Réfléchis bien »  ! Haan, celles et ceux qui en ont cinq apprécieront… ou encore quand sa décision de divorcer est prise : « La seule chose la plus impossible que rester était celle de partir ». Percutant non ? Ou encore quand elle décide de se mettre à prier, toutes vannes lacrymales ouvertes : « Bonsoir Dieu. Heureuse de te rencontrer enfin. (sniff et sniff de culpablité bien placés)…Dis-moi quoi faire et je le ferai ».  On y croit, comme à l’accouplement d’une girafe et d’une tortue ! Et puis ce « nice to meet you » très Connecticut, ça vous situe la Lizzie, à qui le concept de la prière a toujours été totalement étranger ! ! Il y en a plein le film mais j’en ai lâché mon stylo !

Quatre mois en Italie à manger des pizzas pour se remplumer, il y a pire vous en conviendrez, puis quatre mois en Inde pour équilibrer ses chakras malmenés (beau-liwoudien à mourir) et bien sûr le reste à Bali (elle y retourne, fallait pas faire mentir le gourou) et puis Bali c’est mieux que Jakarta si vous choisissez l’Indonésie hein ? ET ENFIN, après avoir mangé, prié, elle AIME !! Le beau Javier apparaît sur l’écran, il était temps !! Happy end bien sûr. La morale est sauve et le respect des standards de la bienséance « prout-prout » américaine respectés !! Et on peut enfin s’endormir, pas besoin de Valium, vous en avez déjà une bonne dose dans le sang !! Ca vous a plu ??  Tant mieux, moi je n’ai pas aimé du tout du tout… Cela dit, je vous ai mis (charitable que je suis) la bande annonce, dans laquelle tout est dit, le principal, et au moins, une partie des clichés vous sont épargnés.