JOURS ORDINAIRES d’Yves Simon (1988)


Oui je sais, je vous bassine avec Yves Simon mais cet auteur plus connu pour ses chansons a aussi une bibliographie conséquente et a été plusieurs fois récompensé de prix prestigieux ; à la fin de ce billet, je lui consacre un récapitulatif destiné à vous éclairer sur son oeuvre…

Ces « Jours ordinaires » tiennent dans  un petit recueil de 74 pages, une mise en bouche pour ceux qui souhaiteraient découvrir son oeuvre. Il le présente ainsi lui-même en quatrième de couverture :

 » J’ai écrit ces textes au fil du temps, des heures. Un journal ? Peut-être. Mais rien n’est daté. Plutôt une liste des choses qui m’ont fait battre le coeur, comme l’écrivit autrefois SEI SHÔNAGON, cette courtisane raffinée d’une cour japonaise. Notations express de l’air du temps, le temps des années 80 avec quelques-uns des personnages -illustres ou inconnus- qui les traversent : rencontre inattendue avec Jean-Luc Godard, message de Wim Wenders griffonné depuis un bar de Tokyo, François Mitterrand qui rit dans un petit salon de l’Elysée. Les petites amoureuses sont là, elles aussi , Paris et tous ces passants qui se demandent, comme moi, qui se souviendra de ces détails, de ces gestes dérisoires qui habillent nos vies, de ces pensées fugaces pour un visage qui bouleverse : ces tendres stocks d’images et de sensations que l’histoire oublie, mais qui hantent nos séjours secrets. » Y.S.

« L’ensemble du livre donne un grand sentiment de dignité et de douceur »  a écrit Gilles Deleuze.

Et plus encore. Il y a une rencontre très drôle avec Jacques Higelin et David Bowie une nuit dans un parc, l’image de Jean-Paul Kauffmann qui réapparaît un jour à la télévision après mille jours de détention… et tous ces anonymes qui lui inspirent d’amoureuses réflexions comme des plus amères lorsqu’il parle de sa rencontre avec Hiroshima où il est allé chanter face à 20 000 personnes, page 16: « Quand le train express s’est arrêté à la gare d’Hiroshima, je me suis dit à plusieurs reprises : « Je suis à Hiroshima, je suis à Hiroshima… » J’ai marché sur un trottoir, puis un taxi m’a emmené, et là encore il a fallu que je me répète : « Je suis dans un taxi à Hiroshima. A Hiroshima… » J’avais besoin de penser ce mot de ville, d’inscrire dans ma tête ces syllabes d’Hiroshima tant il est difficile, avec les lieux de malheur, de s’habituer à ce qu’ils aient survécu, et que l’on puisse encore y vivre comme ailleurs. » Parlera-t-on de Fukushima ainsi dans plusieurs années ?

Il parle de tout mais beaucoup, comme dans la plupart de ses livres, de voyages, immobiles ou réels, comme si ce fils de cheminot avait été hanté longtemps par les trains, les rails, les départs sans retour ou avec, les gens de passage, anonymes sublimes ou décadents, agitant face au soleil un miroir perpétuel qui lui renverrait les images de ses crépuscules, de ses illusions perdues et à venir. On devine entre les lignes, les failles souterraines de cet homme hyper-sensible et profondément humain, failles qu’il colmate avec des mots sans toutefois parvenir à chasser cette mélancolie puissante qui émane de lui. Un homme « à femmes » également qui n’a pas peur d’avouer qu’il a eu des amours tarifées mais aussi de magnifiques histoires d’amour de la vie ordinaire, certains passages en reflètent l’âme tout particulièrement (page 80): « Je voudrais que tu saches que mon envie de toi est l’envie de l’histoire que tu possèdes dans ta mémoire. La moitié du monde est en moi, l’autre moitié se trouve dans les souvenirs de ton corps. Quand je fais l’amour avec toi, je fais connaissance avec quelques unes de tes douleurs et de tes déchirures   et je sais comment étaient les lèvres de ton premier baiser et le désespoir de ton premier chagrin. »

Et puisque je suis sûre que vous en reprendrez bien un petit,  dès la première page c’est ça :  » J’ai gardé de mon enfance les cruautés simples et les imaginations désordonnées. J’ai erré à la recherche de sorcières, de Christ buvant des demis pression aux comptoirs des gares terminales, et je n’ai trouvé que moi, avec cette cicatrice étrange dans le regard et ces mains qui tremblent quand il faut se quitter. »  Pour en savoir plus, il vous faudra le lire…ou pas.

A PROPOS D’YVES SIMON

Retracer son parcours complet de chanteur ET d’auteur équivaudrait à vous faire avaler 6 pages de Wikipédia plus des infos intéressantes glanées sur son site que je vous conseille de visiter . J’ai donc fait un mix des deux et des « coupes » sur sa carrière de chanteur (qu’il me pardonne !) mais aussi dans ses oeuvres littéraires plus abondantes que je ne le pensais. Il est né un 3 mai 1944 à Contrexéville dans les Vosges d’un père cheminot et d’une mère serveuse, puis infirmière. Ses parents lui offrent à 8 ans un accordéon diatonique et à 16 ans , Salvatore Adamo qui le fascine va concrétiser son rêve de devenir auteur et interprète. Il passera son bac d’abord (non mais), s’inscrira à la fac de lettres de Nancy mais montera à Paris à 19 ans. Après avoir fait l’IDHEC (école de cinéma) et obtenu un diplôme de Lettres, il part courir le monde, en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. De sa vie privée on ne sait pas grand-chose, il a beaucoup papillonné (dont -et avec- Marie Trintignant si je me souviens bien) et serait en couple actuellement avec Patrice-Flora Praxo, peintre, photographe et actrice.

En 1971, il publie deux romans la même année, Les Jours en  Couleur  et L’homme Arc-en-Ciel. Sa carrière d’écrivain décolle. 1975, Transit-Express (très beau), 1979, L’amour dans l’âme (magnifique), 1982, Océans (dans ma PAL) qui recevra cet hommage de Michel Foucault :  » Yves Simon est l’un de ceux dont l’oeuvre m’importe énormément et sous toutes ses formes ». En 1987, Le Voyageur Magnifique obtiendra le Prix des Libraires 1988. En 1988, toujours, Jours Ordinaires, dont je viens de vous parler. En 1991, La Dérive des Sentiments, son 7ème roman obtient le Prix Médicis (mérité!) et en 1994 le Grand Prix Poésie de la SACEM lui est attribué. En 1996, 8ème roman, Le prochain amour (dans ma PAL). En 1997, il publie simultanément un recueil de nouvelles, Un Instant de Bonheur et un essai regroupant diverses interventions et articles, La Ruée vers l’Infini. Il reçoit le Grand Prix Chanson 1997 de l’Académie Française (siouplaît). ( Là je re-saute). En 2003, un essai autobiographique, La Manufacture des Rêves. Son dernier roman intitulé « la Compagnie des Femmes » (on ne le refera pas) est sorti en 2011. Cette année, il est également un des membres du jury du Prix Françoise Sagan (arrggh !). Voilà, pour plus de détails allez sur son site,  pour les fans, vous y trouverez son adresse mail ! Et sur Wikipédia of course… Pour info, la plupart de ses oeuvres, voire toutes sont éditées chez Grasset et en Livre de Poche.

40 réflexions au sujet de « JOURS ORDINAIRES d’Yves Simon (1988) »

  1. ma soeur était fan pendant son adolescence, c’est donc comme chanteur que je le connais plus que pour ses romans. Donc merci pour ce billet très complet !

  2. Tu es dithyrambique en parlant d’Yves Simon 🙂
    Il est essentiellement pour moi le chanteur de ma jeunesse (et que j’aimais bien quand-même). Quand j’ai découvert qu’il écrivait, j’ai acheté un premier titre (dont j’ai totalement zappé le titre et le contenu 😦 ) et qui m’a profondément déçu car pas du tout dans la veine de ce que j’aimais

    J’ai lu, la voix perdue des hommes. ça ne m’a pas laissé un souvenir impérissable 😦
    Faudra peut-être que je le relise pour voir si tu m’as fait changer d’avis 😀
    Et je pense que je referai une tentative avec son dernier « la compagnie des femmes », car il est passé à Thé ou Café et comme je suis fan de Catherine Ceylac,je vais essayer de lui faire confiance 😀 et ce sera ma 3eme et dernière tentative si je n’arrive pas à accrocher plus que pour les deux premiers

    Bonne journée

    • C’est une « dithyrambe » globale ! Pour dire qu’il n’est pas QUE un chanteur à minettes… Et moi non plus je n’ai pas tout aimé de sa prose, comme toi, j’aimerais lire sondernier surtout pour voir son évolution et j’aime aussi « Thé ou café » !!^^

  3. et be!! quel billet!!! plein d’amour ( ne craignons pas les mots:)) !! et je reconnais que les extraits que tu as choisis montre un ecrivain digne de ce nom.Je n’aime pas trop le chanteur mais là je crois que tu m’as convaincue d’aller à la rencontre du romancier.

  4. J’ai toujours eu un peu de mal avec Yves Simon en tant qu’écrivain : j’ai essayé et je n’ai pas réussi à « entrer » dans son monde.

    • J’avoue qu’il n’est pas toujours « égal » et que j’ai lu le meilleur et le pire avec lui, surtout certains au début trop « modeux » mais globalement, quand il laisse son égo de côté il est bien !!^^Justement dans ces Jours ordinaires, il est plus sobre dans l’écriture et ça lui va bien… Maintenant les goûts…

  5. Je ne sais plus si c’est chez toi que j’ai parlé récemment d’Yves Simon… tu vas vraiment me réconcilier avec cet auteur et je pense même à ressortir Le Prochain amour !Lecture commune à venir?

    • J’en ai parlé jeudi dernier, donc c’est possible, il faut que j’aille voir !! 😉 Le prochain amour est toujours dans ma PAL car justement je n’avais pas accroché au début mais bon, c’était il y a 10 ans, voire plus ! Pourquoi pas une LC ? Mais pas avant juillet car j’en ai une par mois, ce qui est amplement suffisant à mon rythme « escargot » ? En revanche, je ne sais toujours pas afficher les LC à droite sur mon blog…Et Delphine est en vacances !! Tu me dis pour juillet ?

    • Il n’y a qu’une toute petite page sur cette anecdote avec Bowie !! C’est un carnet d’impressions fugaces, donc si tu n’aimes pas le reste, ne te précipite pas non plus !! 😉 Je le repète, c’est une mise en bouche…^^

    • Quand j’aime, j’aime !! Mais il y a aussi des bémols dont je n’ai pas parlé car ce n’était pas pour ce livre et j’avoue que j’étais un peu fatiguée après les 6 pages Wikipédia+son site !!^^

    • C’est la génération de tes parents !! Demande leur, ils doivent bien avoir au moins un titre en tête. Quant à l’écrivain, c’est spécial et pas toujours partagé, mais bon, il en faut pour tout le monde… Tu peux aller sur son site et tu auras déjà une idée…^^

  6. je crois que je t’ai déjà parlé d’Yves Simon, je ne sais plus, pardon si je me répète, moi je préfère l’auteur/compositeur/interprète à l’écrivain, je suis comme Ys, je n’arrive pas à entrer dans son univers…par contre ma soeur adore ses livres et son style, alors, comme tu dis, les goûts, hein..
    par contre je ne trouve pas du tout que ce soit un « chanteur à minettes », il vaut bien mieux que ça , à mon avis!

    • Oui nous en avons parlé jeudi dernier où j’avais déjà mis une citation de Transit-Express, et je respecte les goûts (d’autant que je n’aime pas tous ses livres non plus mais l’oeuvre globale disons) et chanteur à minettes, ce n’est pas de moi, hélas, il a longtemps été catalogué comme ça, après Diabolo Menthe et bien sûr qu’il mérite mieux !! Ah mais !!^^

  7. Mais non, tu ne nous bassines pas ! Moi aussi je l’apprécie. D’ailleurs j’avais mis un article en lien sur facebook. j’espère que tu as pu le lire. 😉

    • Même pas !! FB je n’y vais que rarement et comme je l’ai déjà maintes fois expliqué, la technique et moi… Comme je n’arrive pas à me créer une page FB pour le blog, je n’y vais que pour prendre des nouvelles de ma famille… Mais je vais y arriver, on y croit hein !!

  8. Bon alors je vais [encore] passer pour une inculte… je ne connaissais pas… même pas de nom. Non je n’ai pas grandi au fin fond d’une caverne. oups ! C’est un manque à pallier d’après ce que j’ai pu comprendre 🙂

    • Mais pas du tout, d’autant qu’il s’est fait très rare ces dix dernières années (voire 15). Moi, c’est une partie de ma jeunesse, donc voilà… Mais tu peux aller sur son site, j’ai mis un lien ou écouter ses chansons sur Youtube, ça te donnera une idée… 😉

  9. He bien quel enthousiasme… Nous n’avons rien à dire sur Yves Simon qui nous est toujoues , mais bon s’attirer les louanges de Gilles Deleuze et Michel Foucault, c’est déjà la classe!

    • Mince le commentaire est parti avant de l’avoir terminé:

      He bien quel enthousiasme… Nous n’avons rien à dire sur Yves Simon qui nous est toujours apparu comme un type sympathique mais qui nous a jamais donné le désir de lires es livres, mais bon s’attirer les louanges de Gilles Deleuze et Michel Foucault, c’est déjà la classe!

      • J’ai commencé à l’aimer avec « Les gauloises bleues » et je me suis mise à sa prose souvent inégale avouons-le ! Mais quand il est bon, il est bon, après on aime ou pas ! J’ai hâte quand même de découvrir son dernier roman et voir comment il a évolué… Et c’est vrai qu’il n’est pas du genre à se « vendre » non plus…

        • C’était exprès !!^^ On ne s’en lasse pas hein ?? Heureusement que je n’ai pas vécu là, bonjour l’accent… Il y a un très beau livre de Michel Ragon intitulé L’accent de ma mère, je te le conseille, d’ailleurs j’en ai encore un de lui dans ma pal que je vais exhumer un de ces quatre…Bondl’a !!

    • C’est très spécial, il y en a beaucoup qui aiment le chanteur et pas l’écrivain et vice-versa. Il n’a pas toujours été égal dans ses oeuvres mais Le voyageur immobile et La dérive des sentiments sont très bien, enfin j’aime, maintenant…les goûts…Bises à toi !!

  10. Je l’ai lu pas mal adolescente, je l’aimais beaucoup… Puis je l’ai un peu oublié… Du coup tu me donnes envie de chercher mes vieux bouquins… Mais où sont-ils, là est la question… :0)

    • Ah ah ! Les déménagements servent parfois à retrouver ce genre de choses… J’en suis la preuve… J’aimerais bien savoir quand même comment il a évolué et je lirais bien son dernier… 😉

  11. Moi je le connais essentiellement comme chanteur mais une copine m’en vante régulièrement les mérites. Il y a deux jours à la FNAC je cherchais le dernier Benameur qui semble t-il est excellent et je suis tombée sur « La compagnie des femmes ». J’ai longtemps hésité à le prendre ne sachant pas trop si cet auteur me plairait. Finalement j’ai opté pour tout autre chose mais ton article me donne aujourd’hui envie de le lire.

    • C’est celui que j’aimerais lire en sachant que son premier date de 1971…et le Prix Médicis en 1987 pour La Dérive des Sentiments, il a changé quand même !! je l’ai toujours bien aimé, voire adoré en tant que chanteur à une époque, il passait en boucle !!^^

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