Jamais content !


photo © Kot

Finalement, bonne idée d’avoir pris le métro ! S’y réfugier pour être exact… Il avait réussi à les semer et les portes s’étaient refermées au moment où ses poursuivants, rageurs, tapaient du poing sur la vitre de la rame qui roulait déjà vers ailleurs.

Rester debout, dominer la foule harassée qui baissait les yeux vers un journal, un livre, l’attitude détachée de l’indifférence hautaine posée comme un masque sur les visages impassibles. Même les amoureux là-bas au fond se tenaient la main tout en regardant le vide devant eux, l’air rêveur, enfermés dans leur amour mais séparés par les regards en-dessous et réprobateurs qu’on leur jetait de temps à autre. La fille à gauche, hum, pas mal, pas mal du tout mais trop absorbée par un livre de Kafka. Et une fille capable de ne pas le remarquer pour Kafka ne méritait pas qu’il sorte sa panoplie de dragueur haut de gamme ! Attention, pas le clinquant des minus de supermarché, tss tss, lui savait comment amener une fille directement dans son King Size sans passer par la case restau, il en avait sous le pied… d’ailleurs… On verrait plus tard. Là, tout de suite, fermer les yeux. L’odeur indescriptible du lieu lui irritait la gorge, ses narines délicates habituées aux parfums siglés frémissaient d’un dégoût bien dissimulé. Fermer les yeux, écouter la soufflerie des machines qui ne s’arrêtait jamais, le cliquetis des portes à chaque station. En fermant les yeux, qui sait ? Avait-il moins de chances d’être reconnu ? En tout cas personne jusqu’à présent ne l’avait approché. Il revoyait encore la masse piaillante de tout à l’heure, dans ce bistrot discret près du Luxembourg. Les garçons de café avaient bien tenté de faire un barrage de leurs corps, brandissant leurs plateaux comme des boucliers, leur disant qu’il fallait consommer pour s’asseoir, tu parles ! Elles étaient déchaînées. Sa souplesse d’athlète lui avait permis de bondir, de les écarter et bien qu’elles le poursuivissent, la station de métro avait été l’échappatoire providentielle.
Fermer les yeux, rentrer la tête dans les épaules, comme tout le monde le faisait instinctivement ici… Il ne savait pas où il était, il ne prenait jamais le métro, vous pensez bien ! Et il avait oublié son précieux portable au Lutétia. Il fallait qu’il joigne Ivan et Youssouf, ses gardes du corps  dont il avait trompé la vigilance aujourd’hui. Tout ça pour quoi ?
Tristement, il regretta le temps où il portait encore la tenue fluo des employés municipaux dans une petite ville de province où tout le monde lui souriait depuis qu’il avait propulsé le club de football en deuxième division. Jamais on ne le harcelait ainsi alors…. Qui était-il vraiment  ? Il n’avait pas trouvé de vaccin pour sauver le monde, il n’était ni l’Abbé Pierre ni Mère Térésa, juste la dernière acquisition du Paris-Saint-Germain. En deux mois il était devenu une star qui faisait tourner les rotatives de la presse grâce à ses dribbles, mais aussi et surtout grâce aux filles superbes suspendues à son bras tous les soirs…

Sur une idée de Leiloona, ma participation à l’atelier Une photo, quelques mots : il fallait imaginer un texte à partir de la photo de Kot…

About these ads
Cette entrée, publiée dans écriture, quelques mots (Leiloona), est taguée , , , . Bookmarquez ce permalien.

22 réponses à Jamais content !

  1. Leiloona dit :

    Certains ont choisi de le faire habiter en lointaine banlieue, harassé par des recherches infructueuses, toi tu as choisi de le rendre célèbre, mais en tout cas, riche comme pauvre, une mélancolie profonde s’échappe de cet homme.

    La fin du texte est assez ambiguë pour qu’on se demande si c’est le narrateur qui pose un tel regard sur lui, ou si c’est cet homme qui finalement prend conscience de ce qu’il est vraiment. :)

    Les mots choisis au début du texte sont criants de vérité, jusqu’au "tss tss". ;)

  2. Jean-Charles dit :

    Tout y est le métro, le balayeur, le Psg et les stars sans oublier les filles. Un monde bien étrange dans lequel on passe de l’anonymat à la notoriété sans toutefois être reconnu semble-t-il.
    Un monde bien parisien que tu ne partages plus mais qui semble te manquer (Euh…euh !) :D

    • Asphodèle dit :

      Je n’étais pas inspirée et ne voulais pas tomber dans le cliché de la fatigue… Je pense que ce que je dis du métro permet de constater que je ne regrette rien et qu’il ne me manque pas une seconde !!! :)

  3. clara dit :

    Ah la gloire et l’anonymat… Bravo !

  4. Syl. dit :

    Je croyais qu’il était une star du RAP ! Jamais je n’aurais songé au foot !
    J’aime.

  5. Soène dit :

    C’est qui vraiment, sur la photo ? c’est vrai, ton histoire, c’est ç’ui qui coûte si cher, qui gagne tant ?… Non, j’y crois pas à ton histoire, Aspho, jamais, au grand jamais, il se serait fourré dans le métro. Et puis, non alors, pas de Pub à ces mecs friqués qui se prennent pour des vedettes en sachant que de toutes les façons, ils n’ont pas besoin de marquer des buts pour gagner de l’argent.
    C’était mon coup de gueule du jour :)
    Pourtant, l’atmosphère est bien là, comme dans la vraie vie des "Urbains", et ta scène dans le métro crache la réalité. Je m’y vois tout à fait ! Plains-moi, s’il te plaît, moi qui vis à Lyon :mrgreen:
    Bisous de ma tour

    • Asphodèle dit :

      Ha ha ! Je suis contente de t’avoir fait douter (même un tout petit peu…^^). Il faut demander au Kot de Leiloona qui c’est, je n’en sais rien du tout !!! ça m’est venu comme ça, comme dit Syl., ç’aurait pu être une star du RAP… Je ne voulais pas en faire une victime "fatiguée", il est jeune !!! Quant au métro, je l’ai assez pris dans ma vie pour en sentir encore l’ambiance… Oui je te plains de tout coeur d’être obligée de te coltiner les transports ! Ne prends pas froid, manquerait plus que tu tousses :D !

  6. Mind The Gap dit :

    Le king size sans passer par la case restau, il est fort le bougre…sais pas comment y fait, c’est un maître !
    N’empêche moi, In London, toutes les stations de métro crient mon nom…de l’hystérie !!!
    Bon ça va t’étonner mais c’est plutôt la nana qui lit Kafka qui m’intéresse…sûrement une torturée avec qui échanger des discussions passionnées…t’as pas son mail ?? bon allez je vais me coucher tôt ce soir ça m’évitera demain de faire ce genre de commentaires. Sorry !

    • Asphodèle dit :

      Je me doutais bien qu’un mâle allait la relever celle-là ! Hé hé, et boum ! La nana qui lit Kafka aussi, c’est bien ton genre, mais là ça suffit hein de draguer tous azimuths, le chéri de ces dames :D. Dors bien, c’est demain le Grand Jour de Juré ? Haaan, tu dois commencer à pétocher :roll: Bises coquinou…

  7. Lola-Valérie dit :

    Effectivement, comme le dit leiloona, c’est un peu le personnage inverse du mien, celui qui a réussi :) C’est amusant de lire deux parcours si opposés à partir d’une même image. La magie de l’imaginaire !

  8. mathylde dit :

    J’aime beaucoup le point de vue que tu as adopté et les différentes tonalités qui en découlent : mélancolie, humour, lucidité… intéressant !

  9. Aymeline dit :

    Bien trouvé ! Pour le côté séduction, c’est facile quand on est une star du basket^^

  10. Valentyne dit :

    J ai tout de suite été plongée dans l’action et Dans ses pensées :-) cela te réussit bien d’ecrire vite : c’est très vivant :-)

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, il sera toujours bienvenu !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s