NE PLEURE PAS MARTINE !

En ce grand jour d’ouverture de colis, dans le cadre du swap à 2 PAL, organisé de main de maître par LiliGalipette, je voulais rassurer ma binôme, Martine, qui a des soucis (inqualifiables, disons le) avec son bureau de poste !

Il peut arriver que les facteurs (nous les aimons bien pourtant !) nous jouent de sales tours et perturbent nos plannings.

Alors, bien sûr  c’est rageant de savoir que le colis préparé avec amour se promène quelque part dans la nature ! Et comme je sais que Martine s’arrache le cheveux depuis une semaine, je tenais à la rassurer, à la déculpabliser surtout pour ce contretemps dont elle n’est aucunement responsable. Comme nous habitons toutes deux des petits coins retirés, j’avais bien pensé lui envoyer un corbeau pour pallier les déficiences récurrentes de La Poste, mais je ne pense pas que les choses avanceraient…

Tiens bon Martine !! Je ne t’en veux pas du tout, j’attendrais et je tenais à ce que tu le saches !! (Les photos viennent de ce site et le corbeau vole par là)

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DÉSIR D’HISTOIRES 28

Ma participation au jeu d’écriture  initié par Olivia Billington, et dont vous trouverez les règles sur son blog. Cette semaine les mots imposés sont : magie – éphémérides – bouquetin – siècle – trace(s) – lassitude – cornichon – capsule – écran – impressions – fauvette – herbe.(12)

 

MAL DE CHIEN

Edith avait marché longtemps. Elle venait de franchir avec difficulté la rivière dont on percevait encore les murmures joyeux sur les pierres qui affleuraient en surface. La dernière crue avait emporté la passerelle de bois dont les vestiges s’égayaient sur les rives mangées d’herbes hautes. Une immense lassitude courait sous sa peau, elle eût envie de se jeter là dans l’herbe,  de s’évanouir comme par magie de la surface de la terre, sa trace gommée à jamais dans les éphémérides du temps.

A quelques pas maintenant, l’imposante demeure se dressait devant elle, un sourire élégant au coin des fenêtres qui la fascinait et l’inquiétait. Elle fouilla la poche de son jean râpé, en sortit une lettre jaunie et tachée et la voix d’un certain  Matthieu se cogna sur l’écran muet de sa mémoire :  » Tu as eu la force de brader notre passé, j’ai encore la faiblesse d’y tenir, je ne m’y accroche plus désespérément mais j’aime pouvoir y retourner comme dans ces vieilles maisons où l’on a vécu,  faire le tour des pièces, l’oeil attendri sur un vieux pinocchio en bois oublié sur l’étagère, pour qu’avec lui remonte une histoire,  notre histoire, et tu sais que pour elle je n’éprouve ni   honte, ni regrets…. »  Elle ne savait pas qui était derrière la porte, qui l’attendait et depuis combien de temps. Un siècle s’était écoulé depuis l’accident. Non, elle ne savait plus. Elle touchait au but mais le courage lui manquait. Et pourquoi toutes ces ronces devant ? Etait-il vraiment là ?

Elle sursauta, une impression sournoise d’être observée lui noua la gorge. En se retournant, elle vit un bouquetin, impassible d’orgueil et d’indifférence, posé sur un piton rocheux à quelques mètres seulement. Instinctivement, elle décrocha son vieux Pentax de son épaule mais le temps de cadrer, l’animal avait disparu. Déçue, elle se remit en marche. La maison lui tendait les bras ; malgré les épines,  des fauvettes, des merles et d’autres oiseaux dont elle ignorait le nom étaient postés là sur les arbres alentour. Pas un ne chantait. Le silence, cette attente perceptible qui régnait soudain l’angoissa. Elle stoppa, plongea la main dans son panier, fit sauter la capsule de la canette et but d’un trait le breuvage ambré qui la détendit immédiatement. Alors qu’elle croquait dans son sandwich aux cornichons, un autre bruit se superposa, elle entendit des rires, des verres qui trinquaient, des voix étouffées et joyeuses…Elle s’agenouilla, les deux mains plaquées sur sa tête qui éclatait : rêvait-elle encore ? Le cauchemar continuait, elle ne devait pas écouter, le médecin le lui avait bien dit. Des réponses qu’elle ne voulait pas entendre se terraient derrière la porte, prêtes à lui sauter à la gorge. La mort n’était jamais loin quand elle arrivait à destination, la renvoyant sans cesse à d’autres mirages, d’autres vies où elle n’avait fait que passer. Elle n’était pas folle, pas tant que ça, la lettre venait bien d’ici. La poignée rouillée l’attirait comme un aimant. Elle sonna.

 

La photo vient de

LE CHANT GÉNÉRAL de Pablo Neruda

 

Comment évoquer El Canto General (Chant Général en français) sans parler un minimum de la vie de cet auteur chilien, à la fois poète, diplomate, homme politique et penseur, profondément engagé  à gauche (il sera communiste toute sa vie allant jusqu’à justifier les dérives du stalinisme) et dont les écrits racontent plus de cinquante ans de l’Histoire de son pays mais aussi de l’Amérique latine, de l’Espagne et tant d’autres. Sa biographie très « dense » ne vous sera livrée qu’en « bribes » résumées pour l’occasion, pour ceux et celles qui s’y intéresseraient plus avant, Wikipédia est une bonne source…  

Pablo Neruda (nom de plume) est né, Neftali Ricardo Reyes au Chili en 1904 à Parral (province de Linares) et décédé à Santiago du Chili le 23 septembre 1973, à 69 ans, quelques jours après le coup d’état qui renversa Salvador Allende, le 11 septembre. Sa maison fut saccagée, ses livres brûlés alors même qu’il agonisait à l’hôpital d’un cancer du pancréas. Son inhumation, malgré la protection policière devint une manifestation contre la terreur militaire qui venait de s’installer.

Avant d’être Prix Nobel de Littérature en 1971, il a été consul dès 1927, de Rangoon, en passant par Buenos Aires, Batavia, Calcutta puis à Madrid où il se lie d’amitié avec Federico Garcià Lorca (qui aura une grande influence sur son oeuvre). En 1935,  avec le putsch de Franco et l’assassinat de son ami le 18 juillet, il se fait l’avocat de l’Espagne et se voit révoquer de sa fonction consulaire ; il écrira alors l’Espagne au coeur, publié en 1937 qui fera dire à Jean-Paul Vidal  que son chant « de sombre et solitaire devient solidaire et agissant ». Commence alors pour lui une vie d’exil qui le ramènera d’abord au Chili qu’il fuira, puis en URSS, en Pologne, en Hongrie, en Italie. Mais aussi au Mexique où paraîtra en 1950, son Chant Général, écrit dans la clandestinité et qui sera interdit au Chili. En 1957, il devient président de l’Union des écrivains chiliens tout en soutenant comme il le fera en 1964 la candidature de Salvador Allende. En 1965, il est nommé Doctor honoris causa de l’université d’Oxford. En 1969, le parti communiste le désigne comme candidat à la présidence mais il se désistera pour Salvador Allende. En 1974, son autobiographie, J’avoue que j’ai vécu, paraît à titre posthume et rejoint la vingtaine d’oeuvres de l’écrivain. En voici un extrait :

« Je veux vivre dans un pays où il n’y a pas d’excommuniés.

Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette./ Je veux qu’on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries./ Je veux qu’on n’attende plus jamais personne à la porte d’un hôtel de ville pour l’arrêter, pour l’expulser. /Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie./ Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos. / Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s’épanouir. »

Le Chant Général commencé en 1938, alors qu’il était en fuite et vivait dans la clandestinité, achevé en 1948, est composé  de quinze parties regroupant 342 poèmes en une épopée lyrique où Neruda nous parle de sa jeunesse, de chroniques historiques sur l’époque pré-colombienne, les conquistadors, de l’Histoire et de ses manipulations, du cri des peuples opprimés par les dictatures, des batailles incessantes autour du pillage des richesses par les « gringos » ;  ces poèmes épiques et « prosaïques » sont  écrits dans un langage abordable même s’il savait que certains, n’ayant pas eu accès à l’école ne pourraient le lire. Ce Chant n’est pas qu’à la gloire du Chili mais à l’Amérique latine toute entière (où il est toujours un écrivain culte), et aux pays d’Europe alors malmenés tels l’Espagne, la Grèce ou l’Italie. Il émane  de ce Chant une sorte de minéralité propre aux paysages de la Patagonie, un souffle puissant qui fait déferler des images à un ryhme de cheval au galop dans une pampa aride et insoumise… Ces rapports entre l’homme et la nature lui donne toute sa force évocatrice et symbolique, en redonnant à l’être humain, l’humanité qu’il est en droit d’exiger . Ainsi le musicien grec Mikis Théodorakis ne s’y est pas trompé, lui qui l’a mis en musique si souvent (dans des chansons souvent reprises par Paco Ibanez) en ralliant les causes qu’il défendaient. Ainsi en entrée, le petit poème de « Comment naissent les drapeaux  » :

« Nos drapeaux sont ainsi pour le moment. /Le peuple les broda avec le fil de sa tendresse, il en cousit le tissu avec sa souffrance. / Il y planta l’étoile avec sa main ardente. / Il  tailla dans une chemise ou dans le ciel/ du bleu pour l’étoile de la patrie. / Le rouge naissait goutte à goutte. »

Et pour finir, une partie du dernier poème de ce livre, intitulé « Je m’arrête ici » :

« Ici prend fin ce livre qui est né / de la colère comme une braise, comme les territoires/ de forêts incendiées, et je désire /que tel un arbre rouge il continue/ à propager sa flamme claire./ Mais dans ses branches tu n’as pas trouvé/ que la colère  : si ses racines/ ont cherché la douleur elles cherchèrent aussi la force,/ et je suis cette force de pierre pensive,/ cette joie de mains rassemblées. / Oui je vais et je viens libre entre les êtres. / je vis parmi les êtres comme l’air. / De la solitude traquée,/ je sors me mêler à la foule des combats,/ libre puisque dans ma main va ta main/ et que nous conquérons des joies qui ne se domptent. (…) Ici s’achève mon Chant Général, / un livre écrit dans la persécution, en chantant sous/ les ailes clandestines de ma patrie. / Aujourd’hui 5 février de l’année/ 1949, au Chili, à « Godomar de Chena ». / J’aurai,/ dans quelques mois, quarante-cinq ans. » 

 

MAFALDA, c’est ma copine !

LE MONDE de MAFALDA par QUINO, Tome 5.

Vous connaissez mon peu de goût pour les BD, il fallait donc bien remédier à cette carence et commencer un jour. Piano, piano… Delphine (encore elle) m’a donné l’envie de (re)découvrir cette petite fille, créée dans les années 60 par Quino et terriblement actuelle.

Le Monde de Mafalda (1982) est encore  hélas , celui d’aujourd’hui.

Mafalda, petite argentine révoltée, lucide et sans trop d’illusions est toujours en quête de vérité, questionne les gens qui l’entoure, réagit selon son coeur et me paraît plus proche d’une adulte que d’une enfant.

J’ai particulièrement souri quand elle questionne sa mère ( p.13) sur l’âge auquel on est « vieux », que celle-ci lui répond qu’il suffit « de garder l’esprit jeune » et que Mafalda lui rétorque : « Oui, mais l’esprit, à quel âge commence-t-il à avoir besoin de maquillage ? »

Après avoir regardé les infos « internationales », dépitée, elle se tourne vers un globe terrestre et lui lance : « Si tu avais un foie, tu parles d’une hépatite, hein ? ». Il y a des amis caricaturés autour d’elle, tel Manolo, le petit « bourge » capitaliste qu’elle remet en place, son cousin Felipe, doux rêveur qui a peur de « ne pas se plaire » s’il grandit trop vite, et ainsi de suite. 

Le monde n’a pas vraiment changé, ni l’actualité depuis la parution de cette BD et si vous ne la connaissez pas encore, (ça m’étonnerait !!), courez vite la découvrir et n’hésitez pas à la présenter à vos enfants… Ces bulles de la page 23 en témoignent encore :  Mafalda, derrière une vitre où une mouche se cogne lui lit le journal en énumérant la liste de catastrophes du jour (on peut aisément les transposer à ce jour) et crie à la mouche :  » Avec tout ça, tu veux encore sortir ? »…

N’y connaissant pas grand-chose en graphisme, j’ai noté que les enfants avaient une bouille bien ronde, au contraire de certains adultes dont le visage s’allonge en vieillissant, comme le nez de Pinocchio quand il ment… Faut-il y voir un symbole de plus ?

A consommer sans modération…

SUIVEZ-LES !

NOOON, pas Laurel, pas  Hardy ! Mais deux compères, drôles, vifs, intelligents, à l’humour tout aussi décalé que leurs aînés… Ha ha ha !! je sens votre curiosité qui monte… et bien vous avez raison ! Il s’agit de deux Monsieurs et néanmoins amis, -il y en a un troisième, Julien, aussi contributeur à ses heures mais toujours dans l’esprit- qui ont ouvert un site, La dernière phalange, que vous retrouverez là .  Beaucoup d’entres vous qui passez ici se souviennent d’aircoba, de son blog dont le glas a sonné sous les notes de The End des Doors, il y a environ trois mois. Ce jeune homme talentueux qui nous pondait des critiques flamboyantes, à faire pâlir les meilleurs qui en ont fait leur métier. Il y a du Rimbaud, du Fitzgerald chez lui et sa croissance n’est pas finie (autant faire copain avant qu’il ne soit célèbre…) !! Il a décidé, pour des raisons de confort personnel de prendre un associé ou est-ce l’associé qui a bien voulu de lui (on ne le saura pas…et on s’en fiche), répondant au doux nom de Mxl, , aussi doué que lui, je vous recommande chaudement ses écrits dans la rubrique « Sur la tempe »  et je confirme que leur site est une petite merveille !

Vous y retrouverez des critiques de livres, bien sûr, les Bouchées bâclées sont toujours là, de l’investigation musicale bien « chiadée », et l’alinéa 5, petit concentré reprenant des extraits des lectures qui passent et nous laissent une trace (une de mes rubriques préférées pour tout vous dire avec Sur la Tempe).

Sur le plan musical, ils passent avec brio du rap au jazz en passant par le rock et…ils ne mordent même pas !! Les amateurs apprécieront à  leur juste valeur. Ils regardent aussi des films !! c’est dans « Images »…ouais ouais…

Leur site est remis à jour le dimanche pour les gros dossiers, parfois plus, car ils bossent dur nos oiseaux (de nuit bien sûr) et nous offrent des articles d’une qualité indéniable. Mais allez-y toute la semaine, il y a de quoi voir et toujours de bonnes surprises. Vous pouvez laisser une empreinte, la propulser, ils vous répondront soit sur le site, soit personnellement… Eh oui, gentlemen en plus !! Bourrés d’humour…  Alors ? Qu’attendez-vous ???

La photo du marsupilami (ma dédicace à Mxl) vient de

LES DÉFERLANTES de Claudie Gallay

LECTURE COMMUNE AVEC Anne (des mots et des notes),  et  Anne (de poche en poche).

Lecture commune qui m’a « pesé » mais je n’ai pas abandonné, n’aimant pas donner un mauvais avis sur un livre sans avoir pris le soin de le lire jusqu’au bout, ne serait-ce que par respect pour l’auteure.

Ce livre avait tout pour me plaire : le titre, le phare, La Hague, ce bout du monde du Cotentin mais je suis restée à la porte, y entrant huit jours après sans perdre le fil tant les redites nous permettent de suivre cette sombre histoire sans risque de nous égarer.  Ce roman est un cliché, tout comme les personnages caricaturés plus que dépeints : Lambert, l’étranger qui ressurgit 40 ans après pour expliquer le naufrage de sa famille ; Lili, la tenancière du bistrot où on boit, où on mange, tout en observant la faune locale et surtout on y « ragote » à longueur de journée, cinquantenaire acariâtre, qui s’occuppe de la Mère (la sienne) après avoir fui la maison du père, Théo,  ancien gardien du phare et ornithologue en retraite que la narratrice vient remplacer dans ce travail mais aussi Père de Lili et ex-mari de la Mère, qui ont toutes deux quitté la maison familiale car il a toujours été amoureux de Nan ; les colocataires de la narratrice : Raphaël, le sculpteur illuminé et talentueux, sa soeur, Morgane trentenaire appétissante en mal d’amour et mal fringuée, punkette déshinibée ne se baladant jamais sans son rat ; Max, amoureux de Morgane, innocent du village qui retape un bateau et en sait beaucoup plus long qu’il n’en dit ;  Monsieur Anselme, vieux garçon affété, obsédé par Prévert, enfant du pays, et qui perpétue sa mémoire, La Cigogne, petite fille triste au bec-de-lièvre, qui circule, silencieuse et amoureuse de Max entre tous ces adultes…et Nan (Florette de son vrai nom), une folle magnifique qui erre sur la grève les jours de tempête, attendant que la mer lui rende le corps de Michel, son fils adoptif disparu,  en portant ces jours là d’amples robes noires où sont brodées à l’intérieur le nom des enfants qu’elle a élevés au Refuge, orphelinat de fortune. Elle coud les linceuls des morts et inspire beaucoup Raphaël qui sculpte des femmes au ventre creux… 

Dans cette atmosphère lourde de non-dits, elle qui souffre et se complait dans sa douleur, qui ne veut surtout pas arrêter de souffrir car après la douleur c’est « le vide », spectatrice de sa vie, elle devient actrice de celle des autres. Mais là où elle aurait pu recueillir des indices en 5 jours, elle en met dix, ne nous épargnant aucun petit détail qui dilue les jolis passages dans une logorrhée insupportable.  Elle distille à chaque page des sentiments sur son amour perdu chaque fois qu’un geste, une odeur le lui rappelle. Elle questionne Théo, le vieux gardien du phare, taiseux, qui ne vit plus que pour ses chats et ses regrets de ne pas avoir épousé Nan qu’il a toujours aimé. A la page 160, le « secret » s’évente et qu’elles sont loooongues les 400 dernières pages… Tout en continuant à voir Lambert de ci de là. De lui ramener un indice glané par hasard… et se perdant dans des détails, des descriptions interminables qui n’ajoutent rien au roman. Tout se terminera bien pour les principaux héros, moins bien pour ceux qui continueront à remâcher leurs aigreurs et leurs rancunes aussi tenaces que le varech accroché aux rochers et deux s’en sortiront grâce à la rédemption et au pardon.

L’histoire commence avec l’arrivée de Lambert, le jour de la grande tempête qui vient chercher des réponses au naufrage du voilier de ses parents et à la disparition de son frère cadet (jamais retrouvé) quarante ans plus tard.  Elle ne déferle hélas que pendant les 20 premières pages…cette tempête. On comprend tout de suite que l’ornithologue (elle n’a pas de nom la narratrice, sauf au milieu du livre où Lambert l’appellera une seule fois La Ténébreuse) a un penchant immédiat pour lui, alors qu’elle est venue tenter d’oublier son grand amour mort d’une longue maladie et dont elle  nous distille à chaque page, un peu plus de leur histoire. Tous ces personnages sont liés par un secret « terrible », « monstrueux », une chaîne aux maillons rouillés par la haine, la rancoeur, les mensonges, les silences et la mesquinerie.  A l’image de leur vie qui, quarante ans plus tôt s’est brisée en se refermant sur ce secret. La Ténébreuse va se passionner d’un coup d’un seul pour la quête de Lambert (l’enquête), ancien flic cinquantenaire en rupture de ban, visiblement, et essayer de faire parler Théo, qui ne concède à parler que d’oiseaux et de ses chats, lui faire avouer s’il a éteint le phare dix minutes, le jour du naufrage des parents de Lambert. Tout le monde sait et se tait. La narratrice se réfugie à la Griffue où elle demeure, un ancien hôtel qui avance dans la mer, reconverti en appartements. Là, elle se laisse aller à sa douleur qui étouffe peu à peu le lecteur. Il existe bien sûr des douleurs indécentes, l’auteure en supprimant 300 pages aurait pu en restituer la violence avec pudeur, mais la plume de Claudie Gallay ne flamboie pas, elle ressemble aux lumières pastel du Cotentin, virant trop peu souvent à l’écarlate sauf quand elle passe des soirées arrosées de whisky et de grands crus avec Lambert.

POURQUOI JE N’AI PAS AIMÉ

Tout d’abord à cause du style insupportable de Jacques-a-dit. Pas une phrase, pas une réplique qui ne se finisse par, il a dit, elle a dit, j’ai dit. Un exemple ? Toutes les pages si vous voulez, allez un deux, bien énervants :  » Tiens, te v’là  ! elle a dit. (…) C’était déjà comme ça avant, il a dit » (…) »J’ai vieilli il a dit. »(p.76-77) Et ainsi de suite. Que ce style grammaticalement incorrect, plaise à certains, soit, moi je m’y suis heurtée comme aux rochers tranchants sur lesquels l’héroïne pose les pieds chaque jour. Le talent ne se mesure pas au kilomètre non plus, aussi quand ce genre de digression « inutile » au texte vient en hacher encore le cours, je vous laisse apprécier page 426 : « J’ai regardé mon visage. J’ai fait couler l’eau. Il y avait un savon dans une coupe. C’était un petit savon blanc, de forme rectangulaire, Ph neutre. Ce n’était pas une coupe spéciale savon (ici, dans ce sens, spécial  ne prend pas d' »e » à la fin), un peu d’eau stagnait au fond. Le savon avait trempé dedans. Il était mou. Quand je l’ai pris, je l’ai gardé dans ma main. Impossible à reposer ». Passionnant non ? Je vous épargne la page où les menstrues reviennent ni celles où le blouson de Lambert est un second rôle permanent (ah ce blouson, sa madeleine de Proust certainement). La sensibilité oui, pas la sensiblerie. Et je le répète, il y a allègrement 300 pages superflues. Je souhaite le meilleur à Claudie Gallay, qu’elle continue d’écrire ses rêves tristes si tel est son choix,  mais qu’elle essaie d’offrir du rêve à ses lecteurs, tout simplement !

je laisse le soin à mes co-lectrices de parler de l’auteure, je n’en ai même pas envie !!

LES ASPHODÈLES de Marie Laforêt…(Dimanche poésie 6)


Depuis le temps que je cherchais cette chanson de Marie Laforêt nous racontant ses bouquets d’asphodèle, Réjanie l’a fait !! Et je ne suis pas la seule à aimer cette petite fleur sauvage qui ne se laisse pas domestiquer dans n’importe quel jardin ! Bon dimanche et Joyeuses indigestions pascales !! Et si vous allez sur son blog, ici il y a aussi les asphodèles de Marie-Paule Belle, dans un tout autre genre mais non moins savoureux !!

Mes Bouquets d’asphodèles

Je ne sais plus parler aux hirondelles
Je ne sais plus rien de l’odeur des sous-bois
Je ne vais plus cueillir les asphodèles
Mon ciel et ma terre, c’est toi
Je ne sais plus les frissons des ablettes
Dans l’eau des étangs il y a
Des tourbillons qui me tournent la tête
Qui n’arrêtent pas de me parler de toi.

Je n’irai plus aux champs, ma tourterelle
Je n’irai plus voir la couleur des étés
Je n’ai plus besoin de tant de lumière
Il est mon soleil et mon blé
Et quand la nuit s’étendra sur le monde
J’attendrai, je resterai là
Car je connais des étoiles qui tombent
Traînant derrière elles des longs voeux de joie.

Ô mon amour, mon tout, ma ritournelle
Mon petit enfant et le meilleur de moi
Emporte-moi, comme on porte une reine
Car maintenant je n’ai que toi
Je t’ai donné mes bouquets d’asphodèles
Mes étangs, mes blés et mes bois
Tout mon passé s’envole et tire l’aile
Je te donne tout pour me donner à toi

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L’étrange histoire de Benjamin Button de F.Scott Fitzgerald

Petite nouvelle de 55 pages de mon auteur préféré (l’un de mes auteurs préférés) ! Alors bien sûr, ne pas s’attendre à la flamboyance habituelle de ses romans et même de certaines autres nouvelles mais, celle-ci publiée dans les année 20 dans Colliers Magazine rejoindra l’anthologie de Tales of the Jazz . Mark Twain en serait l’inspirateur après avoir dit : « La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et si nous approchions graduellement de nos 18 ans ».

Scott Fitzgerald, dans cette nouvelle fantastique, nous montre une autre facette de son talent. En reprenant ce thème mille fois exploité du retour vers le passé et surtout de l’éternelle jeunesse, qui selon lui se situe entre 30 et 50 ans, nous livre au passage, avec un sourire narquois au coin des lèvres une peinture de la bonne bourgeoisie américaine et l’appréciation qu’il se fait des meilleures années de la vie, faisant résonner le tic-tac du temps plutôt que de développer l’évidence. Le film qu’en a tiré David Fincher avec Brad Pitt est totalement différent : les cinéphiles préfèreront cette version déployée, les inconditionnels de Fitzgerald y verront un énième clin d’oeil à ses espoirs déçus, à son rêve absolu, quand ce rêve devient cauchemar dès que l’on présente une (ou des) différence(s) avec la norme bien-pensante édictée par la société.

L’HISTOIRE

Baltimore, 1860 : en pleine de guerre de Sécession, Madame Button accouche à la clinique, fait rarissime à l’époque, d’un vieillard de 70 ans, et mesurant 1m83, chenu et perclus de rhumatismes, bien loin de l’image du bébé ‘Cadum » que ces notables aisés attendaient. C’est un « scandale » dans la ville. Pas de compassion, non, un scandale ! Benjamin, ainsi prénommé après quelques atermoiements est tout d’abord le père, voire le grand-père des ses propres parents qui l’élèvent en secret jusqu’à 21 ans. Au fil du temps, il rajeunit et, à 50 ans, il tombe amoureux de la belle et raisonnable Hildegarde Moncrief de vingt ans sa cadette. Il fait prospérer l’entreprise paternelle, devient père et se sent de plus en plus jeune au grand dam de son épouse qui flétrit à vue d’oeil et se transforme vite en rombière, lui reprochant de « vouloir toujours en faire trop » dans sa quête de jeunesse… lorsqu’ il fréquente de plus en plus les soirées mondaines, danse, s’étourdit, frais comme un gardon. Elle n’a jamais su ou voulu croire au secret de sa naissance. Il va enfin pouvoir s’illustrer à l’université, notamment par ses exploits sportifs (chose qui a toujours laissé à Scott Fitzgerald un goût amer lorsqu’il étudiait à Princetown), il obtiendra également une médaille militaire pendant la guerre hispano-américaine de 1868 et le grade de lieutenant-colonel (regret aussi de n’avoir pu participer à la guerre en 1917 lorsqu’il était basé à Montgomery, Alabama). Mais ces trois ans de guerre passés loin d’Hildegarde ont creusé le fossé où le déclin de l’une accentue le regain de l’autre. Et en la voyant il pense : » (…) déjà atteinte par cette langueur infinie qui nous gagne tous un jour et nous accompagne jusqu’à la fin de notre existence ». (…) »Son destin lui semblait incroyable et affreux ».

Et ainsi continue le débours de l’horloge, le ramenant bientôt à l’état d’adolescent où il devient le fils de son propre fils, pour finir à l’état de nourrisson qui s’endort une dernière fois, le goût du lait chaud et sucré dans la bouche avant que tout ne redevienne noir…

MON AVIS

Je vous l’ai déjà beaucoup donné entre les mailles de cette « étrange » histoire qui ne s’arrête ni aux faits, ni aux personnages dans le détail, en 55 pages, il ne peut en être autrement. Mais F.Scott Fitzgerald sait nous transmettre  tous les sentiments qu’éprouve Benjamin à travers le regard d’une société impitoyable avec la différence, la pauvreté, la vieillesse. Le postulat de départ, le compte à rebours vers la jeunesse n’est-il pas après tout un sujet cher à l’auteur, lui dont les illusions de jeunesse se sont vites évaporées dans un crépuscule précoce et désenchanté ? J’ai beaucoup aimé (malgré la brièveté).

Cette nouvelle ainsi qu’Un diamant gros comme le Ritz qui suit Benjamin dans ce livre est ma première participation au challenge La Nouvelle de SABBIO dont le joli logo est ci-dessous :

 

DÉSIR D’HISTOIRES 27

Désir d’histoires (pour ceux qui ne le sauraient pas encore) est un jeu d’écriture initié par Olivia Billington, que vous retrouvez ici et qui consiste à écrire un texte chaque vendredi en y incluant les mots imposés de la semaine ; les voici : oublier, malicieuse, lumière, à mi-chemin, ennui, fragile, chinoiserie, medium, traquer, apparition, pianoter, retard (12). Les photos viennent d’ ici et de .

 LA VOIE FERRÉE

La voie ferrée luisait sous un soleil d’acier blanchi. La femme étrange de ce matin suivait les rails, son gros sac sur l’épaule, bandoulière amie portant des souvenirs fanés. Je la suivais de loin,  cueillant des coquelicots égarés comme la misère qui avait pris racine avant le terminus. Son regard d’oiseau fragile, vite détourné m’avait ému et je ne voulais pas qu’elle se sente traquée. Où allait-elle ? Bon dieu, il n’y avait plus rien par là-bas, après la roulotte du gros Paulo. Il me faisait rire Paulo, toujours bourré, la clope au bec et le marcel jauni sous les aisselles. Ah, il savait en raconter des histoires, de la Marine quand il n’était encore qu’un môme de vingt ans. J’aimais quand il me parlait de ses escales du bout du monde, dans les bars de Zanzibar ou de Valparaiso. Il en avait déculotté plus d’une et troussé la bourgeoise malicieuse venue s’encanailler les jours où le bateau accostait. Tout le monde avait faim en ce temps là, on se jetait sur les femmes après trois mois de mer et elles disaient pas non, ah, si t’avais vu ça ! Leur peau caramel qui sentait la vanille, on en bouffait du bonbon, j’te le dis moi. Et maintenant Paulo ? Tu fais quoi dans ta roulotte, tu rêves de quoi quand le cul de ta bouteille vide ne s’ouvre pas comme celui des femmes de Zanzibar ? Bah, j’y pense pas, enfin si, regarde sur le mur toutes les photos, je peux pas oublier tout ça, c’est ma vie qui est écrite. Je pensais que sa vie ne tenait pas à grand-chose, ni beaucoup de place, tout en regardant d’un oeil amusé la bague à tête de mort qu’il avait au médium et soudain, je m’esclaffai devant une chinoiserie posée de guingois sur la table de nuit.

– Tu ris pas s’il te plaît, dit-il en redevenant sérieux, ça c’est une niakoué qui me l’a offert à Saïgon et…

– On ne dit pas niakoué Paulo, c’est péjoratif, vietnamienne, tu sais le dire, répète, vietnamienne !

– Péjo quoi ? T’es devenu infréquentable depuis que la Berthe t’a fait faire des études. Tu vois ce petit dragon, c’est la chose qui puisse encore me faire pleurer certains…soirs. Bon quand y’a vraiment du roulis, ajouta-t-il en me montrant les chicots qui lui restaient, ceux que l’alcool n’avait pas encore rongés, ni l’amertume. Dis-donc, t’as vu la nana qui se promène depuis deux jours le long de la voie ? Qu’est-ce qu’elle cherche à ton avis ?  

– Le terminus, comme tout le monde !

– Tsss, t’as pas changé toi ! Y’a rien tu le sais bien depuis le temps…

– Justement !

L’heure tournait, j’aimais bien Paulo, il me rappelait mon enfance solitaire, à courir le long des rails ; il me fabriquait des cerfs-volants que je laissais s’envoler dans la lucarne étroite des crépuscules d’ici, je ne cherchais pas à les rattrapper et cela le faisait enrager. Je souris à cette évocation mais je n’étais qu’à mi-chemin, j’étais en retard et je ne savais plus si je devais suivre les rails, suivre cette fille perdue qui m’avait happé d’un regard. Une apparition troublante au mileu de cette forêt sans âme, où les hommes mouraient d’ennui et d’alcool. Je pianotai nerveusement sur la poche de mon jean, cherchant mes cigarettes. Au détour du virage, je la vis qui s’éloignait, traînant son sac trop lourd derrière elle, toujours plus loin vers le terminus. Le soleil déjà froid de septembre  glaça mon sang.

 Après la forêt, c’était le chaos.

  

 

VIVE LE NETTOYAGE DE PRINTEMPS !!

 

Certains qui passent depuis hier l’ont certainement remarqué, la bannière a changé !! Il était temps me direz-vous ?? Oui oui je confirme ! Aussi quand Delphine m’a gentiment (comme à son habitude) proposé de m’en faire une, je ne lui ai pas dit non !!

Pour la bonne et simple raison que celle-ci, personnalisée, correspond plus à mon univers, vintage, vous remarquerez, mais j’aime les antiquités, les vieux livres et les jardins où les rosiers et le lierre grimpent à l’assaut des murs. Je m’y sens bien. J’espère qu’elle vous plaira aussi même si « on ne peut pas plaire à tout le monde » c’est bien connu !! Cela ne changera en rien l’accueil qui vous est réservé ici.

Comme je l’avais promis, ce blog évoluera (encore) à mon rythme, des pages seront supprimées, d’autres ajoutées, comme celle des lectures communes qui, prenant de l’importance (moins que chez d’autres !!) seront bien mieux dans leur petite page douillette, en espérant n’en oublier aucune… Par contre, je suis toujours fâchée avec les widgets, ces trucs qu’on met sur le côté, j’eus souhaité égayer ce coin mais je n’y comprends rien et comme le beau webmaster Matt de WordPress a d’autres chats à fouetter, si d’aucun(e)s d’entre vous avaient des explications « simples », mais alors très simples à me fournir sous le manteau, je ne refuserais pas !!

Merci encore Delphine pour ton beau boulot, moi je n’ai fait qu’envoyer les photos, c’est tout  ! Alors je vous laisse vous promener, les rosiers de la cabane au fond du jardin (c’est pas une blague, elle existe !) ont déjà fleuri et l’arbre de Judée pleure ses pétales dans l’allée, me donnant l’impression chaque matin quand je l’emprunte d’être une mariée d’autrefois marchant vers l’autel (pure image, je ne me suis jamais mariée à l’église !!). La porte est toujours ouverte !!

Y’A PLUS DE SAISONS !

 

Depuis le 9 avril les clochettes du muguet fleurissent à tout va ! Ce matin j’ai ramassé le (presque) dernier bouquet, sniff… Aussi comme il n’y en aura plus pour le 1er mai, je me permets de vous en offrir quelques brins dès maintenant, sans l’odeur, c’est dommage et ainsi profiter de l’occasion pour nous remémorer sa signification dans de multiples domaines…

D’abord son nom : le nom scientifique le plus attribué reste convallaria majalis signifiant littéralement convallaire de mai, qui comme son nom l’indique pousse en mai dans les vallées et explique la traduction anglaise de lily of the valley car il est aussi nommé Lis des vallées, ce petit rhizome (originaire du Japon) qui aime à la fois l’ombre, le soleil et les sols humides. Mais quelles significations et symboles porte-t-il ? Je suis allée fouiller dans la vieille encyclopédie Quillet de la famille (j’y ai d’ailleurs trouvé un brin de muguet séché à 13 clochettes bien sûr si on veut qu’il porte bonheur jusqu’à l’année suivante….) et lu  ce que je savais déjà en partie mais je vous en livre quelques morceaux choisis.  Dans le langage des fleurs c’est « retour du bonheur », pour fêter ses treize ans de mariage, on offre du muguet. Très utilisé en parfumerie, il a fait le succès de Diorissimo de Dior en 1956. Les Celtes, pour qui il symbolisait le printemps lui attribuaient des vertus  porte-bonheur. En 1982, la Finlande en a fait sa fleur nationale. On dit d’un jeune homme (on disait…) affecté, maniéré et poseur qu’il est un « muguet », cela rejoint un peu le dandy de notre siècle. Mais il s’agit aussi d’une maladie très désagréable (je le sais, j’en ai eu petite), un genre de champignon qui dépose une couche blanchâtre sur la langue et les muqueuses en général, donnant à la salive une acidité très forte, quand on peut encore l’avaler ! (un anti-fongique en vient à bout). N’oublions pas non plus que le muguet est une plante toxique qui peut provoquer des arrêts cardiaques si elle est ingérée ; son action est proche de la digitaline (elle-même tirée de la digitale). L’Encyclopédie ayant été éditée en 1906, pour ce qui concerne la Fête du travail, Wikipédia et l’ Internaute étaient mieux informés pour ce qui va suivre…

LA FÊTE DU MUGUET ET LA FÊTE DU TRAVAIL :

Dès la Renaissance, Charles IX (le Charly Nine de Jean Teulé) en reçut le 1er mai 1561 comme porte-bonheur et décida alors, tous les ans, d’en offrir aux dames de sa cour. La tradition était née. La fleur est aussi celle des rencontres amoureuses. Longtemps en Europe, furent organisés des « bals du muguet » , seules occasions où les parents n’avaient pas leur mot à dire. Les jeunes filles se vêtaient de blanc et les jeunes hommes arboraient un brin de muguet à la boutonnière (que c’est mignon !!).

Le 1er mai mai 1886, à Chicago eurent lieu des émeutes sanglantes, les syndicats se battaient et réclamaient la journée de huit heures. Une grève suivie par 400 000 salariés paralysa de nombreuses usines ; le 4 mai une bombe fut jetée dans la foule faisant 10 morts dont 7 policiers. Cinq anarchistes seront condamnés à mort.

Le 20 juin 1889 : le Congrès de la IIème Internationale Socialiste, réuni à Paris pour le centenaire de la Révolution française décide de faire du 1er mai un jour de lutte à travers le monde avec pour objectif la journée de huit heures, en mémoire des émeutes de Chicago du 1er mai 1886.

Dès 1890, les manifestants arborent un triangle rouge symbolisant leur triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil et 8 heures de loisirs. Ce triangle est progressivement remplacé par une fleur rouge d’églantier jusqu’en 1907 où le muguet fait partiellement son retour.

Peu près 1932,  dans les rues de Nantes, on commence à voir des vendeurs de muguet (c’est la région qui fournit quand même les trois quarts de la France) avec l’instauration de la « Fête du lait de mai » par Aimé Delrue. (Il avance le muguet…)

Le 24 avril 1941, en pleine occupation allemande, le gouvernement de Vichy, voulant certainement rallier les ouvriers à sa cause, proclame officiellement la naissance de la Fête du Travail le 1er mai. Et en profite pour faire du muguet le symbole, remplaçant la feuille rouge d’églantier aux connotations trop socialistes…

En avril 1947, le gouvernement issu de la Libération reprend cette mesure en faisant du 1er mai un jour férié ET payé.

Aujourd’hui, la Fête du Travail est commémorée par un jour chômé dans la plupart des  pays européens, à l’exception de la Suisse et des pays-Bas. Quant à l’Angleterre (pour se distinguer !) elle a choisi le premier lundi de mai comme jour férié  (s’assurant ainsi un long week-end….).

Bon, je sais, je suis un peu en avance mais le muguet n’attend pas toujours le calendrier pour nous régaler de son parfum subtil (certains diront entêtant !) et de la joliesse de ses clochettes !! 

 

SAGAN – LE FILM (Diane Kurys – 2008)

 Ma 5ème participation au Challenge Françoise Sagan, catégorie Big challenger.

ATTENTION SPOILER ! Ceux qui ne l’ont pas vu vont tout savoir, donc faites comme il vous plaira…. 

Dire que j’ai aimé ce film OUI, j’ai beaucoup aimé ! D’autant que, au lu des critiques mitigées vues ça et là je ne m’attendais pas à un tel choc ! Emotionnel bien sûr.

Voir Sagan, vieille et complètement désemparée (le mot est faible), elle qui haïssait la solitude, sa meilleure ennemie et la voir mourir vraiment seule, refusant, alors qu’elle agonise à l’hôpital de revoir son fils accouru exprès, était presque indécent quand on sait que la dame ne supportait ni la pitié, ni la solitude,  ni la vieillesse et la phrase du Général de Gaulle »La vieillesse est un naufrage » s’applique vraiment à ce passage du film… Quoique le naufrage avait déjà commencé bien avant, de même que l’entreprise de démolition de son capital santé dont elle se moquait éperdumment. Et cette pauvre Madame Lebreton, sa dernière femme à tout faire reste la seule à lui tenir la main et lui dire de ne pas avoir peur…elle qui avait dit plus tôt ne croire ni en Dieu, ni en la réincarnation. La vraie voix off de Sylvie Testud accompagne une grande partie du film sur une musique particulièrement bien choisie pour l’occasion et donne la touche littéraire qui est survolée mais sans cesse présente .

Le film commence avec cette image de la fin où un journaliste people essaie d’entrer au Breuil, sa villa de Normandie, elle est clouée dans un fauteuil roulant laissant à madame Lebreton le soin de chasser l’importun… Et on revient au début : ses relations amicales et tendres avec ses parents, sa soeur aînée Suzanne et son frère Jacques (l’excellent Guillaume Galienne) à qui elle annonce lors d’un dîner qu’elle vient de publier un roman, à la surprise générale. Le succès de Bonjour tristesse à 18 ans, comment Julliard repère le « filon » et supplante Plon de vitesse, la gloire rapide, les vrais amis qui s’installent dans sa vie et y resteront jusqu’à leur mort : Jacques Chazot, Florence Malraux (avec qui elle a été pensionnaire au Couvent des Oiseaux, ça c’est pas dit dans le film) et Bernard Frank ( le très bon Lionel Abelanski, celui de Dans un mois, dans un an ??) ami de toujours qui vivra aussi chez elle à plusieurs reprises. Mais Françoise Quoirez, rebaptisée Sagan pour faire plaisir à son père (comme la princesse de Sagan de « A la recherche du temps perdu » de Proust, bien sûr…ce n’est pas dans le film non plus) va s’habituer très vite à ce succès qui lui permet de s’offrir sa première Jaguar, de s’étourdir dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, entraînée en cela par son frère Jacques et sa petite bande de bons vivants. Elle boit déjà beaucoup mais sans réelle ivresse, du moins ça ne se voit pas ! L’accident de 1957 qui va la faire passer à un doigt de la mort est très bien restitué ainsi que son séjour convalescent où elle goûte au Palfium et où elle avoue que la dépendance va la suivre toute sa vie. Les années passent à toute vitesse, les plans s’enchaînent, la maison du Breuil achetée un 8 août 1958 à 8 heures du matin alors qu’elle vient de gagner 8 millions à la roulette en jouant le 8… Son départ pour l’Amérique où son livre bat des records de ventes, ici on voit le vrai document de New-York, sa rencontre avec son premier mari, Guy Schoeller ( Denis Podalydès, qui ne l’aime pas), son divorce trois ans plus tard.  Ses discussions avec Jacques Chazot sont savoureuses, elle aimerait qu’ils aient un enfant ensemble. Les flashes à l’hôtel Régina, le gros plan des visages rivés sur elle  font effectivement penser à Stardust Memories où Woody Allen fait aussi un plan sur la foule aux visages grossis et déformés qui semblent vouloir l’avaler dans un concert mêlé de louanges et d’hypocrisie mondaine.  Puis vient la rencontre (1962) avec son bel américain, Bob Westhoff qu’elle épouse au grand dam de tout son entourage qui lui prédit « le casse-pipe » assuré. Denis, son fils naîtra un an plus tard et elle dira « c’est comme si une branche de plus avait poussé à mon arbre », ce à quoi Jacques Chazot en répliquant lui demande s’il va falloir un pépiniériste !! Son mari repart avec un homme, elle ne le retient pas, trop libre elle-même pour aliéner les gens, malgré son angoisse morbide de la solitude. Les évènements de mai 68 en revanche ne sont presque pas retranscrits et vite survolés quant aux actions qu’elle a menées. Sa rencontre avec Peggy Roche (la très classe Jeanne Balibar) qui mourra avant elle se fait (il me semble) plus tôt que dans la chronologie de sa vie mais qu’importe après tout ? Sagan se serait moquée de ces petites tricheries avec le temps…

Les soirées avec Peggy sont de plus en plus arrosées et poudrées…  Lors d’un voyage avec François Mitterrand à Bogota, elle fait un sérieux malaise, mais veut continuer à vivre « comme ça » et qu’on ne vienne pas l’ennuyer, avec la drogue ou les problèmes d’argent qui pointent leur nez. C’est qu’elle donne tout Françoise dès qu’elle a deux sous, se refusant à thésauriser, à compter ; elle son boulot, c’est écrire. Mais voilà, dans les années 80-90 Sagan n’est plus à la mode, ses livres ne se vendent plus et elle est criblée de dettes, harcelée par le fisc et éclaboussée par le scandale de l’affaire ELF.  Après la mort de Peggy Roche, elle vivra avec Astrid (Arielle Dombasle qui fait du Dombasle), veuve de son riche et vieux mari, rencontrée à Bogota. Cette dernière rachètera aux enchères la maison du Breuil qui avait été saisie, continuant à lui servir sa méthadone et des rails de coke … à côté !! Avant de s’enfuir quand Françoise devient impotente et dépendante, pour quinze jours à Manille…et c’est au cours de ces quinze jours de solitude amère qu’elle mourra… (à 69 ans d’un problème pulmonaire).

UN PEU PLUS ??

Je n’apporterais rien de plus en disant que Sylvie Testud est magistrale, pas seulement dans la ressemblance. Elle a vraiment « étudié » le personnage, allant jusqu’à rencontrer  Jean-Pierre Scarpitta, un ami de Sagan qui l’a accompagnée les dix dernières années de sa vie. Donc il n’y a pas que le mimétisme physique qui trouble le spectateur mais une réelle empathie de l’actrice envers son aînée. Elle lui ressemble beaucoup plus à la fin qu’au début d’ailleurs où elle va jusqu’à jouer « faux » pour donner plus de crédibilité à la Sagan de 18 ans (jusqu’à 30 ans environ, cf. les bonus du DVD). La frénésie de tabac et d’alcool, et la cocaïne plus tard enveloppe tout le film d’un nuage de fumée artificielle certes mais nécessaire. Même dans les moments solitaires où elle écrit, une bouteille de whisky n’est jamais très loin. Qu’elle ait tenu jusqu’à 69 ans relève du miracle ! Les rapports avec son fils sont douloureux, écartelée entre son métier et son statut de  mère, d’un enfant qui va la décevoir, elle-même étant restée une enfant, ceci explique peut-être cela…Certains ont trouvé que la partie littéraire (on ne parle pas assez de ses oeuvres, pas toutes certes,  mais quand même !) était trop en retrait, peut-être mais dans ce cas il aurait fallu un documentaire ou une série, le titre parle lui même de ce qu’il a voulu montrer : une femme avant tout qui…écrivait. On ressent une immense tristesse à la fin de ce film, non pas pour le pseudo « gâchis » dont tout le monde a parlé, elle a choisi (après tout) de vivre ainsi,  en se brûlant au plus près de ses excès, s’oubliant en eux et par eux.  La tristesse suinte dans la façon dont elle finit, un cliché de tout ce qu’elle a exécré. Je trouve que ces derniers mots de Doris Lussier (Le célèbre Père Gédéon de la télé canadienne) auraient pu en partie être écrits pour elle : « La vraie mort ce n’est pas mourir, c’est perdre sa raison de vivre » et elle l’avait perdue depuis longtemps, alors je préfère cette dernière phrase qui lui va si bien, nous qui la lisons encore avec autant d’ardeur : » Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit, c’est un immortel qui commence ».

APPEL A SOLIDARITÉ – NALA

 
Je ne vous parlerai pas littérature aujourd’hui. A la demande de ma meilleure amie (et aussi parce que je le veux bien et soutiens cette association), je viens vous présenter NALA -Nos Amis Les Animaux- mais qui pourrait s’intituler aussi N’Abandonnons PAS Les Animaux. En effet, cette association cherche des familles d’accueil en attendant que l’animal abandonné trouve un foyer plutôt que d’être envoyé à la fourrière, ce qui arrive dans les 72 heures après son arrivée au refuge. Je sais que parmi beaucoup d’entre vous, certains et certaines aiment les chats et les chiens. Je vous invite donc à aller visiter le SITE DE NALA, ici et de LIRE la lettre particulièrement émouvante d’un employé de fourrière qui nous conte par le menu, qui arrive à nos amis à quatre pattes dès qu’ils franchissent la porte de leur cage et sont emmenés à la « chambre » d’exécution.
NALA ne vous demande pas d’adopter l’animal mais d’être famille d’accueil en attendant un placement et vous règle tous les frais inhérents au séjour de l’animal chez vous et même vos frais d’essence s’il vous faut vous déplacer pour venir le chercher, on peut aussi vous l’amener. Ce qui ne ferme en aucun cas la porte à l’adoption si vous le souhaitez, il va de soi !
Merci d’être allé jusqu’au bout de ces lignes, le téléphone est sur le site, vous pouvez aussi me contacter par mail pour de plus amples informations.
 
 
 
 

DIMANCHE AVEC MOUSTAKI ET LA LIBERTÉ

 

Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir revu Cria Cuervos hier qui me donne envie de réécouter cette chanson de Georges Moustaki (reprise dignement par Serge Reggiani) ou le printemps qui fourmille mais Ma Liberté, bien que ce soit plus au final une chanson d’amour, nous remet en tête que nous devons la protéger cette liberté, d’écrire, d’être, de penser, d’aller ou de prier, dans le respect et la dignité de l’autre…

CRIA CUERVOS de Carlos Saùra (1976)- Film

 

 

 

Qui n’a pas encore en tête cette chanson, Porque te vàs, chantée par la jolie Jeannette en 1976  après le succès retentissant de ce film magnifique et porteur d’un message double ? Celui d’une fillette qui veut transformer ses cauchemars, ses fantasmes étouffés par le mode de vie bourgeois qu’imposait le franquisme, où seuls les militaires et les religieux avaient pignon sur rue et surtout droit à la parole et, celui du réalisateur, né en 1932, qui à la mort de Franco en 1975 voit de nouveaux espoirs se dessiner.  Par les yeux d’Ana, petite orpheline rebelle et fantasque , recueillie par sa tante, il nous livre les attentes d’un pays où la voix des femmes (et de bien d’autres) était étouffée sous le bruit des bottes et noyée dans les bénitiers des églises, monde figé dans l’austère bourgeoisie bien-pensante, seul modèle possible de l’époque. L’exutoire nous est présenté ici grâce à cette gamine qui n’a pas froid aux yeux et qui a représenté à l’époque l’espoir de tout un peuple…

Dans cette chanson, l’analogie criante entre la mort récente de la maman d’Ana (et la mort qui suinte partout en Espagne) et le fascisme enfin tombé : « Como cada noche respierté, pensando en ti Y en mi reloj  todas las horas vi pasar, Porque te vas… »(Comme chaque nuit, je me réveillais, en pensant à toi, et sur ma montre, toutes les heures j’ai vu passer, Pour que tu partes…) A revoir absolument !! Ne serait-ce que pour la magnifique Géraldine Chaplin !

QUE DIT LE ROBOT LISA BUZZ ?

Lisabuzz.com est une robote, maligne, pour faire le buzz et qui remet votre ego en joie après consultation : voici ce qu’elle pense de mon blog :

 Asphodèle enchaîne les coups de maîtres blogosphèriques comme d’ autres les saucisses de Francfort. Cette fois-ci, avec Les livres du jardin d Asphodèle, Asphodèle nous fait voyager dans son univers si particulier, et pourtant si accessible. On en croit pas ses yeux. Ce Blog est un vrai régal, un vrai bonheur. Je n ai qu’ une chose à dire : Merci Asphodèle ! signé http://blog.lisabuzz.com

Voilà le genre de critique que vous trouverez à propos de votre blog en allant sur le site de Lisa Buzz !! Sophie57 ayant fait cette découverte fortuitement m’a invitée à y aller et je dois dire que les saucisses de Francfort (pas vraiment ma tasse de thé) m’ont beaucoup amusées. Allez-y et testez… Bon week-end !

DÉSIR D’HISTOIRES 26

Voici ma participation hebdomadaire au jeu d’Olivia Billington  dont vous voyez le joli logo à gauche. Comme certain(e)s (la majorité allez !!) me l’ont demandé, je vous livre la suite de DERRIÈRE LA VITRE, avec les  13 mots imposés suivants : octobre, simplicité, liberté, lumineux, rencontre, tortue, langueurs, brume, lilas, tribunal, brasier, tintinabuler (merci Pyrausta pour ton entrée en fanfare !!) et heure.

 

Arrivé à la Place d’Italie, le taxi n’avançait plus. Prise d’un doute soudain et étrange, Magali sortit son portable, appuya sur la touche qui correspondait au numéro de Lucas, non sans une crainte sourde. Trois mois de silence interminable au bout de cette ligne, comment pouvait-elle être sûre que ce soit le corps de Lucas, ils étaient cinq à avoir disparu dans l’avalanche. Elle n’y tint plus. « Hello, who is called ? » demanda une voix féminine à l’accent népalais prononcé,  dans un anglais approximatif. La surprise fut telle que Lili ne sut quoi répondre, elle entendit encore « Please, who is… ? » puis, comme si une main étouffait le combiné, « Lucas, please, Lucas, my love… » Elle coupa immédiatement. Elle eût cependant le réflexe  de dire au chauffeur : « Demi-tour, s’il vous plaît » et elle donna l’adresse de Georges. Elle entendit bougonner le vieil homme atrabilaire qui manoeuvra sec et elle bascula à nouveau dans ses pensées.

Cet appel mortifère venait d’anéantir l’idée qu’elle se faisait de l’amour-propre et de l’amour. Quel amour ? Ces trois mots insensés venaient de le réduire à une insulte. Salie autant que blessée. Flouée, en toute simplicité. Un bruit de branche sèche qui se casse éclata dans sa tête. Un tribunal de guerre venait de s’y installer. Et on y exécutait les coupables comme les innocents sans prendre le temps de les juger. C’est tout ce que méritait son histoire : une éxécution sans sommations. Elle pleurait rarement sur elle-même, l’apitoiement ressemblait à une rumeur obscène à laquelle elle ne voulait surtout pas répondre ou donner de crédit. Mais pourquoi donc une branche morte, exsangue de sève et de vie pouvait-elle encore faire aussi mal ? Elle en ferait un brasier flamboyant, qui ne lui renverrait que les souvenirs lumineux des jours heureux.  Mais surtout pas ÇA. Elle ne laisserait plus son nom s’infiltrer en elle, au feu lui aussi ! Un frisson la secoua ;  machinalement, elle chercha dans sa poche son  porte-clefs en forme de tortue, un petit chef-d’oeuvre en cloisonné qu’elle caressa pour y trouver l’apaisement et elle le fit tintinabuler, repère intact dans son existence délitée… Après tout qui était Lucas maintenant, avec ou sans l’accident ? Un visage lointain qu’elle tentait de redessiner chaque matin pour le maintenir en vie, pour qu’il ne s’enfuie pas dans les brumes amères du temps qui coule, une chimère plus qu’une promesse.

Soudain l’odeur des lilas précoces emplit l’habitacle, elle baissa la vitre, tendit son visage au-dehors et elle sut à cet instant que cette première rencontre avec le printemps sonnait l’heure des blanches libertés enfin retrouvées, vierges de toutes désillusions ou d’espoirs agonisants. Le taxi stoppa ;  elle régla la note astronomique sans ciller et vit Georges et Will dans le jardin de leur vieille maison courir, une coupe de champagne à la main pour lui ouvrir le lourd portail en fer forgé.

–  Alors ma chérie ! Tu t’es perdue pour de bon ou tu as voulu nous faire peur ?

 – Ni l’un ni l’autre, je me suis retrouvée…chantonna-t-elle en se jetant dans le hamac suspendu entre deux vieux chênes.

– Vu l’heure, j’espère que le détour en valait la peine ! persifla Will en souriant.

 – Tss tsss ! Assez parlé de moi, dis-moi Georges, ta dédicace avec Jean Trolaid…

 – Haaan ! Tu ne devineras jamais ce qui…

 – Quoi ? Il t’a invité à passer les vacances chez lui ?

 – Mieux que ça, il m’a dédicacé sa bio qui n’est pas encore sortie…et…Will, s’il te plaît, tu peux ramener le sac rose sur la table ? Will dansait en brandissant le sac oublié par Lili au café de la rue Bouffe-Tard et agitait dans sa main libre, un exemplaire à la couverture jaune d’or où luisaient de hautes lettres noires. Il le déposa religieusement sur son ventre. 

 » Et celui-là est pour toi, on a dû insister mais il n’a pas résisté longtemps. » Elle prit le livre comme une sainte relique et éclata de rire à la vue du titre  : » 32 octobre ?? C’est un gag ? »

 – Oh ! Pas du tout, il explique que sa mère…

Elle n’écoutait plus. Seul le vent complice la berçait de langueurs inconnues, énivrée par le parfum des lilas et aussi peut-être le champagne… En pensant au chemin qu’avait dû faire ses amis pour récupérer ses livres, un élan de reconnaissance la souleva et elle eût voulu les embrasser. Une larme égarée coulait  sur sa joue alors qu’un  immense sourire montait en elle . Elle serra le livre contre son coeur. Avec lui au moins elle irait à la fin de l’histoire…

FIN

 

JOURS ORDINAIRES d’Yves Simon (1988)

Oui je sais, je vous bassine avec Yves Simon mais cet auteur plus connu pour ses chansons a aussi une bibliographie conséquente et a été plusieurs fois récompensé de prix prestigieux ; à la fin de ce billet, je lui consacre un récapitulatif destiné à vous éclairer sur son oeuvre…

Ces « Jours ordinaires » tiennent dans  un petit recueil de 74 pages, une mise en bouche pour ceux qui souhaiteraient découvrir son oeuvre. Il le présente ainsi lui-même en quatrième de couverture :

 » J’ai écrit ces textes au fil du temps, des heures. Un journal ? Peut-être. Mais rien n’est daté. Plutôt une liste des choses qui m’ont fait battre le coeur, comme l’écrivit autrefois SEI SHÔNAGON, cette courtisane raffinée d’une cour japonaise. Notations express de l’air du temps, le temps des années 80 avec quelques-uns des personnages -illustres ou inconnus- qui les traversent : rencontre inattendue avec Jean-Luc Godard, message de Wim Wenders griffonné depuis un bar de Tokyo, François Mitterrand qui rit dans un petit salon de l’Elysée. Les petites amoureuses sont là, elles aussi , Paris et tous ces passants qui se demandent, comme moi, qui se souviendra de ces détails, de ces gestes dérisoires qui habillent nos vies, de ces pensées fugaces pour un visage qui bouleverse : ces tendres stocks d’images et de sensations que l’histoire oublie, mais qui hantent nos séjours secrets. » Y.S.

« L’ensemble du livre donne un grand sentiment de dignité et de douceur »  a écrit Gilles Deleuze.

Et plus encore. Il y a une rencontre très drôle avec Jacques Higelin et David Bowie une nuit dans un parc, l’image de Jean-Paul Kauffmann qui réapparaît un jour à la télévision après mille jours de détention… et tous ces anonymes qui lui inspirent d’amoureuses réflexions comme des plus amères lorsqu’il parle de sa rencontre avec Hiroshima où il est allé chanter face à 20 000 personnes, page 16: « Quand le train express s’est arrêté à la gare d’Hiroshima, je me suis dit à plusieurs reprises : « Je suis à Hiroshima, je suis à Hiroshima… » J’ai marché sur un trottoir, puis un taxi m’a emmené, et là encore il a fallu que je me répète : « Je suis dans un taxi à Hiroshima. A Hiroshima… » J’avais besoin de penser ce mot de ville, d’inscrire dans ma tête ces syllabes d’Hiroshima tant il est difficile, avec les lieux de malheur, de s’habituer à ce qu’ils aient survécu, et que l’on puisse encore y vivre comme ailleurs. » Parlera-t-on de Fukushima ainsi dans plusieurs années ?

Il parle de tout mais beaucoup, comme dans la plupart de ses livres, de voyages, immobiles ou réels, comme si ce fils de cheminot avait été hanté longtemps par les trains, les rails, les départs sans retour ou avec, les gens de passage, anonymes sublimes ou décadents, agitant face au soleil un miroir perpétuel qui lui renverrait les images de ses crépuscules, de ses illusions perdues et à venir. On devine entre les lignes, les failles souterraines de cet homme hyper-sensible et profondément humain, failles qu’il colmate avec des mots sans toutefois parvenir à chasser cette mélancolie puissante qui émane de lui. Un homme « à femmes » également qui n’a pas peur d’avouer qu’il a eu des amours tarifées mais aussi de magnifiques histoires d’amour de la vie ordinaire, certains passages en reflètent l’âme tout particulièrement (page 80): « Je voudrais que tu saches que mon envie de toi est l’envie de l’histoire que tu possèdes dans ta mémoire. La moitié du monde est en moi, l’autre moitié se trouve dans les souvenirs de ton corps. Quand je fais l’amour avec toi, je fais connaissance avec quelques unes de tes douleurs et de tes déchirures   et je sais comment étaient les lèvres de ton premier baiser et le désespoir de ton premier chagrin. »

Et puisque je suis sûre que vous en reprendrez bien un petit,  dès la première page c’est ça :  » J’ai gardé de mon enfance les cruautés simples et les imaginations désordonnées. J’ai erré à la recherche de sorcières, de Christ buvant des demis pression aux comptoirs des gares terminales, et je n’ai trouvé que moi, avec cette cicatrice étrange dans le regard et ces mains qui tremblent quand il faut se quitter. »  Pour en savoir plus, il vous faudra le lire…ou pas.

A PROPOS D’YVES SIMON

Retracer son parcours complet de chanteur ET d’auteur équivaudrait à vous faire avaler 6 pages de Wikipédia plus des infos intéressantes glanées sur son site que je vous conseille de visiter . J’ai donc fait un mix des deux et des « coupes » sur sa carrière de chanteur (qu’il me pardonne !) mais aussi dans ses oeuvres littéraires plus abondantes que je ne le pensais. Il est né un 3 mai 1944 à Contrexéville dans les Vosges d’un père cheminot et d’une mère serveuse, puis infirmière. Ses parents lui offrent à 8 ans un accordéon diatonique et à 16 ans , Salvatore Adamo qui le fascine va concrétiser son rêve de devenir auteur et interprète. Il passera son bac d’abord (non mais), s’inscrira à la fac de lettres de Nancy mais montera à Paris à 19 ans. Après avoir fait l’IDHEC (école de cinéma) et obtenu un diplôme de Lettres, il part courir le monde, en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. De sa vie privée on ne sait pas grand-chose, il a beaucoup papillonné (dont -et avec- Marie Trintignant si je me souviens bien) et serait en couple actuellement avec Patrice-Flora Praxo, peintre, photographe et actrice.

En 1971, il publie deux romans la même année, Les Jours en  Couleur  et L’homme Arc-en-Ciel. Sa carrière d’écrivain décolle. 1975, Transit-Express (très beau), 1979, L’amour dans l’âme (magnifique), 1982, Océans (dans ma PAL) qui recevra cet hommage de Michel Foucault :  » Yves Simon est l’un de ceux dont l’oeuvre m’importe énormément et sous toutes ses formes ». En 1987, Le Voyageur Magnifique obtiendra le Prix des Libraires 1988. En 1988, toujours, Jours Ordinaires, dont je viens de vous parler. En 1991, La Dérive des Sentiments, son 7ème roman obtient le Prix Médicis (mérité!) et en 1994 le Grand Prix Poésie de la SACEM lui est attribué. En 1996, 8ème roman, Le prochain amour (dans ma PAL). En 1997, il publie simultanément un recueil de nouvelles, Un Instant de Bonheur et un essai regroupant diverses interventions et articles, La Ruée vers l’Infini. Il reçoit le Grand Prix Chanson 1997 de l’Académie Française (siouplaît). ( Là je re-saute). En 2003, un essai autobiographique, La Manufacture des Rêves. Son dernier roman intitulé « la Compagnie des Femmes » (on ne le refera pas) est sorti en 2011. Cette année, il est également un des membres du jury du Prix Françoise Sagan (arrggh !). Voilà, pour plus de détails allez sur son site,  pour les fans, vous y trouverez son adresse mail ! Et sur Wikipédia of course… Pour info, la plupart de ses oeuvres, voire toutes sont éditées chez Grasset et en Livre de Poche.

LA FERME DES MUSICIENS (Folio cadet)

De Denis Haseley et Stephen Grammel, pour les illustrations. (traduit de l’américain)

Ce petit livre illustré d’une vingtaine de pages porte la mention « pour ceux qui savent bien lire ». J’ai retrouvé ce joli conte sur une étagère et en le relisant, c’est aussi l’histoire qui nous est contée là qui est réapparue, dans toute sa fraîcheur.

L’HISTOIRE

Un fermier et son fils vivent seuls dans une ferme un tantinet délabrée, les dessins en noir et blanc accentuent cette image d’abandon mais c’est sans compter qu’une vie existait avant eux et ce sont des instruments de musique qui vont redonner de la joie à ces deux êtres humains qui semblent en être privés. Un vieux banjo dort dans le grenier, un trombone se cache sous un lit, un piano se tait dans la grange, un violon, une trompette et une clarinette se morfondent en pensant aux jours heureux où une famille vivait là et les faisait jouer tous les jours durant de longues soirées pleines de rires d’enfants.

C’est le vieux banjo, un soir de tristesse qui fera vibrer une de ses cordes d’argent et le violon à « l’ouïe fine «  l’entendra et répondra, tous les instruments secoueront la poussière des ans et entameront un concert que le petit garçon transformé écoutera avec la candeur de ses dix ans, ce bonheur contagieux gagnera le père maussade et la vie changera. Si la morale de cette gentille fable poétique (et très bien écrite) est que la musique peut transformer la vie,  mettre un peu de joie là où il n’y en a guère, c’est une réussite. Je me souviens que mon fils (alors âgé de dix ans), après l’avoir lu, voulait apprendre le banjo (??) ; n’ayant rien contre la musique country, je lui ai (malgré tout, mine de rien) suggéré que des leçons de piano ou de guitare seraient plus « pratiques »… Il joue toujours de la guitare à ses heures perdues, dix ans après…pas très bien, je l’avoue, mais c’est l’intention qui compte, non !!

LES AUTEURS

Denis Haseley est né à Cleveland dans l’Ohio , puis a vécu dans divers états avant de s’installer à New-York. Sociologue de formation, il a aussi écrit avant cet opus, « Le terrible chasseur de lune », disponible également chez Folio cadet (Gallimard). Quant à Stephen Gremmel, il est un illustrateur très connu aux Etats-Unis et la collection Folio benjamin (Gallimard également) a publié deux de ses livres « Réveille-toi, c’est Noël » et « Jack le trappeur ». Je vous dis cela mais le copyright datant de 1984, il est fort possible que ces deux charmants messieurs en aient publié d’autres…

DÉJA 1 MOIS…d’amitiés bloguesques !

 

 

Que le temps passe vite ! Déjà un mois que ce modeste blog a

pris son envol, il avait déjà les roues au sol le 12 et il a vraiment décollé le 14 mars mais bon, on ne va pas chipoter…  J’ai survécu ! La date de naissance à l’état-civil sera le 12 mars 2011 ! Cela méritait bien une bougie, même plein de bougies pour vous remercier tous et toutes qui avez la gentillesse de me supporter quand vous passez à la maison pour y laisser une empreinte, une flammèche, un « battement d’ailes » cher à Pyrausta !

Alors oui, je ne sais toujours pas manipuler certains éléments dans mon tableau de bord, ma PAL n’est toujours pas à jour (presque, presque…), mes pages sont en jachère mais que voulez-vous ? Ce n’est pas mon boulot l’informatique et ses méandres !! Et WordPress (je lance un appel là, eh oooh !!) devrait nous attribuer un webmaster (gentil, doux, compréhensif, musclé) pour les nulles ou débutantes comme moi !! J’ai cherché les filles, si si, dans l’Aide et tout et tout… Rien ! Un silence bleu sur fond blanc et un silence qui parle anglais, en plus ! La présentation de la page d’accueil n’est pas encore celle que j’aimerais mais ça viendra un jour… Le plus important reste à mes yeux nos chères lectures, nos pages d’écriture, nos coups de coeur, nos humeurs et toutes ces belles rencontres que j’ai faites durant ce mois. Je remercie encore mes marraines Delphine et George qui ont permis cela !!

Je vous inviterais bien tous et toutes à prendre un thé (ou du champagne, on va se gêner tiens !) et des petits fours mais le virtuel reste le virtuel… le coeur y est, ce n’est pas fini et rendez-vous pour les « un an » si le coeur y est encore et si tout va bien… je ne me projette pas aussi loin…

Je ne fais pas de bilan mensuel de mes lectures ni ne m’occuppe des statistiques, pas encore, donc l’occasion s’y prêtant je m’y mets et je comptabilise à ce jour (celui-ci inclus)   39  billets,  662  commentaires hier soir à 21h44, le 660ème commentaire revenant aux Carmadou !! D’ailleurs celui ou celle qui atteindra le 1000ème commentaire aura droit à un petit cadeau… quoi ? Vous verrez en temps et en heure, elles sont curieuses, oh la la la !!

 Merci encore d’avoir été là, d’être là et de m’encourager chaque jour à continuer l’expérience !! Je ne vous citerais pas tous(tes) car je vais en oublier, je me connais mais quelques-unes de mémoire et quelques-uns (assez rares) qui sont passés ici : Delphine, George, LiliGalipette (trépidante), Anne (des mots et des notes) et Anne (de poche en poche),  Sabbio et son Cannelier, Aymeline d’arieste (trop chic !), Somaja, D., Réjanie, mes chers CARMADOU, Livvy-Olivia bien sûr, Océane, Marion (la rebelle), Syl., Lystig (et son Internet maudit), Paumadou, My little Discoveries (je sais pas ton prénom oups !), Alex mots-à-mots, Yspaddaden, SandrineD, Aircoba (un mâle !), Richard (le québecquois aux 1000 polars), Martial (marathonien belge), Sophie de Moselle, Eiluned, Charlotte de Turckheim (non, je rigole), Yuko (l’artiste), Nicolas Bedos (zut, je devais pas le dire), Nathalie de chez Mark et Marcel qui m’a fait l’honneur d’un billet comme Delphine et George déjà citées, Luzycalor, Violette, Alinéa, Cricket1513, Catie, SophieLondon et….j’ai la mémoire qui flanche (excusez-moi, c’est l’âge qui veut ça…) mais à toutes (et tous) je dédie cette chanson de Françoise Hardy, reprise par Isabelle Boulay (c’était plus audible).

les photos viennent de